Archives par étiquette : Guerre 14-18

Silencio 1932-08-29 — Orquesta Francisco Canaro

Humberto Canaro

J’ai déjà évo­qué un tan­go nom­mé “Silen­cio”, notam­ment par Fran­cis­co Canaro et Car­los Gardel. Notre tan­go du jour, égale­ment inter­prété par Fran­cis­co Canaro, a été écrit par son frère Hum­ber­to. Comme il s’agit d’un tan­go instru­men­tal, il est dif­fi­cile de dire s’il fait référence, comme celui de Gardel, à la guerre de 1914–1918.
Je pense que oui et c’est peut-être plus cette ver­sion qui est inspirée de l’his­toire de Paul Doumer que celle de Gardel.

Je vous invite à vous reporter à mon anec­dote sur l’autre Silen­cio pour vous faire votre pro­pre idée…

Extrait musical

Silen­cio 1932-08-29 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro

La musique marche, presque comme une marche mil­i­taire. Elle a des accents épiques, ce qui ren­force l’idée qu’elle est inspirée de la guerre.
Cepen­dant, elle est sans doute moins triste que ce que pour­rait évo­quer la tragédie de la famille Doumer.
Il nous fau­dra donc peut-être con­tin­uer de pass­er sous silence la source d’inspiration de ce thème…

Autres versions

Il ne sem­ble pas y avoir d’autres ver­sions enreg­istrées de cette œuvre d’Humberto, mais je vous invite à con­sul­ter les dif­férentes ver­sions de la ver­sion de Car­los Gardel et Hora­cio G. Pet­torossi pour rester dans la thé­ma­tique du silence.

Entre dos fuegos 1940-04-12 — Orquesta Juan D’Arienzo

Alberto López Buchardo

Entre deux feux, Entre dos fue­gos est un tan­go instru­men­tal. Pour l’illustration de l’anecdote du jour, j’avais plusieurs pistes pos­si­bles. J’ai choisi celle de la souris entre deux chats aux yeux de feu, mais d’autres pos­si­bil­ités étaient ouvertes. Décou­vrons ce tan­go qui met le feu dans les milon­gas…

Pourquoi entre deux feux ?

On con­naît bien sûr l’expression, qui depuis l’antiquité grecque, impose aux humains d’affronter en même temps deux men­aces, comme les tour­bil­lons et les récifs du détroit de Mes­sine qui ont don­né nais­sance aux êtres légendaires, Charybde et Scyl­la.

C’est aus­si une expres­sion mil­i­taire, où les com­bat­tants essuient les tirs de deux côtés à la fois.
Mais puisqu’on est dans le domaine du tan­go, on se doute que l’entre deux feux con­cerne plutôt une jeune femme aux pris­es avec deux séduc­teurs.
Cela nous est con­fir­mé par une des cou­ver­tures de par­ti­tion.

L’Argentine pendant la Première Guerre mondiale

En 1914, l’Argentine avait son activ­ité économique tournée vers l’Europe. L’Angleterre, l’Allemagne et dans de plus faibles pro­por­tions, la France.
En ter­mes de pop­u­la­tion, les pays « four­nisseurs » étaient l’Italie, l’Espagne et la France au point qu’à la veille de la guerre, à Buenos Aires, 80 % des hommes étaient nés en Europe et dans tout le pays, près de 30 % de la pop­u­la­tion était d’origine européenne.
Ceci explique que même si l’Argentine est restée indépen­dante pen­dant tout le con­flit, elle n’a pas été indif­férente à celui-ci, ne serait-ce qu’à cause des réper­cus­sions économiques, les impor­ta­tions et expor­ta­tions avec l’Europe étant qua­si­ment paralysées.
Pour assou­vir la soif de nou­velles des Argentins, les jour­naux et revues de l’époque par­lent abon­dam­ment de la Guerre.

La cou­ver­ture de gauche com­porte un « jeu ». En effet, le sol­dat alle­mand dit qu’il aura la vic­toire, car il a x canons, obus et ain­si de suite. On remar­quera que les chiffres sont peu com­préhen­si­bles.
Il faut lire la réponse du sol­dat français pour com­pren­dre l’astuce : « el sol­da­do frances repli­ca: Vuel­va la hoja y lea al trasluz ». Le sol­dat français répond : tourne la page et lis-la à con­tre-jour.

