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Vous avez sans doute dansé à de nombreuses reprises sur la valse Pequeña, interprétée par Alfredo De Angelis et Carlos Dante. Mais vous ne savez peut-être pas que son compositeur est Osmar Maderna et qu’Homero Expósito un des plus grands poètes du tango, a signé les paroles pour en faire ce chef-d’œuvre. Comme d’habitude, nous verrons d’autres versions, certaines pourraient vous étonner.

Pequeña 1949-10-14 — Alfredo De Angelis con Carlos Dante

Osmar Héctor Maderna Letra: Homero Aldo Expósito (Mimo)

Vous avez sans doute dan­sé à de nom­breuses repris­es sur la valse Pequeña, inter­prétée par Alfre­do De Ange­lis et Car­los Dante. Mais vous ne savez peut-être pas que son com­pos­i­teur est Osmar Mader­na et qu’Homero Expósi­to un des plus grands poètes du tan­go, a signé les paroles pour en faire ce chef‑d’œuvre. Comme d’habitude, nous ver­rons d’autres ver­sions, cer­taines pour­raient vous éton­ner.

Osmar Héctor Maderna

Osmar Mader­na est un com­pos­i­teur et chef d’orchestre qui a peu enreg­istré, notam­ment, car il est mort jeune et de façon idiote. Un acci­dent d’avion, comme Gardel, mais à la suite d’un pari stu­pide. Il a tout de même eu le temps de nous laiss­er quelques chefs d’œuvres, comme la valse Pequeña qui fut sont plus gros suc­cès.

Comme chef d’orchestre et musi­cien, son apport est un peu moins évi­dent. Il est arrivé un peu tard pour faire par­tie de l’âge d’or et il s’est chargé d’un héritage de musique clas­sique qui l’a fait qual­i­fi­er de Chopin du tan­go. Der­rière ce com­pli­ment, se cache sans doute un petit doute sur l’adaptation de sa musique à la danse tan­go. Le résul­tat est que l’on danse très rarement sur ses inter­pré­ta­tions, même celles qui pour­raient l’être dans cer­taines cir­con­stances.

Par­mi ses com­po­si­tions, on pour­rait citer (en gras, celles qu’il a enreg­istrées avec son orchestre) :

  • Amor sin adiós
  • Argenti­na campeón — Avec com­men­taires sportifs, Argen­tine cham­pi­onne de foot­ball.
  • Bar
  • Concier­to en la luna (1946) - Inspi­ra­tion musique clas­sique
  • Cuen­to azul (1943) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte
  • El vue­lo del moscardón (1946) - Inspi­ra­tion musique clas­sique d’après le vol du bour­don de Rim­sky Kor­sakov. Indans­able en tan­go.
  • En tus ojos de cielo (1944) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Berón
  • Escalas en azul (1950) - Inspi­ra­tion musique clas­sique, gammes musi­cales.
  • Fan­tasía en tiem­po de tan­go
  • Jamás retornarás (1942) (un suc­cès par Miguel Caló, coau­teur, et Raúl Berón, mais aus­si par Osval­do Frese­do et Oscar Ser­pa).          
  • La noche que te fuiste (1945) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte, Aníbal Troi­lo et Flo­re­al Ruiz et d’autres.
  • Llu­via de estrel­las (1948) - Inspi­ra­tion musique clas­sique
  • Luna de pla­ta (valse) (1943) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte
  • Me duele el corazón (valse péru­vi­enne) (1944) (un suc­cès par Miguel Caló, Raúl Berón et lesTrovadores del Perú)         
  • Pequeña (valse) C’est notre titre du jour…
  • Qué te impor­ta que te llore (1942) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Berón. Mader­na a écrit les paroles et Caló a signé la musique.
  • Rin­cones de París (1947)
  • Volvió a llover (1947)

Orquesta Símbolo “Osmar Maderna”

Atten­tion à ne pas con­fon­dre l’Orquesta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” avec l’orchestre d’Osmar Mader­na. Cet orchestre a per­pé­tué, sous la baguette de l’ami vio­loniste de Mader­na, Aquiles Rog­gero, l’œuvre nais­sante de Mader­na.

Extrait musical

Partition de Pequeña.d’Osmar Héctor Maderna et Homero Aldo Expósito
Par­ti­tion de Pequeña.d’Osmar Héc­tor Mader­na et Home­ro Aldo Expósi­to
Pequeña 1949-10-14 — Alfre­do De Ange­lis con Car­los Dante.

Paroles

Donde el río se que­da y la luna se va…
donde nadie ha lle­ga­do ni puede lle­gar,
donde jue­gan con­mi­go los ver­sos en flor…
ten­go un nido de plumas y un can­to de amor…
Tú, que tienes los ojos moja­dos de luz
y empa­padas las manos de tan­ta inqui­etud,
con las alas de tu fan­tasía
me has vuel­to a los días
de mi juven­tud…

Pequeña
te digo pequeña
te llamo pequeña
con toda mi voz.
Mi sueño
que tan­to te sueña
te espera, pequeña,
con esta can­ción…
La luna,
¡qué sabe la luna
la dulce for­tu­na
de amar como yo…
Mi sueño
que tan­to te sueña
te espera, pequeña
de mi corazón…

Hace mucho que espero, y hará mucho más…
porque tan­to te quiero que habrás de lle­gar,
no es posi­ble que ten­ga la luna y la flor
y no ten­ga con­mi­go tus besos de amor…
Donde el río se que­da y la luna se va
donde nadie ha lle­ga­do ni puede lle­gar
con las alas de tu fan­tasía…
serás la ale­gría de mi soledad…
Osmar Héc­tor Mader­na Letra: Home­ro Aldo Expósi­to

