Configuration de MIXXX pour les DJ de tango
Interface de MIXXX
Il s’agit de l’interface que j’utilise. Elle est relativement standard. Certains collègues, grâce à la puissance de l’IA, ont adapté le logiciel à d’autres façons de travailler. C’est tout à fait possible et facile à faire, mais je n’en ressens pas l’utilité, sans doute, car je travaille aussi comme DJ traditionnel et ses fonctions avancées me sont alors utiles, par exemple avec Rekordbox et une console Pioneer, ou avec Traktor. Garder un esprit commun entre les différents logiciels que j’utilise me simplifie la vie. Pour un DJ qui ne ferait que du tango, je peux comprendre la volonté de simplification, comme pour cette collègue qui avait fait enlever tous les potentiomètres d’une console par le régisseur, par crainte de toucher un bouton par erreur…

A, liste des prochains fichiers

Cette zone affiche les prochains morceaux qui seront diffusés. On remarque que le premier (El irresistible) est déjà chargé sur la platine de droite, car on peut encore l’enlever ou le changer de place, puisqu’il n’est pas en cours de lecture. En revanche, Lorenzo, qui est en cours de lecture, ne peut pas être enlevé et il n’apparaît donc pas.
B1 et B2, platines 1 et 2

Ces platines montrent les formes d’onde (waveform, oscillogramme) de la musique. Les parties ayant le plus grand développement vertical sont les plus sonores. La couleur indique la fréquence (plus grave ou plus aiguë). Dans le tango, cela aide à repérer les introductions (on a des techniques plus précises pour les repérer, mais cela donne une première approximation). Pour les cortinas, cela aide à repérer les endroits où on va pouvoir baisser le volume pour lancer la tanda suivante. En mode DJ automatique, une seule platine tourne à la fois, alternativement celle de gauche, puis celle de droite.


En mode complet, il existe de nombreux éléments que l’on n’utilise pas en tango. Je n’en parlerai pas. Cependant, je trouve utile de vous présenter quelques fonctions assez intéressantes, même en tango. Elles se trouvent à droite des formes d’onde de chaque platine.
On remarque un potentiomètre vertical. Il permet de régler la vitesse de la musique. Par défaut, il va plus vite vers le haut, mais je l’utilise à l’envers, car c’est l’ergonomie de mes autres logiciels, comme Traktor. Ainsi, je ne risque pas d’accélérer au lieu de ralentir en changeant de logiciel.
ATTENTION : si vous modifiez la vitesse en cours de lecture, verrouillez impérativement le petit cadenas (keylock). Ainsi, le réglage de la vitesse ne changera pas la tonalité. Les notes restent les mêmes ; elles sont juste jouées plus lentement ou plus rapidement.
J’utilise régulièrement cette fonction. Par exemple, pour avoir une tanda plus homogène où certains titres ont une vitesse qui pourrait trancher avec la musique précédente. C’est surtout sensible avec les tandas de trois qui ne permettent pas d’ajuster la progression de la tanda avec des paliers fins, ce qui oblige parfois à avoir des titres qui donnent un effet de marche d’escalier trop marqué. Ajuster les vitesses permet de limiter cet inconvénient. Bien sûr, progressivement, on augmentera la vitesse du titre, très lentement, afin que ce soit imperceptible pour les danseurs. Ainsi, lorsqu’arrivera le titre suivant, les danseurs seront au rythme adéquat. Si l’on était directement passé d’un titre à l’autre, il y aurait eu une différence de vitesse moins harmonieuse. Certains puristes sont hostiles à cette pratique sous prétexte que ce n’est pas ce qu’a enregistré l’orchestre. Il n’y a qu’à prendre dix copies différentes du même enregistrement pour se rendre compte qu’elles présentent d’importantes différences. De plus, les orchestres jouaient différemment selon les jours, en s’adaptant aux danseurs. C’est ce que peut faire le DJ et je ne vois pas pourquoi on lui reprocherait. Son rôle est de donner du plaisir, pas d’être un puriste. Je pense que ma position est d’autant plus justifiée, que beaucoup de ces puristes évoquent des éléments qui sont faux. Voir, par exemple, mes articles sur l’analyse harmonique.
C, lecteur de pré-écoute

Le lecteur de pré-écoute est très important. Il permet d’écouter une musique (au casque de préférence) avant qu’elle passe et avant qu’elle soit chargée sur l’une des platines. On peut écouter une musique déjà chargée sur une platine, mais c’est dangereux, car on risque d’envoyer le son sur la piste, ou au contraire de ne pas avoir de son sur la piste, seulement dans le casque. La pré-écoute propose une forme d’onde qui permet de vérifier que le morceau est bien entier. Si on voit que la forme d’onde s’arrête brutalement en bout de fenêtre, il faut écouter la fin dans le lecteur de pré-écoute pour vérifier si la fin est réellement présente ou si c’est un bug du fichier ou du logiciel.
On lance la lecture dans ce lecteur à partir de la gauche du nom de fichier en cliquant sur l’icône de casque.
Attention, il y a un bouton de pause (ou lecture, suivant l’état en cours) qu’il ne faut pas confondre avec celui de la platine de gauche qui est juste au-dessus. Si vous vous trompez, vous risquez de mettre en pause la musique qui passe dans la salle…
D, DJ automatique