On remar­que que sur la cou­ver­ture de la par­ti­tion et sur la cou­ver­ture de gauche de Caras y Care­tas, le sol­dat français porte un élé­gant pan­talon rouge, rouge garance pour être pré­cis. Après la défaite de 1870 con­tre la Prusse, les autorités français­es ont tiré plusieurs con­clu­sions.

  1. Il faut enseign­er la géo­gra­phie aux Français, car les grossières erreurs de straté­gies de l’état-major français venaient de lacunes dans ce domaine. Jules Fer­ry et sur tout Fer­di­nand Buis­son tra­vailleront à amélior­er le sys­tème sco­laire.
  2. Le pan­talon rouge garance est trop voy­ant et avec l’augmentation de portée des armes, les sol­dats français devi­en­nent des cibles trop voy­antes.

On remar­quera que sur les illus­tra­tions de 1914 et 1915, presque un demi-siè­cle plus tard, la couleur rouge est tou­jours util­isée… Je vous épargne les cam­pagnes pour ou con­tre et les inter­minables débats sur la ques­tion, jusqu’au fan­tassin qui déclare qu’il ne souhaite pas que l’on change la couleur, car elle fait de l’effet aux femmes.
Ce n’est qu’en 1915 et pro­gres­sive­ment, que la couleur « bleu hori­zon » est adop­tée. Ce qui a hâté le mou­ve­ment, c’est que la cul­ture de la garance avait péri­clité en France et que la tein­ture chim­ique pour faire la couleur rouge était fab­riquée… en Alle­magne.

Extrait musical

Cela étant écrit, il est temps de pass­er à l’écoute du tan­go du jour, par l’énergique d’Arienzo.

Entre dos fue­gos 1940-04-12 — Orques­ta Juan D’Arienzo.

Avec la façon d’interpréter qu’à D’Arienzo, on peut penser plutôt à quelqu’un essuyant des coups de feu de deux par­tis. Le début peut paraître une marche mar­tiale, la fleur au fusil. Il est à not­er que cet enreg­istrement a été fait après un an de guerre. On a l’impression que les instru­ments s’affrontent. La musique est très dynamique avec de brusques sautes d’humeur, don­nant du sus­pens à la musique, ce qui en fait un titre amu­sant à danser, au moins pour les danseurs qui pour­ront en percevoir les fan­taisies. Les autres pour­ront con­tin­uer à marcher au pas cadencé du roi du rythme (Rey del com­pás).

Autres versions

Cette ver­sion de 1916 a été enreg­istrée par Canaro qui est, de très loin, le chef d’orchestre ayant enreg­istré le plus, 3799 enreg­istrements selon la discogra­phie de Christoph Lan­ner. Ce titre porte la référence 25 dans son cat­a­logue.

Entre dos fue­gos 1915 (o 1916) — Orques­ta Típi­ca Canaro Sel­lo: Atlanta Dis­co: 3025 Matriz: 47 Fecha Grabación: 1916.

Cette ver­sion est tout de même un peu répéti­tive et lanci­nante. Le disque usé et l’enregistrement acous­tique ne don­nent pas envie de la pass­er dans une milon­ga…

Entre dos fue­gos 1940-04-12 — Orques­ta Juan D’Arienzo. C’est le tan­go du jour. Comme celui de Canaro, enreg­istré en temps de guerre mon­di­ale, ce qui peut laiss­er penser que la ver­sion un peu mil­i­taire n’est pas étrangère à son inter­pré­ta­tion.
Entre dos fue­gos 1966-07-25 (enreg­istrement) et 1966-12-04 (date de sor­tie) — Orques­ta Juan D’Arienzo. D’Arienzo a réen­reg­istré le titre, 26 ans plus tard.

Le même jour, il a enreg­istré au moins 6 titres :
La payan­ca 1966-07-25, Vea, vea 1966-07-25, Entre dos fue­gos 1966-07-25, Rodriguez Peña 1966-07-25, La viru­ta 1966-07-25 et El amanecer 1966-07-25.
Cela explique peut-être la qual­ité moyenne de cette inter­pré­ta­tion. On est plus dans la quan­tité que la qual­ité. Les six titres ont la même con­tre­basse, mar­quant bien le tem­po. Cela reste du tan­go de danse, mais avec sans doute moins de sub­til­ités pour les danseurs avancés que dans les années 30 et 40.

Pourquoi des chats et une souris ?

Une des cou­ver­tures de la par­ti­tion de Entre dos fue­gos avait des chats et une souris qui sem­blait avoir des dif­fi­cultés à trou­ver un moyen de rejoin­dre son trou que l’on voit au pied du mur, car elle est prise entre deux feux.

