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Plaidoyer pour qu’on me laisse danser tranquillement

Par Michel Glaize

Il y a quelques années, j’avais partagé ce texte fort intéressant de Michel Glaize, artiste, danseur, DJ et VJ que l’on ne présente plus (voir son site pour les nouveaux). Le trouvant toujours d’actualité, j’ai demandé à l’ami Michel l’autorisation de le reproduire, maintenant qu’il a disparu de son espace originel d’où le tango a fait une éclipse prolongée. La lecture de ce texte sera sans doute un début d’explication de cette disparition.

BYC Bernardo (Fan de Michel Glaize)

« On entend et on lit vraiment n’importe quoi, partout, tous les jours.

Hier par exemple, que la Fédération internationale d’Athlétisme a exigé tout à fait officiellement de Caster Semenya, double championne olympique et triple championne du monde sur le 800 mètres que, sous peine d’interdiction de compétition, elle se soumette désormais à un traitement hormonal pour faire baisser son taux naturel de testostérone, jugé excessif par rapport à une saine moyenne. Sébastian Coe — un président de l’IAFF, qui a l’air de savoir ce qui est bon pour les femmes — a déclaré sans rigoler : « La valeur fondamentale de la Fédération internationale d’Athlétisme c’est l’autonomisation des femmes. Les régulations que nous introduisons sont là pour protéger la compétition libre et équitable.»  Caster Semenya a donc logiquement annoncé qu’elle abandonnait la compétition. C’est ainsi qu’aujourd’hui, au nom des principes d’égalité (ou de sécurité, etc.) nous nous préparons partout un enfer de déshumanisation hypercontrôlée. La multiplication des textes, lois, chartes et étiquettes se fait toujours avec l’alibi pervers de vouloir trouver des solutions là où il n’y a jamais eu de problème. Elle a pour conséquences la normalisation, le communautarisme, la gangrène des rapports sociaux, l’implosion de toute éthique humaniste.

Si je commence par cette anecdote ahurissante c’est qu’il n’y a pas de raison que le petit monde du tango échappe à cela. Sauf si nous en décidons autrement.

Cependant tous les jours il y a là aussi un nouveau truc qui me rend malade. Aujourd’hui, par exemple, une copine m’invite sur Facebook à rejoindre un « groupe fermé » de danseurs que la charte revendique « sélectif, afin d’obtenir une milonga harmonieuse où les codes seront respectés : pas d’invitation directe, mais invitation par mirada et cabeceo afin de préserver la liberté de chacun, respect du sens du bal, adaptation des mouvements aux autres danseurs et à espace. Vous pourrez nous suggérer des membres (…), mais merci par avance d’ajouter des danseurs susceptibles de respecter ces règles, que nous ne considérons pas comme des contraintes, mais qui permettront de proposer une milonga agréable pour tout le monde. » 

Je me trouve très honoré d’être identifié comme quelqu’un qui valorise la bonne conduite du bal. Ce qui est le cas : cela fait vingt-cinq ans que je danse et je commence à savoir ce que je demande et ne demande pas au tango. Cette année, avant de m’inscrire à tel ou tel rendez-vous, on m’enjoint partout d’adhérer à ce genre de « Charte du milonguero ».Je me trouve certes très honoré mais cette fois je décline l’invitation et je viens répondre cordialement que maintenant tout cela m’est absolument insupportable.

Je viens au bal d’abord avec ma culture du baloche : d’abord pour boire des coups avec mes copains et mes copines. Mais quand je suis sur la piste, ce baloche c’est le tango. Attention, le tango, « en toda ley ». Je me considère comme un éternel débutant et j’apprends avec chacune des danseuses qui acceptent de danser avec moi. Et bien sûr, comme tout le monde, il m’arrive à mon tour de faire quelque connerie sur la piste. Mais je crois qu’il n’y a pas plus attaché que moi au dynamisme global d’une piste qui tourne, à la primauté de l’abrazo sur toutes les autres qualités de danse et à la dévotion à sa ou à son partenaire comme le point de départ de toute possibilité de tango.

Mais quand on arrive au bal, c’est trop tard pour mettre des barrières. Édifier des murs toujours plus élevés ce n’est que trahir notre faiblesse. Je suis profondément choqué par la multiplication de ces pseudo-codes, interdits, règles, au nom de notre sacro-sainte protection contre le désordre. Ce n’est pas derrière elle que nous arriverons à cacher le déclin actuel de la popularité du tango, notre échec à transmettre ses valeurs, notre manque d’autorité naturelle et de légitimité.

1°) Il y a une vraie question de pédagogie. Si la culture du tango est aujourd’hui en déclin ici, la faute n’en est évidemment pas aux nouveaux arrivants -bienvenue à eux- mais à ceux qui ont choisi de transmettre et qui sont trop faibles dans leurs convictions. Il n’y a pas si longtemps que ça, quand Cacho, Tete ou Hernan venaient par ici, une fois qu’on avait passé trois jours à bien rigoler avec eux il ne serait évidemment venu à l’idée de personne de faire le con sur la piste. Ces contraintes sont de mauvaises réponses à des questions mal posées, elles ne font que créer le problème, générer de la compétition et de l’agressivité. Elles créent et entretiennent l’entre-soi, le communautarisme : les « jeunes » avec « les jeunes », les « vieux » avec « les vieux », les « bons danseurs » avec « les bons danseurs », les « alternatifs » avec « les alternatifs ». Elles divisent d’autant que, derrière les mots, aujourd’hui chacun a sa propre boutique à défendre.

2°) La socialisation des danseurs. Le bal ne tourne pas parce que les rapports sociaux se délitent. Les gens ne se parlent plus, ni au tango, ni ailleurs.

Par exemple, la mirada. Ah, la mirada. Il y a quelques jours je retrouve dans un bal une bonne copine avec qui je partage le même plaisir de danser ensemble. Nous ne nous étions pas vus depuis longtemps et je l’interroge sur ses actuels états d’âme, avant, bien sûr, de prolonger l’échange avec quelques tours de piste. Mais elle m’interrompt : « Attends, tu me déranges. Je suis en train de mirader ». Ah, d’accord. Pour finir, ni elle ni moi n’avons dansé la série, que nous avons passée plantés muets sur nos chaises. Pourquoi vouloir m’imposer des trucs artificiels auquel personne ne croit — un intégrisme que je n’ai jamais rencontré à Buenos Aires —, quand ils ne fonctionnent pas et interdisent explicitement les rapports sociaux ? Mais laissez-moi inviter et me laisser inviter comme ça se passe bien ! Ce qu’il faut garder c’est ce qui marche le mieux sans emmerder personne : des fois c’est la mirada, des fois c’est autre chose. Par exemple je suis ravi d’être invité par une danseuse, et puis voilà. Récemment encore, une farouche défenseuse de l’exclusivité de la mirada traverse la piste tout droit vers moi : « puisque tu n’as pas l’air de pratiquer la mirada et que ça fait une heure que je te regarde sans que tu me voies, alors je viens te chercher ». Excellent. Et pour cause, je n’avais pas très envie de danser avec elle. Mais bon, nous l’avons dansée, cette tanda, et ça s’est très bien passé.

Il faut vraiment que ce soit un objectif désigné et travaillé de façon professionnelle que les gens reviennent à se parler au lieu de faire le gros dos en attendant que tout ça passe, qu’on les aide à ça.

3°) Le professionnalisme. Puisque le professionnalisme dans le tango est désormais inéluctable (organisateurs, DJs …), allons-y, créons nos vrais critères pros de qualité. Gestion de la salle et de l’accueil, gestion du son et gestion de la lumière : le jour où un organisateur issu de la piste aura franchi ce cap-là, il attirera tout le monde et il imposera des critères de qualité en dessous desquels il ne sera désormais plus possible à personne de redescendre.

Il y a aussi parfois des rendez-vous très sympas et des organisateurs, souvent eux aussi des « vieux de la vieille », qui ne lâchent rien. Le WE auquel je viens de participer était un de ceux dont on repart gonflé à bloc. Bien sûr, avant d’arriver on était vraisemblablement, comme partout maintenant, briefés sur une « charte du milonguero », etc. Cependant, à l’épreuve de la réalité — la configuration de la salle —, il n’y avait pas de mirada possible, pas de lignes de danse possibles. Mais OK, les gens se sont spontanément organisés autrement, sans plus se prendre la tête et tout le monde s’est unanimement déclaré enchanté.

Pourquoi ? Outre les excellents choix de musiques, pour deux raisons simples :
a) grâce à l’accueil nickel, extrêmement sincère, chaleureux et performant de la petite équipe des organisateurs et de la grosse équipe des bénévoles. Tout le monde se reconnaissait en eux.
b) grâce à l’importance — y compris physique — accordée au bar, les gens se parlaient, un tissu social se formait et sur la piste on retrouvait autre chose qu’une bête juxtaposition de « petits bals à deux ».

Il n’y a pas de mystère : si on veut un bal qui tourne, il faut un bar qui tourne.

Pour ce qui est de parler, on m’en a dit des choses :» Tu en as assez fait, protège-toi maintenant. Il y a maintenant trop de décalage, ils sont dans tout à fait autre chose, dans des trips consommateurs et puritains. Tu vas y perdre ton jus, perdre ton temps et seulement ramasser des coups. Il y a suffisamment d’endroits, essaie de trouver là où tu sens bien et danse, c’est tout. « 

À vrai dire j’abandonne de plus en plus l’idée de sortir danser. Mais j’ai commencé en renonçant à fréquenter certains de ces pince-fesses en cooptation où l’on ne danse ni mieux ni moins bien qu’ailleurs — c’est-à-dire généralement très loin de la qualité d’abrazo qui fait que le tango est le tango. C’est surtout parce que je n’ai ni les moyens matériels de m’y inscrire aux conditions actuelles ni le confort de vie de le faire avec six mois d’anticipation. La dernière fois que j’ai tenté le coup, c’était avec ma chérie d’outre-Rhin qui souhaitait que nous nous retrouvions dans un rendez-vous tango cool du Midi de la France. OK, à 21h00 le jour J, elle m’inscrit d’abord. À 21h04 il n’y avait plus de place disponible pour des cavalières. Immédiatement contactés, les organisateurs m’ont répondu sans frémir que ce n’était pas grave, ils allaient m’attribuer une autre cavalière parmi celles inscrites en solo. En y repensant je reste dubitatif à l’écoute d’une autre cavalière amie qui m’explique que les inscriptions anticipées sont le meilleur moyen, en garantissant la parité, de protéger les femmes, victimes du manque de cavaliers. D’autant qu’elle ne s’en souvenait sans doute pas, mais moi si : il n’y a pas si longtemps je l’avais bien entendu me répondre, alors que je tentais de la convaincre se soutenir l’organisation de l’un de mes évènements en manifestant à l’avance son éventuelle intention d’y participer, qu’ « elle était une femme libre et que ce qu’elle décidait de faire ne regardait qu’elle ».

Que faire ? Abandonner ? Mais non, je ne peux pas. C’est au contraire à des moments comme celui-ci que je sens à quel point « le tango est à moi ».

Les organisateurs ne sont pas pour autant de mauvais bougres, j’en sais quelque chose. Il faudrait seulement que tous ceux d’entre eux qui ressentent profondément que « le tango est à eux » ne soient pas ceux-là qui trahissent son essence de danse populaire. Je pense à ce président de la Fédération Internationale d’Athlétisme et son saccage tranquille des simples valeurs humanistes du sport et de l’olympisme : Sebastian Coe est lui-même un ancien double champion olympique du 1 500m.