Le DJ automatique passe automatiquement les musiques, dans l’ordre de la liste située en bas à droite. Certains DJ font une liste avant la milonga et ne touchent plus à rien ensuite. J’imagine que si vous lisez cet article, c’est que vous avez plus de respect pour ce métier et que vous intervenez de façon différente.
Au-dessus de la liste, il y a plusieurs éléments.
- Un petit robot, ici sur fond orange, car le mode est activé. Les musiques passent successivement automatiquement.
- Une flèche vers la droite avec une courbe descendante qui la croise. Cette icône permet de passer d’une platine à l’autre et donc d’enchaîner des musiques. C’est ce bouton que vous touchez quand vous voulez lancer ou terminer la cortina, ou passer plus rapidement le tango suivant (pour éviter de laisser un trop grand intervalle entre deux musiques).
ATTENTION, tous les boutons suivants sont dangereux et ne devraient pas être manipulés inconsidérément pendant la diffusion de tango
- Les trois petits rectangles sont dangereux, car si on clique dessus, cela supprime le prochain tango. Si on a mis en place une tanda, cliquer par accident sur ce bouton va faire qu’il va manquer un tango…
- La liste de choix (ici avec Pista completa) permet de choisir si on veut lire la piste en entier ou partir d’une partie de la piste. Pour ma part, j’indique piste complète, mais ma musique est normalisée avec 7/10 de seconde au début et 3 secondes en fin de chaque piste. Un DJ qui aurait de très grosses différences entre ces morceaux pourrait choisir une autre option, ce qui ferait s’enchaîner les pistes en coupant les « blancs irréguliers ». Il faut alors rajouter artificiellement un espace entre chaque morceau pour éviter qu’ils s’enchaînent sans pause, ce qui serait horrible à écouter. Attention, ces options peuvent couper une partie de la musique avec un signal faible (début ou fin relativement silencieux).
- Le réglage suivant, ici sur zéro, est le complément du précédent. C’est le temps que dure la transition entre deux morceaux. C’est-à-dire le temps que le crossfader va prendre pour glisser d’un côté à l’autre. Je le règle sur zéro, car en tango, on ne fond pas deux musiques. Imaginez la fin d’un tango qui se mélange avec le début du suivant, cela pourrait être déstabilisant pour les danseurs qui perdraient leur petite pause entre les morceaux. Si on veut se risquer à ce type de mixage, il vaut mieux être en mode manuel et caler ses pistes en respectant les tonalités et les tempos, un vrai travail de DJ de club. Je fais cela, par exemple, pendant les intermèdes de tropical et de rock afin d’enchaîner plusieurs morceaux sans perdre l’énergie du précédent à cause d’une pause.
- ATTENTION, le réglage représenté par deux flèches qui changent de piste est extrêmement dangereux. En effet, il modifie l’ordre des morceaux de façon aléatoire. J’imagine l’effet pour un DJ qui a fait une playlist de quatre heures et qui clique accidentellement sur ce bouton… Espérons qu’il sera capable de reconstituer l’ordre original. Pour ceux qui assemblent les tandas en temps réel, c’est moins grave, mais parfois, on confond ce bouton avec celui, plus à gauche, qui sert à changer de piste…
- Le bouton suivant avec un point d’interrogation permet d’ajouter un fichier au hasard… On imagine que c’est vraiment peu utile en tango. Sauf peut-être si on veut faire participer le hasard pour déterminer la tanda suivante…
- Le dernier bouton est tout autant inutile en milonga, puisqu’il permet de boucler la playlist. C’est déjà suffisamment pénible pour les danseurs quand des DJ successifs passent les mêmes tandas. Pas besoin que le même DJ se mette à bégayer avec sa propre playlist.
E, historique des sessions précédentes

L’historique est intéressant à plusieurs titres.
- Parfois, on ne se souvient plus de ce qu’on vient de passer et on peut le vérifier rapidement pour construire la tanda suivante. Par exemple, pour vérifier qu’on a bien deux tandas de tango avant de mettre une tanda de milonga.
- Retrouver, ce qu’on avait passé à une date antérieure. Cela peut éviter de passer la même tanda d’un jour sur l’autre ou d’une semaine sur l’autre. Il y a une fonction anti-répétition dans MIXXX qui met en gris les musiques qui sont déjà passées, mais on ne peut l’activer que pour 24 heures au maximum. Si on musicalise plusieurs milongas sur un même événement, le dimanche, MIXXX ne grise plus les musiques passées le vendredi. C’est un point d’amélioration pour ce logiciel. J’aimerais que cette fonction puisse être étendue à une ou deux semaines.
- Enfin, elle permet de répondre à un danseur qui vient demander quel était le troisième titre de la tanda avant les valses d’il y a une demi-heure… Construisant les tandas en direct, je ne me souviens pas toujours de l’ordre dans lequel j’ai passé les titres.
F, mixer