J’ai aus­si imag­iné une vari­a­tion de l’illustration où les chats sont de feu, la souris est alors lit­térale­ment entre deux feux…

Carlos Gardel, enfant de France

Car­los Gardel à Albi en 1934

Même si la polémique sem­ble éteinte, il reste quelques foy­ers de résis­tance refu­sant encore d’attribuer la nais­sance de Car­los Gardel à Toulouse.

Arti­cle pub­lié le 14 NOVEMBRE 2016 sur l’an­cien site
Depuis, un excel­lent site a vu le jour sur le sujet (Musée virtuel Gardel). Vous y trou­verez des com­plé­ments.

Dans cette mise à jour, j’y fais quelques liens et références. 

La dispute sur la nationalité de Gardel

Plusieurs doc­u­ments irréfuta­bles exis­tent pour prou­ver la nation­al­ité d’o­rig­ine de Car­los Gardel. Ils sont plus solides que les doc­u­ments Uruguayens qui sont des déc­la­ra­tions très large­ment postérieures à la nais­sance de Gardel et qui avaient prob­a­ble­ment des buts du genre, se faire oubli­er pen­dant la pre­mière guerre mon­di­ale où il aurait été con­sid­éré comme déser­teur, car né français et pour éviter (en 1920) cer­taines pour­suites en se ren­dant blanc comme… plâtre (escay­ola) en s’inventant une fil­i­a­tion comme  » Car­los Escay­ola » fils de Car­los Escay­ola et María Gardel, ce Car­los Escay­ola étant rap­proché d’un fils d’un sec­ond mariage d’un Colonel Car­los Escay­ola né en 1876 (soir 14 ans plus vieux que l’âge français de Gardel). À not­er que les deux « par­ents » sont morts à la date de l’établissement de ces doc­u­ments, ce qui sem­ble pra­tique et peut con­va­in­cre qu’ils n’avaient pas con­nais­sance de ce reje­ton encom­brant…

Con­sul­tez les docu­ments du Musée virtuel Gardel sur la posi­tion mil­i­taire de Garde.

« En 1920 la com­pañía de Rosas lo con­vocó para via­jar a España por una tem­po­ra­da teatral. Él esta­ba indoc­u­men­ta­do, porque el hecho de no con­cur­rir a la emba­ja­da para reg­is­trarse como ciu­dadano francés le impidió recibir la car­tilla mil­i­tar y el reg­istro en gen­darmería. Entonces, él decidió en 1920 inscribirse en el con­sula­do uruguayo amparán­dose en una leg­is­lación muy par­tic­u­lar para súb­di­tos uruguayos res­i­dentes en otros país­es. Se reg­istró como uruguayo naci­do en Tacuarem­bó tres años antes de su ver­dadero nacimien­to: se anotó como naci­do el 11 de diciem­bre pero de 1887. En vez de pon­er Gardes, se inscribió como Gardel, su nom­bre artís­ti­co.«  En 1920, la com­pag­nie de Rosas l’invite à voy­ager en Espagne pour une tournée théâ­trale. Il était sans papi­er car il n’était pas allé se faire enreg­istr­er à l’ambassade comme citoyen français et n’a donc pas reçu ses papiers (sinon, il aurait du par­tir faire la guerre en 1918 et aurait été arrêté comme déser­teur s’il l’avait fait par la suite). Ain­si, déci­da-t-il de s’inscrire au con­sulat uruguayen en ver­tu d’une lég­is­la­tion spé­ciale pour les sujets uruguayens rési­dant dans d’autres pays. Il a été inscrit comme étant né à Tacuarem­bó, trois ans avant sa date de nais­sance réelle, le 11 décem­bre de 1887. Au lieu de choisir Gardes, il pris son nom d’artiste, Gardel.

On attribue sou­vent à ce man­que­ment à ses oblig­a­tions mil­i­taires en France, la com­po­si­tion de silen­cio
« Dice la « leyen­da », que Car­los Gardel y Alfre­do Le Pera vis­i­taron en Fran­cia la tum­ba de 5 her­manos y su madre, que habrían muer­to durante la Gran Guer­ra de 1914–18. Y que quedaron tan impre­sion­a­dos por lo vis­to, que esa mis­ma noche com­pusieron la can­ción.«  La légende pré­tend que Car­los Gardel et Alfre­do La Pera vis­itèrent en France la tombe de cinq frères et leur mère, tués pen­dant la grande guerre 14–18 et qu’ils ont été telle­ment impres­sion­nés par cette vis­ite qu’ils écrivirent la chan­son la nuit même.

