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El criollito oriental

El criollito oriental 1944-03-01 — Orquesta Pedro Laurenz con Alberto Podestá

Alberto Mastra

L’exode rur­al vers les grandes villes est un phénomène qui a aus­si eu lieu en Argen­tine et en Uruguay. Notre milon­ga du jour est l’histoire d’un petit vendeur ambu­lant qui a quit­té sa cam­pagne uruguayenne pour ven­dre des col­ifichets aux belles femmes de Buenos Aires.

Pedro Lau­renz et Alber­to Podestá nous évo­quent cette vie à tra­vers la milon­ga presque auto­bi­ographique écrite par Alber­to Mas­tra, qu’Anibal Troi­lo surnom­mait « Mas­tri­ta ». Extrait musi­cal

El criollito oriental. Partition d’Alberto Mastra.
El criol­li­to ori­en­tal. Par­ti­tion d’Alberto Mas­tra.
El criol­li­to ori­en­tal 1944-03-01 — Orques­ta Pedro Lau­renz con Alber­to Podestá.

Paroles

Yo soy el criol­li­to del viejo cor­ral
El que en 1900 se supo embar­car
De Mon­te­v­ideo que los ori­en­tales
Llam­a­ban entonces “la ban­da ori­en­tal”

Después de una noche llegué a Buenos Aires
Sin más equipa­je que mi cor­netín
Sin otra for­tu­na que algunos reales
Y una tona­di­ta que decía así

Tarí, tarí, este toque es la seña
Tarí, tarí, del criol­li­to ori­en­tal
Tarí, tarí, para que las porteñas
Tarí, tarí, me ven­gan a com­prar

Tarí, tarí, para que las porteñas
Tarí, tarí, me ven­gan a com­prar

Tarí, tarí, escuchame porteña
Tarí, tarí, quiero hac­erte acor­dar
Tarí, tarí, que este toque es la seña
Tarí, tarí, del criol­li­to ori­en­tal
Alber­to Mas­tra

Traduction libre

Je suis le petit criol­lo de l’an­cien cor­ral (ceci évoque ses orig­ines rurales, plus qu’un lieu pré­cis), celui qui, en 1900, savait par­tir de Mon­te­v­ideo que les Ori­en­taux appelaient alors « la frange de l’est ». (Au sens pro­pre, en 1900, on ne par­lait plus de bande ori­en­tale pour l’Uruguay).

Après une nuit, je suis arrivé à Buenos Aires, sans autre bagage que mon cor­net (le cor­net à bouquin était util­isé par les vendeurs ambu­lants pour annon­cer leur pas­sage. Ce pas­sage con­te aus­si la vie de l’auteur, puisqu’à 17 ans, Alber­to Mas­tra tra­ver­sa le Rio de la Pla­ta pour venir à Buenos Aires, non pas avec un cor­net, mais avec sa gui­tare), sans autre for­tune que quelques reals (le réal, sou­venir de l’occupation brésili­enne a fait la place au peso dans les années 1830. Cet autre indice tendrait égale­ment à plac­er cette his­toire, plus dans la pre­mière par­tie du XIXe siè­cle qu’en 1900) et un petit air qui dis­ait ain­si :

Tarí, tarí, du criol­lo ori­en­tal (d’Uruguay)
Tarí, tarí, de sorte que les porteñas (femmes de Buenos Aires)
Tarí, Tarí, vien­nent m’a­cheter

Tarí, tarí, de sorte que les porteñas
Tarí, Tarí, vien­nent m’a­cheter

Tarí, tarí, écoute-moi porteña
Tari, Tari, je veux te faire sou­venir
Tarí, tarí, que cet air est le sig­nal
Tarí, tarí, du criol­lo ori­en­tal

Alberto Mastra

Alberto Mastra. À droite, caricature par Jaime Clara pour le disque Amores Nuevos de Gabriela Morgare.
Alber­to Mas­tra. À droite, car­i­ca­ture par Jaime Clara pour le disque Amores Nuevos de Gabriela Mor­gare.

Alber­to Mas­tra de son nom com­plet Alber­to Mas­trascusa Ilario, Ilario étant le nom de sa mère. Il est né et mort à Mon­te­v­ideo, respec­tive­ment le 9 novem­bre 1909 et le 10 avril 1976.