En mode automatique, le mixer est un peu moins utile, mais c’est lui qui donne le nom au logiciel MIXXX. Sa partie la plus importante, le crossfader (le potentiomètre linéaire horizontal), se déplace seul en mode automatique. On peut régler sa vitesse de déplacement comme vu précédemment, mais en tango, un déplacement immédiat est préférable pour éviter de mélanger des morceaux ou de perdre leur début ou leur fin.
Au centre, trois vumètres permettent de vérifier le volume et l’absence de saturation. Ils doivent toujours rester dans la zone verte. Ici, celui de gauche, plus petit, est vert. Il représente la platine de gauche. Celui du centre est plus large, il représente le mix de sortie. Celui de droite est ici noir, car il n’y a pas de son sortant de la platine de droite, vu qu’en tango, on ne joue qu’un seul platine à la fois.
De chaque côté de ces vumètres, deux potentiomètres permettent de régler le volume de chaque platine séparément. En général, on n’y touche jamais. Cependant, on peut régler le potentiomètre rotatif de gain situé juste au-dessus. C’est lui qui permet d’ajuster le volume des canaux afin que les vumètres soient dans leur gamme idéale (si le gain est réglé trop fort, les vumètres iront au rouge) et s’ils sont trop bas, on perd de la dynamique possible et on risque d’avoir du souffle. Cela obligerait aussi à pousser le volume des amplificateurs pour compenser la faiblesse du signal d’entrée.
Intéressons-nous maintenant aux six potentiomètres rotatifs, extérieurs (trois de chaque côté). Ils permettent de contrôler le volume des aigus, des médiums et des graves. Cela peut être utile si vous n’avez pas d’accès à une console de mixage, par exemple, pour atténuer les sifflements des violons sur les mauvaises copies de certains enregistrements de De Angelis… Cela ne remplace pas un égaliseur paramétrique, mais ça sauve un peu les cas limites. Nous verrons, en étudiant la configuration, que MIXXX propose d’autres égaliseurs pour d’autres usages.
Le carré vert situé en bas permet d’annuler toutes les corrections d’égalisation de la platine concernée. Au-dessus il y a un potentiomètre d’ajustement des effets, mais il n’est normalement pas utilisé en tango.
Il reste à présenter les deux casques. Quand le bouton est activé, on peut écouter la piste au casque. Cela permet de caler le début d’un morceau, par exemple, pour sauter l’introduction. Pensez à le désactiver quand la platine est en lecture sur la sonorisation, sinon vous entendrez cette sortie au casque. Il est préférable d’écouter le son réel de la piste. De plus, si vous réalisez des pré-écoutes, cela vous perturbera. On peut en revanche l’utiliser sur une piste en cours de lecture pour vérifier la qualité sonore au cas où on ne serait pas satisfait de ce qui sort en salle. Cette fonction casque est surtout utile aux DJ de clubs, pour marquer leurs points Cue, préparer les boucles et d’autres choses qu’on ne fait jamais en tango.
Un petit rappel : les deux boutons gris en bas doivent toujours être glissés vers l’extérieur en mode DJ automatique avec 2 platines.
Configuration de MIXXX
Par défaut, MIXXX est un peu différent de l’interface que je vous ai présentée. Je vais vous expliquer ici chaque réglage pertinent et vous indiquer pourquoi je le configure ainsi. Un autre DJ peut avoir des idées différentes ; c’est la souplesse qu’offre ce beau logiciel.

Réglage de l’équipement (carte son, DAC, casque…)

- API de son — elle dépend de votre matériel et de votre système d’exploitation. Sous Mac, utilisez Core Audio. Sous Windows, utilisez de préférence, ASIO, WASAPI ou WDM-KS ; les autres options sont de qualité médiocre. Il suffit de veiller à acheter une carte son acceptant une des API recommandées. Pour Linux, préférez ALSA ou JACK à OSS qui reste utilisable.
Le reste de la partie supérieure peut être laissé par défaut. On peut éventuellement choisir Mono au lieu de stéréo pour la sortie.
- Principal — C’est la sortie qui est diffusée sur la piste de danse. C’est logiquement sur la carte son (DAC). Pensez à vérifier que les deux canaux sont assignés (1–2) pour avoir le signal sortant à gauche et à droite. Il est possible de choisir un seul canal, mais c’est une configuration particulière qui sera rarement utilisée par les DJ de tango qui sont confrontés à des systèmes de sonorisation plutôt sommaires.
- Casque (Auriculares si votre interface est en espagnol) — C’est la sortie casque qui permet de faire la pré-écoute, le contrôle des pistes pour les calages… En l’absence de casque, on pourrait faire sortir le son sur le haut-parleur de l’ordinateur, mais c’est peu pratique et cela peut déranger les danseurs d’entendre le son de l’ordinateur. Donc, achetez un casque. Attention, il vaut mieux un casque filaire, car le Bluetooth a tendance à se déconnecter, la batterie ou les piles peuvent se vider, ce qui peut mettre la panique dans le logiciel qui ne sait plus où faire sortir le son des auriculaires.
- Cabine (Cabina) — C’est la sortie pour la cabine ou les retours DJ. Il faut une seconde carte son, ou une carte son double. En pratique, il est plus pertinent d’utiliser les fonctionnalités du système de sonorisation.
Réglage de la bibliothèque
Il est possible de régler les bibliothèques utilisables avec le logiciel MIXXX. Elle est surtout utile à ceux qui travaillent à partir de playlists préparées dans un autre logiciel. Cependant, MIXXX ne dispose pas d’outil de recherche performant, cette fonctionnalité ne permet pas de retrouver tous les enregistrements entre deux dates, les titres composés par un compositeur en particulier et toutes les fonctionnalités si utiles au DJ qui travaille en direct. Je proposerai en fin d’article ma méthode pour pallier ce manque dans le logiciel.

MIXXX permet d’exploiter différentes bibliothèques. Pour ma part, j’ai activé celles des logiciels que j’utilise, à savoir Music (ex-iTunes), Traktor et Rekordbox. Parmi les informations à renseigner dans cette page :
- Emplacement de la musique. C’est l’endroit où se trouve la musique. Ayant 4 To de musique et seulement 2 To sur le disque du Mac, j’ai la musique sur un disque SSD externe collé au capot du Mac. Ce disque est amorçable (bootable), c’est-à-dire qu’en cas de défaillance du disque interne, je peux démarrer dessus. De même, sur le disque interne, je dispose d’une bibliothèque de secours de musiques de tango, d’environ 1 To, ce qui est suffisant pour un dépannage.
- Synchroniser les métadonnées d’après les tags des fichiers. N’utilisant pas réellement cette fonctionnalité, je n’ai pas activé la mise à jour des informations de fichier depuis la bibliothèque. Mon but est de ne pas surcharger l’ordinateur et d’accélérer le démarrage. Lire une bibliothèque de 150 000 titres est assez long et, en cas de nécessité, de m’installer rapidement ou après un éventuel plantage, je ne peux pas me permettre d’attendre plusieurs minutes la mise à jour. En revanche, si votre collection est réduite, il peut être intéressant d’activer cette option.
- Dans la vue des pistes. Il peut être intéressant de faire en sorte que le double-clic ajoute rapidement le fichier à la fin de la liste de DJ automatique. Ensuite il suffit de le glisser à l’emplacement souhaité. La possibilité de le mettre automatiquement au début de la liste en cours de lecture est intéressante pour les DJ de club qui doivent rapidement ajouter un titre à partir d’une playlist (ce qui est la façon de travailler, on a une liste de fichiers et on les sélectionne à la volée en fonction des besoins). Dans mon cas, n’utilisant pas la bibliothèque, je trouve moins dangereux de ne pas offrir au double-clic quelque chose de risqué, comme mettre immédiatement en lecture un fichier double-cliqué par erreur.
- La précision des BPM (battements par minute, c’est-à-dire la vitesse) à 1 est suffisante pour le tango. Pas pour d’autres musiques.
Je ne mentionne pas les autres réglages de cette vue, car il s’agit de questions de goût, de taille d’écran et autres. Vous pouvez laisser les valeurs par défaut. Juste un point, tout en bas, vous trouverez l’emplacement des fichiers de configuration de MIXXX. Il peut être intéressant de ne pas oublier ce répertoire dans vos sauvegardes, en cas de problème.
Configuration de l’interface