Vous trou­verez en bas de page, des liens vers divers doc­u­ments, comme des cartes postales écrites à sa famille française, cartes dif­fi­ciles à expli­quer s’il était effec­tive­ment uruguayen…

Revenons donc aux doc­u­ments orig­in­aux, étab­lis au noms de Charles Gardes :

Les preuves de la naissance à Toulouse d’un Charles Gardes

Acte de nais­sance de Charles Romuald Gardes à l’hôpital de la Grave à Toulouse

Acte de nais­sance de Charles Romuald Gardes à l’hôpital de la Grave à Toulouse Cet acte indique que le 11 décem­bre 1890, Charles Romuald est né à deux heures du matin à l’hôpital de la Grave.
Copie lit­térale de l’acte de nais­sance de Charles Romuald Gardes à l’hôpital de la Grave à Toulouse Cet acte indique que le 11 décem­bre 1890, Charles Romuald est né à deux heures du matin à l’hôpital de la Grave.
Reg­istre de l’hos­pice de la Grave avec le nom de la mère de Charles Gardes.

Acte de Bap­tême de Car­los Gardel

Acte de bap­tême de Car­los Gardel, le 11 décem­bre, lende­main de sa nais­sance.

Ces qua­tre doc­u­ments incon­testa­bles prou­vent qu’un enfant de sexe male est né à Toulouse et qu’il s’ap­pelait Charles Romuald Gardes. Reste à prou­ver que ce bam­bin est bien allé en Argen­tine.

Le document témoignant de son entrée en Argentine

Ce titre est émis par la Direc­tion Générale de l’immigration de la République Argen­tine sous le numéro 122 (sa mère est sous le numéro 121).

Récipis­sé d’inscription dans les reg­istres de l’immigration argen­tine en date du 11 mars 1893 établi au nom de Charles Gardes, âgé de 2 ans, en prove­nance de Bor­deaux sur le vapeur Don Pedro.

Récipis­sé d’inscription dans les reg­istres de l’immigration argen­tine en date du 11 mars 1893 établi au nom de Charles Gardes, âgé de 2 ans, en prove­nance de Bor­deaux sur le vapeur Don Pedro.

Dans ce doc­u­ment Gardel, s’appelle encore Gardes et son prénom est Charles.
Le 11 mars 1893, Gardel est men­tion­né dans ce doc­u­ment comme ayant 2 ans, ce qui cor­re­spond, à trois mois près à son âge exact.
La bateau est le Don Pedro, un vapeur qui devait par­tir du Havre le 8 févri­er 1893 (à des­ti­na­tion de La Pla­ta).
On trou­ve trace de ce voy­age, le 10 févri­er, départ effec­tif du Havre avec comme cap­i­taine Vin­cent Marie Crec­quer.
Le 14, ce bateau par­tait de Pauil­lac (où auraient embar­qué Berthe et Charles) à des­ti­na­tion de San­ta Cruz de Tener­ife où il arrive et repart le 20 févri­er pour se lancer dans la tra­ver­sée de l’Atlantique jusqu’en Uruguay.
Il arrive le 9 mars à Mon­te­v­ideo et en repart le 10 pour Buenos Aires où il arrive prob­a­ble­ment le 11 mars si on tient compte de la durée de la tra­ver­sée du Rio de la Pla­ta et des dates des cer­ti­fi­cats d’immigration de Berthe et Charles.
Il y a un petit doute sur la date d’arrivée, les doc­u­ments mar­itimes évo­quant le 12 mars pour le débar­que­ment. On peut très bien imag­in­er que les autorités d’immigration sont mon­tés à bord le 11, à l’arrivée, mais que le désem­bar­que­ment ne s’est effec­tué que le lende­main pour tenir compte des délais de quar­an­taine de 48 heures.
Le bateau est ensuite repar­ti pour le Havre, chargé de viande con­gelée…
Reste que cer­tains doc­u­ments man­quent, comme les reg­istres de l’immigration con­fiés au CEMLA et éva­porés pour les années 1882–1925… Pour cette rai­son, on ne peut pas retrou­ver l’écriture cor­re­spon­dant au cer­ti­fi­cat 122 de l’immigration. Cer­tains en prof­i­tent pour dimin­uer la force de l’origine française, s’appuyant aus­si sur l’absence du reg­istre de créa­tion des passe­ports français pour les années entourant le départ sup­posés des Gardes.