Les mem­bres de sa famille d’origine ital­i­enne tra­vail­laient prin­ci­pale­ment comme cor­don­niers, ce qui vous rap­pellera les orig­ines de Pugliese (voir l’anecdote sur Recuer­do).

Alber­to Mas­tra a deux car­ac­téris­tiques physiques, sa petite taille qui le fera appel­er Mas­tri­ta par Troi­lo et, comme on peut le voir sur la pho­to du cen­tre, il était gauch­er. Cepen­dant, con­traire­ment à la plu­part des gui­taristes gauch­ers, il con­ser­vait l’ordre des cordes de sa gui­tare. C’est-à-dire que le « mi-grave » se trou­vait en bas au lieu d’être en haut. Cela lui don­nait un jeu par­ti­c­uli­er, car le bour­don n’était pas effec­tué avec le pouce.

Son quarti­er de nais­sance est rel­a­tive­ment cen­tral et a per­du depuis la fin du XIXe son car­ac­tère semi-rur­al. Donc pas d’enfance dans un cor­ral comme le héros de la milon­ga du jour. Il est en effet né dans le quarti­er de la Agua­da qui dis­po­sait de fontaines et de puits où allaient s’approvisionner les aguateros (vendeurs d’eau). Sa mai­son natale était située au 125 de la rue “Yi” (Le nom Yi est un peu intri­g­ant. C’est celui d’une riv­ière qui coule d’est en ouest, depuis le Cer­ro Cha­to jusqu’au Río Negro et qui sert de fron­tière aux départe­ments de Flo­res et Durazno). Pour être pré­cis, la par­tie de la rue Yi où est né Mas­tra s’appelle désor­mais Car­los Qui­jano (du nom d’un jour­nal­iste et poli­tique uruguayen mort en 1984).

Ses chan­sons et ses poèmes par­tielle­ment auto­bi­ographiques font générale­ment référence à une péri­ode plus anci­enne, au 19e siè­cle, exp­ri­mant une notable nos­tal­gie.

Cepen­dant, ils don­nent quelques clefs sur sa vie. Dans mir­iñaque (crino­line) il men­tionne en 1910 le chanteur Pepo (José Mayuri) qui était aus­si vendeur ambu­lant et dont la voix était sem­ble-t-il excep­tion­nelle. Mal­heureuse­ment, il ne sem­ble pas y avoir d’enregistrement de cet artiste décédé en 1924.

Le chanteur José Mayuri "Pepo" évoqué dans la milonga miriñaque. Il était également vendeur ambulant de légumes.
Le chanteur José Mayuri “Pepo” évo­qué dans la milon­ga mir­iñaque. Il était égale­ment vendeur ambu­lant de légumes.

Le héros de notre milon­ga du jour, comme Pepo était un vendeur ambu­lant.

Les vendeurs ambulants

Vendeurs ambulants, vendeur d'ail et oignon, vers 1900, vendeur de Loro (perroquets) 1901, vendeur de parapluies (1905), vendeur de friandises (1950).
Vendeurs ambu­lants, vendeur d’ail et oignon, vers 1900, vendeur de Loro (per­ro­quets) 1901, vendeur de para­pluies (1905), vendeur de frian­dis­es (1950).

Ces vendeurs, tout comme aujourd’hui, déam­bu­laient dans les rues des villes, à la recherche de clients. J’ai déjà évo­qué le père de Niño bien qui était vendeur de fainás (galettes à base de farine de pois chiche que l’on trou­ve tou­jours aujourd’hui dans les pizze­rias portègnes).

À défaut de cor­net à bouquin, ces vendeurs avaient leur voix et les « cris » per­me­t­taient d’attirer l’attention des futurs clients. Dans cette vidéo, vous pou­vez voir cer­tains de ces métiers et les cris asso­ciés (pre­goneros).

Cette vidéo est d’autant plus intéres­sante qu’elle évoque la péri­ode colo­niale, elle à laque­lle sem­ble se référ­er Mas­tra pour ses œuvres.

Ses compositions

Mas­tra aurait créé une cen­taine d’œuvres. Il sem­blerait qu’un tiers env­i­ron nous soit par­venu. Voici une liste établie à par­tir de l’excellent mémoire Mas­tri­ta, el que siem­pre vuelve de Susana Ibar­bu­ru (2023–08).