Ce réglage de l’interface n’est pas uniquement cosmétique. Il influe également sur la disposition des éléments. Pour ma part, je crois utiliser la version par défaut, LateNight avec les couleurs PaleMoon, mais il y a d’autres choix. Dans les autres options, il y a la configuration régionale qui, en principe, est celle du système (mon Mac est en espagnol, car c’est beaucoup plus simple de gérer des musiques dans leur langue).
Pour avoir une interface dépouillée, j’utilise le démarrage en plein écran et le masquage de la barre de menu. Pour la faire réapparaître, il suffit de glisser la souris jusqu’au haut de l’écran.
J’ai désactivé les aides au survol, mais peut-être qu’un débutant appréciera de les avoir.
Bien sûr, il faut désactiver l’économiseur d’écran. Il faut également désactiver les fonctions de veille dans les réglages de l’ordinateur. Vous ne pouvez pas prendre le risque que l’ordinateur se mette en veille en pleine milonga.
À ce sujet, je coupe le Wi-Fi pendant la milonga et désactive les mises à jour. Imaginez qu’une mise à jour se lance pendant une milonga. Ce serait une catastrophe. Je ne fais les mises à jour que quand j’ai au moins deux ou trois jours avant une autre milonga pour avoir le temps de tester comment fonctionnent les logiciels après cette mise à jour. Toutes les mises à jour ne sont pas bénéfiques, loin de là. Un ordinateur de DJ n’est pas un ordinateur de travail. Il ne doit contenir que les logiciels indispensables. Changer sa configuration ne doit se faire qu’avec d’importantes précautions.
Configuration des formes d’onde (waveforms)

Dans tous ces réglages, purement cosmétiques pour un DJ de tango, un réglage sort du lot, l’avertissement de fin de piste. Pour ma part, je l’utilise, réglé sur 30 secondes. Je sais que dans moins de 30 secondes, je vais avoir un changement de titre. Si c’est le dernier tango d’une tanda, je me prépare à passer la cortina. Quand, au cours d’une tanda, cela clignote et que l’on n’a pas encore trouvé le morceau suivant, c’est le stress… Mais, on aime bien ce petit stress, parfois.
Configuration des platines de reproduction

