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TANDAS DE 5, 4, 3, 2 OU 1?

DJ BERNARDO BYCLAISSER UN COMMENTAIRE

DJ BYC en Toulouse (Francia) al frente del lugar de nacimiento de Carlos Gardel
DJ BYC en Toulouse (Francia) al frente del lugar de nacimiento de Carlos Gardel

Pourquoi ce compte à rebours ?

Aujourd’hui se pose la question du nombre de titres dans une tanda.

Pour ma part, naturellement, je propose 4 tangos, 4 valses et 3 milongas. Je sépare les tandas par une cortina et de temps à autre, je propose un intermède de Folklore, Tropical ou Rock, voire autre chose en fonction du lieu.

Dans certaines régions, on milite pour la tanda de trois tangos, dans le but espéré de faire plus souvent tourner et ainsi limiter le temps d’attente, généralement des femmes, pour ceux qui ne dansent pas, faute d’un équilibre du nombre de partenaires.

La notion de tanda est cependant une notion assez récente. 

Le temps des orchestres, tandas de 2 et de 1

À l’âge d’or du tango, celui où on pouvait danser tous les soirs sur un orchestre, les choses étaient bien différentes. En fait, elles étaient absolument identiques à ce que l’on trouve dans nos actuels bals musette en France. L’orchestre jouait deux tangos, puis le même orchestre ou un second orchestre jouait un autre air, du jazz, ou un foxtrot, par exemple.

Ensuite, ils jouaient une valse, suivie d’un nouveau morceau Jazz, puis à nouveau deux tangas, du jazz, et enfin une milonga et on recommençait.

Mais alors, me direz-vous, les danseurs se séparaient à chaque morceau, par exemple après la valse s’ils ne souhaitaient par faire le jazz ?

Ben oui, mais la différence est que les sièges n’étaient pas encore la règle dans les lieux de danse. Les danseurs rejoignaient le milieu de la piste et se dirigaient ensuite vers les femmes situées au bord de la piste.

Cette stratégie pourrait être intéressante pour les événements double-rôle. Les guideurs au milieu, les suiveurs autour…

L’apparition des tables et des enregistrements sur cassettes, tandas de 5 et cortina

Philips, en inventant la cassette musicale a modifié les comportements dans les bals. Chaque face de cassette, à l’époque de 60 minutes pouvait comporter 10 titres. Donc, entre la face A et la face B, une cassette comportait 20 titres.

L’animateur découpait donc sa programmation en 5 morceaux de la première face, une cortina sur une autre cassette. Ah, je vous vois venir, pourquoi la cortina ?

C’est que sont apparues aussi les tables. Il fallait donc prévoir le temps nécessaire pour que les couples se défassent, se reposent (après 5 tangos) et se recomposent.

Pourquoi une deuxième cassette ?  Ben, le temps pour effectuer toutes ces opérations pouvant être très variables d’un jour à l’autre ou d’une salle à l’autre, il est plus simple d’avoir une cassette avec la cortina et de la rembobiner pour repositionner la cortina à son début. Certains le faisaient avec un crayon car c’était plus précis qu’avec le lecteur de cassette car il suffisait de trouver le repère, généralement l’amorce. À mes débuts, je coupais les amorces pour que le rembobinage soit plus simple… Il me suffisait de rembobiner et j’étais au début. Mais j’avais un double-cassettes. Sans cela, j’aurais procédé comme Felix Picherna, au crayon…

De cette période reste aussi la mode de la cortina unique pour toute la soirée. C’est la même cassette qui servait et était rembobinée.

Les tables et le service à icelles a aussi favorisé le développement des cortinas pour permettre aux serveurs de rejoindre les tables avec moins de risque d’accident…

L’apparition du CD, Tandas de 4 et cortinas

Je n’ai pas évoqué l’utilisation du disque noir, car elle n’a pas apporté de grandes innovations sur ce point. En permettant l’accès direct à chaque titre, elle permettait en principe de créer les tandas en direct, mais cela n’a pas d’influence sur le nombre de titres. On retrouve cette facilité sans la difficulté d’accéder à une plage précise avec les CD (il fallait bien viser pour positionner la tête de lecture pile au bon endroit du sillon et ne pas se tromper de plage, non plus…).

De cette époque, on retrouve la normalisation des tandas comme aujourd’hui dans les milongas traditionnelles avec 4T, 4T, 4V, 4T, 4T et 3M (T=Tango, V=Valse, M=Milonga).