  • Abran can­cha 1934 — Alber­to Mas­tra (MyL) – Milon­ga
Abran can­cha 1934 — Alber­to Mas­tra
  • Aguan­tate Casimiro 1957 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Así fui yo 1957 — Alber­to Mas­tra (MyL) – Milon­ga
  • Ave María 1948 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Bolero
  • Bon­jour mama 1952 — Alber­to Mas­tra y Jose­fi­na Bar­roso Letra: Alber­to Mas­tra — Can­ción
  • Can­ción de mayo 1970 (SADAIC) — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Can­dombe fed­er­al 1933 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­dombe
  • Con per­miso 1942 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • Cuan­do mi madre era niña 1942 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­ción
  • Después del gris 1970 (SADAIC) — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • El canari­to ciego 1938 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Bolero
  • El criol­li­to ori­en­tal 1940 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • El pelu­quero 1959 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • El via­je del negro 1936 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­ción
  • Eloí­na 1949 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Fatal­mente nada 1966 — Manuel Such­er Letra: Alber­to Mas­tra — Tan­go
  • Hari­na amar­ga 1956 – Alber­to Mas­tra y Mario Núnez Letra: Alber­to Mas­tra — Tan­go
  • La fulana 1955 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • La tril­la 1945 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­ción campera
La tril­la 1945 — Alber­to Mas­tra y Adol­fo Berta
  • Luna more­na — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­dombe
  • Mal­don­a­do 1939 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • Mi viejo el remendón 1955 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Milon­ga arra­balera 1931 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
Milon­ga arra­balera 1931 — Alber­to Mas­tra
  • Mir­iñaque 1947 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • No la quiero más 1951 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Bolero
  • Otra auro­ra 1976 (SADAIC) — Ricar­do Dub­cov­sky Naital Letra: Alber­to Mas­tra — Vals
  • Pobre viejo — Alber­to Mas­tra (MyL) — Huel­la
  • Potreri­to 1950 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Se va la car­reta 1937 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­ción (“fan­tasía criol­la
  • Seño­ra Mon­te­v­ideo 1970 (SADAIC) — Alber­to Mas­tra (MyL) — Milon­ga
  • Solo un hom­bre — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Un tan­go para Estherci­ta 1953 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Tan­go
  • Una can­ción para mi pueblo 1945 — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­ción
  • Una pobre melodía — Alber­to Mas­tra (MyL) — Can­ción
  • Zan­jones 1938 — Alber­to Mas­tra (MyL) – Milon­ga
Zan­jones 1938 — Alber­to Mas­tra

Alberto Mastra guitariste

Vous avez écouté ci-dessus, qua­tre de ses inter­pré­ta­tions de ses pro­pres œuvres. En effet, Mas­tra chan­tait très majori­taire­ment ses créa­tions, mais il a égale­ment enreg­istré d’autres titres, comme sur ce disque de 1958 :

Disque Odeon 52368 - Face A, El espiante - Face B, La guitarrita par Alberto Mastra et son conjunto de guitarras.
Disque Odeon 52368 — Face A, El espi­ante — Face B, La gui­tar­ri­ta par Alber­to Mas­tra et son con­jun­to de gui­tar­ras.
El espi­ante 1958 — Alber­to Mas­tra y su con­jun­to de gui­tar­ras (Osval­do Nicolás Frese­do)
La gui­tar­ri­ta 1958 — Alber­to Mas­tra y su con­jun­to de gui­tar­ras (Eduar­do Aro­las Letra: Gabriel Clausi)

Le tango mis en bouteille

Une mal­adie du foie a con­traint Mas­tra à rester alité pen­dant une longue péri­ode durant l’été 1959. Sa petite-fille, âgée de cinq ans à l’époque, lui avait demandé un jou­et et, lors de sa pre­mière sor­tie, Mas­tra fut émer­veil­lé par un voili­er dans une bouteille vue dans une vit­rine. Il déci­da de fab­ri­quer lui-même le cadeau pour la fil­lette et cela fut le début de sa nou­velle activ­ité, la réal­i­sa­tion de saynètes mis­es en bouteille.