Comme j’utilise une configuration un peu différente de celle par défaut, je vais indiquer, point par point, pourquoi.
Option des platines de reproduction :
- Mode Cue — laissez sur « Mode Mixxx ». Pas d’intérêt pour le tango, sauf si vous avez marqué des points d’entrée pour les tangos ayant des introductions que vous souhaitez couper. C’est suffisamment simple à faire en direct pour que cela ne vaille pas le coup de perdre du temps. Par ailleurs, j’ai désactivé les entrées Cue dans l’interface et cela évite qu’un morceau se charge par erreur sur un point d’entrée différent du début de la piste. Il peut être intéressant de le changer pour ceux qui sont habitués à un autre équipement, comme ceux de Pioneer ou Denon… C’est pour les DJ de club.
- Début de l’intro — laissez la case décochée. Cochée, elle demande à MIXXX de placer le point Cue principal au début de l’intro qu’il détecte pendant l’analyse. Un morceau d’origine douteuse risquerait alors de démarrer ailleurs qu’à son véritable début.
- Indicateur de temps de piste — trois affichages sont proposés : temps écoulé, temps restant, ou les deux. Je retiens les deux. Comme en tango on laisse un espace entre les morceaux, c’est mieux de calculer la durée avec les amorces. Si vous sélectionnez plusieurs pistes dans la liste de lecture, vous avez la lecture totale. C’est pratique pour pouvoir terminer à l’heure. Vous savez combien de temps va durer la musique chargée. J’utilise cela beaucoup avant les démos, les sets d’orchestres et les fins de milonga quand l’heure de clôture est précise.
- Format du temps — je conserve le format traditionnel mm : ss.zz. La précision au centième de seconde ne sert à rien en tango, mais elle ne gêne pas.
- Point de chargement de la piste. Pour moi, c’est toujours au début de la piste, mais j’ai une musique normalisée avec 7/10 de seconde au début de chaque titre.
- Charger une piste quand la platine est en cours de lecture. Désactivé. Cela évite de replacer un tango en cours de reproduction par un autre, ce qui peut ne pas être du plus bel effet pour les danseurs.
- Cloner la platine — décoché. Cette option duplique la piste en cours sur l’autre platine lorsqu’on clique deux fois sur le bouton Charger. Sans usage en tango, et source d’accidents si l’on double-clique par mégarde.
Options de la vitesse et de la tonalité :
- Gamme de réglage — Pour ma part, j’utilise ± 10 %. Plus, ce serait vraiment exagéré pour les danseurs. Les manipulations doivent se faire discrètement. Parfois, je fais des petits crans entre les phrases musicales, d’autres fois, je monte très progressivement la vitesse. Il m’arrive de baisser la vitesse, par exemple pour les milongas, si je vois que les danseurs sont un peu en difficulté avec le rythme.
- Direction du réglage — cette case inverse le sens du curseur de vitesse. Je l’ai réglée de façon à retrouver l’ergonomie des platines et de Traktor, où l’on descend le curseur pour accélérer, afin de ne pas me tromper de sens en changeant de logiciel. Vérifiez le résultat à l’oreille plutôt qu’au libellé : selon la langue de l’interface, la formulation de cette case prête à confusion.
- Réinitialiser en début de morceau — J’active les deux réinitialisations en début de morceau. Cela évite que le réglage effectué pour le morceau précédent reste actif sur le suivant : on repart systématiquement de la vitesse et de la tonalité d’origine.
- Mode de synchronisation (pistes à tempo variable) — ce réglage ne concerne que les morceaux dont la grille rythmique n’est pas constante, ce qui est le cas de la quasi-totalité des enregistrements de tango. Il décide de ce que fait la platine asservie quand la platine de référence accélère ou ralentit en cours de morceau. « Suivre le tempo de la piste directrice » colle en permanence au tempo instantané de la référence ; « Utiliser un tempo stable » s’appuie sur un tempo moyen et ignore ces fluctuations, ce qui correspond au comportement de MIXXX avant la version 2.4. En tango, le point est de toute façon secondaire, puisque l’on ne joue jamais deux pistes en même temps et qu’un silence sépare les morceaux. Pour le DJ de club, en revanche, c’est ce réglage qui détermine si la synchronisation tient sur la durée quand la référence fluctue.
- Mode de verrouillage tonal — ce réglage décide de ce qui se passe au moment précis où l’on active le cadenas, alors que le curseur de vitesse n’est pas à zéro. « Tonalité d’origine » ramène le morceau à la tonalité du fichier : le verrouillage annule la transposition provoquée par la vitesse. « Tonalité actuelle » fige au contraire la hauteur telle qu’on l’entend à cet instant, transposition comprise ; rien ne saute à l’oreille au moment du clic, mais on reste décalé par rapport au fichier. Je retiens la tonalité d’origine. En tango, comme le cadenas est verrouillé en permanence, ce choix ne se manifeste pratiquement jamais.
- Mode de déverrouillage tonal — le symétrique du précédent, appliqué au moment où l’on relâche le cadenas. « Réinitialiser la tonalité » rend la hauteur des notes à nouveau dépendante de la vitesse, comme sur une platine vinyle : c’est le comportement le plus prévisible et celui que je conserve. « Conserver la tonalité » maintient la hauteur entendue en la reportant sur le réglage de tonalité séparé, ce qui laisse la platine avec un décalage que la plupart des habillages n’affichent pas ; on se retrouve alors avec un morceau qui sonne étrangement sans comprendre pourquoi. En tango, on n’y touche pas.
- Comportement du pitch bend — je préconise l’accélération progressive plutôt que le saut abrupt, afin d’éviter une variation de vitesse brutale lors d’une manipulation un peu énergique.
- Boutons d’ajustement. J’ai désactivé ces boutons dans mon interface. Cela la simplifie et il est plus précis et efficace de n’utiliser que le potentiomètre linéaire.
Configuration du mixer

Courbe du curseur crossfader
Comme on utilise uniquement le mode AutoDJ en tango, on n’a pas à s’intéresser à cette partie de la configuration.
Les égaliseurs
En revanche, cette partie est plus intéressante et c’est la seule partie de la configuration, à part le choix du matériel que l’on peut être conduit à modifier en s’installant pour une milonga.
Nous avons vu que le mixer comporte trois potentiomètres d’égalisation par platine. Ils servent à corriger le timbre en direct, pendant la diffusion. Attention à ne pas confondre deux notions que le vocabulaire français mélange volontiers : l’égalisation agit sur le timbre (on renforce ou on atténue des bandes de fréquences), tandis que la tonalité au sens musical (la clé, le key des interfaces) est la hauteur des notes. Ces potentiomètres ne changent pas la tonalité du morceau.
Les égaliseurs présents dans cette partie sont différents. Ils servent à préparer la diffusion dans la salle. Ils sont de deux types. Paramétriques ou graphiques. Lors des tests de sonorisation, on repère les résonances de la salle. On ajuste alors le son émis par l’ordinateur pour que la diffusion compense les défauts du site. Si plusieurs fréquences sont à retoucher, on utilisera l’égaliseur graphique (celui qui est constitué de plusieurs potentiomètres verticaux alignés). Il suffit de baisser les fréquences défectueuses pour atténuer la résonance. Si on a une seule fréquence gênante, l’égaliseur paramétrique sera plus approprié. Voir l’article Sonorisation d’une milonga pour plus de détails sur les différents égaliseurs.
Configuration du DJ automatique
Bien que ce soit le cœur de l’utilisation pour un DJ de tango, il y a peu de réglages à y effectuer.

Les trois points d’attention dans la configuration du DJ automatique sont les suivants :
- Éviter que les pistes reviennent. C’est une sécurité qui vous évite de passer deux fois de suite le même morceau. Si c’est le cas, celui-ci sera en gris, ce qui attirera votre attention. Un petit coup d’œil à l’historique pour vérifier, mais c’est toujours le logiciel qui a raison. Il m’arrive de passer deux fois la même cortina, notamment quand j’anime des sets de dix heures de durée.
- Le second point est l’intervalle entre deux reproductions du même titre. Je le place à 23 h 59, mais je préférerais pouvoir indiquer une durée plus longue, pour toute la durée d’un événement de plusieurs jours, voire sur deux semaines pour une milonga régulière.
- Laisser l’ajout de pistes aléatoires à la fin sur désactivé. Comme l’ajout automatique, c’est le degré zéro du DJing. Il vaut mieux quelques secondes sans musique que la diffusion d’un morceau aléatoire.
Configuration du détecteur de BPM et du détecteur de tonalité
Le tango n’est pas si facile à mesurer et les logiciels spécialisés se trompent souvent. La solution la plus précise est de taper les temps (clic de souris) avec un petit utilitaire qui vous affiche le BPM (battements par minute). Pour ma part, j’ai toute ma musique avec le BPM, car la vitesse, avec l’énergie, est un élément important pour l’ordre des titres dans une tanda. Ici, on peut sélectionner le principe de détection. Si vous l’utilisez, ne le changez pas pour avoir des résultats cohérents.