Nous n’avons pas d’autres ennemis que nous-mêmes. »

—————

PS Ceci est mon cri du cœur, pas l’ouverture d’une polémique chronophage. Si j’ai du temps à consacrer au tango, ce serait seulement pour retourner sur les pistes.


Le site de Michel Glaize, consacré à son travail d’artiste, même si le tango n’y est plus d’actualité.

UN BOXEUR DONNE UNE LEÇON DE DANSE…

Johnny N.

Les secrets d’Equilibre selon un Danseur – Boxeur

On connaît bien les liens entre certaines pratiques de danse ou d’art martial et le tango, mais c’est un peu moins évident avec la boxe.

Savoir se faire lourd, évident en danse africaine, être dans le sol, évident en salsa cubaine, un peu moins facile à expliquer pour le tango, mais en lisant cet article autour de la boxe, tout va s’éclairer.

Je recommande !

Les secrets d’Equilibre selon un Danseur

ET POURTANT, ELLE DANSAIT !

MARINA CARRANZA

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Marina Carranza

Et pourtant elle dansait avec « les orchestres » de son temps, pendant l’époque d’or du tango. Un tango où les corps ne se touchaient pas, un tango plus proche du tango musette français que de ce que les gens dansent aujourd’hui dans les milongas ¬- mêmes dans celles qui se désignent comme « encuentros milongueros ».

Ainsi, ma grand-mère ne dansait pas du tout en étant collée à son partenaire, ni même très proche. Aucun pas de base n’existant à cette époque (1933/1938), elle n’avait pas à connaître la salida ni les huit, ni le croisé, ni de système parallèle ou croisé… Rien de tout cela.

Avec une expression de parfait dégoût, ma grand-mère disait toujours que Piazzolla ce n’était pas du tango. Jusqu’au jour où elle m’a vu danser sur du Piazzolla.

Piazzolla n’était pas « son » tango.

Le jour où elle a connu le plaisir de voir sa petite-fille danser sur du Piazzola, elle a compris qu’il y avait un tango pour elle, et aussi un autre pour d’autres dont moi…

Peut-être faut-il l’amour d’une grand-mère pour sa petite fille pour devenir plus tolérant-e.

Par ailleurs, si les danseurs n’entendent plus que des tangos des années 40, n’est-ce pas un appauvrissement ? Que dirait ma grand-mère si elle nous voyait préférer danser sur des CD, plutôt que d’accueillir et de partager les réalisations des artistes actuels et contemporains qui continuent à faire évoluer et grandir l’histoire du tango ?

Au-delà de l’histoire familiale, il ne faut pas oublier d’où est venu le tango. Ce tango que tous nous aimons. En nos jours d’intolérance où sont exclues beaucoup de personnes qui n’ont pas de terre où aller, peut-être faut-il se rappeler que c’était des déracinés, des immigrants, des personnes marginalisées, qui ont sublimé dans le tango le rêve d’une vie meilleure. Relégués dans des quartiers misérables, ils ont d’abord dansé entre eux le tango sur toutes sortes de musiques : habaneras, polkas, mazurkas, rythmes africains… Le tango naît d’abord comme danse… la musique « tango » n’arrive qu’ensuite.

Alors, comment dire aujourd’hui de quelle façon » le vrai tango doit se danser » …. ? ¿¿Qué derecho tenemos para dictaminar cual es el «verdadero tango»??

Car, plus que tout, le tango est synonyme de liberté.

On ne peut, bien sûr, qu’être sensible au désir de danser pour revenir à ce<e histoire qui a donné au tango son caractère essentiel de rencontre et d’intimité. Mais, tout en en ressentant, pour cela, la nécessité de garder assez de distance avec les intérêts commerciaux que le tango a pu susciter, évitons de demeurer fermés à d’autres styles, et à d’autres manières d’appréhender un mouvement culturel.

Et puis, que se passe-t-il dans toutes ces milongas qui donnent exclusivement des tangos des années 40 ? Alors que personne ne danse plus comme alors ? Alors que tant de musiciens luttent pour réaliser un CD que personne ne programmera ? Comment ne pas réagir ? Veut-on figer et appauvrir ce tango qui poursuit malgré tout son histoire et ne peut se concevoir qu’avec liberté et dans la liberté ?

Qui peut s’arroger le droit d’être culpabilisant ou méprisant, dicter « ce qu’est le tango et ce qui ne l’est pas », s’il donne un prix à la liberté ?

Ce serait choisir l’indiférence et l’intolérance à l’encontre d’artistes qui créent le futur tango, sans être pour cela les agents d’un tango uniquement « for export ».

Effectivement, dans le tango, comme dans d’autres domaines artistiques, les meilleurs profits reviennent à qui saura au mieux programmer un événement ou proposer à la vente l’illusion d’un apprentissage restreint du tango, et non à ceux qui créent, portés par toute la culture qui leur a permis de s’exprimer. Par ailleurs, en France, à cause des différents régimes de subventions allouées à la culture, nombre de musiciens, danseurs et chorégraphes (mais aussi, chanteurs, poètes, peintres…) qui ne sont pas « célèbres », ou qui n’appartiennent pas aux grandes structures subventionnées, se voient souvent réduits à pratiquer la mendicité « au chapeau » !

Dans toute cette actualité terrible, je ne vois d’espoir que dans un tango « LIBRE » … dans le respect et la tolérance, dans l’ouverture par la valorisation du passé et du présent.

Marina Carranza et Helios Casa (collaboration et correction), août 2017


Marina Carranza est née à Buenos Aires. Elle est danseuse et comédienne et vie actuellement à Toulouse (France). Son témoignage est donc très intéressant par sa double culture.
Pour en savoir plus sur elle…


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ARTICLE PRÉCÉDENTTangopostale 2017ARTICLE SUIVANTBuenos Aires – Y vivre comme un roi ?

2 RÉFLEXIONS SUR « ET POURTANT, ELLE DANSAIT ! PAR MARINA CARRANZA »

  1. DJ Bernardo BYCUn petit point sur Piazzolla et la danse.
    Sa production contient une grande variété d’aspects. Si la plupart des titres à partir des années 50 sont peu adaptés à la danse, ce n’est pas le cas de quelques titres que l’on danse régulièrement dans les versions de Pugliese ou Troilo, mais aussi de multiples orchestres actuels ou plus récents.
    Il est par contre, des interprétations effectuées directement par Astor Piazzolla, instrumentales ou chantées par Campeamor et autres et enregistré dans les années 40 qui sont parfaitement adaptées à la danse.
    Certains de ces titres sont composés par Juan Canaro, Firpo ou autres auteurs classiques, mais certains titres composés par Piazzolla lui-même sont parfaitement dansable comme « El desbande » enregistré le 26 novembre 1946.chargement…CONNECTEZ-VOUS POUR RÉPONDRE
  2. DJ Bernardo BYCChère MarinaJe peux t’assurer que le tango se danse toujours, y compris avec une musique essentiellement des années 40, ici, à Buenos Aires. Il y a bien sûr des milongas qui font de la nouveauté et où on trouve les mêmes musiques qu’en Europe, mais on n’y ressent pas la même ivresse de la danse, l’impression de faire partie d’une communauté dans une harmonie totale.Je danse très peu en Europe. Le plaisir de la danse y étant émoussé, je préfère y faire danser les autres. Je mets d’ailleurs des versions d’orchestres contemporains, même si le gros de ma diffusion est des 40 et 50.Ici, il est impossible de s’arrêter de danser. Hier, j’ai dansé près de huit heures en sautant au maximum quatre tandas pour discuter avec les organisateurs ou le DJ.Ce qui fait pour moi la différence, ce n’est pas tant les danseuses (même si leur abrazo n’a que très rarement d’équivalent en Europe et qu’elles sont là pour s’amuser, sans se prendre la tête) que la musique. Cette musique qui est en majorité tout le temps la même, soir après soir et qui nous emporte toujours dans un tourbillon, toujours irrépressible.Ici, on peut entendre très souvent des orchestres, de tous niveaux, bien plus facilement qu’en Europe. D’ailleurs, les Argentins sont un peuple de musiciens. On croise sans cesse dans les rues des musiciens transportant des instruments, y compris d’impressionnantes contrebasses, spectacle qui est rare en France, seuls quelques guitaristes plus ou moins paumés trimbalent leur guitare dans l’espoir de quémander quelques sous. Ce n’est pas vrai pour tous les pays d’Europe, mais très sensible en France.Difficile de rivaliser en France où la musique est pour un certain establishment et n’est pas populaire, sauf le 21 juin… Pourquoi ne pouvons-nous pas faire de la musique dans la rue tous les jours, pourquoi ne pas faire la fête de la musique tous les jours ?Ah oui, j’oubliais la SACEM et la SPRE… La musique est une marchandise en France.En ce qui concerne les orchestres de tango. C’est vrai qu’il y a pléthore, mais la qualité est rarement au rendez-vous. Je parle de la qualité musicale, il y a très peu de virtuoses comme Elvino Vardaro, Troilo ou Biagi pour ne citer que ces trois instrumentistes exceptionnels dans les orchestres actuels. Par charité, je ne parlerai pas des chanteurs qui sont souvent le maillon très faible des orchestres (Javier mis à part, car lui est, l’âme de son orchestre). Les bons bandéonistes travaillent dans trois ou quatre orchestres. Cela signifie que les orchestres ne peuvent pas répéter souvent ensemble, contrairement aux orchestres de l’Edad de oro qui jouaient avec la même formation tous les jours.De plus, ces orchestres enregistrent très peu. Il est exceptionnel de pouvoir créer une tanda cohérente avec les orchestres contemporains. La première chose qu’ils devraient faire, c’est d’assurer qu’au moins quatre tangos, quatre valses et trois milongas de leurs CD peuvent aller ensemble. Trop souvent, des DJs mettent quatre titres du même orchestre, mais avec un dans le style de Troilo, un de D’Arienzo, un de Di Sarli et un de Calo ou autre. Sous prétexte que c’est le même orchestre, cela devrait aller ensemble. Eh bien, cela est perturbant pour les danseurs. Le mélange des orchestres peut se faire sur les valses et les milongas. Mais encore faut-il que le résultat soit meilleur que celui des orchestres de l’époque. Pour les valses, c’est assez facile, mais pour les milongas…Ces orchestres font aussi majoritairement de la musique pour l’écoute et pas pour le bal. Ils ne maîtrisent pas assez subtilement l’art de la danse pour comprendre ce qui touche les danseurs. Piazzolla, puisque tu l’as cité, a accepté que sa musique soit dansée. Il avait dans ses gènes, toute la culture du tango, il a collaboré avec Troilo et d’autres grands du tango.En France, on n’aime pas Troilo, disons plutôt que l’on croit que l’on n’aime pas Troilo. C’est pourtant le chéri des Argentins. Sa musique est à la fois très dansable et très subtile, très riche musicalement. Pour moi, c’est un peu la référence de ce que pourrait être la musique moderne de tango. Évidemment pas à l’identique, mais dans un esprit similaire, en tout cas pour le tango de danse de Troilo (car il n’a pas fait que du tango pour la danse).Pour revenir à ton très intéressant texte. Je ne suis pas d’accord quand tu dis que plus personne ne le danse comme cela. Les années 30 et le canyengue (qui est probablement l’ancêtre du musette) en général ont effectivement disparus de Buenos Aires, mais l’esprit des années 40 est toujours présent. C’est même la référence. Le style peut avoir changé, mais le style est une histoire personnelle, il devrait y avoir autant de style que de danseur. Si c’est pour danser tous de la même façon, autant faire du country ou autre danse d’ensemble.Ce qui fait l’harmonie des quelques belles milongas portègnes, c’est justement cette harmonie. Tout le monde danse à sa manière, mais le résultat d’ensemble est porteur, harmonieux. La milonga devient un grand organisme qui se déplace en musique. Il est très rare de voir un danseur essayer d’épater la galerie ou de s’admirer dans un miroir. En France, combien de fois voit-on un danseur fier de ce qu’il vient de faire essayer de capter les regards approbateurs du public, même s’il a dû bousculer quatre couples pour réaliser son « exploit » ?Danser sur un orchestre est très prenant. C’est d’ailleurs l’expérience qu’en avaient les anciens. L’orchestre peut jouer avec le public. Il accentue un break, modifie un peu la mélodie, change le rythme ou l’orchestration, toutes ces variations font que les danseurs pouvaient être « agréablement » surpris par le clin d’œil et ce jeu. Aujourd’hui, beaucoup d’orchestres essayent de faire preuve d’originalité, mais ces modifications sont bien souvent imprévisibles, déconcertantes et ne favorisent pas l’improvisation dans la sécurité.Donc, oui aux orchestres contemporains, mais à condition qu’ils prennent plus souvent en compte les exigences de la danse. Respect du compas, possibilité de danser sur plusieurs plans sonores, prévisibilité de la suite (ce qui n’empêche pas de temps à autre, des jeux plus surprenants). Je crois que cette démarche est en cours de réalisation, comme en témoigne la plus grande fréquence des prestations avec tandas, voire avec cortinas.Le tango a encore une très longue histoire à vivre, mais à écrire, mais je crois qu’il doit toujours s’interroger sur ses fondements pour qu’il reste Le Tango et pas une danse comme une autre. Le message de Aoniken Quiroga et avant lui de Tete Rusconi, vont dans ce sens. Ce qui est toujours nouveau dans le tango, c’est la rencontre d’un couple sur la piste, cette expérience. Tant que l’être humain ressentira les mêmes capacités d’émotion, le tango, le vrai tango comme dirait mon ami Horacio Rodriguez vivra. Si au contraire, en lui greffant des rustines qui en cachent l’harmonie intérieure, il est probable qu’il se folklorisera. Le tango a une part de France dans ses gènes, mais on voit que son évolution en déconnexion avec les principes de son berceau natal ont donné le tango musette, voire pire, le tango anglais et encore plus dramatique, le tango sportif.Je propose donc de bien intégrer les réflexions que je viens de citer, de s’en imprégner. J’essaye à mon petit niveau de le faire, notamment dans mon travail de DJ, qui est une lourde responsabilité puisque l’on doit à la fois transmettre et habituer les oreilles, tout en éveillant la curiosité et l’envie de jouer des danseurs.« El tango es un pensiamento (alegre) que se puedo bailar ».chargement…