Exemples de bouteilles réalisées par Alberto Mastra. En haut, une épicerie (almacen) et une scène de rue, en bas, Carlos Gardel…
Exem­ples de bouteilles réal­isées par Alber­to Mas­tra. En haut, une épicerie (alma­cen) et une scène de rue, en bas, Car­los Gardel…

Vous com­prenez main­tenant pourquoi j’ai pro­posé cette pho­to de cou­ver­ture qui représente un petit vendeur face à des portègnes, le tout dans une bouteille…

El criollito oriental
El criol­li­to ori­en­tal

Pour en savoir plus sur Mastra

Une vidéo très intéres­sante par Igna­cio Var­chausky. Je l’ai décou­verte une fois que j’avais ter­miné d’écrire cette anec­dote. Il y a aura donc un peu de red­ite entre les deux, mais la répéti­tion est aus­si un acte péd­a­gogique et le tal­ent d’Ignacio vous fera sans doute mieux pass­er le mes­sage.

  • Ensayo de Alber­to Mas­tra; González, Ramón; Mon­te­v­ideo : Tangue­dia; 2013 (Livre)
  • Pour ter­min­er en musique, une des com­po­si­tions les plus célèbres de Mas­tra, Mir­iñaque¸ par Gabriela Mor­gare.

À bien­tôt les amis ! Écoutez mon cor­net qui vous annonce que je viens vous faire danser.

La rumbita candombe 1942-12-29 — Orquesta Juan D’Arienzo con Héctor Mauré

Osvaldo Novarro; Tito Luar (Raúl Fortunato) Letra: Mario Battistella

Pourquoi une femme noire ten­ant un bon­go sur plan de sur­feurs hawaïens ? Comme vous vous en doutez, j’ai une expli­ca­tion. Alors par­tons à la décou­verte de la Rumbi­ta can­dombe, un curieux mariage qui a fêté ses noces de chêne et qui con­tin­ue de faire bouger les danseurs d’aujourd’hui.

Extrait musical

La rumbi­ta can­dombe 1942-12-29 — Orques­ta Juan D’Arien­zo con Héc­tor Mau­ré.

Comme l’indique le titre, on recon­naît rapi­de­ment un rythme de rum­ba. J’écris « un » rythme de rum­ba, car il y a en a des dizaines. His­torique­ment, la rum­ba est orig­i­naire de Cuba où elle a été mêlée avec divers­es dans­es, notam­ment d’origine africaine. Cela se recon­naît par la com­plex­ité des rythmes qui sont loin des rythmes cod­i­fiés en Europe. Il n’est qu’à deman­der à un danseur européen moyen de faire son­ner le clave de la sal­sa en rythme, pour voir à quel point c’est hors de sa cul­ture.
N’étant pas moi-même un spé­cial­iste de la rum­ba, j’ai essayé de déter­min­er le type de rum­ba util­isée dans cette com­po­si­tion. Par­mi la cen­taine de pos­si­bil­ités, je trou­ve que la rum­ba yam­bu (une des trois prin­ci­pales rum­bas cubaines) est un assez bon can­di­dat.

La rumbi­ta can­dombe de D’Arienzo et Mau­ré que j’ai mixé avec un rythme de rum­ba yam­bu.

Bien sûr, la ver­sion de D’Arienzo est un peu par­ti­c­ulière et il a mis en avant le plaisir des danseurs de milon­ga en prenant plus de lib­ertés par rap­port au rythme orig­i­nal que les autres inter­pré­ta­tions. On notera, par exem­ple, une cadence bien plus rapi­de.

Le Général Juan Manuel de Rosas assis­tant à une man­i­fes­ta­tion de can­dombe vers 1838 assis­tant à une man­i­fes­ta­tion de can­dombe vers 1838.

De Rosas avait une trentaine d’esclaves, mais il était plutôt sym­pa avec eux et les esclaves qui avaient fui le Brésil le con­sid­éraient comme un libéra­teur. On voit qu’il a un homme noir sur le siège à son côté, ce qui doit prob­a­ble­ment témoign­er de sa prox­im­ité. On remar­quera les tam­bours du can­dombe. Le pein­tre, Martín Boneo s’est représen­té avec son épouse, debout à l’arrière de De Rosas. La fille du cou­ple (Manueli­ta) est en rouge au côté de l’homme noir assis.

Paroles de la version de Juan D’Arienzo et Héctor Mauré

Les dif­férentes ver­sions dis­posent de paroles légère­ment dif­férentes. Celles de l’en­reg­istrement de D’Arienzo et Mau­ré sont les plus diver­gentes par rap­port aux paroles orig­i­nales. J’indiquerai, en fin d’article, les paroles orig­i­nales et don­nerai quelques indi­ca­tions pour les autres ver­sions.