Je conseille de l’activer, car il se peut que vous ayez à passer un morceau qui n’aurait pas été mesuré. Je préfère ne pas l’inciter à remplacer les valeurs que j’ai mesurées manuellement ou à l’aide d’une application plus spécialisée.
Son pendant, le détecteur de tonalité, répond aux mêmes critères. Cependant, comme on ne joue pas deux tangos en même temps et qu’on ne les mixe pas, cet élément a peu d’intérêt. Gardez les valeurs par défaut.
Configuration de la normalisation (ReplayGain)

MIXXX s’appuie ici sur ReplayGain, une norme qui mesure le volume perçu de chaque fichier et l’inscrit dans ses métadonnées, afin de rattraper les écarts au moment de la lecture. Normalement, un bon DJ a sa musique équilibrée. Cependant, il peut être conduit à passer des pistes qui ne sont pas les siennes, par exemple pour une démo. Il est donc important que le niveau sonore reste cohérent entre chaque morceau. Rien de plus désagréable qu’avoir un titre qui détruit les oreilles, suivi d’un autre à peine audible ou inversement. Ce réglage devrait éviter cela. J’écris « devrait », car, même si je l’ai activé, le fait que j’utilise uniquement de la musique que j’ai restaurée fait que j’ai de toute façon des musiques qui ne trancheront pas désagréablement avec leurs voisines.
Les réglages à la volée
En plus de la configuration que nous venons de voir, il y a une autre zone de réglage à étudier. Elle apparaît en cliquant sur le bouton « Settings » situé en haut à droite.

Decks (les platines)
- Decks – Ce sont les platines. En tango, on n’en utilise que deux, car on ne passe jamais deux titres en même temps et encore moins quatre. En mode manuel, il est possible de faire jouer en même temps 2 à 4 platines, ce qui permet des assemblages osés, ou des horreurs inaudibles. Mais en tango, deux platines et chacune à son tour.
- Les quatre cases suivantes sont à décocher. Elles sont très utiles pour le DJ de club, mais sans intérêt en tango. La facilité d’accès du bouton Settings permet tout de même de les faire apparaître si on veut faire une fantaisie (boucle, répétition ou autre). Mais il est peu probable que les danseurs soient enthousiastes, sauf en tango alternatif où je peux mixer des morceaux entre eux, les enchevêtrer pour en créer de nouveaux. C’est amusant à faire, mais ce n’est pas à proprement parler du tango.
- Rate control – permet de faire varier la vitesse de la musique. Pour ma part, j’utilise. Je ne suis pas un puriste, je suis un animateur. Attention, toujours utiliser avec le cadenas verrouillé pour éviter que la tonalité change avec le changement de vitesse.
- Key control – permet de changer la tonalité d’un morceau sans changer sa vitesse. Cela permet d’harmoniser une tanda, même si le fait de ne pas mixer, enchaîner rend cela moins important que pour la musique de boîte. J’utilise très rarement cette option qui devrait faire faire des bonds gigantesques aux puristes.
- Cover art – permet d’afficher la pochette du disque, ou plutôt l’étiquette dans le cas du tango. Cela n’a pas grand intérêt, car c’est illisible, même en choisissant une grande taille. C’est une fonction pour les DJ de club qui se repèrent à la pochette. Les 78 tours sont trop semblables pour que ce soit une aide réelle.
Waveform
- Rien à toucher ici, ce sont des fonctions pour les DJ qui jouent avec les parties des morceaux. Rien de commun avec le tango.
Mixer
- Dans la rubrique Mixer, on peut faire apparaître quelques options utiles. Le casque principal sur le mix devrait, à mon avis, rester désactivé, car on a autre chose à faire avec le casque. Un DJ de club peut vouloir écouter avec précision le mix qu’il est en train de peaufiner, ce qui n’est pas le domaine du DJ de tango.
- En revanche, les trois suivants me semblent utiles. Les potentiomètres d’égalisation, qui permettent de corriger le timbre à la volée pendant la diffusion. J’active aussi le bouton « Kill » qui permet de supprimer instantanément une égalisation. C’est plus rapide que de ramener les potentiomètres en position neutre. Le dernier est le crossfader, le curseur, potentiomètre linéaire horizontal qui va d’une platine à l’autre.
Effets
- Encore une rubrique qui ne sert à rien en tango. Tout au plus peut-on faire un effet spectaculaire sur une cortina ou pour annoncer un moment spécial de la milonga, mais pas en tango. Même en musique de club, l’utilisation abusive des effets est ringarde.
Sampler (échantillonneur)
- Ces effets sont assez pratiques pour les DJ de club débutants pour masquer des transitions mal maîtrisées. En tango, elles n’ont aucun usage. Toutefois, il m’arrive de les utiliser pour l’animation (applaudissements, jingle propre à la milonga, bruit de gratouillis de disques…). Mais dans 99,999 % du temps, on gagne un peu de place en masquant le sampler.
Library
- Preview Deck. À activer, car c’est là que vous pouvez écouter un titre avant de le diffuser.
- Cover Art. À désactiver, car cela prend un peu de place, au détriment d’informations plus utiles. Là encore, c’est du domaine du DJ de club, pas de tango.
Quelques éléments supplémentaires
Nous avons vu le gros de l’interface et de la configuration. Je vous propose de voir quelques détails qui peuvent s’avérer très utiles.
En haut à droite