6 things I want to say to dancers

Marcel Rojas (DJ)

Marcelo Rojas y BYC Bernardo

1. “The milonga is a party”

Milongas are social events. They are not just a place to dance, but rather a place to meet friends, discover new people and socialise. It is not about dancing all night, but rather meeting like-minded people to share our love of music and dancing. So don’t worry too much if you are not dancing – just enjoy the fact that you are surrounded with nice people, listening to beautiful music… and the dancing will come naturally.

It is not about dancing all night, but rather meeting like-minded people to share our love of music and dancing.”

« Il ne s’agit pas de danser toute la nuit, mais plutôt de rencontrer des personnes partageant les mêmes idées pour partager notre amour de la musique et de la danse. »

2. “You need to learn about Argentinian culture”

Even though tango is danced all over the world today, it is still deeply rooted in the Argentine culture. If you want to dance tango, you need to know about this culture: how Argentines live and think, what the tango music means to them, how tango dancing was transmitted from generation to generation…

“If you want to dance tango, you need to know about this culture”

« Si vous voulez danser le tango, vous devez connaître cette culture »

3. “Tango is a reflection of the history of Argentina”

As a dancer, it is important to understand that tango music is a reflection of what was happening in Argentina in the past 100 years. Because tango is so deeply rooted in the Argentine culture, its evolution reflects the different states the Argentine society went through.

  • For example, if tango almost disappeared in the 50s, it is partially because Argentina underwent a series of coups d’états, which led to social meetings being forbidden.
  • And, orchestras stopped playing in milongas because organizers didn’t have money to pay for them anyway.
  • Also, did you know that the reason why some tango songs have two names because porteños were not allowed to speak or write in Argentine lunfardo at the time?

“Tango music is a reflection of what was happening in Argentina in the past 100 years.”

« La musique de tango est le reflet de ce qui s’est passé en Argentine au cours des 100 dernières années. »

4. “The codigos and floorcraft are important”

The milonga’s códigos and Floorcraft are definitely worth learning about and using. From the DJ’s desk, it is easy to see how the dancers who do not apply them make the milonga a less friendly (and safe place) to dance in. We all have a role to play in keeping the dance floor’s flow, and in making sure the atmosphere is respectful and friendly.

“We all have a role to play in keeping the dance floor’s flow, and in making sure the atmosphere is respectful and friendly”

« Nous avons tous un rôle à jouer pour maintenir le rythme de la piste de danse et pour que l’atmosphère soit respectueuse et conviviale »

5. “Tango is only one”

Yes, the past of tango music was great, but the tango of today is important too. We need to keep the tango spirit and tango music alive. Everyone -dancers and DJs – like different types of music, so it’s our role as tangueros/as to keep an open mind and listen to all kind of orchestras… including new ones. There is no “true” tango”! Only an evolution of the music.

“There is no “true” tango”! Only an evolution of the music.”

« Il n’y a pas de « vrai » tango » ! Seulement une évolution de la musique.

6. “Each of us has a role to play in keeping the tango world welcoming”

We as tango dancers or DJs all have a role to play in keeping the tango world growing in a welcoming way. We need to make sure that we are a ‘diffuser’ of the tango culture we love, and not make it a closed, exclusive world that only a select few can understand and enjoy. The milonga has to be inclusive, and not exclusive

“The milonga has to be inclusive, and not exclusive”

« La milonga doit être inclusive et non exclusive”

A C M T H = T A N G O

Aoniken Quiroga

Aoniken Quiroga

Il ne s’agit pas d’un message chiffré, mais de la présentation par Éric S et Marie-Pierre G d’un écrit de Aoniken Quiroga qui, à la manière de Tete et autres, s’étonne des dérives du tango et essaye de redonner la bonne direction. Voir traduction ci-dessous…

 Este no es un mensaje cifrado, es la presentación realisada por Éric S y Marie-Pierre G de un escrito de Aoniken Quiroga, como Tete y otros es sorprendió por las derivas del tango y trata de dar dirección justa.

This is not an encrypted message, but the presentation (realised by Éric S and Marie-Pierre G) of a writing by Aoniken Quiroga, like Tete and others he is surprised by the drifts of tango and tries to give fair direction. Translation…


A C M T H :

– A como Abrazo,
– C como Conexión,
– M como Música
– T como Tierra, y
– H como Historia

« En esta época de gran confusión tanguera, donde los límites del tango parecen sufrir de astigmatismo, donde todo es válido, desde elegir otras músicas para bailarlas como tango hasta tocar despacito con un bandoneón para promocionar el festival y mundial de Buenos Aires, donde se sigue vendiendo capacidad acrobática y trucos aéreos como tango Argentino, donde la confusión marchita hasta las más internas fibras del tango social, donde con la excusa del « arte » algunos bailarines destrozan más de 100 años de historia, yo me pregunto, por qué?

¿Por qué si no les gusta el TANGO lo bailan? ¿Por qué si no les gusta bailar a tierra y no disfrutan de la década de oro del tango, lo manipulan lo contaminan y lo destruyen?

Quizás la respuesta es que dentro del mundo del tango pueden hacer eso y ganar plata, mucha plata, pero fuera de este mundo son solo un gran NADIE, proyectos de bailarines de otras danzas frustrados y que encuentran en el tango la posibilidad negada en otros mundos artísticos.

Si no existe el abrazo, ni la conexión, ni la música, ni la tierra, ni la historia del TANGO ENTONCES NO ES TANGO.

En esta época de confusión y comercio YO sigo ELIGIENDO AL TANGO, ése improvisado, que habla de la historia cultural de Buenos Aires, ese Tango de abrazo y complicidad, ése que se CAMINA, ése mismo que Mame desde chiquito, ése que me hizo hombre.

GRACIAS TANGO YO NO TE CAMBIO»


A C M T H :

– A comme Abrazo (câlin),
– C comme Connexion,
– M comme Musique
– T comme Terre, et
– H comme Histoire

« En cette période de grande confusion Tanguera, où les limites du tango semblent souffrir d’astigmatisme, où tout est valide, où se choisissent d’autres musiques pour représenter le tango en jouant Despacito (un reggaetón, ndt) au bandonéon pour la promotion du festival mondial de Buenos Aires, où se vendent aussi des compétences acrobatiques et des figures aériennes comme étant du tango argentin, où la confusion se fond dans les fibres les plus intimes du tango social, où, sous le couvert de “l’art”, des danseurs détruisent plus de 100 ans d’histoire, je me demande pourquoi ?

Si vous n’aimez pas la danse du tango, pourquoi la dansez-vous ? Pourquoi si vous n’aimez pas danser dans le sol et n’appréciez pas la décennie d’or du tango, le polluez-vous et le manipulez-vous à le détruire ?

Peut-être que la réponse est que dans le tango mondial on peut faire cela et faire de l’argent, beaucoup d’argent avec, mais hors de ce monde, c’est juste un grand RIEN, des danseurs d’autres horizons frustrés et qui dansent le tango car ils y trouvent des possibilités refusées dans leur domaine artistiques.

S’il n’y a pas d’Abrazo, pas de connexion, pas de musique, pas de terre, ni d’histoire du tango, ce n’est pas du tango.

En cette période de confusion et de commerce, JE CONTINUE DE CHOISIR LE TANGO, celui qui s’improvise, celui qui parle de l’histoire culturelle de Buenos Aires, ce Tango fait d’étreintes et complicités, Celui qui MARCHE qui est celui que j’ai tété depuis l’enfance, celui qui m’a fait homme.

MERCI TANGO, NE CHANGE PAS »


A C M T H :

– A like Abrazo (hug),
– C like Conexion,
– M like Music
– T like earTh (ground), and
– H like History

“In this time of great tango confusion, where the limits of tango seem to suffer from astigmatism, where everything is valid, from choosing other music to tango dance to playing Despacito (a reggaetón, translator’s note) with a bandoneon to promote the festival Mundial de Buenos Aires, where continues to sell acrobatic ability and aerial tricks as Argentinean tango, where confusion fades to the innermost fibers of social tango, where with the excuse of ‘art’ some dancers destroy more than 100 years of history, I wonder, why?

What if they do not like TANGO they dance it? Why if they do not like to dance to earth and they do not enjoy the golden decade of the tango, they manipulate it they contaminate it and until they destroy it?

Perhaps the answer is that within the global tango they can make. That and to win money, a lot of money but out of this world are just a big NOTHING, projects of dancers of other dances frustrated and who find in the tango the possibility denied in other worlds.

If there is no embrace, no connection, no music, no ground, no history of TANGO THEN IT IS NOT TANGO.

In this time of confusion and trade I continue to CHOOSE THE TANGO, that improvised one that speaks of the cultural history of Buenos Aires, that Tango of embrace and complicity, that one WALKS, the one I’ve been sucking since I was a little one, that made me man.

