Luis Rafael Caruso
Cette milonga appartient à la catégorie que j’appelle les milongas bavardes. En effet, le chanteur, ici l’excellent Roberto Chanel, chante durant toute la durée de l’œuvre. Si cela permet de conter une histoire assez longue, la voix, même bien marquée comme le fait Chanel porte moins la danse de milonga, la voix n’étant pas aussi incisive que peut l’être la musique.
Je pense que vous serez aussi intéressé de découvrir qui est cette Lola qui soigne. Est-ce la tenancière d’une maison comme la Laura ? Pas sûr…
Extrait musical

Certains ont sans doute classé un peu vite Pugliese dans les musiciens sérieux. Ici, on l’est un peu moins et les paroles de Caruso empreintes de lunfardo peuvent étonner les fans de Pugliese.
Paroles
Che rea vestida a plazos,
con desplante de señora,
que no me “das ni la hora”
desde que “chapaste al ganso”;
acordate que este “manso”
con paciencia de “mamita”
cuando se acabó la guita
para parar el buyón,
empeñó hasta el bandoneón
para tenerte gordita…No me mirés de reojo
por arriba de esas pieles,
yo “manyo bien tus pasteles”
pa’ que esto te cause enojo…
Cuando “con tierra en el coco”
te salvé de la “perrera”,
aunque estaba en la “palmera”
como pude te paré,
hasta que vino ese inglés
que te bajó la bandera…Perdoname este arrebato
que no es el “guiye de un boncha”
pero “reviento de bronca”
porque hoy me dejaron “pato”…
Seguí con ese “checato”
y a mí no me “des más bola”;
y si la inglesa vitrola
deja un día de sonar
no me vengas a “escorchar”
“Y… andá que te cure Lola”.
Luis Caruso
Traduction libre
Oh, putain habillée au rabais (avec délai), avec des allures de Dame, qui « ne me donne même plus l’heure » depuis que tu « as embrassé l’oie » (je ne suis pas sûr de la traduction, d’autres options sont moins respectables) ;
Souviens-toi que ce « doux » avec la patience d’une « petite mère » quand l’argent pour acheter le frichti s’était épuisé, il est allé jusqu’à mettre en gage le bandonéon pour t’entretenir, petite grosse (terme affectueux).
Ne me regarde pas par-dessus l’épaule au-dessus de ces peaux (vêtements de peau), je « gère assez bien tes tromperies » pour que ça te mette en colère… Quand « avec de la terre dans la tête (coco) », je t’ai sauvée du « panier à salade (fourgon pénitentiaire) », bien que je fusse dans la « dèche (sans argent) ». Tant que j’ai pu, je t’ai arrêtée, jusqu’à ce que cet Anglais vienne et abaisse le drapeau pour toi (la bandera est le petit drapeau des taximètres que baisse le conducteur pour déterminer le prix d’un voyage en taxi)…
Pardonne-moi ce coup de gueule qui n’est pas la « ruse d’un idiot », mais une « explosion de colère » parce qu’aujourd’hui ils m’ont laissé « pantois (canard) »… Continue avec ce « myope » et «désintéresse-toi de moi» (laisse-moi tranquille) ;
Et, si, un jour, la vitrola anglaise (gramophone) arrête de jouer, ne viens pas m’importuner, « et… va te faire soigner par Lola ».
Va te faire soigner par Lola !
L’expression « Va demander à Lola de te soigner » est moins fréquente aujourd’hui.
Elle était utilisée pour se débarrasser de quelqu’un qui passe son temps à se plaindre et qui n’écoute pas les solutions que l’on peut lui proposer.
Au bout d’un moment, on l’envoie aux pelotes, on l’envoie paître, se faire voir chez les Grecs, ou, comme cela se disait en Espagne on l’envoie se faire soigner par Lola.
Dans cette chanson, le narrateur en a assez de son ex-compagne et l’envoie se faire voir ailleurs, et même soigner chez Lola.
Mais qui est Lola ?
J’ai gardé le suspense jusqu’au bout, car vous allez sans doute être étonné de savoir qui est Lola…
Disons-le tout de suite, il ne s’agit pas d’une collègue de Laura qu’évoque le tango « Lo de Laura », même si cette dernière devait avoir quelques remèdes pour soulager les peines.
En effet, Lola est une statue de la Vierge Marie en mater dolorosa, « María Santísima de los Dolores », réalisée par Antonio Asensio de la Cerda au dix-huitième siècle et que la dévotion populaire des paroissiens du quartier Perchel à Malaga a fait surnommer « Lola ».
La tradition veut que prier devant cette statue, comme devant toutes celles se référant à la « Virgen de los Dolores » (Vierge des douleurs) peut aider à résoudre les douleurs et peines.

La Vierge Marie a en effet eu son lot de douleurs et on en dénombre généralement sept, à savoir :
- Prophétie de Simeón lors de la présentation de Jésus au temple : « une épée te transpercera aussi l’âme ».
- La fuite en Égypte
- Jésus perdu au Temple pendant trois jours
- Marie voit Jésus portant la croix
- Jésus sur la croix
- Jésus descendu de la croix, mort, dans les bras de sa mère (une image de Mater Dolorosa très fréquente dans la sculpture et la peinture, notamment depuis le 15ème siècle.
- Jésus au tombeau.

La pauvre Vierge Marie, Mère des douleurs, recueille donc, les doléances et les plaintes de ceux que plus personne ne peut supporter.
En résumé, si vous n’aimez pas cette milonga, vous savez quoi faire.
À bientôt, les amis !













































































































































