- Le petit robot qui rappelle qu’on est en mode AutoDJ
- L’heure. Très important pour le minutage de la milonga et de ses temps forts, annonces, sorteo, démo, orchestre, fin…
- CPU Load. Un élément important pour surveiller que l’on ne surcharge pas le processeur. J’ai un Mac assez puissant, mais j’utilise de la musique lossless avec des fichiers qui atteignent 40 Mo chacun, ce qui peut fatiguer un ordi d’entrée de gamme, notamment si on effectue plusieurs tâches en même temps.
- REC indique que l’on est en train d’enregistrer. Aucun intérêt pour le tango, mais je l’utilise parfois pour préparer des intermèdes de tropical (cumbias, cuartetos enchaînés et mixés). Je mixe en direct chez moi et j’enregistre. Avec un contrôleur DJ, c’est plus facile à faire qu’avec la souris. En effet, je ne l’amène pas en milonga. Je ne transporte que le résultat.
- On Air signale que l’on est en train de streamer sa musique. J’ai utilisé d’autres systèmes pour mes milongas hebdomadaires à distance durant la pandémie de COVID, mais c’est bien d’avoir cela sous la main en cas de besoin.
- On retrouve ensuite le bouton Settings déjà évoqué et le beau logo de MIXXX.
En haut à gauche

Sept boutons permettent d’afficher différents éléments de l’interface. Big Library affiche la liste des musiques en plein écran. C’est peu utile en tango, vu que l’on met rarement plus d’une dizaine de musiques à la fois, mais en club, si. Avoir une liste un peu longue permet de faire des classements rapides pour préparer l’ordre de lecture ou trouver le prochain titre à envoyer sur une des platines. On peut aussi activer ce mode en appuyant sur la barre d’espace.
Les autres boutons parlent d’eux-mêmes.
Le menu de MIXXX
Je n’ai pas parlé du menu. Je ne l’utilise quasiment jamais, car j’utilise MIXXX en plein écran. Pour le faire apparaître, il suffit de glisser la souris en haut de l’écran. Tout ce qu’il comporte d’important est de toute façon distribué dans les autres parties du logiciel. MIXXX donne le choix pour accéder à ses fonctions. C’est sympa.
Les contrôleurs
J’ai passé sous silence les contrôleurs, car ils ne correspondent pas aux habitudes des DJ de tango.
On commande MIXXX à la souris. Pour ma part, j’ai configuré le Mac pour que quand une souris est branchée, le trackpad soit désactivé. Cela évite les fausses manipulations, le trackpad étant un outil trop lent et imprécis pour sélectionner rapidement des musiques à la volée.
Je n’utilise pas de contrôleur DJ avec MIXXX, car je suis équipé en Pioneer avec Rekordbox. Mais MIXXX est tout aussi efficace pour cet usage à condition d’avoir configuré son contrôleur.
Un cas particulier est le petit Traktor Kontrol Z1 de Native Instruments. Un mini contrôleur qui ressemble à la partie centrale de MIXXX. C’est logique, car la plupart des contrôleurs et logiciels de DJ ont des interfaces semblables. Cela facilite le travail des DJ itinérants qui vont d’un club à l’autre. Le Z1 peut se configurer dans MIXXX. Je l’utilise parfois avec une fonction sympa. Plutôt que d’attendre que MIXXX passe automatiquement la piste, j’envoie la piste suivante en faisant glisser le crossfader du côté de la nouvelle piste. C’est très pratique au début des cortinas. On fait un mouvement rapide dès la fin du tango et c’est encore plus intéressant en fin de cortina. On baisse lentement le curseur, ce qui fait baisser le volume de la cortina et en fin de course, le contact se fait et la piste suivante est lancée. Cela évite de gérer un potentiomètre de volume sur la console ou sur le DAC.
L’énorme manque de MIXXX
Le portrait que j’ai fait du logiciel le rend certainement très sympathique, mais il a cependant un énorme manque. C’est un défaut qu’il partage avec la totalité des logiciels de DJ.
MIXXX est un logiciel pour DJ de club
En effet, les DJ de club ont beaucoup moins de critères de sélection qu’un DJ de tango. Ils tournent généralement avec des sélections réduites de l’ordre de 500 titres qu’ils préparent avant l’événement. Selon les critères demandés, ils vont préparer une playlist avec les morceaux susceptibles de passer durant leur set. Ces morceaux sont identifiés avec le BPM, la tonalité et le style indiqués. Ce sont souvent des versions DJ avec des amorces beaucoup plus longues. Les DJ de club puisent donc dans cette liste en sélectionnant les titres ayant des similitudes de genre, de vitesse et de tonalité. Ils soignent la transition en baissant les basses du morceau entrant après avoir synchronisé les deux musiques (bouton sync de l’interface pour les débutants ou réglage fin de la vitesse avec alignement en mode casque ouvert sur le mixer et avec la synchronisation des BPM de façon visuelle sur les formes d’onde). Les premiers temps tombent en même temps. On déplace alors le crossfader vers la platine, qui était muette. Lorsque le mix est lancé, on remonte les basses du morceau entrant et on baisse celles du sortant. On continue le déplacement du crossfader, jusqu’à atteindre la butée et là, seul le nouveau morceau est joué. L’ancienne platine est libre pour un nouveau titre à enchaîner.
MIXXX est donc absolument parfait pour cet usage. Si j’utilise Rekordbox, c’est que c’est le logiciel de mon contrôleur Pioneer (je n’utilise pas Serato) et que cela m’évite d’avoir à configurer le contrôleur dans MIXXX, ce qui est un peu fastidieux, bien que simple.
Ce qui manque à MIXXX et comment je compense
Il manque un outil permettant de trouver rapidement n’importe quelle musique selon des critères croisés. Par exemple, Orchestre, chanteur, année, genre, BPM, énergie et éventuellement compositeur, tonalité. Des logiciels comme Music d’Apple (antérieurement iTunes) ou Swinsian le permettent. Je suis passé récemment à Music qui est vraiment moins bien et encore plus bogué qu’iTunes à cause de la pression du progrès. Music est utilisable, mais perfectible. Je vous présente comment je l’utilise.
Je sélectionne les musiques dans Music et je les glisse dans le DJ automatique de MIXXX. Comme j’utilise MIXXX en plein écran, je commence à déplacer les fichiers et avec CMD + TAB, j’arrive dans MIXXX où je peux relâcher les fichiers dans la liste du DJ automatique.
Une fois là, je les réorganise pour les mettre dans le bon ordre, je fais éventuellement une pré-écoute. Les fichiers sont dans MIXXX prêts à être joués après avoir été triés et sélectionnés dans Music.