Traduction libre

Là où la riv­ière reste et où la Lune va…
Là où per­son­ne n’est arrivé ni ne peut, arriv­er,
Où avec moi jouent les vers fleuris… (ver­sos peut sig­ni­fi­er men­songes en lun­far­do)
J’ai un nid de plumes et un chant d’amour…
Toi, qui as les yeux mouil­lés de lumière et les mains trem­pées de tant d’anxiété, avec les ailes de ton imag­i­na­tion, tu m’as ramené aux jours de ma jeunesse…

Petite
Je te le dis, petite, Je t’ap­pelle, petite, de toute ma voix.
Mon rêve, qui t’a tant rêvé t’at­tend, petite, avec cette chan­son…
La lune, que sait la Lune ?
La bonne for­tune d’aimer comme moi !
Mon rêve, qui t’a tant rêvé t’at­tend, petite de mon cœur…

Ça fait longtemps que j’attends, et je ferai bien plus…
Car je t’aime telle­ment que tu devras venir,
Il est impos­si­ble que j’aie la lune et la fleur et que je n’aie pas avec moi tes bais­ers d’amour…
Là où la riv­ière reste et où la Lune va, là où per­son­ne n’est arrivé ni ne peut arriv­er
Avec les ailes de ta fan­taisie…
Tu seras la joie de ma soli­tude…

Autres versions

Pequeña 1949-07-21 — Orques­ta Osmar Mader­na con Héc­tor de Rosas.

La ver­sion de De Ange­lis a masqué cet enreg­istrement par le com­pos­i­teur de cette valse. Cette inter­pré­ta­tion est chargée d’émotion et de déli­catesse. Si elle tourne moins fer­me­ment que celle de De Ange­lis et que donc, elle peut être moins entraî­nante, elle trou­vera tout de même une oppor­tu­nité de faire danser des danseurs curieux et qui ne craig­nent pas les valses lentes.

Pequeña 1949-10-14 — Alfre­do De Ange­lis con Car­los Dante.

C’est notre valse du jour et la référence…

Pequena 1949 - Ana Maria Gonzales.
Je n’ai pas l’en­reg­istrement Colum­bia de Pequeña par Ana Maria Gon­za­lez, cette chanteuse mex­i­caine.
Pequeña 1950-01-26 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Mario Alon­so.

Il est rare de ne pas retrou­ver Canaro pour les titres à suc­cès et s’il a atten­du six mois pour l’enregistrer, Canaro l’a fait. Ce qui sur­prend dans cette ver­sion, c’est qu’elle est plus aiguë et favorise le mode majeur. La ver­sion de 1949 de Mader­na est à dom­i­nante mineure et celle de De Ange­lis, majeure pour la par­tie instru­men­tale est en mineur pour la par­tie chan­tée. Ici,

Pequeña 1952-09-30 — Orques­ta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” dir. Aquiles Rog­gero con Adol­fo Rivas

Le vio­loniste Aquiles Rog­gero était l’ami d’Osmar Mader­na et quand se dernier s’est tué avec l’avion qu’il pilotait. Il a repris l’orchestre et son style. On retrou­ve d’ailleurs la dom­i­nante du mode mineur, mode d’autant plus appro­prié, cet enreg­istrement ayant été réal­isé seule­ment un an et demi après le décès trag­ique (et stu­pide, puisque c’est à l’issue d’un pari), de l’ami et auteur.

Pequeña 1975 — Enrique Dumas.

Une mag­nifique ver­sion chan­tée qui mar­que le début du renou­veau de cette valse, un peu oubliée pen­dant la péri­ode Rock de l’Argentine.

Pequeña 1980 — Atilio Stam­pone.

Après une intro­duc­tion de vio­lon, Stam­pone déroule au piano une ver­sion orig­i­nale et expres­sive. Pas ques­tion de la danser, mais cette ver­sion peut faire rêver à la Pequeña…

Pequeña 1984 — Mer­cedes Sosa.

Une très belle ver­sion par la Negra, Mer­cedes Sosa. Pour les oreilles, pas pour les pieds, bien sûr. On notera qu’Ariel Ramirez avait aus­si enreg­istré Pequeña, en 1976.

Pequeña 1984 — Enrique Dumas chante Pequeña à Vir­ginia Luque à Grandes Val­ores del Tan­go en 1984. Une mer­veille.

Pequeña 1985 — Raúl Lav­ié con la orques­ta de Juan Car­los Cirigliano y coro.

Cette ver­sion n’est pas pour nos chers danseurs, mais plutôt pour un club devant un verre. Lav­ié, se mon­tre par­ti­c­ulière­ment expres­sif, il nous con­fie cette his­toire, prin­ci­pale­ment accom­pa­g­né par le piano jazzy de Juan Car­los Cirigliano. Le rythme de la valse s’est large­ment per­du, mais on se laisse tout de même entraîn­er par la voix chaude de Raúl Lav­ié, jusqu’à la fin du verre et de la rêver­ie. On notera le chœur féminin en fin de titre qui peut laiss­er que cette his­toire d’amour aura une fin heureuse.

Pequeña 2011 — Orques­ta Camini­to. Après une intro­duc­tion par­lée, l’orchestre Camini­to déroule une ver­sion légère qui se laisse écouter.

Pequeña 2013-08 — Orques­ta Típi­ca Sans Souci con Héc­tor De Rosas. De la réver­béra­tion, mais c’est sym­pa de voir le créa­teur de la valse, Héc­tor De Rosas repren­dre son suc­cès 64 ans plus tard…

Pequeña 2013 — Amores Tan­gos.