Je n’ai pas encore d’explication pour ce passage de cinq à quatre, si ce n’est, peut-être déjà l’idée de réduire l’attente en cas de déséquilibre entre partenaires. Il y avait aussi, sans doute le fait que beaucoup de danseurs n’invitaient que sur le second titre…

La démocratisation du graveur de CD a fait apparaître un nouveau phénomène, la « Playlist ». Le CD est alors tout bonnement lu en continu.

L’apparition de l’ordinateur portable

Dans les années 90, l’ordinateur et l’apparition des disques durs ont favorisé son utilisation en musique.

Pour ma part, je suis passé par le stade intermédiaire du Minidisk qui permettait de conserver une qualité CD, sans se ruiner. C’est l’époque où j’ai numérisé beaucoup de disques de pâte (Shellac et Vinyles) grâce à ma regrettée platine Thorens TD 124…

L’ordinateur a offert une grande facilité pour proposer des tandas construites à la volée. En fait, c’est l’ordinateur portable qui permettait cela, difficile de se trimbaler avec les tours et surtout les écrans cathodiques de l’époque.

Cet outil est donc merveilleux pour le DJ et dès que j’ai pu avoir un ordinateur portable, je l’ai adopté.

J’utilisais Winamp à l’époque, ce que de très nombreux DJs continuent à faire, mais c’est une autre histoire.

L’ère de l’ordinateur, encore plus que celle du graveur de CD a fait la part belle aux Playlists. Et je ne parle pas des mp3… Tiens, à ce sujet, j’ai eu aussi un épisode mp3, avec deux petits iPods nano et classic (avec affichage) qui me permettaient de choisir une tanda pendant que l’autre défilait. C’était pour ma milonga en plein air.

Donc, aujourd’hui, l’ordinateur domine le domaine. C’est très bien, car c’est l’outil qui permet la plus grande souplesse pour l’organisation en direct de la musique. Il sert aussi beaucoup pour les « DJs » à Playlists, qui font leur courrier, échangent sur Facebook ou tout autre activité pour ne pas s’ennuyer (et pour que les danseurs les croient absorbés dans la création…). C’est une raison supplémentaire pour ne pas encourager ce type de DJs (je ne parle pas des bénévoles qui officient dans les associations et qui ont le mérite de se dévouer pour le plaisir des autres). Ces playlisteurs n’ont aucune raison d’être attentifs au bal, puisque de toute façon, ils ne pourront pas changer son déroulement. Un véritable DJ, à mon sens est l’animateur de la soirée, rebondissant sur l’actualité de la salle, pour offrir le plus souvent possible le bon titre au bon moment.

Et mes tandas dans tout cela ?

Ah, oui. Les tandas. Ben, avec l’ordinateur, on peut faire ce que l’on veut. Passer la musique en mode aléatoire. C’est l’ordinateur qui « choisit » la musique à suivre. Diffuser une playlist, ou, s’en servir pour rechercher rapidement le bon titre à diffuser.

J’espère que vous aurez deviné quelle stratégie est la mienne.

Je construis donc à la volée, des tandas de quatre, ou trois selon les circonstances.

Je ne sais pas ce que deviendront les tandas dans le futur. Ici, à Buenos Aires, les tandas sont de quatre, y compris pour les valses (trois pour les milongas) dans les milongas traditionnelles. C’est le modèle auquel je m’accroche et que j’essaye de faire partager, car je le trouve bien adapté au fonctionnement actuel avec tables, chaises et mirada. Le voyage sur quatre titres est aussi idéal avec la danseuse. Trois donne un impression de frustration (et parfois, avouons-le de soulagement, mais dans ce cas, il fallait mieux inviter…).

Peut-être qu’ailleurs, la réduction du nombre de titres va se généraliser (dans certaines milongas à Buenos Aires, il existe des tandas de trois valses). D’ailleurs, je vais respecter cela lors de ma prochaine musicalisation à Gricel…

En descendant le nombre de titres par tanda, on risque de retrouver le fonctionnement des milongas de l’âge d’or, à la limite pourquoi pas. C’est peut-être à essayer dans les milongas où il n’y a pas de sièges…

Par contre, les hommes au milieu qui vont chercher les femmes, pas sûr que ce soit apprécié.