Voici l’interface de mon logiciel Music, ex-iTunes.
La partie centrale est mangée par des images et un grand espace vide. C’est l’horreur proposée par Music. Dans iTunes, on avait de la place pour travailler. Mais n’ayant pas le choix, on fait contre mauvaise fortune, bon cœur.
Le navigateur par colonnes
On remarque quatre colonnes. C’est le navigateur par colonnes. Pour le faire apparaître, il faut être en mode Chansons et l’activer par un raccourci clavier ou dans le menu affichage.
Pour ma part, j’utilise quatre colonnes :
- Genres — ici, j’ai sélectionné A Tango. Les genres de ma musique de tango commencent toujours par A pour la différencier des autres types de musiques.
- Compositeurs — c’est un élément important, même s’il est rare, voire impossible, de créer des tandas avec ce seul critère.
- Groupes — je mets dans un groupe, des tangos qui vont ensemble. Cela me fait une présélection au moment de construire une tanda. Dans la pratique, je sélectionne plusieurs groupes pour avoir plus de choix. J’utilise un seul groupe quand je suis pressé et que je dois envoyer la tanda suivante. Parfois, je n’envoie que le premier titre et je cherche ses compagnons au fur et à mesure.
- Orchestre — ici, il n’y a que Juan D’Arienzo, mais si cela avait été un tango chanté, j’aurais Juan D’Arienzo C Héctor Mauré, par exemple.
Les listes automatiques
Ce qu’il est important de noter, c’est qu’il s’agit ici d’une liste automatique. Music y affiche toutes les musiques qui correspondent à tous les critères. Par exemple, ici, c’est :
Artiste commence par Juan D’Arienzo/Genre commence par A Tango/Note est 5*.
Je ne suis pas encombré par tous les fichiers d’autres artistes, d’autres genres et d’autres valeurs.
C’est ce genre de fonctionnalité que j’aimerais retrouver dans MIXXX et c’est à cause de cela que je suis contraint de conserver Music malgré ses nombreux défauts.
Dans la colonne de gauche, j’ai des playlists. Ce sont des playlists de choix, pas des playlists destinées à être diffusées dans l’ordre. Par exemple, les premières qui commencent par Z sont des cortinas. En haut pour Europe, en dessous pour Buenos Aires, puis d’autres à tester. Elles se construisent automatiquement. Quand j’ajoute une nouvelle musique qui rentre dans ses critères, la liste intelligente l’ajoute.
En dessous, j’ai des playlists d’idées où je glisse des morceaux au hasard de mes recherches dans ma discothèque. Par exemple, dans _ Para incluir, je glisse des titres que j’aimerais passer pour la prochaine milonga. Parfois, je ne vide pas cette liste et j’en crée une autre. Par exemple, les listes Temp. Par exemple, la Temp6 correspond à des musiques qu’une danseuse m’a écrites sur une serviette en papier pour que je les passe. Comme c’est une milonga hebdomadaire, je me suis arrangé pour passer en deux semaines toutes les musiques souhaitées.
La Temp8 contient des idées de cortinas sur le thème du football. Je l’ai créée pendant la Coupe du monde. Ces petites playlists constituent des réservoirs d’idées. Quand je ne sais pas quoi mettre, je regarde dedans et je construis une tanda à partir du morceau que j’avais mis de côté.
En dessous, j’ai les playlists pour travailler la musique.
La première contient les outils pour régler la sono. Bruit rose, bruit blanc, canaux, fréquences…
Les deux suivantes sont la liste des morceaux fraîchement ajoutés à ma discothèque. C’est pratique de ne pas avoir à les chercher parmi 150 000 fichiers.
Ensuite, j’ai les 4 piliers. Ils sont ici, car je suis en train de rééditer l’intégrale de ces artistes. Ces listes automatiques permettent de ne rien oublier.
Plus bas, il y a des playlists « en cours d’étude ». Ce sont des listes que je complète à la volée, notamment durant la milonga. Par exemple, je veux faire une tanda de D’Agostino et Vargas, de 1943 ou entre deux dates plus larges. Je valide bien sûr le critère 5*, le genre (A Tango cantado), je mets la fourchette de dates et j’ai tous les tangos qui correspondent à ma demande.

Dédicace
Je dédie ce tutoriel à mes chers stagiaires DJ à travers le Monde. Qu’ils continuent de propager l’âme de notre musique adorée.
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Ce tutoriel existe aussi en document illustré, avec sommaire, captures d’écran en pleine résolution et mise en page soignée, plus commode à consulter pendant qu’on configure le logiciel, et imprimable. Il est disponible en français, en espagnol et en anglais. Je l’envoie volontiers sur simple demande.
Chaque exemplaire porte le nom de son destinataire. Ce n’est pas une méfiance de principe : c’est un travail que j’ai mis du temps à écrire et que je préfère voir circuler avec sa source. Vous en faites l’usage que vous voulez pour votre propre pratique ; je demande simplement de ne pas le rediffuser ni le republier sans mon accord.