Presten todos aten­ción
Que ya empezó
Y a virutear esta milon­ga
Que el rey negro bau­ti­zo

No es su cuna el arra­bal
Negro y cumbe

Por eso es que
Todos le dicen
La milon­ga can­dombe

Ae ae ae ae
Ae ae ae ae

A bailar a can­tar
A seguir sin parar

Ae ae ae ae
Ae ae ae ae

Que se va y se fue
La milon­ga can­dombe.

Osval­do Novar­ro; Tito Luar (Raúl For­tu­na­to) Letra: Mario Bat­tis­tel­la

Traduction libre de la version de Juan D’Arienzo et Héctor Mauré

Prêtez tous atten­tion.
Ça a déjà com­mencé et pour virutear (référence à la viru­ta et l’usure du planch­er) cette milon­ga que le roi noir a bap­tisée.
Ce n’est pas son berceau les faubourgs
Noir et cumbe (esclaves noirs ayant fui et vivant libres)
C’est pourquoi tous l’ap­pel­lent la milon­ga can­dombe
Ae ae ae ae
À danser, à chanter
À con­tin­uer sans s’ar­rêter,
Ae ae ae ae
Car elle s’en va et est par­tie
La milon­ga can­dombe.

Autres versions

Je com­mence par les auteurs de la musique, Osval­do Novar­ro et Tito Luar.

La rumbi­ta can­dombe 1942-06-02 — Hawai­ian Ser­e­naders con Osval­do Novar­ro.

Les Hawai­ian Ser­e­naders est un groupe argentin, mal­gré ce que pour­rait laiss­er penser son nom. Il fut act­if durant une ving­taine d’années après sa créa­tion en 1940 par le chanteur Osval­do Novar­ro (Héc­tor Vil­lanue­va) asso­cié à Tito Luar (Raúl For­tu­na­to) (Directeur d’orchestre, trom­bon­iste et vio­loniste) et auteurs de la musique de notre titre du jour.
Les deux hommes étaient d’origine vénézuéli­enne, pas l’ombre d’un Hawaïen dans l’histoire.

À l’o­rig­ine du groupe Hawai­ian ser­e­naders, un groupe de musique hawaïenne mené par Osval­do Novar­ro dans les années 30.

À ce sujet, il est amu­sant de not­er qu’il y a eu un autre groupe nom­mé The Hawai­ian Ser­e­naders, mais qu’ils étaient Grecs et étaient dirigés par Felix Mendelssohn (prob­a­ble­ment un pseu­do­nyme…). Je ne résiste pas à la ten­ta­tion de vous présen­ter une de mes 600 cumpar­si­tas par ces Grecs « hawaïens »…

La cumpar­si­ta 1941 — Felix-Mendelssohn & His Hawai­ian Ser­e­naders.

Les sonorités sont beau­coup plus hawaïennes que pour le groupe argentin…

La rumbi­ta can­dombe 1942-12-29 — Orques­ta Juan D’Arien­zo con Héc­tor Mau­ré. C’est notre titre du jour.
La rumbi­ta can­dombe 1943-06-28 — Orques­ta Osval­do Frese­do con Oscar Ser­pa.

Oscar Ser­pa et surtout l’interprétation mag­nifique de Frese­do fait que cette ver­sion peut très bien être pro­posée en bal, même si peu de DJ s’y risquent.

La negri­ta can­dombe (La rumbi­ta can­dombe) 1943-07-16 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Car­los Roldán.

La ver­sion de Canaro est sans doute celle qui est la plus con­nue. Son rythme assez calme respecte mieux, que la ver­sion de D’Arienzo, le rythme de la rum­ba. Comme il en a l’habitude et grâce à ses per­cus­sion­nistes de son orchestre de jazz, Canaro peut pro­pos­er une intro­duc­tion au tam­bour et une orches­tra­tion un peu dif­férente.

Paroles de la version originale

Presten todos aten­ción
Que va a empezar,
Esta será la nue­va dan­za
Que ten­dremos que bailar…
Fue su cuna la ilusión
El cabaré
Por eso es que la lla­mamos
La rumbi­ta can­dombe.

(Estri­bil­lo)
Ae, ae, ae, ae
Ae, ae, ae, ae (coro)
A bailar, a can­tar
A seguir sin parar,
Ae, ae, ae, ae
Ae, ae, ae, ae (coro)
Ya se va, ya se fue
La rumbi­ta can­dombe.