THANK YOU TANGO, DO NOT CHANGE ”


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Remerciements : 

  • Aoniken Quiroga, pour l’autorisation de reproduire et traduire cet article.
  • Éric S et Marie-Pierre G, pour avoir validé la traduction et pour le génial résumé : A C M T H
  • Marie S, pour m’avoir appris que Despacito était en fait un morceau de zouk et plus précisément un reggaetón. J’avais initialement traduit Despacito par « lentement », ce qui était logique quand on ne connait pas le morceau. Pour ceux qui étaient ignorant comme moi, voici « Despacito » par son auteur, Luis Fonsi.

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ARTICLE PRÉCÉDENTEl Tangón – una danza original, de figuras caprichosasARTICLE SUIVANTTangopostale 2017

3 RÉFLEXIONS SUR « A C M T H = T A N G O »

  1. Ping : Et pourtant, elle dansait ! Par Marina Carranza – DJVJ BYC (Bernardo BYC)
  2. DJ Bernardo BYCA C M T H, c’est une bonne base. J’aurais, pour ma part, tendance à vouloir rajouter deux lettres qui me semblent très importantes :
    S : pour Social. Ce qui est très agréable pour ne pas dire essentiel, c’est l’impression de danser avec l’ensemble des danseurs de la milonga. Cette harmonie collective caractérise, pour moi l’expérience du tango. Pouvoir danser en sécurité et porté par le groupe est très précieux.
    C : pour Cœur. Peut-on vraiment danser le tango sans le cœur, El corazón ?chargement…

INTERVIEW DE CHICHO FRUMBOLI

Mariano Chicho Frumboli Slo-Silvija (CC BY-SA 3.0)

On pouvait penser que Chicho était loin du tango de tradition portègne. Cette interview par Milena Plebs montre qu’il a retrouvé le sens du tango.
Espérons que ceux qui l’ont suivi comprendront son nouveau message, mieux que l’ancien…
Version originale ici… (par sécurité, je copie en fin d’article les versions originales parues en 2009 dans El Tangauta).


Se podría pensar que Chicho estaba lejos del tango porteño. Esta entrevista por Milena Plebs muestra que ha encontrado el significado del tango.
Esperamos que los que le siguieron entender su nuevo posicion, mejor que la anterior…
Versión originale acá… (por seguridad, copio al final de este artículo, las versiones originales de 2009 en El Tangauta).


You might think that Chicho was far from Buenos Aires tango. This interview by Milena Plebs shows that he has found the meaning of tango.
We hope that those who followed him understand his new position, better than the previous…
Original version here… (for safety, copy the end of this article, the original versions of 2009 in El Tangauta).


Mariano ‘Chicho’ Frumboli
Essence et enseignement

Milena Plebs: Je voudrais vous parler du partage que les danseurs et les enseignants peuvent faire de leur expérience à ceux qui apprennent.
Chicho: Chaque jour, nous allons à une milonga, pour effectuer une démonstration ou un spectacle, faisant ainsi l’histoire du tango, ce qui est une contribution. Un grand nombre de jeunes ont rejoint le tango, nous vivons le début d’une ère puissante. Ce genre est installé et il n’y a aucun moyen de le dissimuler ou de le marginaliser. Il est en constante évolution.

M: Mais souvent les gens se sentent perdus devant la multiplicité des options.
CH: Ils sont totalement perdus ! Je me suis entraîné avec les derniers grands milongueros, j’ai pris directement auprès d’eux des informations. Ceux qui commencent la danse ne possèdent pas cette expérience, mais apprennent d’une génération intermédiaire dont je fais partie, nous sommes un lien entre ces anciens et les jeunes danseurs. Le problème est qu’il y a quelque chose que nous avons manqué dans l’enseignement, je m’en rends totalement compte, et j’endosse cette responsabilité avec d’autres collègues. Je ne pourrais pas transmettre ce que j’appris. J’étais obnubilé par la création, parce que je voyais une nouvelle veine de l’évolution en mouvement. Je me suis voué totalement à cela, et j’ai perdu le fil à transmettre ce Tanguero que j’ai profondément en moi. Je pense donc qu’il y a beaucoup de gens qui ne comprennent pas ou ne savent ce qui est vraiment l’essence de cette danse.

M: Il y a quinze ans que tu danses. Quels changements as-tu observés dans l’évolution de la danse ?
CH: Avant, on travaillait avec une précision et une esthétique particulière, d’une façon fonctionnelle et mécanique, ce qui donne un genre et un style. Faire un mouvement ou un pas engageait une mobilisation de tout le corps. À l’heure actuelle, non seulement la substance, mais aussi le poids de cette danse, sa densité et son importance ont été perdues. Pour moi, ce nouveau tango, a perdu un peu de respect pour ce qu’était le tango lui-même.

M: La connaissance que nous avait transmise intuitivement les milongueros, une saveur indescriptible dans la façon de se mouvoir a été perdue.
CH: Oui, il m’a fallu cinq mois pour entrer dans l’arène de la milonga d’Almagro, sans danser, je suis allé tous les dimanches juste pour regarder. Il s’exhalait une atmosphère de respect qui ne s’y rencontre plus. Peut-être, cependant, certains peuvent la sentir dans quelques milongas comme « Glorias Argentinas », « La Baldosa » ou dans des endroits éloignés du circuit tango plus jeune. Cette essence, je l’ai également prise de vous et de votre génération de danseurs. Je pense que les gens d’aujourd’hui ne sont pas motivés, ils ne veulent pas travailler ou rechercher. Ils ne veulent pas aller au fond des choses, ils restent dans le superficiel. Cela a aussi à voir avec ce que les nouveaux mouvements et la dynamique qui sont utilisés, bien que réalisés avec une certaine puissance, sont froids.

M: Le discours interne au mouvement est aussi important que les aspects extérieurs.
CH: Il y a dix ans, quand j’allais en milongas, je pouvais regarder fixement un couple dansant ensemble sur la piste car il y avait quelque chose qui m’avait attiré, m’avait fait garder les yeux sur eux. Aujourd’hui, je ne regarde pas plus de vingt secondes, car ils sont tous les mêmes. Vous voyez un couple passer et celui qui suit fait la même chose, et le suivant aussi. Je n’ai plus rien qui m’attire, qui me passionne. Sauf si je vais à quelques endroits traditionnels restants.

M: Penses-tu que les gens qui dansent automatiquement ou qui reproduisent des chorégraphies pourraient le faire d’une manière plus intériorisée ?
CH: Ceci exige une multitude de choses ! Vous savez, parce que vous êtes aussi enseignant, qu’actuellement, la pédagogie de la danse tango est beaucoup moins codée qu’il y a dix ans, il est disponible, et est donc plus facile à apprendre. Aujourd’hui, faire un volcada ou une colgada, c’est la même chose parce qu’ils sont, commercialement parlant, dans le même package. Donc, entre faire un sandwichito ou faire une volcada… les gens font une volcada ! Parce que c’est plus spectaculaire. Et dans ce tango il y a beaucoup d’égocentrisme et d’individualisme. Ils ne vont pas faire un sandwichito pour profiter de ce moment, mais parce que le spectacle est plus fort. Dans le domaine musical Astor Piazzolla a rompu avec la tradition, mais vous l’écoutez et cela reste du tango. Et aujourd’hui, dans la danse beaucoup se prennent pour Piazzolla et ne le sont pas. Je vois des hommes et des femmes qui ne se soucient que de la façon dont on les voit. C’est est une situation très compliquée qui a à voir avec une personnalité et une identification très portègne.

M: Mais les milongueros d’autrefois étaient également des Portègnes !
CH: Oui, mais ces milongueros avaient du respect, de la délicatesse et de la sensibilité, C’était totalement différent. Je sais que mon rôle est contradictoire, parce que j’ai également collaboré à la création de ce mouvement jeune. À l’époque j’étais fatigué de ces codes strictes milongueros qui ne correspondent pas à mon époque et par rébellion j’ai essayé de tracer mon chemin. Aujourd’hui, je suis devenu plus milonguero (rires), je suis contre les gens qui ne pratiquent pas le cabeceo, qui n’ont ni codes ni respect. La danse Tango a une valeur qui s’est évaporée. Donc, je soutiens que beaucoup sont perdus, ils font leur show en dansant et se déplacent deux heures comme des seigneurs. C’est très triste.

M: Parfois on observe une lutte entre les nouveaux courants qui demandent des mouvements plus larges, où les danseurs utilisent plus d’espace, et ceux qui défendent le tango traditionnel en abrazo serré.
CH: Il y a quelque chose qui interpelle ici. Il y a d’un côté les traditionalistes qui défendent les racines jusqu’à la mort et de l’autre côté moderne ou alternatif, à savoir, le nouveau tango (tango nuevo). Mais si vous pensez à ce sujet, vous observez qu’il n’y a rien au milieu. Les traditionalistes se plaignent de la danse de tango moderne faisant valoir que c’est faire de la gymnastique, et les modernes se plaignent que les autres sont restés figés dans le passé. Mais il n’y a pas de fusion, ils sont un groupe face à l’autre, et cela me rend triste parce qu’en réalité, nous sommes tous dans le même tango.

M: Avez-vous un désir par rapport au tango ? Un sujet en attente ?
CH: Je vais faire un peu d’histoire. Je fus un rocker, j’avais les cheveux longs et je faisais de la batterie. Je détestais le tango, ça ne me plaisait en rien, je ne pouvais pas l’entendre. Mais quand je suis allé suivre un cours avec Ricardo Barrios et Victoria Vieyra, j’ai enlacé pour la première fois une partenaire et j’ai ressenti un frisson. Je me suis dit : « Voici quelque chose … » Je ne pouvais plus arrêter. Ce moment magique fut mon début. D’autre part, il y a quelques années, je suis allé à la milonga « La Trastienda » organisée par Horacio Godoy. Je suis entré et je t’ai vue (Milena Plebs). Je voulais danser avec vous, mais j’ai hésité. J’ai attendu beaucoup de tandas avant de t’inviter. Je me souviens que nous parlions, et lorsque nous nous sommes enlacés, j’ai senti quarante ans de tango me dominer. Dès l’abrazo, vous comprenez ? Nous n’avions pas encore fait un seul pas ! C’était juste la façon dont tu m’as pris. Pour moi, ce fut le moment le plus fort de la tanda. Ensuite, nous avons dansé beaucoup. C’était super, nous avons fait certaines choses, je me suis beaucoup amusé. Mais le moment de cette étreinte, comme celui de mon premier cours et quelques autres, m’ont marqué pour ma relation avec la danse. Je parle de l’intimité de l’abrazo. Avec très peu de gens j’ai pu le revivre, beaucoup a été perdu. Mon souhait pour danser le tango, fut alors un retour à l’intensité partagée, plus dans l’âme. Ne plus rester à la surface, mais aller à l’intérieur. Le genre évolue à partir de cette intimité. L’essence du tango est l’étreinte et l’autre.

M: Que puis-je dire ? Je te remercie !

Improvisation et musique

M: Tu es un grand improvisateur et cela me fascine de vous voir créer. Les lignes directrices peuvent-elles se transmettre pour améliorer la créativité dans les démonstrations improvisées ?
CH: Peut-être suis-je un « kamikaze ». Ce qui me provoque des sensations ou de l’émotion me fait bouger. Chaque tango est un moment différent et fort. J’ai conçu des chorégraphies, pas beaucoup, parce que, après les avoir répétées je n’y rencontrais plus aucun risque, et quand je n’en ai plus, tout semble trop facile. Ce qui me motive est d’être sur le fil du rasoir, sur le point de tomber, de décrocher. Et l’improvisation, c’est cela. Chaque fois que je vais danser, je choisis la musique et le nombre de musiques sur l’instant. Je tente de me connecter avec Juana Sepulveda, ma partenaire et de créer un moment artistique, de transmission ou d’expression, là, en temps réel. Je ne le prépare et n’y pense pas avant. Parfois, ça me vient et d’autres fois, pas.