À suivre…

Merci à Dany Borelli, DJ à Los Consagrados, Nueveo Chique, Milonga de Buenos Aires et autres, d’avoir échangé sur ce sujet, ce qui me permet de confirmer certaines idées qui peuvent paraître surprenantes aux néophytes.

TOP 20 TANGOS CHANTÉS

DJ BERNARDO BYCLAISSER UN COMMENTAIRE

Les 20 tangos chantés les plus appréciés en milonga

Une amie, historienne du tango, m’a posé ce matin cette question « quels sont les 20 tangos les plus appréciés en milonga » alors que j’étais justement en train de préparer la question…

Tout d’abord, il y a tango chanté et chanson de tango. Ce dernier type, utilisé en milonga a donné une très mauvaise réputation au tango chanté. En effet, les cantantes (chanteurs généralistes adeptes du bel canto), par opposition au cantores (chanteurs de tango plus dans l’émotion et l’interprétation que la recherche de la belle voix) emploient dans leurs performances des éléments d’interprétation que les danseurs peuvent difficilement anticiper, ce qui nuit gravement à l’improvisation, ou plus modestement, à la reproduction des chorégraphies habituelles chez les plus mauvais danseurs. Il m’arrive que des organisateurs me demandent de ne pas passer de tangos chantés, car les danseurs de cette milonga n’aiment pas. J’ai à chaque fois fait l’inverse et les organisateurs et les danseurs ont toujours été enchantés du résultat.

Pour moi, il est donc clairement établi que les tangos chantés ont bonne cote.

Un sondage aux résultats surprenants

pie-chart (chanté)
Seul 14 % des danseurs préfèrent les tangos instrumentaux.

J’ai réalisé ces derniers jours un petit sondage dont les résultats m’ont assez surpris. « Préférez-vous les tangos instrumentaux ou chantés pour danser ? Do you prefer instrumental tangos or sung to dance? ¿Prefieres tangos instrumentales o tangos cantados para bailar? », la réponse est : « Les deux — Either — Los dos » à 50 %, « Tangos chantés (cantados) (sung) » pour 36,1 % et seulement 13,9 % pour « Tangos instrumentaux (instrumental) ». Pour aller plus loin, les femmes mettent à égalité les deux genres et seulement 13,3 % des hommes indiquent préférer les tangos instrumentaux.

 Cela correspond à mes observations. Autrefois, j’essayais de passer presque autant de tangos instrumentaux que chantés, mais mon style actuel est surtout basé sur les tangos chantés, mon intuition semblait bonne.

Je pense donc que faire la distinction entre des tangos chantés et des chansons tango est très important, car ceux qui n’aiment pas les chansons tango râlent vite, ce qui donne très souvent l’impression que ce sont tous les tangos chantés qui sont à rejeter… C’est par ailleurs une des notions que j’ai le plus de mal à faire comprendre dans mes stages DJ, la différence entre dansable et donnant irrésistiblement envie de danser. 😉

Les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes goûts

pie-chart Femmes
Les orchestres enregistrés, préférés par les femmes
pie-chart Hommes
Les orchestres enregistrés, préférés par les hommes

Chez les femmes, le classement de tête des orchestres enregistré est Canaro ; Di Sarli ; Pugliese alors que chez les hommes, Fresedo arrive en tête, suivi de D’Arienzo, Pugliese, Di Sarli et Troilo. Quand on mélange tout (hommes et femmes), on obtient le palmarès suivant, Pugliese, bien devant, avec dans un mouchoir de poche, D’Arienzo, Di Sarli, Troilo, Canaro et Fresedo. En dessous de 30 %, mais encore au-dessus de 20 %, on trouve Rodriguez, Donato, la Tipica Victor, Calo et De Angelis, d’Agostino n’obtenant un score que de 19,4 %.

À noter le score assez bas de Biagi avec seulement 16,1 % (en bas du classement pour les femmes, comme pour les hommes). Je partage un peu cet avis, si j’adore les valses de Biagi, je trouve surprenant cet engouement apparent des DJ d’encuentros pour cet orchestre. Je note que ceux qui aiment Biagi, aiment à égalité D’Arienzo et ont la Juan d’Arienzo comme orchestre live préféré, il y a donc une certaine logique.