El autor de su com­pás
Es un bongó,
Que se enam­ora­do de una milon­ga
Un domin­go se casó
Y es por eso que al vibrar,
Sen­ti­men­tal su rit­mo es
Mez­cla de rum­ba
Y can­dombe fed­er­al.
Osval­do Novar­ro; Tito Luar (Raúl For­tu­na­to) Letra: Mario Bat­tis­tel­la

Traduction libre des paroles de la version originale

Prêtez tous atten­tion.
Ça va com­mencer,
Ce sera la nou­velle danse que nous devrons danser…
Son berceau était l’il­lu­sion, le cabaret, c’est pour ça qu’on l’ap­pelle, la rumbi­ta can­dombe.

(Refrain)
Ae, ae, ae, ae
Ae, ae, ae, ae (chœur)
À danser, à chanter
À con­tin­uer sans s’ar­rêter,
Ae, ae, ae, ae (chœur)
Déjà elle s’en va, déjà elle est par­tie
La rumbi­ta can­dombe.

L’au­teur de son rythme est un bon­go, qui est tombé amoureux d’une milon­ga.
Un dimanche, il s’est mar­ié et c’est pourquoi, lorsqu’il vibre, sen­ti­men­tal, son rythme est un mélange de rum­ba et de can­dombe fédéral.

Paroles de la version de Canaro et Roldán

Presten todos aten­ción
Que va a empezar,
Esta será la nue­va dan­za
Que ten­dremos que bailar…
Fue su cuna la ilusión
Que le dio fe,
Por eso es que la lla­mamos
La negri­ta can­dombe.

Así, así, así, así
Así, así, así, así (coro)
A bailar, a can­tar
A seguir sin parar,
Así, así, así, así (coro)
Ya se va, ya se fue
La negri­ta can­dombe.

El autor de su com­pás
Es un bongó,
Que al arrib­ar a la Argenti­na
De una criol­la se prendó…
Y es por eso que al vibrar,
Sen­ti­men­tal su rit­mo es
Mez­cla de rum­ba
Y can­dombe fed­er­al.

Osval­do Novar­ro; Tito Luar (Raúl For­tu­na­to) Letra: Mario Bat­tis­tel­la (y?)

Traduction libre de la version de Canaro et Roldán

C’est pourquoi nous l’ap­pelons
La negri­ta can­dombe.
(La rumbi­ta est passée de la musique, petite rum­ba à une negri­ta, petite femme noire).
Comme ceci, comme cela, comme cela
(con­traire­ment aux autres ver­sions, Roldán chante “así” et pas “ae”).
Comme ceci, comme ça, comme ça
Danser, chanter
Pour con­tin­uer sans s’ar­rêter,
Comme ceci, comme ça, comme ça
Déjà elle s’en va, déjà elle est par­tie
La negri­ta can­dombe.
L’au­teur de son rythme est un bon­go, qui à son arrivée en Argen­tine, d’une créole, est tombé amoureux…
(la local­i­sa­tion en Argen­tine et la men­tion d’une créole ancrent la chan­son. Canaro était Uruguayen de nais­sance et les esclaves étaient en grande par­tie orig­i­naires du Brésil, et bien sûr d’Afrique avant).
Et c’est pourquoi, quand il vibre, sen­ti­men­tal, son rythme est un mélange de rum­ba et de can­dombe fédéral.

Quelques éléments sur la milonga candombe

Même si le pro­pos de Osval­do Novar­ro et Tito Luar était de créer un nou­veau rythme à base de rum­ba en le mix­ant avec des rythmes de can­dombe, cette expéri­men­ta­tion qui n’a pas don­né d’autres musiques est con­tem­po­raine de l’apparition de la milon­ga can­dombe.
En effet, on attribue à Sebastián Piana la mise en forme de la milon­ga can­dombe.
Sa pre­mière milon­ga can­dombe est Pena mula­ta (écrite en 1940).

Pena mula­ta 1941-02-18 — Orques­ta Car­los Di Sar­li con Rober­to Rufi­no (Sebastián Piana Letra: Home­ro Manzi).

C’est le plus ancien enreg­istrement de milon­ga can­dombe. Amis DJ, si vous avez une milon­ga can­dombe d’avant 1940, c’est sûre­ment un can­dombe ou un autre rythme… Ce n’est pas inter­dit de le pass­er, mais prenez vos pré­cau­tions pour ne pas met­tre en dif­fi­culté les danseurs qui sont sou­vent moins à l’aise avec les milon­gas can­dombe et qui peu­vent être totale­ment per­dus avec des can­dombes.