Une ver­sion fil­i­forme par cet orchestre atyp­ique. L’impression de boîte à musique avec une petite bal­ler­ine qui tourne à son som­met est ren­for­cée par la fin, très par­ti­c­ulière…

Pequeña 2022 — Orques­ta Román­ti­ca Milonguera con Rober­to Minon­di.

Ce bel orchestre pro­pose, ici, une ver­sion peut-être un peu rapi­de, mais servie par l’excellent ténor Rober­to Minon­di. En revanche, cette valse ne tourne peut-être pas assez rond pour être pro­posée aux danseurs exigeants.

Dédicace

Une amie, Rose­lyne D. m’a demandé des infor­ma­tions sur le tan­go et les femmes, mais elle m’a égale­ment envoyé les pho­tos de cartes doc­u­men­taires qu’elle place sur les tables de sa milon­ga. C’est ce qui m’a incité à par­ler de Pequeña.

Exemple de cartes que Roselyne met sur les tables de sa milonga.
Exem­ple de cartes que Rose­lyne met sur les tables de sa milon­ga.

Mer­ci à toi, Rose­lyne.

À bien­tôt, les amis !

Buenos Aires es una papa 1928-07-18 — Orquesta Francisco Canaro con Charlo

Enrique Pedro Delfino (Delfy) Letra : Juan Fernando Camillo Darthés

Nous avons vu dans beau­coup de tan­gos que le lun­far­do, l’argot de Buenos Aires était très appré­cié des paroliers qui ne pre­naient pas tous les pré­cau­tions de Juan Bautista Abad Reyes qui a écrit que « Le risque est de penser en faubourien et de con­cevoir les œuvres en lun­far­do ». Notre tan­go du jour est à des­ti­na­tion des néo­phytes et plus par­ti­c­ulière­ment des Français qui béné­fi­cient d’un dic­tio­n­naire chan­té par une Française qui s’est instal­lée à Buenos Aires et qui trou­ve cela épatant !

Extrait musical

Buenos Aires es una papa (Buenos Aires c’est épatant) 1928-07-18 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Char­lo.
Buenos Aires es una papa (Buenos Aires, c’est épatant) — Enrique Pedro Delfi­no (Delfy) Letra : Juan Fer­nan­do Camil­lo Darthés.

L’illustration de cou­ver­ture est de Roger de Valério. Le disque Odeon porte le numéro 4474. Ce tan­go est la face A. La face B est Tal­is­mán (1928–04-25), tan­go instru­men­tal. On notera le nom de Marthe Berthy qui inau­gur­era cette œuvre à Paris, puis à Buenos Aires.

Paroles

Paroles de cet enregistrement

Ce tan­go de Delfy (Enrique Pedro Delfi­no) a des paroles éton­nantes, car elles ont été écrites en français par un Argentin, Juan Fer­nan­do Camil­lo Darthés. Notre ver­sion du jour, chan­tée par Char­lo ne vous pro­posera pas l’intégralité des paroles et même ne vous en don­nera que des bribes. Nous ver­rons après les paroles « offi­cielles », mais voici la retran­scrip­tion des paroles de notre tan­go du jour.

Des­de el pasa­do no encon­tró
Ici l’amour c’est l’mete­jón
Des­de el pasar “et bien voila”
À la can­ción de can­tar

Ver­sión de Char­lo

Oui, vous avez bien lu/entendu. C’est un texte mélangeant le français et l’espagnol.

Paroles originales (en français)

Quand je me suis embar­quée pour l’Argentine,
j’étais pour mes par­ents la p’tite Titine.
Main­tenant, voici, c’est drôle, j’ne com­prends pas !
Tout le monde ici m’appelle « La Porotá ».
Pour dire par­ler, main­tenant je dis « chamuyo » ;
au lieu de dire un franc, je dis « un grul­lo ».
À mon fiancé je l’appelle « un gran bacán ».
Oh, Buenos Aires, messieurs, c’est épatant !

C’est épatant
comme nous changeons.
Ici l’amour
c’est l’metejón.
C’est épatant
et bien, voilà,
en Argen­tine
on dit comme ça.

J’ai appris cette langue à peine dans une semaine
et ils m’ont changé, c’est triste, tout de même.
Pour dire le lit je dis « la catr­era »,
pour dire sor­tir il faut dire « espi­antá ».
Le pain a table je l’appelle « mar­ro­co » ;
quand j’ai mal à la tête, « me duele el coco ».
Je dis « la gui­ta » au lieu de dire l’argent…
Oh, Buenos Aires, messieurs, c’est épatant !

Enrique Pedro Delfi­no (Delfy) Letra: Juan Fer­nan­do Camil­lo Darthés

Paroles en espagnol

Cuan­do me embar­qué hacia la Argenti­na
Yo era, para mis padres, la pequeña Titine.
Aho­ra vea ust­ed, es gra­cioso, no entien­do nada:
Todo el mun­do aquí me lla­ma: “la Porotá”.
Para decir hablar, aho­ra digo “chamuyo”,
En lugar de decir un fran­co, digo “un grul­lo”,
A mi novio lo llamo “un gran bacán” …
¡Oh, Buenos Aires, señores, es asom­broso!

Es asom­broso
Cómo cam­bi­amos,
Aquí el amor
Es el mete­jón.
Es asom­broso
Y sin embar­go,
En Argenti­na
Se dice así.