Courriers et interactions avec sa famille française

Carte postale envoyé à ses grands parents, en France

Carte postale de Car­los Gardel à ses grands-par­ents en France

Mes chers grands par­ents / Bonne et heureuse Année
Je vous envoie cette petite carte postale pour vous dire que tou­jours je pense à vous avec affec­tion, ain­si qu’ à ma bonne tante Char­lotte et à mon bon oncle Jean.
Ici, nous sommes trés con­tents que vous soyez en bonne san­té. Nous allons bien, et bien­tôt, Si Dieu le veut, je reviendrai pass­er quelques moments avec vous.
Sans autre chose à ajouter, votre petit fils qui vous aime et n’ou­blie pas.

Car­los

Cité par Chris­tiane Bricheteau dans son livre : Tra­duc­tion Monique Ruf­fié pour le Musée Virtuel Gardel.

La famille française de Carlos Gardel

Car­los ren­dra égale­ment vis­ite à sa famille en France, notam­ment à Toulouse et Albi. Là encore, ces doc­u­ments sont pré­cieux pour prou­ver ses orig­ines. Quel serait l’in­térêt d’un artiste célèbre comme Car­los Gardel de s’in­ven­ter une famille “bidon” en France.

Une des pho­tos pris­es à Albi en 1934 avec à la gauche de Gardel (à droite sur la pho­to), son oncle Jean Marie Gardes et sa tante Char­lotte Lau­rence, sec­onde femme de Jean et belle-sœur de Berthe.

Sur le Musée viru­tel Gardel, vous trou­verez de nom­breux autres élé­ments au sujet de sa famille albi­geoise et toulou­saine.

Arbre généalogique de Car­los Gardel réal­isé par Georges Galopa en 2013 d’après celui d’Henri Brune. Ici dans sa ver­sion actu­al­isée en 2020. Vous pou­vez le con­sul­ter sur le site du musée virtuel Gardel.

Arbre généalogique de Car­los Gardel réal­isé par Georges Galopa en 2013 d’après celui d’Henri Brune.

Pourquoi Gardel changea d’identités à plusieurs reprises…

Raúl Torre et Juan José Fenoglio  réal­isèrent une enquête judi­ci­aire, rel­e­vant notam­ment les empreintes de Car­los Gardel dans les doc­u­ments judi­ci­aires de l’époque, ce qui per­met de con­firmer que le Car­los Gardel chanteur du tan­go et le Car­los Gardez(s) né en France en 1890, sont bien le même.

Dif­férentes empreintes de Car­los Gardel per­me­t­tant de con­firmer que l’on par­le tou­jours du même.

Dans un arti­cle paru dans Pag­i­na 12 en 2012, on retrou­ve les prin­ci­pales raisons qui ont fait que Gardel, escroc, se devait de chang­er régulière­ment d’identité, y com­pris avec l’aide d’un prési­dent argentin (Marce­lo T. de Alvear)…

L’article paru dans Pag­i­na 12 se trou­ve ici : 
https://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1–207654-2012–11-12.html 
Copie de cet arti­cle au cas où ce lien se ver­rait à dis­paraître…
Un arti­cle de 2010 de la Dépêche évoque aus­si cette étude.
Copie de cet arti­cle au cas où le lien se ver­rait à dis­paraître.

Empreintes de Car­los Gardel âgé de 13 ans et 6 mois, lors de sa fugue.

Le père naturel de Carlos Gardel

Si on retient l’o­rig­ine française, le père le plus prob­a­ble est Paul Lasserre. Ce jeune homme, alors âgé de 24 ans est par­ti pour Paris deux mois avant la nais­sance de Car­los Gardel.

Paul Lasserre, la véri­ta­ble pho­to selon Todo Tan­go. En effet, la pho­to habituelle, serait celle de l’on­cle et pas du père.

À Paris, il a inté­gré la bande des Ternes et finale­ment a écopé de trois ans de prison. De retour à Toulouse, il fonde une famille et meurt jeune. Sa fille, âgée de 2 ans à sa mort, dit qu’il est par­ti en Argen­tine pour aider à élever le jeune Gardel. Cepen­dant, il n’é­tait pas sur le bateau et ses exploits parisiens sont con­tem­po­rains de cette aven­ture argen­tine.
Il me sem­ble donc plus prob­a­ble que devant deux faits gênants, la famille Lasserre a choisi le moins dérangeant. Par­tir trois ans en Argen­tine pour aider à élever son fils, même obtenu hors mariage (il était céli­bataire à l’époque), c’est moins déshon­o­rant que de pass­er trois ans en prison.