M: Il n’y a pas de préconception ou de planification ?
CH: Non, je ne l’ai jamais fait. Par ci par là, j’ai quelques pas que j’ai expérimenté dans la milonga, qui est mon lieu de pratique. Si elle ne vient pas, je n’insiste pas, parce que je peux perdre la connexion que j’ai avec moi, avec mon partenaire et avec le public. J’ai dansé avec des orchestres prestigieux dans des théâtres à travers le monde, sans chorégraphie préconçue. Selon les cas peut être ais-je préparé l’entrée et la sortie, mais la danse elle-même, non.

M: Parfois, quand je vous vois danser il me semble que la structure de votre danse a été conçue de par son harmonie et sa musicalité.
CH: Comme je fus musicien pendant de nombreuses années, je comprends la structure, que ce soit Osvaldo Pugliese, Anibal Troilo, Piazzolla ou de l’électrotango. La seule chose que je prévois est le choix de tangos que je connais bien, pour pouvoir jouer à des moments précis. Je cherche toujours à donner ce que je sens devoir être.

M: Mais tout ceci se passe en direct ? Des fois, tu fais une séquence ayant une certaine durée, qui est faite de manière si juste avec un phrasé adapté, qui plus est en improvisant et en guidant votre partenaire…
CH: Je connais le phrasé et sa durée, je sais quand finir, et je prépare le mouvement à la volée, ainsi on reste juste avec la musique.

M: Donc, la connaissance de la structure musicale est importante.
CH: C’est la base. Beaucoup de danseurs professionnels connaissent les tangos, mais pas en profondeur. Il devrait y avoir une recherche plus approfondie de la musique. Je ne veux pas dire des rythmes, le phrasé ou la durée, mais à la structure, aux nuances et aux couleurs. Il y a beaucoup de richesse à apprendre en relation avec la musique. C’est infini !

M: En outre, la chose intéressante est que l’interprétation musicale ne soit pas littérale. Vous vous avez une marque et beaucoup de gens suivent votre façon d’interpréter la musique, mais je vois un manque de compréhension. Il n’y a pas à marquer tous les petits accents ! (Rires). La merveille dans la danse de tango est la possibilité d’utiliser la musique de façon aléatoire et personnelle. En quelle situation places-tu le courant nuevo par rapport à la danse d’exhibition ?
CH: Il y a beaucoup de professionnels qui ont capté cette nouvelle information et qui souhaitent l’inclure dans leurs chorégraphies. Mais c’est un matériau qui n’a pas encore été affiné, il a besoin d’un temps de maturation, jusqu’à ce qu’il prenne de l’assurance et qu’il puisse être utilisé comme un élément d’expression.

M: Mais ils se préoccupent plus des pas que d’une expression fluide.
CH: Je pense qu’il faut leur donner du temps.

(Traduction DJ Bernardo BYC 2016)


Mariano ‘Chicho’ Frumboli
Esencia y enseñanza

Milena Plebs: Me gustaría hablar con vos sobre el aporte que bailarines y maestros podemos dar desde nuestra experiencia a quienes están aprendiendo.
Chicho: Cada día que vamos a una milonga, a realizar una exhibición o un espectáculo estamos haciendo historia con el tango, y eso es un aporte. Se ha incorporado muchísima gente joven, vivimos el comienzo de una era potente. El género está instalado y no hay manera que se vuelva a esconder o marginar. Está en constante evolución.

M: Pero a veces quienes están empezando se pierden en la multiplicidad de opciones.
CH: ¡Están totalmente perdidos! Yo me formé con los últimos grandes milongueros, tomé directamente de ellos la información. Quienes empiezan a bailar no tienen esa experiencia, sino que aprenden de una generación intermedia de la que formo parte, somos un nexo entre esos viejos bailarines y los más jóvenes. El problema es que algo se nos pasó en la enseñanza, me hago cargo absolutamente, y también tendrían que tomar esa responsabilidad otros colegas. No pude transmitir lo que aprendí. Estaba enloquecido por la creación, porque vi una nueva veta de evolución en el movimiento. Me volqué absolutamente a eso, y perdí el hilo para poder transmitir lo tanguero que tengo muy adentro. Por eso siento que actualmente hay mucha gente que no entiende o no sabe cuál es realmente la esencia de esta danza.

M: Hace quince años que estás bailando. ¿Qué cambios has observado en el devenir del baile?
CH: Antes se trabajaba con precisión y una estética particular, de una manera funcional y mecánica, que daba una forma, un estilo. Hacer un movimiento o un paso implicaba una expresión de todo el cuerpo. En la actualidad no sólo se perdió la esencia sino también el peso que tiene esta danza, su densidad e importancia. Para mí este nuevo tango le perdió un poco el respeto a lo que era el tango en sí.

M: Se perdió el conocimiento que nos han traspasado los milongueros en forma intuitiva, un sabor indescriptible en su manera de moverse.
CH: Sí, yo tardé cinco meses en entrar a la pista de la milonga de Almagro, no me animaba, iba todos los domingos sólo a mirar. Se respiraba un aire de respeto que ahora no se encuentra. Quizás aún lo siento en algunas milongas como “Glorias Argentinas”, “La Baldosa” o en lugares que son lejanos al circuito de tango más joven. Esa esencia también la tomé de vos y de bailarines de tu generación. Siento que la gente de hoy está sin ganas, no quieren trabajar ni investigar. No quieren ir al fondo de la situación, se quedan en lo superficial. Esto también tiene que ver con los nuevos movimientos y dinámicas que se utilizan, si no se logran con una cierta potencia resultan fríos.

M: El discurso interno en el movimiento es tan importante como la forma externa.
CH: Hace diez años, cuando iba a las milongas, podía quedarme mirando a una pareja bailar toda una vuelta en la pista porque había algo que me atraía, me hacía mantener la mirada en ellos. Hoy no observo más de veinte segundos porque son todas iguales. Ves una pareja circular y la que viene atrás está haciendo lo mismo, y la de más atrás también. No hay ninguna que me atraiga, que me emocione. Salvo si voy a los pocos lugares tradicionales que quedan.

M: ¿Crees que la gente que baila automáticamente o repitiendo fórmulas podría hacerlo de una manera más interna?
CH: ¡Eso demanda un montón de cosas! Vos sabes, porque sos docente también, que en la actualidad está disponible una pedagogía del baile del tango mucho más decodificada que hace diez años, y por lo tanto es más fácil aprender. Hoy se hace una volcada y una colgada y es todo lo mismo porque están, comercialmente hablando, dentro del mismo paquete. Entonces, entre hacer un sandwichito o hacer una volcada… ¡la gente hace una volcada! Porque es más vistosa. Y en el tango hay mucho egocentrismo e individualismo. No van a hacer un sandwichito para disfrutar ese momento, sino aquello que los muestre más y mejor. En el ámbito musical Astor Piazzolla rompió con todo, pero vos lo escuchas y es tango. Y hoy en la danza muchos se piensan que son Piazzolla y no lo son. Veo hombres y mujeres que sólo se preocupan por cómo los ven de afuera. Es una situación bastante complicada que tiene que ver con una personalidad y una identificación muy porteña.

M: ¡Pero los milongueros de otras épocas también eran porteños!
CH: Sí, pero aquellos milongueros tenían respeto, delicadeza y sensibilidad, era totalmente diferente. Sé que mi rol es contradictorio, porque yo también colaboré en generar esta movida joven. En su momento me cansé de los estrictos códigos milongueros que no correspondían con mi tiempo y por rebeldía traté de hacer mi camino. Hoy me volví más milonguero (risas), estoy en contra de la gente que no cabecea, que no tiene códigos ni respeto. El baile del tango tiene un valor que se disipó. Por eso sostengo que muchos están perdidos, se agarran elementalmente para bailar y se mueven dos horas como entes. Es muy triste.

M: A veces noto una puja entre las nuevas corrientes que permiten movimientos más amplios, donde los bailarines usan más espacio, y los que defienden el tango tradicional con abrazo cerrado
CH: Hay algo llamativo en eso. Están los tradicionalistas que defienden las raíces a muerte y por otro lado los modernos o alternativos, es decir, el tango nuevo. Pero si te pones a pensar no hay nada en el medio. Los tradicionalistas se quejan de los modernos sosteniendo que no bailan tango, sino que hacen gimnasia, y los modernos se quejan de que los otros se quedaron en el tiempo. Pero no hay una fusión, son un grupo en contra del otro, y me da tristeza porque en realidad todos estamos en lo mismo.

M: ¿Tenés algún deseo en relación al tango? ¿Alguna asignatura pendiente?
CH: Voy a hacer un poco de historia. Fui rockero, tenía el pelo largo y tocaba la batería. Odiaba el tango, no me gustaba para nada, no lo podía escuchar. Pero, cuando fui a tomar una clase con Ricardo Barrios y Victoria Vieyra, abracé por primera vez a una compañera y me vino un escalofrío. Me dije “Acá pasa algo…” No pude parar más. Ese momento mágico fue mi comienzo. Por otro lado, hace unos años fui a la milonga de “La Trastienda” que organizaba Horacio Godoy. Entré y te vi. Tenía ganas de bailar con vos, pero dudé. Di un montón de vueltas hasta que te invité. Me acuerdo que estábamos hablando, luego nos acercamos y en el momento en que me abrazaste sentí que se me vinieron cuarenta años de tango encima. En un abrazo ¿entendés? ¡No habíamos hecho un sólo paso! Simplemente fue la manera en que me tomaste. Para mí ese fue el momento más fuerte de la tanda. Luego bailamos un montón. Estuvo buenísimo, hicimos cualquier cosa, me divertí mucho. Pero el momento de ese abrazo, como el de mi primera clase y algunos otros, me marcaron en cuanto a mi relación con el baile. Hablo de la intimidad del abrazo. Con muy poca gente pude volverla a vivir, se perdió muchísimo. Mi deseo para el baile del tango, entonces, es que se vuelva a esa intensidad compartida, muy en el alma. No quedarse en lo superficial, sino ir hacia dentro. Que el género evolucione a partir de esa intimidad. La esencia del tango son el abrazo y el otro.

M: ¿Qué más puedo decir? ¡Gracias!

Improvisación y música

M: Sos un gran improvisador y me fascina verte crear. ¿Se pueden transmitir pautas para mejorar la creatividad en la exhibición improvisada?
CH: Quizás sea un ‘kamikaze’. Lo que me provoca sensación o emoción, me hace mover. Cada tango es un momento diferente y fuerte. He diseñado coreografías, no muchas, porque después de repetirlas algunas veces no encuentro riesgo y, cuando no lo tengo, todo parece demasiado fácil. Lo que me moviliza es estar en el borde, a punto de caer, y zafar. Y la improvisación tiene eso. Cada vez que voy a bailar, elijo la música y la cantidad de temas en el momento. Trato de conectarme con Juana Sepúlveda, mi compañera, y de crear un momento artístico, de transmisión o expresión, ahí mismo, en ese momento. No lo preparo ni lo pienso. A veces me sale y otras no.

M: ¿No hay un prediseño o plan establecido?
CH: No, nunca lo hice. Por ahí hago algún paso que experimenté en la milonga, que es mi lugar de práctica. Si no me sale sigo, no insisto, porque puedo perder la conexión que tengo conmigo, con mi compañera y con la gente. He bailado con orquestas de gran prestigio, en teatros de todo el mundo, sin armar coreografía. Dependiendo del caso quizás preparo la entrada y la salida, pero el baile en sí, no.