Aprendí esta lengua en ape­nas una sem­ana
Y ellos sin embar­go, me cam­biaron, es triste,
Para decir la cama, digo “la catr­erá”,
Para decir salir, hay que decir “espi­antá”,
Al pan sobre la mesa lo lla­man “mar­ro­co”,
Cuan­do ten­go dolor de cabeza, “me duele el coco”.
Digo “la gui­ta” en lugar de decir el dinero…
¡Oh, Buenos Aires, señores, es asom­broso!

Enrique Pedro Delfi­no (Delfy) Letra: Juan Fer­nan­do Camil­lo Darthés

Traduction libre et indications

Bon, ceux qui lisent cette anec­dote et français ou en espag­nol ne vont pas com­pren­dre, puisque j’ai don­né ci-dessus les ver­sions en français (orig­i­nal) et en espag­nol. Ce texte est donc des­tiné à ceux qui lisent dans une autre de ces langues. La dif­fi­culté est que le texte en français donne à la fois les paroles en français et en espag­nol. Vous risquez de voir donc deux fois le même mot ou des trucs étranges, je vous en demande par­don par avance.

Voyons tout d’abord le titre qui est à la fois en espag­nol et en français. « Buenos Aires es una papa / Buenos Aires, c’est épatant”. Le terme épatant, très “français”, même si un peu vieil­li n’est pas la tra­duc­tion lit­térale. En effet, la papa, c’est la pomme de terre, à ne pas con­fon­dre avec papá qui est le père en lan­gage enfan­tin. Cepen­dant, même si pour l’illustration de cou­ver­ture j’ai choisi de vous présen­ter une pomme de terre, il faut pren­dre papa dans un autre sens. En effet, papa veut aus­si dire que c’est facile. C’est donc facile pour elle de s’adapter à l’Argentine, ce qui n’est pas for­cé­ment l’avis de toutes les grisettes qui ont vécu de ter­ri­bles his­toires lors de leur arrivée en Argen­tine.

Quand je me suis embar­quée pour l’Argentine,
j’étais pour mes par­ents la p’tite Titine (Titine peut être le gen­tilé du prénom Chris­tine, mais aus­si un surnom sans rela­tion directe avec le prénom d’origine).
Main­tenant, voici, c’est drôle, j’ne com­prends pas !
Tout le monde ici m’appelle « La Porotá » (un surnom).
Pour dire par­ler, main­tenant je dis « chamuyo » ;
au lieu de dire un franc, je dis « un grul­lo » (de Man­grul­lo, un bil­let d’un peso).
À mon fiancé je l’appelle « un gran bacán ».
Oh, Buenos Aires, messieurs, c’est épatant !

C’est épatant
comme nous changeons.
Ici l’amour
c’est l’metejón.
C’est épatant
et bien, voilà,
en Argen­tine
on dit comme ça.

J’ai appris cette langue à peine dans une semaine
et ils m’ont changé, c’est triste, tout de même.
Pour dire le lit je dis « la catr­era »,
pour dire sor­tir il faut dire « espi­antá ».
Le pain à table je l’appelle « mar­ro­co » ;
quand j’ai mal à la tête, « me duele el coco ».
Je dis « la gui­ta » au lieu de dire l’argent…
Oh, Buenos Aires, messieurs, c’est épatant !

Fin du cours de lun­far­do…

On voit donc les emprunts faits par Char­lo dans sa ver­sion qui est une ampu­ta­tion très sévère du texte d’origine…

Autres versions

Je n’ai pas d’autres ver­sions à pro­pos­er.
Dans le cat­a­logue Odéon de 1929, on trou­ve un enreg­istrement par Delfy (l’auteur de la musique), mais je n’ai pas réus­si à trou­ver ce disque.

Sous la référence de disque 7000 B, Delfy a enreg­istré un disque avec Odeón de “Buenos Aires c’est epatant” (sic).

Quand le tango va de Paris à Buenos Aires

Notre tan­go du jour a été inau­guré à Paris par Marthe Berthy dans le spec­ta­cle « Paris aux nues », une des revues du Moulin Rouge qui fit une tournée en Amérique du Sud en 1928.
Durant cette tournée, avant d’être présen­tée à Buenos Aires, le 15 juil­let 1928 au Teatro Ópera, la revue a été présen­tée à Rio de Janeiro. Le jour­nal de Rio de Janeiro, Cor­reio da Man­hã du 6 mai 1928 nous présente l’équipe du Moulin Rouge.
On y apprend que la troupe com­posée de 90 per­son­nes arrivées à bord du Lute­cia. Un repas a été offert aux artistes, par­mi lesquels on trou­ve :
Jacques Charles, créa­teur de plus de 110 revues, dont « Ça c’est Paris ! » (immor­tal­isé par Mist­inguett), « Ça c’est Mont­martre », « Paris aux nues » dont est tiré notre tan­go du jour « Oh ! Paris ! Mon Paris ! »…

Le Moulin Rouge — Simon Girard (Aimé Simon-Girard), Marthe Berthy, Mar­ta Albaicín (Pepi­ta Gar­cía Escud­ero), mem­bres prin­ci­paux de la troupe du Moulin rouge durant la tournée en Amérique du Sud.

Simon Girard, acteur de ciné­ma (Aimé Simon-Girard a joué dans Le vert galant 1924, Fan­fan-la-Tulipe 1925 et Les trois mous­que­taires 1932), Mar­ta Albaicín (Pepi­ta Gar­cía Escud­ero), danseuse de fla­men­co d’origine espag­nole, Marthe Berthy, chanteuse (et danseuse, même si ce n’est pas pré­cisé dans l’article) ayant rem­placé Mist­inguett au Moulin Rouge, Baldri­ni, chanteur déjà inter­venu à Buenos Aires et beau­coup d’autres.