Documents et références

Les élé­ments précé­dents sont en principe suff­isants pour prou­ver que Car­los Gardel est le Charles Romuald Gardes né à Toulouse le 11 décem­bre 1890. Cepen­dant, ce serait sans compter sur l’ingéniosité des Uru­gayens qui n’a d’é­gale que leur gen­til­lesse.

La thèse urugayenne

En prenant les doc­u­ments qui ont servi à établir une fausse iden­tité à Car­los Gardel, comme nous l’avons évo­qué ci-dessus, ils avaient mon­té une orig­ine plau­si­ble.

Cepen­dant, il deve­nait beau­coup plus dif­fi­cile de remet­tre en doute les doc­u­ments comme le cer­ti­fi­cat de nais­sance, le voy­age en bateau et les vis­ites à la famille.

D’autres doc­u­ments que nous n’avons pas présen­tés sont d’autres témoignages de l’o­rig­ine française, comme les cer­ti­fi­cats du con­sulat de France, son tes­ta­ment et autre. Ces doc­u­ments sont remis en cause par cer­tains Uru­gayens. Admet­tons, comme eux, que le tes­ta­ment est un faux établi pour s’ac­ca­parer la for­tune de Gardel. Cela n’en­lève rien à la force des pre­meirs doc­u­ments. Voici donc en résumé la nou­velle thèse :

Il y a bien un Charles Gardes né en France, mais le Car­los Gardel, chanteur fameux est en fait une autre per­son­ne, le fameux Uru­gayen né à Valle Edén, Tacuarem­bó, aux alen­tours de 1882–1884, et qui serait le fils du Coro­nel Car­los Escay­ola y de María Lelia Oli­va, sa belle soeur… Deux per­son­nes qui rap­pel­lons-le étaient mortes au moment où Gardel avait fait établir cette iden­tité pour pou­voir voy­ager en Europe.

Je vous passe d’autres ver­sions selon laque­lle Berte Gardes serait en fait sa maîtresse et pas sa mère et qu’avec le fac­to­tum, de Gardel, Arman­do Defi­no, elle aurait mon­té une entour­loupe pour béné­fici­er de l’héritage.

En appui de la thèse française :

Documents divers

En guise de conclusion

Je laisse la con­clu­sion au Doc­teur Mar­ti, cet Uru­gayen pein de sagesse :

Hoy ya el mito está bien con­sol­i­da­do en sus lin­eamien­tos y no cam­bia por el detalle de que Gardel haya naci­do en Toulouse y no haya sido el padre de Leguisamo ni el abue­lo de Julio Sosa. Este hijo nat­ur­al de una lavan­dera y de un padre descono­ci­do no fue uruguayo ni argenti­no, pero pertenece de un modo más pro­fun­do y rai­gal que el acci­dente de un par­to a las dos oril­las del Pla­ta, donde todo el mun­do ‑sin dis­tin­ción de clases sociales- lo escucha con una asiduidad y una devo­ción que ningún pueblo puede haber tenido nun­ca en may­or gra­do por ningún can­tante que haya naci­do en su sue­lo. Lo escucha y com­prue­ba que, ému­lo líri­co del Cid, cada día can­ta mejor.

Dr. Car­los Martínez Moreno

Tra­duc­tion :
Aujour­d’hui, le mythe est bien con­solidé dans ses con­tours et ne change pas car Gardel est né à Toulouse et n’é­tait pas le père de Leguisamo ni le grand-père de Julio Sosa.
Ce fils naturel d’une lavandière et d’un père incon­nu n’é­tait ni uruguayen ni argentin, mais il appar­tient d’une manière plus pro­fonde et plus fon­da­men­tale que l’ac­ci­dent de l’ac­couche­ment sur les deux rives de la Pla­ta, où tout le monde — sans dis­tinc­tion de classe sociale — l’é­coute avec une assiduité et un dévoue­ment qu’au­cun peu­ple n’a jamais pu avoir à un plus haut degré pour un chanteur né sur son sol.
Il l’é­coute et con­state qu’en émule lyrique du Cid, il chante chaque jour un peu mieux.

Dr. Car­los Martínez Moreno