M: A veces, cuando te veo bailar pareciera que la estructura de tu danza estuviera pensada por su armonía y musicalidad.
CH: Tiene que ver con que fui músico muchos años, por eso entiendo su estructura, ya sea Osvaldo Pugliese, Aníbal Troilo, Piazzolla o tango electrónico. Lo único que preveo es la elección de tangos que conozco bien, para poder jugar con momentos precisos. Intento dar siempre lo que siento debería ir.

M: ¿¡Pero todo eso sucede en el momento!? A veces haces una secuencia que tiene cierta duración, que está hecha de una manera tan justa con un determinado fraseo, donde además de estar creando, estás llevando a tu compañera…
CH: Conozco ese fraseo y sé cuánto dura, sé cuándo tiene que terminar, y voy preparando el movimiento sobre la marcha, para que quede justo con la música.

M: Entonces el valor de conocer la estructura musical es importante.
CH: Es básico. Muchos de los bailarines profesionales conocen los tangos, pero no en profundidad. Tendría que haber una investigación más fuerte de lo musical. No me refiero a los ritmos, los fraseos o la duración, sino a la estructura, los matices y los colores. Hay un montón de riqueza para aprender en relación a la música. ¡Es infinita!

M: Además, lo interesante es que la interpretación musical no sea literal. Vos tenés una impronta y mucha gente sigue tu forma de manejar la música, pero veo cierta falta de comprensión. ¡No se trata de marcar todos los acentitos! (risas) Lo maravilloso del baile del tango es la posibilidad de usar la música de forma aleatoria y personal ¿En qué situación ves a la nueva corriente en relación al baile de exhibición?
CH: Hay un montón de profesionales que han captado esta nueva información y quieren ponerla en sus coreografías. Pero es un material que todavía no está afinado, necesita un tiempo de maduración hasta que se afiance y se pueda usar como elemento de expresión.

M: Se ven aún los pasos más que una expresión fluida.
CH: Creo que es cuestión de darle tiempo. •

• El Tangauta Nº 182 (DIC 2009) • © El Tangauta 2009 


Mariano ‘Chicho’ Frumboli
Essence and teaching

Milena Plebs: I would like to talk to you about the contribution that dancers and teachers can make from our experience to those who are learning.
Chicho: Each day that we go to a milonga, do an exhibition or a show, we are writing tango history, and this is a contribution. Many young people have gotten involved with tango; we are living the beginning of a powerful era. The genre is here to stay, there is no way that it will become hidden or marginalized again. It is constantly evolving.

M: But sometimes those who are starting lose themselves in all the multiple options.
CH: They are completely lost! I learnt with the last great milongueros, I took the information directly from them. Those who are starting to dance don’t have this experience, they learn instead from an intermediate generation that I am a part of; we are a nexus between these old dancers and those who are younger. The problem is that we missed something in the teaching, I take total responsibility, and other colleagues should do so as well. I can’t pass on what I have learned. I was crazy about creating, because I saw a new vein in the evolution of the movement. I threw myself into that, and I lost the way to be able to pass on the tango essence that I have very much inside. Because of this I feel that lately there are a lot of people who don’t understand or know what the real essence of this dance is.

M: You have been dancing for fifteen years. What changes have you noticed in the dance?
CH: Before, people worked with precision and a particular aesthetic, in a functional and mechanical way that gave it a form, and a style. Making a movement or taking a step implied an expression of the entire body. Currently, not only has the essence been lost but the weight of the dance as well, its density and importance. To me, this new tango lost a bit of the respect for what tango is.

M: The knowledge that the milongueros passed on to us intuitively, the indescribable flavor in the way they moved is lost …
CH: Yes, it took me five months to get on the dance floor of the milonga of Almagro, I didn’t dare to, and I went every Sunday only to watch. One breathed an air of respect that cannot be found now. Maybe I still feel it in some milongas like Glorias Argentinas, La Baldosa or in places that are further from the circuit of younger tango. I also took that essence from you and the dancers of your generation. I feel that the people of today are not motivated, they don’t want to work or research.
They don’t want to go to the bottom of the situation; they stay on the surface. This also has to do with the new movements and dynamics that are used, if they are not performed with some power, they turn out cold.

M: The internal discourse of the movement is as important as the external form.
CH: Ten years ago, when I went to milongas, I could stay watching a couple go once around the entire dance floor because there was something that attracted me, made me keep my eyes on them. Today I don’t watch for more than twenty seconds because they are all the same. You see a couple circling and the next one behind them is doing the same thing, and the rest as well. There isn’t anything that attracts me, which excites me. Except if I go to the few traditional places that are left.

M: Do you think that the people who dance automatically or repeating formulas could do it in a more internal way?
CH: This demands a lot of things! You know it, because you are a teacher as well, that currently, the available tango pedagogy is much more decoded than ten years ago and so it is easier to learn. Today you do a volcada and a colgada and it is the same because they are there, commercially speaking, in the same package. Then, between doing a sandwichito or a volcada… people do a volcada! Because it’s more eye-catching. In tango people are self-centered, there is much individuality. They are not going to make a sandwichito to enjoy that moment, but whatever shows them more and better. In the musical field Astor Piazzolla broke with everything but you listen to it and it is tango. And today in the dance many think that they are Piazzolla and they aren’t. I see men and women that only worry about how they are seen from the outside. It is a pretty complicated situation because it has to do with a very porteño personality and identity.

M: But the milongueros from other times were also porteños!
CH: Yes, but those milongueros had respect, delicacy and sensibility, it was totally different. I know my role is contradictory, because I also collaborated in generating this young movement. In its moment I got tired of the strict milonguero codes that didn’t correspond with my time and to rebel I tried to make my way. Today I’m a milonguero again (laughter); I’m against the people who do not cabecear (nod), who don’t have codes or respect. The value of tango has been diluted. That is why I say that many dancers are lost, they barely hold on to each other to dance and for two hours like zombies, it is very sad.

M: Sometimes I notice a competition between new currents that allow more ample movements, where the dancers use more space, and those who defend traditional tango with a closed embrace.
CH: There’s something surprising about that. There are the traditionalists who defend roots to the death and then there are those modern or alternative dancers, in other words, new tango. But if you think about it there is nothing in the middle. The traditionalists complain about the modern ones contending that they don’t dance tango, instead they do gymnastics, and the modern dancers complain that the others got stuck in time. There is no fusion, it is one group against the other, and it makes me sad because in reality we are all together.

M: Do you have any wish in relation to tango? Any pending undertaking?
CH: I’m going to tell you a story. I was into rock-and-roll; I had long hair and played the drums. I hated tango, I didn’t like it one bit, I couldn’t even listen to it. But when I went to take a class with Ricardo Barrios and Victoria Vieyra, I embraced my dance partner for the first time and I got goose bumps. I said, “there’s something going on here…” and I never stopped. That magical moment was my beginning. On the other hand, a few years ago I went to the “La Trastienda” milonga organized by Horacio Godoy. I walked in and I saw you. I wanted to dance with you but second-guessed myself. I went back and forth until I asked you. I remember we were talking, then we embraced each other and, in that moment, I felt 40 years of tango. In the embrace, do you understand? We hadn’t taken a single step! It was simply from the way in which you held me. For me that was the most powerful moment of the tanda. Then we danced for a long time. It was great, we did all sort of things, I enjoyed myself. But the moment of that embrace, like the one of my first class and some others, have marked me in regards to my relationship with the dance. I’m talking about the intimacy of the embrace. With very few people have I been able to feel the same way, much has been lost. My wish for the dance of tango, then, is that the shared intensity returns, in the soul. Not to stay in the surface, but to feel it inside. That the genre evolves from that intimacy. The essence of tango is in the embrace and the person you are dancing with.

M: What else can I say? Thank you!

Improvisation and Music

M: You are a great improviser and it fascinates me to see you create. Can guidelines be transmitted to improve creativity in improvised exhibition?
CH: Maybe I am a ‘kamikaze’. What provokes in me sensation or emotion makes me move. Every tango is a different and powerful moment. I have designed choreographies, not many, because after repeating them a couple times I can’t find any more risk and, when I don’t have it, everything seems too easy. What motivates me is being on the edge, on the verge of falling, and getting away with it. Improvisation has that. Every time I’m going to dance, I choose the music and the number of songs at that moment. I try to connect with Juana Sepulveda, my partner, to create and artistic moment, of transmission or expression, right there, in that moment. I do not prepare it nor do I think about it. Sometimes it works and sometimes it doesn’t.

M: There is no design or pre-established plan?
CH: No, I never did that. Maybe I do some steps that I experimented with in the milonga, which is my place of practice. If something doesn’t work, I don’t insist, because I might loose the connection, I have with myself, with my partner and with the people. I have danced with orchestras of great prestige, in theatres all over the world, without doing choreography. Depending on the case maybe I prepare the entrance and the exit, but not the dance in itself.

M: Sometimes, when I see you dance it looks as if the structure of your dance was thought of for its harmony and musicality.
CH:: It has to do with the fact that I was a musician for many years, which is why I understand its structure, whether it is Osvaldo Pugliese, Anibal Troilo, Piazzolla or Electronic tango. The only thing I plan is a selection of tangos that I know well, to be able to play at precise moments. I try to always give what I think belongs there.

M: All of this happens on the spot? There are times when you do a sequence that has a certain duration, that has been made a certain way with a determined phrasing, where in addition to creating you are leading your partner…
CH: I know that phrase and how long it lasts, I know when it has to end and I prepare the movement along the way so that it fits perfectly with the music

M: So, the value of knowing the structure of the music is important.
CH: It is crucial. Many of the professional dancers know the tangos but not in depth. There should be stronger research of the music. I’m not talking about the rhythms, the phrasing or the duration, but the structure, the nuances and the colors. There is richness to be learned in relation to the music. It is infinite!

M: Also, what’s interesting is for the musical interpretation not to be literal. You have a style and many people follow your way to managing the music, but I see a certain lack of comprehension. It’s not about marking every little accent! (laughter) What’s marvelous about tango is the possibility of using the music in a random and personal way. How do you see the new current in relation to exhibition dancing?
CH: There are many professionals who have captured this new information and want to put it in their choreographies. But this material is not refined yet, it needs time to mature until it consolidates itself and can be used as an element of expression.

M: What one still sees are the steps instead of a fluid expression
CH: I think it is a question of giving it time. •

• El Tangauta Nº 182 (DIC 2009) • © El Tangauta 2009 


Interview de Mariano Chicho Frumboli

https://youtube.com/watch?v=2iYehErZ_yE%3Fecver%3D1

TETE RUSCONI, CARTAS ABIERTAS

Tete Rusconi, cartas abiertas

Lettre de Tete distribuée en 2006 à Buenos Aires. Merci à RC qui l’a rapportée de Baires !

Il y a bien longtemps, j’avais traduit une lettre ouverte de Tete aux danseurs et aux professeurs et un autre de ses textes « Dits de Tete » à l’occasion de sa mort en 2010.

J’ai retrouvé la trace de cette lettre sur le site de Tangolab (qui n’existe plus) et plus récemment sur l’excellent site Tango Sacha (Milonga Ophelia). Ces documents étant toujours d’actualité, il me semble précieux de les retranscrire ici, dix ans après. Il faut savoir que Tete déposait sur les tables des milongas, ces petits libelles exposant sa vision du tango, vision que je partage avec vous.

La première lettre date du 9 janvier 2006, la seconde, je ne m’en souviens plus. Tete les déposait sur les tables des milongas (voir ci-dessus la photo d’une de ces lettres, confiée par mon amie RC). Elle avait aussi été publiée dans la revue Tango y Cultura popular n·68 de mars 2006.