L’in­tran­sigeant 1927-04-03 – La revue Ça c’est Paris avec Mist­inguett et Marthe Berthy.
Le jour­nal de Rio de Janeiro, Cor­reio da Man­hã du 6 mai 1928 annonçant que le spec­ta­cle va être joué à Rio de Janeiro et à Buenos Aires.

Dans le même jour­nal, dans l’édition du 15 juin 1928, on trou­ve la pub­lic­ité pour le spec­ta­cle qui aura lieu le 10 juil­let 1928 (cinq jours avant la représen­ta­tion de Buenos Aires) au Pala­cio The­atro de Rio de Janeiro.

Le jour­nal de Rio de Janeiro, Cor­reio da Man­hã du 15 juin 1928 avec la pub­lic­ité pour le spec­ta­cle du Moulin Rouge au Pala­cio The­atro. À gauche, l’annonce com­plète, à droite, l’annonce découpée pour la ren­dre plus lis­i­ble.

On notera le titre des dif­férentes revues présen­tées, Paris à la dia­ble, Paris aux étoiles, Paris au feu, Paris aux nues (celle qui nous intéresse aujourd’hui) et Adieu Paris.
Dans ce spec­ta­cle, il y avait donc divers­es pièces musi­cales qui étaient égale­ment un pré­texte pour présen­ter ce qui a fait le suc­cès du Moulin Rouge. Dans « Mont­martre aux nues » une des 110 revues crées par Jacques-Charles, on trou­vera par exem­ple un tan­go-fox-trot Lola de Valence, Fleur du mal avec des paroles de Jacques-Charles et Ch. L. Poth­ier et une musique de René Merci­er.
Les revues parisi­ennes qui fai­saient fureur dans le monde entier et notam­ment en Amérique du Nord et du Sud s’alimentaient donc égale­ment des musiques et dans­es des pays d’exportation. Même si on a du mal à l’imaginer aujourd’hui, le Monde du tan­go et du spec­ta­cle était pour le moins tri­an­gu­laire, entre les Amériques et l’Europe et notam­ment Paris dans le cas du tan­go et des revues du type Moulin Rouge.
En corti­na, je vous pro­pose un French Can­can, une musique qui date de la péri­ode précé­dant celle que nous venons d’évoquer (1890 au lieu de 1928) mais qui a tou­jours du suc­cès dans les milon­gas en corti­na

Bande-annonce de French Can­can (29/04/1955) réal­isé par Jean Renoir en 1954–55.

À demain, les amis !

Valsecito amigo 1943-03-25 – Orquesta Aníbal Troilo con Francisco Fiorentino

Aníbal Carmelo Troilo Letra José María Contursi

Si comme moi vous adorez les valses, vous devez avoir le titre du jour, Valsecito ami­go bien au chaud dans votre cœur. Ce titre est né sous tous les bons aus­pices avec la musique de Troi­lo, les paroles de Con­tur­si et la voix de Fiorenti­no. Vous en aviez rêvé, Pichu­co l’a fait pour vous.

Aníbal Carmelo Troilo y Marcos

Pichu­co, el Gor­do, el ban­doneón may­or de Buenos Aires et autres appel­la­tions témoignent de l’affection que por­tent les Portègnes à Troi­lo.

Il util­i­sait son nom véri­ta­ble, tout comme son grand frère Mar­cos, égale­ment ban­donéiste et qui tra­vail­la d’ailleurs dans l’orchestre de son frère de 1941 à 1947.

Le chouchou de Buenos Aires

À Buenos Aires, Troi­lo est lit­térale­ment adoré. C’était net­te­ment moins le cas en Europe et je me sou­viens qu’en 2014, en France, pour le cen­te­naire de sa nais­sance, cer­tains danseurs fai­saient la moue quand j’annonçais une tan­da de Troi­lo. J’ai cepen­dant insisté et je pense que désor­mais, Troi­lo est unanime­ment appré­cié, même s’il y a quelques semaines, je recueil­lais les con­fi­dences d’un danseur qui m’indiquait qu’il avait du mal à danser sur Troi­lo.
Ce n’est pas le lieu d’entrer dans le débat ici, mais Troi­lo a fait du tan­go pour la danse et du tan­go à écouter. Par ailleurs, il ado­rait les chanteurs et leur a don­né un peu plus de présence. Cela a donc influé sur la dans­abil­ité de ses titres. Il con­vient donc de choisir les Troi­lo que l’on pro­pose en milon­ga et l’on peut don­ner énor­mé­ment de bon­heur aux danseurs, même en sor­tant de la liste d’une quin­zaine de titres à laque­lle se lim­i­tent la plu­part des DJ.
Avec cette valse, pas de risque de décep­tion, sauf bien sûr pour les rares danseurs qui n’aiment pas les valses (bisous, Hen­ri et Cather­ine).

Les débuts de Pichuco contés par son frère, Marcos

Je vous pro­pose cette archive datant de 1969, dans laque­lle son grand frère, Mar­cos, par­le des débuts de son fameux frère. L’en­tre­vue est menée par Pipo Mancera (José Nicolás Mancera)

Mar­cos Troi­lo habla de Ani­bal 1969-07-12 — Sába­dos cir­cu­lares de Pipo Mancera

Transcription partielle, mais pas partiale.