Aleluya 1943-12-15 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Car­los Roldán (Sebastián Piana Letra: Cátu­lo Castil­lo).

Et une ver­sion par Piana lui-même :

Aleluya 1944 — Sebastián Piana con Jorge Demare.

Une ver­sion brute, un peu rugueuse, mais qui fait bien sen­tir les orig­ines de l’inspiration de Piana.

Les titres apparentés au candombe, composés par Sebastián Piana

• Juan Manuel 1934 — Sebastián Piana Letra: Home­ro Manzi (Milon­ga fed­er­al)
• Pena mula­ta 1940 — Sebastián Piana Letra: Home­ro Manzi (Mar­cha can­dombe)
• Car­navalera 1941 — Sebastián Piana Letra: Home­ro Manzi (Milon­ga can­dombe)
• Papá Bal­tasar 1942 — Sebastián Piana Letra: Home­ro Manzi (Milon­ga can­dombe)
• Aleluya 1944 — Sebastián Piana Letra: Cátu­lo Castil­lo (Milon­ga negra)
• Ahí viene el negro Raúl 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (Tan­go can­dombe)
• Cal­abú 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (Can­ción de cuna can­dombe)
• El vende­dor de velas 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe pregón)
• Hue­vi­tos de olor 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe pregón)
• La aceitu­na del negro 1973 — Sebastián Piana — Letra: León Benarós (can­dombe pregón)
• La cri­a­da de misia Jovi­ta 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe)
• La mule­cona 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe)
• Loren­zo Bar­cala 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe)
• Marycham­bá ‑1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe)
• Matan­do hormi­gas 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe pregón)
• Sol­dao, pelo col­orao 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe)
• Tomá pa’ shu­ca 1973 — Sebastián Piana Letra: León Benarós (can­dombe)
• Carum­baié — Sebastián Piana Letra: Julián Centeya (Milon­ga can­dombe)
• Jac­in­to ret­into — Sebastián Piana Letra: Maria Luisa Car­nel­li (Milon­ga can­dombe)
• Pastel­era — Sebastián Piana Letra: Cátu­lo Castil­lo (Milon­ga negra)
• Se casa el negri­to — Sebastián Piana Letra: Maria Luisa Car­nel­li (Milon­ga can­dombe)

Pour ter­min­er, un peu de théorie musi­cale du can­dombe avec les jeux des tam­bours.
Pour la par­tie can­dombe, c’est un peu plus facile, car nous sommes plus accou­tumés à ces rythmes.
Le can­dombe utilise trois types de tam­bours :
Tam­bor chico
https://youtu.be/p2CL5-Ok4SI
Tam­bor repique
https://www.youtube.com/watch?v=VwxzY1fgrUw&t=96s
Tam­bor piano
https://youtu.be/K77E_k0S_q8
Les trois tam­bours jouant ensem­ble :

Les trois types de tam­bours du can­dombe, de gauche à droite : Tam­bor repique, tam­bor chico, tam­bor piano et un autre tam­bor chico.

Et les surfeurs ?

Ah oui, j’allais oubli­er. Mais vous avez sans doute dev­iné.
La femme noire, c’est la negri­ta de Canaro, le tam­bor chico qu’elle tient dans les mains, c’est le can­dombe et les sur­feurs et l’exocet, c’est une par­tie d’une affiche de 1940 pour Hawaï.

Une affiche pub­lic­i­taire pour Hawaï de la Pan Amer­i­can Air­ways.

Le surf à Hawaï sem­ble être une très vieille activ­ité, comme en témoigne James Cook en 1779.

Duke Kahanamoku en 1910.

À l’époque, les îles s’appelaient Îles Sand­wich, nom qu’avait don­né Cook en l’honneur de John Mon­tagu de Sand­wich, l’inventeur du sand­wich. Atten­tion, il ne faut pas les con­fon­dre avec les Îles Sand­wich du Sud, revendiquées, comme les Îles Mal­ouines, par l’Argentine…

Le dernier état des USA (Hawaï) dans l’hémis­phère Nord et les Îles Sand­wich du Sud, revendiquées par l’Ar­gen­tine.

À bien­tôt les amis !