Les tangos chantés préférés

Je reviens à la question de mon amie. Les deux tangos préférés en Europe sont Poema et Invernio, par Francisco Canaro et Roberto Maida. Ces deux tangos de 1935 remportent haut la main le palmarès en France et en Espagne, sans doute pas à Buenos Aires, Canaro étant Uruguayen, seules ses valses sont régulièrement diffusées…

Les résultats seraient donc sensiblement différents en France et à Buenos Aires, je vais donc faire un subtil mix pour donner ce qui me semble être le TOP 20 des tangos chantés :

  1. Poema (Francisco Canaro, Roberto Maida 1935)
  2. Invierno (Francisco Canaro, Roberto Maida 1935)
  3. Paciencia (Francisco Canaro, Roberto Maida 1938 ou encore plus Juan d’Arienzo,Alberto Echagüe 1951)
  4. Remembranzas (Osváldo Pugliese, Jorge Maciel 1956 ou Juan d’Arienzo,Jorge Valdéz 1964)
  5. Nada (Carlos Di Sarli, Alberto Podestá 1944 et un peu moins Miguel Caló, Raúl Iriarte 1944)
  6. Al Compas del Corazon (Miguel Caló, Raúl Berón 1942)
  7. Buscandote (Osváldo Fresedo, Ricardo Ruiz 1941)
  8. Vida Querida (Osváldo Fresedo, Ricardo Ruiz 1940)
  9. Vida mia (Osváldo Fresedo, Roberto Ray 1933)
  10. Cuatro compases (Miguel Caló, Raúl Berón 1942)
  11. No Mientas (Juan d’Arienzo,Alberto Echagüe 1938)
  12. En tus brazos (Alfredo De Angelis, Oscar Larroca 1958, immortalisé par le film d’animation)
  13. Malena (Aníbal Troilo, Francisco Fiorentino 1942 ou Aníbal Troilo, Raúl Beron 1952)
  14. Tú… el cielo y tú… (Carlos Di Sarli, Alberto Podestá 1944 ou un peu moins Enrique Rodriguez, Armando Moreno 1944)
  15. Tres esquinas (Ángel d’Agostino, Ángel Vargas 1941 ou Sexteto Milonguero, Javier Di Ciriaco 2010)
  16. Llorar por una mujer (Sexteto Milonguero, Javier Di Ciriaco 2010). Pour ces dames…
  17. Todo te nombra (Rodolfo Biagi, Jorge Ortiz 1940)
  18. Ventarrón (Típica Victor, Alberto Gómez 1933)
  19. El adiós (Edgardo Donato, Horacio Lagos 1938, Francisco Canaro, Roberto Maida 1938 ou le très à la mode Osváldo Pugliese avec Jorge Maciel 1963)
  20. Esta noche me emborracho (Juan d’Arienzo, Alberto Echagüe 1954). Sans doute plus portègne.

Je me rends compte qu’il serait sans doute plus facile de faire le Top 50… Pour ne pas être trop frustré, voici le top cinq des vals.

  1. Soñar y nada más (Vals) (Alfredo De Angelis, Carlos Dante y Julio Martel 1944 ou un peu moins, Francisco Canaro, Eduardo Adrían et Carlos Roldán 1943 et encore un cran en dessous Aníbal Troilo, Alberto Marino et Francisco Fiorentino 1943)
  2. Viejo Portón (Vals) (Rodolfo Biagi, Teófilo Ibáñez 1938)
  3. Loca de amor (Vals) (Rodolfo Biagi, Teófilo Ibáñez 1938)
  4. Los cien barrios porteños (Vals) (Ricardo Tanturi, Alberto Castillo 1943)
  5. Con tus besos (Edgardo Donato, Horacio Lagos 1938)

Et pour terminer, le top six des milongas…

  1. Larga la penas (Francisco Canaro, Roberto Maida 1935)
  2. Milonga Brava (Yo fui la milonga brava) (Francisco Canaro, Roberto Maida 1938)
  3. El porteñito (Ángel d’Agostino, Ángel Vargas 1943)
  4. La milonga que faltaba (Edgardo Donato, Horacio Lagos 1938)
  5. Milonga sentimental (Francisco Canaro, Ernesto Famá et Ángel Ramos1933). Limite canyengue.
  6. Estampa de varón (Juan d’Arienzo, Alberto Echagüe 1938)

Pour entendre un certain nombre de ces titres, on pourra se rendre sur ma playlist Deezer : http://www.deezer.com/playlist/2083260964