Apprenons à danser le tango
Aujourd’hui, 9 janvier 2006, avec toute l’affection et le respect que j’ai pour vous, j’aimerais vous demander quelque chose. Ce n’est pas un reproche, pour qui que ce soit. Ce que j’aimerais, c’est que les jeunes et tous ceux qui dansent le tango comprennent mon point de vue : Il n’est point besoin de travestir le tango, en aucune manière, car cette musique, si passionnée, nous donne vie, énergie, plaisir et ainsi nous nous sentons meilleurs. Depuis le temps que je vois des danseurs et des professeurs, je pense qu’il ne faut pas qu’il persiste avec autant d’erreurs dans l’enseignement et les démonstrations. Mon sentiment est que la musique est la base principale du Tango. Il faut ensuite apprendre à marcher avec elle, en conservant l’équilibre et le rythme (cadencia / cadence). Je ne peux pas affirmer que la technique n’existe pas quand on danse, mais je crois qu’il serait profitable que l’on enseigne à danser plus librement, pour soi-même… Là est le plaisir. Personne ne nous méjuge en nous regardant danser pour nous.
En cela, je dis que beaucoup travestissent le tango en ce qu’il n’est pas réellement. Il est avant tout musicalité et ne se préoccupe pas initialement des pas. Nous ne devons pas commettre l’erreur d’oublier d’enseigner comment marcher sur différents rythmes en harmonie avec chaque orchestre. Trop de personnes qui enseignent le tango devraient d’abord apprendre à le danser pour ensuite pouvoir enseigner en donnant tout de soi. Ainsi, ils ne tromperaient pas leurs élèves, ni ne nuiraient à leur réputation de professeur.
Le tango n’est pas un commerce, contrairement à ce qu’en font beaucoup. Le tango fait partie de notre vie, partie de nos ancêtres, pères, mères, frères et amis. Il est notre vie. Nous ne devons pas persister dans l’erreur. Il faut le reconquérir, lui que nous perdons, faute de le respecter.
Chers amis, danseuses, danseurs, l’enseignement du tango est un travail supplémentaire dans votre vie. Par respect pour vous-même, vous feriez mieux dans vos démonstrations de danser plus de tango et faire moins d’acrobaties, de ballet et de ces choses qui ne sont pas du tango. Je ne puis croire qu’avec les démonstrations vous entriez en compétition en sachant que chaque couple devrait créer son style. De plus, on ne devrait pas danser sur de la musique qui n’est pas du tango. Ainsi, on ne trompe personne, pas même soi. Voici un conseil pour la communauté tango d’Europe et du reste du Monde : Il me plairait que vous ouvriez les yeux sur la pédagogie de la danse, en particulier les organisateurs de stages et les professeurs. De tout mon cœur, j’aimerais qu’ils sachent que quand ils organisent quelque chose, ils se doivent d’inviter les meilleurs danseuses et professeurs pour pouvoir enseigner comme il se doit. Sans la musique, le rythme, la posture et l’équilibre, les pas ne servent à rien. Pour cela, il faut des danseurs et professeurs authentiques. Alors, enfin, du fond de mon cœur, avec un soupçon de tristesse, je voudrais que vous y pensiez. Si vous avez quelque chose à me dire, j’aimerais que vous le fassiez, à travers une revue ou ailleurs, où que ce soit. Si vous souhaitez vous plaindre, parlez-moi, je vais au bal, voyez-moi, parlez-moi, interrogez-moi. Je répondrai à tous, n’ayez crainte. Je ne laisserai personne sans réponse, mais s’il vous plait, changez de pratique, mettons en place un système où nous serions tous heureux, où nous pourrions danser le tango, où nous serions heureux en étant beaucoup plus nombreux, sans plus vendre de mensonge à qui que ce soit. Maintenant, j’envoie un baiser et un abrazo à vous tous en espérant que cette année qui commence sera la plus heureuse pour tous. Merci,
Tete
Traduction libre en 2006
(révisée en 2016)
par DJ Bernardo BYC,
avec un grand Merci à Françoise S.
Aprendamos a bailar el Tango
“Hoy 9 de enero del 2006 quisiera pasar a pedirles algo con el cariño y respeto que siento por todos ustedes. Esto no es un reproche para nadie, yo lo que quiero es que toda la juventud y todo aquel que baila tango entienda mi motivo: No hay que disfrazar al tango bajo ningún punto de vista, porque esta música tan apasionante nos da vida, energía, placer y así nos sentimos mejor. Después de muchos años de ver bailarines y maestros, pienso que no puede haber tantos errores en la enseñanza ni en las exhibiciones. Paso a contarles cuál es mi idea. Siempre supe que la música es la base principal del tango. También es aprender a caminar con ella, teniendo equilibrio y cadencia. No podría decirles que no hay una técnica cuando se baila, pero sí que sería mejor que se enseñara a bailar más libremente, para uno mismo… ahí está la diversión. Nadie nos compromete mirándonos, porque bailamos para nosotros. En esto que digo pienso que muchos están disfrazando al tango de algo que no es verdad, porque el tango es música y no se empieza por los pasos, ni tenemos que cometer el error de no enseñar cómo caminar diferentes compases musicales para reconocer cada orquesta. Mucha gente que está enseñando tendría que aprender primero a bailar tango, para poder enseñar dando todo de sí mismo, para no defraudar a sus alumnos ni dañar su imagen como profesor. El tango no es un negocio, aunque muchos lo vean así. El tango es parte de nuestra vida, parte de nuestros abuelos, padres, madres, hermanos y amigos. Es nuestra vida. No deberíamos equivocarnos tanto y tendríamos que volver a conquistarlo, ya que lo estamos perdiendo por no respetarlo. Queridos amigos, bailarinas y bailarines, como esto que hacen es un trabajo más en la vida de uno, por respeto a ustedes mismos, en sus exhibiciones sería bueno que bailaran más tango y menos acrobacia, ballet o cualquier cosa que no sea tango. No quiero creer que también con las exhibiciones compiten; sabemos que cada pareja debería crear su estilo, y además no se debería bailar música que no es tango. En eso no se mientan a ustedes mismos ni a la gente. Y para la comunidad tanguera de Europa y del resto del mundo les doy un consejo: me gustaría que abrieran los ojos acerca de cómo aprender a bailar, principalmente a los organizadores de stages y a los profesores, de todo corazón, quiero que sepan que, cuando se organiza algo, se trata de llevar los mejores bailarines y maestros, para poder enseñar como es debido. Sin la música, la cadencia, la postura, el equilibrio, de nada sirven los pasos y para eso necesitamos maestros y profesores auténticos. Así que bueno desde el fondo de mi corazón, con un poco de tristeza, me gustaría que ustedes lo piensen y, si hay algo para decirme, me gustaría que lo hicieran ya sea por medio de revista o por donde sea, si quieren quejarse háblenme, yo voy al baile; me ven, me dicen, me preguntan y yo contesto… les voy a contestar a todos, no tengan miedo, que no voy a dejar a nadie sin contestar, pero por favor cambien el sistema, pongan un sistema donde todos seamos alegres, donde podamos bailar el tango, donde seamos felices y donde podamos tener mucha más gente, sin venderle ninguna mentira más, yo desde ya les mando un beso y un abrazo a todos ustedes y espero que este año que ha empezado sea el más feliz para todos. Gracias,
Tete. 
Dits de Tete
Pedro « Tete » Rusconi
Je dis la vérité. Ne travestissons pas le tango car sinon nous l’envoyons à sa ruine. Sans vouloir offenser qui que ce soit, j’aime le tango. Je ne critique personne mais ne déguisez pas le tango. Le tango se danse de mille façons, mais avant tout, on prend appui dans le sol, parce que dans le sol se trouve l’énergie et que c’est sur lui que l’on danse la musique. Ne perdons pas le plaisir et l’amour pour la danse s’encrant au sol. Les jeunes d’aujourd’hui dansent dans les airs : vous pouvez faire des choses très jolies, mais faîtes-les au sol, tout comme les grands maîtres. Le compas et la mélodie du tango sont très particuliers, c’est une souffrance de les perdre. Que ce soit sur ou au pied de la scène, toujours le danseur doit vivre la musique. S’il vous plaît réveillez-vous et comprenez ce qu’ils font avec la musique ou il viendra un temps où les Européens vont nous vendre le tango. Je parle du cœur, je suis un mec qui danse. J’ai donné des ateliers pour les enseignants à l’étranger, je pensais qu’ils n’allaient jamais surpasser nos danseurs… Là-bas, il y a des gens qui peuvent danser furieusement bien. Restons sur notre axe et n’allons pas en regardant le sol. Ne dansons pas pour le public, seulement pour nous. Quand on danse sur scène, il faut danser d’abord pour soi pour que ce soit plus lumineux. Ce n’est pas car je m’exhibe que je dois oublier qui je suis ou la musique. Le tango est une affaire à deux. Sans la femme, il n’y a pas de cavalier qui puisse danser. La femme, de son côté, peut mettre en valeur son partenaire quand elle le comprend vraiment. Même si l’enseignement du tango devient un travail, on ne peut pas enseigner un pas sans musique, On n’apprend pas un pas pour un pas. Sans musique, il y a ni danseur, ni tango, ni enseignant, ni élève. Le véritable maestro ne peut transmettre que ce que la musique lui a enseigné.
Traduction DJ Bernardo BYC 2010
Habla Tete
Pedro « Tete » Rusconi
Yo digo la verdad. No disfracemos el tango porque lo vamos a arruinar. Sin querer ofender a nadie, yo amo el tango. No castigo a nadie, pero no disfracemos el tango. El tango tiene mil formas de bailarse, pero primero pisemos el suelo porque en el piso está la energía y es donde bailamos la música. No perdamos el placer y el amor por bailar pisando el suelo. Los chicos de hoy andan por el aire: todos ustedes son capaces de hacer cosas muy lindas, háganlas en el piso, como los grandes Maestros lo hicieron. Los compases y la melodía del tango son muy especiales, es una lástima perderlos. Sea arriba o abajo del escenario siempre que el bailarín baile debe vivir esa música. Por favor despiértense y comprendan qué hacen con la música porque si no va a llegar un momento en que los europeos nos van a vender el tango a nosotros. Yo hablo de corazón, soy un tipo más que baila. Yo he dado talleres para maestros en el extranjero, pensé que no iban a superar a nuestros bailarines…Acá hay gente que puede bailar ferozmente. Parémonos en nuestro eje y no vayamos mirando el piso. No bailemos para el público sino para nosotros. Cuando se baila en el escenario hay que bailar primero para uno porque también luce mucho más. No por mostrarme me olvido de quién soy ni de la música. El tango es de a dos. Sin la mujer no hay bailarín que pueda bailar. La mujer también luce al bailarín cuando lo comprende. Aunque la enseñanza del tango sea un trabajo, no se enseña el paso sin la música; no se enseña el paso por el paso. Sin la música no hay bailarín, ni tango, ni maestro, ni alumno. Maestro es el que tiene una enseñanza para dar, es la que le dejó la música.

Autres écrits pouvant vous intéresser : 

Grandes milongueros en la década de los 90

Pablo Inza

La Rusa (Juana Lemos) y el Chino Perico (Ricardo Ponce) en Zunderland
  • Il ne s’agit pas d’un texte, mais d’une analyse de témoignages de la façon de danser de trois danseurs importants des années 90.
  • No se trata de un texto, sino de un análisis de los testimonios del estilo de baile de tres importantes bailarines de los noventa.
  • It is not a text, but an analysis of the testimonies of the dance style of three important dancers of the nineties.

