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Te gané de mano 1938-07-06 — Orquesta Edgardo Donato con Horacio Lagos y Randona

Edgardo Donato Letra: Juan Bautista Abad Reyes

Je t'ai gagné, je t'ai battu haut la main ou «  » comme il est dit dans ce tango exprime la joie de quelqu'un qui a gagné. C'est une expression utilisée par les joueurs de cartes. Mais est-ce si sûr qu'il a vraiment gagné cet homme triomphant ? J'ai retranscrit, avec un peu de difficulté, les paroles chantées par Horacio Lagos et accessoirement, Randona. Je vous laisse découvrir le dernier mot de cette histoire.

Extrait musical

Te gané de mano 1938-07-06 — Orquesta Edgardo Donato con Horacio Lagos y Randona (Armando Julio Piovani).

La musique démarre, assurée, comme quelqu'un qui marche en confiance. Par moment, la musique est presque sautillante, assurément on parle d'un vainqueur.
C'est alors que la voix d'Horacio Lagos lance avec force des paroles qui ne respirent pas tellement la joie. Que se passe-t-il ?
C'est alors que Randona (Armando Julio Piovani), fait son entrée et en duo avec Horacio Lagos nous raconte la fin de l'histoire. Je vous laisse découvrir les paroles, telles qu'elles sont chantées dans cette version. N'ayant pas trouvé de version originale, et ce titre n'ayant pas été enregistré par d'autres orchestres, il s'agit de la retranscription de ce que chantent Lagos et Randona. Il y a peut-être et même sûrement d'autres couplets, mais ils restent à découvrir. Ceux qui restent nos en disent toutefois suffisamment, les voici.

Paroles (retranscription aussi peu maladroite que possible)

Te gané de mano
Perdóname nena
Si él te dijo planto
Primero fui yo.
Despertaste al indio
Que estaba dormido
Y el indio está claro, se te reveló
Como yo era bueno
Me cristó un disenso
Y ese fue el comienzo de mi perdición
Si al final ya asumo con tanta discuta
Vos lo haces segura
Y yo el pobre sifón.

Sé qué haces ahora la Magdalena
Que anda cimentando que te engañado
No digas eso, no vale la pena
Qué me desarma de rui y malvado
Sé que mi cariño
No te interesa porque me le ha dicho
Más de una vez
No haga la otaria
Qué se te manya ese amor proprio que padeces.

Edgardo Donato Letra: Juan Bautista Abad Reyes

libre et indications

J'ai gagné haut la main, pardonne-moi, petite.
Si lui te laissa en plan, je fus le premier.
Tu as réveillé l'indien qui était endormi et l'indien, c'est clair, tu l'as révélé (El indio, le sentiment intérieur, différent chez lui et chez elle).
Comme moi, j'étais bon, cette faille me brisa et ce fut le commencement de ma perte.
Si finalement j'assume avec tant de discussions, tu le fais assurément et moi, suis le pauvre mec (sifón = grand nez, mais je ne suis pas sûr d'entendre bien sifón).

Je sais que tu fais maintenant la Madeleine (la pleureuse)
Qui va, cimentant le fait que je t'ai trompée. (Lagos chante « cimentando », mais on pourrait dire aussi « sementando », semant)
Ne dis pas ça, ça n'en vaut pas la peine
Ce qui me désarme de colère et de mauvaiseté
C'est que je sais que mon amour ne t'intéresse pas, parce que tu me l'as dit plus d'une fois.
Ne fais pas l'andouille.
Que tu te manges cet amour propre dont tu souffres.

On se demande à la fin, s'il a vraiment gagné ou s'il joue à l'indifférent ou au vainqueur factice pour surmonter sa peine.

Juan Bautista Abad Reyes (1892-1965)

On doit à Juan Bautista Abad Reyes les paroles de quelques tangos, dont celui du jour.
Son parcours est intéressant et j'ai donc décidé de vous en dire deux mots.
Il est né et mort en Argentine, mais est devenu citoyen et même député uruguayen entre les deux.
En 1919, il a gagné un concours d'œuvres théâtrales organisé par le journal La Noche (La Nuit) de Montevidéo et il travailla 20 ans comme rédacteur en chef du journal El Día (Le Jour), également de Montevideo…
Il a écrit les paroles de tangos, chansons, rancheras, pasodobles et autres et composé quelques titres. En voici un court extrait.

C = Compositeur / A = Auteur (parolier) / Compo. = Date probable de composition / Première interprétation, en italique. Date de la création publique, mais a priori, sans enregistrement / Premier enregistrement, plus ancien enregistrement existant (pour le moment).
CACompo.TitrePremières interprétations et enregistrements
 X1926Como luces de Bengala1926-04-07
X 1926Musiquita1926 Rosita Quiroga/1926-09-14 Típica Víctor
 X1928Caña amarga1928-05-26 Alberto Vila
 X1928Te fuiste ja… ja…1928 Alberto Vila
 X1928Arco iris1928-09-03 Francisco
 X1929Alma cuyana1929-05-29 Alberto Gómez; Augusto « Tito » Vila
 X1929Falló la paica1929 Alberto Gómez
 X1930Caminito del olvido1930-01-21
 X1930El idolo roto1930 Azucena Maizani
 X1930cEnvidias 
 X1930Goya (pasodoble)1930
XX1930Mentiras (tonada salteña)1930-11 Libertad Lamarque/1931-01-10 Edgardo Donato con Luis Díaz
 X1930No seas malo1930 Azucena Maizani
 X1930cNoviecita de otros tiempos 
 X1930Remigio ()1930 Orquesta Tipica Ricardo L. Brignolo
 X1930Ya sé tú historia, pebeta1930 Azucena Maizani
XX1931Sinverguenza alabancioso1931-09-07 Orquesta Adolfo Carabelli con
 X1934Confidencia1934-04-11 Orquesta Típica Victor C
 X1950Paisaje1950-12-14 Roberto Carlés /1951-08-09 Osvaldo Fresedo con Armando Garrido
 X1951Ternura Muchacho1951 Barbero Y Su Orquesta De La Argentinidad
 X¿ ?Mirame bien a los ojos 

En dehors de cela, il est surtout connu pour ses créations radiophoniques, il travaillera en effet dans diverses radios où il proposera des chroniques ou des œuvres théâtro-radiophoniques.

Philosophie de Juan Bautista Abad Reyes

Sa philosophie pour les paroles de ses tangos est la suivante :

“Yo no vitupero el malevaje en el tango, ni el léxico arrabalero. Al contrario, lo estimo como expresión de color local y lo encuentro lleno de atractivos dramáticos en manos de los verdaderos poetas. Lo peligroso es pensar en arrabalero, concebir las obras en lunfardo”.

Revista Femenil, 1930
Revista Femenil, 1930.

Traduction de la philosophie de Juan Bautista Abad Reyes

Je ne vilipende pas la «malveillance» dans le tango, ni le lexique des faubourgs. Au contraire, je les estime comme une expression de la couleur locale et je les trouve pleins d'attraits dramatiques entre les mains de vrais poètes. Le risque est de penser en faubourien et de concevoir les œuvres en lunfardo.

Sur ces bonnes paroles, je vous dis, à demain les amis !