Pipo hablan­do a Aníbal: Pichu­co, No, no te voy a pedir nada, se lo voy a pre­gun­tar a Troi­lo, pero no a vos, se lo voy a pre­gun­tar a tu her­mano.
Pipo a Mar­cos: Si ust­ed fuera tan amable, ade­lante señor Troi­lo.
Pipo al públi­co: Mar­cos Troi­lo, her­mano may­or de Aníbal Troi­lo.
Pipo a Mar­cos: Como era su her­mano cuan­do era chico?
Mar­cos: Bueno mi her­mano cuan­do chico ya deja­ba entr­ev­er que iba a ser un poquito gordi­to […] que esta­ban en una época de los 10 a los 12 años 13 años bueno.
Pipo a Mar­cos: Señor Troi­lo cuan­do se despierte en Pichu­co su amor por la músi­ca?
Mar­cos: Bueno, Pichu­co, hace muchísi­mos años, tenía la edad de 10, 11 años y nosotros fre­cuen­tábamos un club que se llamó la Fan­far­ria (La Fan­far­ria esta­ba en los ter­renos del antiguo Hipó­dro­mo Nacional, aho­ra, lugar de la can­cha de Riv­er Plate, el club de Aníbal…) en las cuales los socios aporta­ban sem­anal­mente uno o dos pesos y todas las sem­anas los mis­mos socios hacían una pequeña juga­da en la cual si se lle­ga­ba a ganar se aporta­ba para hac­er un pic­nic o una fies­ta o un baile.
Pipo: Qué lin­do
Mar­cos: Entonces es ahí donde empezó la vocación de Pichu pues esa cosa que se le des­pertó a él. Y yo recuer­do muy bien en los pic­nics cuan­do se encon­tra­ba con los ban­do­neones que actu­a­ban en esa fies­ta que fes­te­ja­ban eso que nosotros estábamos ahí que se senta­ba siem­pre al lado de uno de los ban­do­neones y lo mira­ba muy aten­ta­mente.
Entonces llegó un día de que esos pic­nics se hacían con mucha fre­cuen­cia y un día le dijo a mi madre que le com­prara un ban­doneón. Esta vez así que en una opor­tu­nidad yo regresa­ba a casa y me dijo mi madre dice mira dice lo que hay arri­ba de esa cama. Y era un ban­doneón que le había com­pra­do en una casa de la calle Cór­do­ba, a un señor que lo recuer­do como si fuera aho­ra, se llam­a­ba “Estein­guar” (o Esten­guar, apel­li­do a ver­i­ficar)
Pipo: Si como es este mis­mo (El ban­doneón que está usan­do Aníbal)
Aníbal: Cuarenta y tres años.
Pipo: El fueye que le com­pro su madre.
Mar­cos: y creo que le costó 140 pesos […]
Pipo: 140 pesos
Aníbal: A pagar 10 pesos por mes.
Hay una anéc­do­ta curiosísi­ma. A los cua­tro meses, no vinieron a cobrar. El tipo se había muer­to. Así que me costó 40 pesos.
Pipo a Mar­cos: Pero me has dado un dato que para mí es muy impor­tante […] (Pipo pido el fuye a Ani­bal, tratan­do de hac­er tocar a Mar­cos…) ust­ed aprendió a tocar el fueye porque sabía que su her­mano iba a ser famoso.
Mar­cos: No sim­ple­mente porque me con­tag­ió el entu­si­as­mo que él tenía y un día decidí prac­ticar y empecé a tocar una cosi­ta de acá otra cosi­ta de acá agre­gan­do y empecé a tocar un valsecito con éxi­to.
Pipo: Cuán­tos años hace que no toca el ban­doneón?
Mar­cos: Bueno en hon­or de la ver­dad creo que hace del año 48 a fines del 48 (Mar­cos tocó en la orques­ta de su her­mano has­ta 1947).
Pipo: Qué es lo que mejor recuer­da que toca­ba en ban­doneón… Un valsecito, un tan­gui­to?
Mar­cos: Creo que era un tan­go de Char­lo. Este tan­go pre­cioso. No recuer­do bien el nom­bre aho­ra, pero, que Pichu­co me lo puede hac­er recor­dar. […]

Mar­cos Troi­lo habla de Ani­bal 1969-07-12 — Sába­dos cir­cu­lares de Pipo Mancera. En azul mis comen­tar­ios.