Chino Perico (Ricardo Ponde), Geraldo Portalea y Turco José (José Brahemcha)

00:33Introducción
05:46Chino Perico (Ricardo Ponce)
12:07Gerardo Portalea
19:21Turco José (José Brahemcha)

  • Pensez à activer la traduction pour avoir une autre langue que l’espagnol.
  • Remember to activate the translation to have a language other than Spanish.

DJ DE TANGO, LA GRANDE INCOMPRÉHENSION…

DJ BERNARDO BYCUN COMMENTAIRE

DJ de tango, la grande incompréhension…

Article rédigé en 2014 mais qui me semble toujours d’actualité…

L’arrivée de l’ordinateur dans le DJing et la diffusion de tangos via Internet ont très clairement démocratisé le métier de DJ de tango. Il suffit désormais de télécharger des playlists pour se dire DJ. C’est un peu facile, mais est-ce souhaitable pour les danseurs ?

Bien sûr, ce phénomène existait auparavant avec les compilations organisées en tandas, vendues par certaines milongas et DJ portègnes, ou par divers autres canaux. Ce qui est nouveau maintenant, c’est que la facilité d’utilisation de l’ordinateur permet de mélanger ces morceaux, sans avoir à maîtriser les outils en temps réel.

Et c’est là que le bât blesse. En effet, une compilation, qu’elle soit en provenance d’une milonga de Buenos Aires, ou qu’elle ait été réalisée à la maison par l’apprenti DJ, NE PEUT CONVENIR À COUP SÛR À LA MILONGA en cours de musicalisation.

Sentir la milonga

Le rôle du DJ est de diffuser le bon morceau au bon moment. Si c’est pour diffuser une playlist, il suffit d’un CD gravé, d’un lecteur mp3 ou d’un ordinateur. Je me demande quel peut être l’intérêt pour le DJ qui reste 5 heures ou plus derrière son ordi à faire semblant de bricoler une playlist qui est de toute façon immuable…

Je comprends mieux les motivations de ce DJ qui se contente de couper la fin de la cortina sur son lecteur mp3 pour être le premier sur la piste. Lui, il veut danser sur les musiques qu’il aime et peu importe le vécu des danseurs (ou non-danseurs qui voient le DJ, s’agiter sur la piste alors qu’eux attendent un titre à peu près à leur goût).

Pour moi, le DJ doit sentir la milonga, regarder ceux qui ne dansent pas, repérer ce qui fait lever certains et pas d’autres, afin que chaque sensibilité puisse trouver de quoi avoir envie de danser. Il pourra faire des tests, par exemple en variant les cortinas, ou en observant les réactions devant un morceau un peu plus surprenant.

Mais dans tous les cas, c’est l’adéquation entre les envies des danseurs et la programmation qui fera le succès de la soirée.

Le choix du DJ

J’ai été très interpelé il y a quelque temps en discutant avec un organisateur qui me disait qu’il sélectionnait ses DJ par rapport à leur style. Je crois qu’il pensait que mettre un DJ « catalogué » d’un style proche de sa milonga était un gage de qualité. De fait, s’il lui arrive de faire venir de bons DJ, il recrute finalement, surtout des maniaques de la playlist.

Vous avez tous en tête certains DJ capables de musicaliser un festival, une milonga de Buenos Aires ou un encuentro milonguero avec le même bonheur, mais pas avec la même musique. C’est que ce DJ sait jouer des paramètres offerts par la musique et des moyens techniques à sa disposition pour s’adapter réellement à son public.

Paramètres à la disposition du DJ pour adapter sa musicalisation

Les orchestres sont la première variable. Il est possible de varier les orchestres pour éviter la monotonie.

Les styles des orchestres est un facteur important. Notons aussi qu’un même orchestre, suivant les périodes peut avoir des ambiances différentes.

Les formes de tangos (chantés, instrumentaux, canyengue ou autres) sont très directement ressenties par les danseurs. Cependant, globalement, les titres chantés sont majoritaires car ils sont plus plaisants à danser à condition de choisir des tangos chantés et pas des chansons de tango, ce qui est une erreur beaucoup trop fréquente chez les apprentis DJ et qui plombent assurément la tanda…

L’énergie des morceaux est sans doute le paramètre essentiel et souvent mal géré. Il ne faut en effet pas confondre énergie et vitesse. Des morceaux d’apparence calmes comme certains titres de Calo peuvent être très énergiques et inversement, des tangos bruyants et rapides peuvent être complètement plats à danser. Certains DJ confondent ces paramètres et vont diffuser des orchestres de style ou sonorité différents, mais qui ont tous la même énergie. Cela créé l’ennui à coup sûr…

L’organisation des tandas est très importante selon moi. En effet, si le premier morceau est destiné à faire se lever le plus de danseurs que possible, il ne faut pas que les autres déçoivent. Ils doivent être donc d’une énergie semblable et de préférence ascendante. Les danseurs ne doivent pas non plus subir de chocs causés par des titres mal assemblés.

Réactivité et adaptation sont très importantes. Il m’arrive fréquemment de changer une tanda en cours de diffusion en fonction de ce qui se passe sur et autour de la piste. Si le premier titre n’a pas fait lever assez de monde, je place un second titre plus efficace, voire, je change l’ambiance de la tanda en la faisant évoluer. Je pense par exemple à une tanda de canyengue qui peut selon les publics passer parfaitement ou bien fatiguer. Je fais alors évoluer la tanda vers des canyengues plus rapides, voire plus du tout canyengue si cela n’a pas du tout de succès.

L’organisation des tandas en ronda est aussi un élément sur lequel le DJ peut jouer. Pour ma part, je diffuse quasiment toujours des tandas de quatre, y compris pour les valses et sauf pour les milongas ou des titres nuevos parfois plus longs. J’adopte cependant parfois les tandas de trois, sur une partie de la milonga, par exemple lorsque la durée est très courte et s’il y a un gros déséquilibre des partenaires. C’est cependant quelque chose que je répugne un peu à faire car cela entre dans la mode du « zapping » et l’on s’éloigne du tango. Il me semble préférable de faire des milongas qui durent plus longtemps afin d’offrir à tout le monde une chance de bien danser (c’est d’ailleurs le choix effectué par les portègnes…). La ronda comporte traditionnellement des successions de styles du type T T V T T M ou T = Tango, V = Vals et M = Milonga). Pour les milongas courtes où quand je veux donner beaucoup d’énergie, il m’arrive de faire T V T M, ou T V T T M. Il n’est pas possible d’utiliser cette ronda toute une milonga, car elle est très fatigante pour les danseurs… D’autres DJ vont multiplier au contraire les tandas de tango pour diminuer le nombre de Vals et Milongas.

Le volume sonore est aussi très important à considérer. Il arrive souvent que les cortinas soient plus fortes que les morceaux dansés. Je trouve cela illogique. C’est à mon avis les tandas qui doivent donner l’ambiance. Les cortinas sont là pour échanger quelques mots et se préparer à la prochaine tanda. Je pense aussi que la musique doit être jouée suffisamment forte pour que l’on puisse enter dedans sans être obligé de tendre l’oreille. Une cortina moins forte permettra de se reposer l’oreille et évitera d’avoir à pousser exagérément le volume de la tanda suivante pour couvrir les conversations qui auront été poussées pour couvrir le bruit de la cortina.

Je reste bref sur le choix des morceaux pour chaque compositeur et orchestre. C’est un des rôles majeurs du DJ, mais ce n’est pas souvent là qu’est le plus gros problème (si on excepte la question des chansons diffusées comme tangos chantés). Le sérieux point noir vient de ce que ces morceaux sont diffusés dans un ordre hasardeux ou à mauvais escient. Deux excellentes tandas peuvent se tuer si elles se succèdent car elles peuvent être d’une énergie trop proche (ou trop différente).

L’utilisation de l’ordinateur conduit aussi à ne pas exploiter un des facteurs qui est l’intervalle entre les morceaux. Par défaut, j’ai un intervalle de 3,7 secondes entre les titres, mais il m’arrive de raccourcir ou prolonger cette durée en fonction du lieu, des danseurs et de l’énergie à diffuser. Par exemple, dans une tanda où il y a une dynamique mécanique très entraînante comme dans certains vals de d’Arienzo, il peut être intéressant de ne pas laisser de trop grands blancs pour que l’énergie reste en progression constante.

La longueur des cortinas est aussi à prendre en considération. Trop courtes, elles empêchent d’avoir le temps de retourner s’asseoir, ce qui pénalise le renouvellement des couples. Il faut avoir le temps de raccompagner sa danseuse et de préparer la suite… Il ne faut pas qu’elle soit trop longue non plus. Une fois que les plus rapides ont fait leur choix, il est intéressant de lancer la tanda suivante…

Dans la pratique, il y a des dizaines d’autres paramètres que doit pouvoir estimer et maîtriser le DJ. Je prendrai juste pour exemple la diffusion d’une tanda de milonga dans la dernière heure d’une soirée. Certains DJ se l’interdisent par principe. En fait, c’est assez idiot dans la mesure où, où la milonga est appréciée, cette dernière tanda sera hyper bien vécue, dans le style éclate finale. Il m’arrive dans d’autres endroits, de remplacer une tanda de milonga par des vals, ou plus rarement l’inverse.

Aux organisateurs

J’espère que ces petits éléments vous permettront de voir plus clair sur comment choisir un DJ. Lorsque je suis danseur, j’ai envie de passer une bonne soirée et si je peux faire des kilomètres pour un DJ et même si tous les danseurs ne sont pas aussi exigeants, ils sont globalement tous sensibles à la musique et ils passeront, ou pas, une excellente soirée, avec fatigue, ou sans. Le DJ doit donc pouvoir veiller sur eux, en les ménageant ou en les tonifiant en fonction de l’ambiance du moment.

Un bon DJ a effectué un énorme travail en amont pour connaître et organiser sa musique, de façon à pouvoir programmer avec efficacité en direct. Ce travail mérite salaire et il me semble que l’on devrait payer le DJ en fonction de sa réussite. J’ai proposé à certains organisateurs un paiement à l’entrée. Curieusement, cela en gène beaucoup. Pourtant, quand le DJ fait venir deux fois plus de monde que le public habituel, il semblerait logique qu’il soit mieux payé.


Aux DJ débutants

Bienvenue dans cette merveilleuse activité qui consiste à faire danser le tango en choisissant des musiques. Je vous conseille très vite d’abandonner les playlists pour vous concentrer sur ce qui se passe dans la salle (y compris autour de la piste).

Vous pouvez en revanche organiser des tandas toutes faites, que vous diffuserez dans l’ordre qui convient à l’ambiance du moment. C’est un premier pas vers l’adaptation. Ainsi, si vous avez besoin d’une tanda plus calme ou plus tonique, vous en aurez quelques-unes toutes prêtes que vous pourrez diffuser en confiance, sachant que vous en ferez pas de grave faute de goût.

Lorsque vous aurez acquis de l’assurance, vous pourrez vous détacher de ces tandas préfabriquées pour en créer de nouvelles en direct. Pour acquérir cette liberté, il vous faut deux choses :

  1. Bien connaître votre musique
  2. Avoir bien organisé sa musique (rien de plus bête que de passer une milonga ou une ranchera au milieu d’une tanda de vals car on a mal étiqueté sa musique…).

Cela ne vous dispensera pas de la pré-écoute, mais pour ma part, j’essaye d’en faire le moins possible durant la milonga car cela nous isole de la salle.

Vous trouverez d’autres textes qui pourront vous être utile sur mon site :