Traduction libre de l’entrevue avec Marcos Troilo

Pipo s’adressant à Aníbal : Pichu­co, non, je ne vais rien te deman­der, je vais deman­der à Troi­lo, mais pas à toi, je vais deman­der à ton frère.
Pipo à Mar­cos : Si vous voulez bien le faire, venez, M. Troi­lo.
Pipo au pub­lic : Mar­cos Troi­lo, le frère aîné d’Aníbal Troi­lo.
Pipo à Mar­cos : Com­ment était ton frère quand il était enfant ?
Mar­cos : Eh bien, quand il était enfant, mon frère avait déjà lais­sé enten­dre qu’il allait être un peu potelé […] C’était au moment où il avait 10 à 12 ans, 13 ans.
Pipo à Mar­cos : M. Troi­lo, quand l’amour pour la musique s’éveille-t-il chez Pichu­co ?
Mar­cos : Eh bien, Pichu­co, il y a de nom­breuses années, il avait 10 ou 11 ans et nous fréquen­tions un club appelé la Fan­far­ria (la Fan­fare, qui était sur le ter­rain de l’ancien hip­po­drome nation­al, aujourd’hui l’endroit où se trou­ve le ter­rain de Riv­er Plate, le club d’Aníbal…) dans lequel les mem­bres con­tribuaient à hau­teur d’un ou deux pesos par semaine et chaque semaine, les mem­bres eux-mêmes fai­saient une petite pièce dans laque­lle s’ils gag­naient, c’était un apport pour faire un pique-nique, une fête ou une danse.
Pipo : C’est mignon.
Mar­cos : C’est donc là que la voca­tion de Pichu a com­mencé, cette chose qui s’est éveil­lée en lui. Et je me sou­viens très bien que lors des pique-niques, lorsqu’il ren­con­trait les ban­donéon­istes qui jouaient à cette fête. Il s’asseyait tou­jours à côté de l’un des ban­donéon­istes et le regar­dait très atten­tive­ment.
Puis il y a eu un jour où ces pique-niques étaient très fréquents et un jour il a dit à ma mère de lui acheter un ban­donéon. Une fois que je ren­trais à la mai­son, ma mère m’a dit, regarde ce qu’il y a sur ce lit. Et c’était un ban­donéon qu’elle avait acheté dans une mai­son de la rue Cor­do­ba, à un homme dont je me sou­viens comme si c’était main­tenant, son nom était « Estein­guar » (ou Esten­guar, nom de famille à véri­fi­er)
Pipo : Oui, c’est celui-ci. (Le ban­donéon qu’utilise Troi­lo est celui acheté par sa mère)
Han­ni­bal : Quar­ante-trois ans.
Pipo : Le fueye que votre mère lui a acheté.
Mar­cos : Et je pense que ça lui a coûté 140 pesos […]
Pipo : 140 pesos
Aníbal : À pay­er 10 pesos par mois.
Il y a une anec­dote très curieuse. Au bout de qua­tre mois, ils ne sont pas venus réclamer leur dû. Le gars était mort. Cela m’a donc coûté 40 pesos.
Pipo à Mar­cos : Mais tu m’as com­mu­niqué une infor­ma­tion qui est très impor­tante pour moi […] (Pipo emprunte le ban­donéon à Ani­bal et essaye d’en faire jouer son frère, Mar­cos) tu as appris à jouer du ban­donéon parce que tu savais que ton frère allait devenir célèbre ?
Mar­cos : Non, sim­ple­ment parce que j’ai été con­t­a­m­iné par l’enthousiasme qu’il avait et qu’un jour j’ai décidé de m’entraîner et j’ai com­mencé à jouer une petite chose d’ici, une autre petite chose par-là, et j’ai com­mencé à jouer une valse avec suc­cès.
Pipo : Com­bi­en d’années se sont-elles écoulées depuis que vous n’avez pas joué du ban­donéon ?
Mar­cos : Eh bien, pour être hon­nête, je pense que c’était en 1948 à la fin de 1948 (Mar­cos a effec­tive­ment joué dans l’orchestre de son frère jusqu’en 1947).
Pipo : De quoi te sou­viens-tu le mieux quand tu jouais du ban­donéon ? Une valse, un tan­go ?
Mar­cos : Je crois que c’était un tan­go de Char­lo. Un beau tan­go. Je ne me sou­viens plus très bien du nom, mais Pichu­co peut me le rap­pel­er. […]

Extrait musical

Écou­tons main­tenant le tan­go du jour, qui est cette mer­veilleuse valse, Val­cesi­to ami­go.

Valsecito ami­go 1943-03-25 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no.

Les paroles

Vals sen­ti­men­tal de nues­tras vie­jas horas,
¡nun­ca te escuché tan triste como aho­ra!
Lle­gas has­ta mi para aumen­tar mi que­ja,
tiene tu rondín sabor a cosa vie­ja…
Vals sen­ti­men­tal, ingen­uo y ondu­lante,
vuel­vo a recor­dar aque­l­los tiem­pos de antes.
Una voz lejana me acusa en tu can­ción,
¡val­cesi­to!… ¡y envuelve mi emo­ción!

Vuel­ca tu nos­tal­gia febril,
tu musiq­ui­ta sen­su­al,
se que no es posi­ble seguir
oyén­dote sin llo­rar.
Val­cesi­to ami­go, no ves
esta incer­tidum­bre tenaz
que no hace más
que remover y con­mover
mi soledad…
Unos ojos verdes de mar
más grandes que su ilusión,
unas ansias grandes de amar…
después… llo­ran­do una voz…
Val­cesi­to ami­go, no ves
que tu musiq­ui­ta sen­su­al
no sabe más
que ator­men­tar y ator­men­tar
mi corazón…

Cuan­do llegue el fin de mi oración postr­era,
quiero imag­i­narla así, como ella era…
Jun­taré mi voz a aque­l­los labios suyos,
mien­tras tu can­ción nos servirá de arrul­lo.
Vals sen­ti­men­tal de nues­tras horas,
ya no me verán tan triste como aho­ra.
Lenta­mente tus notas ami­gas can­taré,
valsecito… ¡y entonces moriré!

Ani­bal Troi­lo Letra: José María Con­tur­si

Traduction libre

Petite valse ami­cale

Valse sen­ti­men­tale de nos heures anci­ennes, jamais en t’écoutant je n’ai eu tant de peine.
Tu ne viens à moi que pour me tour­menter. Tes notes ont la saveur des choses passées…
Valse sen­ti­men­tale, ingénue et ondu­lante, de ces temps d’autrefois tu fais revenir le sou­venir.
Une voix loin­taine m’accuse dans ta chan­son, petite valse, et enserre mon émo­tion.

Tu vers­es ta nos­tal­gie fébrile, ta petite musique sen­suelle, tu sais que je ne peux pas con­tin­uer de t’entendre sans pleur­er. Petite valse amie, ne vois-tu pas cette incer­ti­tude tenace, qui ne fait rien que remuer et aviv­er ma soli­tude ?
Des yeux verts de mer, plus grands que ton illu­sion, une fringale immense d’aimer…
Puis… Une voix qui pleure…
Valse ami­cale, ne vois-tu pas que ta petite musique sen­suelle ne sait rien faire d’autre que tour­menter et tour­menter mon cœur…

Quand arrivera la fin de ma dernière prière, je veux l’imaginer ain­si, comme elle était…
Je joindrai ma voix aux siennes lèvres, pen­dant que ta chan­son nous servi­ra de roucoule­ment.
Valse sen­ti­men­tale de nos heures ; jamais me virent si triste comme main­tenant. Lente­ment, je chanterai tes notes ami­cales, petite valse… et ensuite, je mour­rai !

Pour une autre tra­duc­tion en français, vous pou­vez con­sul­ter celle de Fab­rice Hatem, sur son site.

Les versions

Valsecito ami­go 1943-03-25 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no.

C’est le tan­go du jour. Troi­lo est sur son ter­rain, car il en est le com­pos­i­teur.
La pre­mière minute fait mon­ter la ten­sion afin de pré­par­er l’intervention de Fiorenti­no. Le mode mineur adop­té donne un peu de nos­tal­gie à la musique, mais le rythme soutenu entraîne les danseurs dans une valse énergique. Les instru­ments, vio­lons et ban­donéon, mais aus­si la voix relance l’énergie à chaque mesure. Le pre­mier temps est mar­qué de façon sen­si­ble mais sans bru­tal­ité, toute en sub­til­ité. Troi­lo a trou­vé une façon de mar­quer les trois temps de la valse avec un style par­ti­c­ulière­ment flu­ide, que préserve Fiorenti­no. Impos­si­ble de résis­ter à l’élan sans cesse renou­velé. Même Fiorentin ne sem­ble pas devoir repren­dre son souf­fle, pour ne pas couper la dynamique mal­gré une dic­tion par­faite et rapi­de.

Valsecito ami­go 1943-08-17 Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Eduar­do Adrián.

Enreg­istrée cinq mois plus tard, la ver­sion de Canaro mar­que bien la dif­férence de style. Troi­lo a une moder­nité nais­sante bien dif­férente de la ver­sion plus tra­di­tion­nelle de Canaro. Cepen­dant, il ne faudrait pas jeter la mag­nifique presta­tion de Canaro et l’émotion que sus­cite Eduar­do Adrián.
Canaro qui est égale­ment à la tête d’un orchestre de jazz utilise des instru­ments plus rares dans les típi­cas de tan­go, comme la trompette bouchée ou la clar­inette.
Les instru­ments se répon­dent, des motifs répon­dent à l’in­stru­ment prin­ci­pal qui peut être la voix. Ces petits accents sont comme des fior­i­t­ures que peu­vent observ­er les danseurs pour sor­tir du rythme réguli­er et puis­sant bien que d’un tem­po plus mod­éré. Canaro donne la parole suc­ces­sive­ment à chaque instru­ment ce qui évite la monot­o­nie, chaque reprise a une couleur dif­férente.
Canaro a sa sonorité pro­pre, facile­ment recon­naiss­able et le résul­tat est aus­si fan­tas­tique que la ver­sion de Troi­lo et Fiorenti­no. Sur l’île déserte, il faut absol­u­ment emporter les deux.

S’il existe bien sûr d’autres enreg­istrements, il n’y a rien de bien pas­sion­nant qui puisse faire pass­er au sec­ond plan les ver­sions de Troi­lo et Canaro.
On dirait que les mer­veilles réal­isées par ces deux mon­stres sacrés ont fait peur aux suiveurs.
Cepen­dant, un enreg­istrement mod­erne me sem­ble intéres­sant, peut-être, car il me rap­pelle le Cuar­te­to Cedrón qui fut un des orchestres qui berça mon enfance avec la voix si par­ti­c­ulière de Juan.

Valsecito ami­go 2010-10-22 La Típi­ca Orques­ta de Tan­go con Juan Tata Cedrón (voz y direc­ción).

À voir

Pour mieux con­naître Pichu­co, vous pou­vez con­sul­ter ce film doc­u­men­taire sur ceux qui font vivre l’héritage de Pichu­co. Il a été réal­isé en 2014 à l’occasion du cen­te­naire de sa nais­sance.

Un recor­ri­do musi­cal por la obra de Aníbal ¨Pichu­co¨ Troi­lo, uno de los per­son­ajes fun­da­men­tales de la his­to­ria del Tan­go y la músi­ca Argenti­na. Direc­tor: Martín Turnes. 2014. https://play.cine.ar/INCAA/produccion/1451

Il faut un compte pour voir le film, mais c’est gra­tu­it et cela vous ouvri­ra la porte des mer­veilleuses ressources de l’INCAA.

Adiós, los Troilos

Mar­cos est décédé le 7 avril 1975 et un peu plus d’un mois plus tard, Ani­bal l’a rejoint.
Le poète Adrián Desider­a­to écriv­it à cette triste occa­sion :
« Fue un 18 de mayo, ese día al ban­doneón, se le cayó Pichu­co de las manos ».
Ce fut un 18 mai, ce jour du ban­donéon, qu’il tom­ba des mains de Pichu­co.
Depuis l’âge de dix ans, l’instrument n’a pas quit­té Ani­bal. On a donc décidé de faire du 18 mai le jour du ban­donéon. Le seul hic, c’est qu’il y a un doute réel sur la date de décès d’Anibal, 18 ou 19 mai  ?
Je vous laisse méditer, comme le héros de cette valse, inter­prété par Fiorenti­no, Adrián et Cedrón.