A Manos Brujas

A Manos Brujas, Trio Yumba

Norberto Horacio Ramos, Pastor Cores y Víctor Osvaldo Monteleone

Notre musique du jour est un peu par­ti­c­ulière. Elle a été com­posée en hom­mage à Rodol­fo Bia­gi. Elle s’appelle A Manos Bru­jas et est dédi­cacée à Rodol­fo Bia­gi, dont c’était le surnom. Nous allons donc nous intéress­er à ce surnom, à Bia­gi, au Trio Yum­ba et… au Fox-trot. Ce par­cours nous per­me­t­tra de met­tre à jour une arnaque. Com­mençons l’enquête…

Le trio Yumba et le trio Don Rodolfo, une arnaque pour les fans de Biagi

Ce trio éphémère s’est dédié à hon­or­er Rodol­fo Bia­gi, mort peu avant cet enreg­istrement, le 24 sep­tem­bre 1969. On lui doit deux dis­ques nom­més, Hugo Duval can­ta sus exi­tos con Rodol­fo Biag­gi (avec deux « G »).

Le trio a été con­sti­tué par le pianiste Nor­ber­to Ramos et le ban­donéon­iste Pas­tor Cores, asso­ciés au chanteur Hugo Duval, qui fut un des chanteurs de Bia­gi.

À la con­tre­basse se sont relayés deux frères Mon­teleone, Víc­tor Osval­do pour le disque 1 (trio Yum­ba) et son grand frère, Mario pour le disque 2 (Trio Don Rodol­fo).

Sur les dis­ques, les noms du trio sont passés sous silence. Cette supercherie a sans doute fait croire à beau­coup d’acheteurs qu’ils achetaient un disque inédit de Rodol­fo Bia­gi. En effet, celui-ci a cessé d’enregistrer en 1962 si on excepte quelques titres en 1963 et 1964 (dont la plu­part sont des enreg­istrements d’émissions de radio, peu écouta­bles selon les critères actuels).

En 1970, quelques mois après la mort de Bia­gi et pour l’anniversaire de sa nais­sance (14 mars 1906), ces dis­ques étaient donc des­tinés à faire sen­sa­tion (gag­n­er de l’argent). Les fans orphe­lins pou­vaient retrou­ver leur chef d’orchestre adoré. Enfin, ils pou­vaient le penser, même si ce n’était finale­ment pas du tout le cas.

Un autre élé­ment à charge pour l’éditeur et ce trio est leur dénom­i­na­tion, Trio Yum­ba et Don Rodol­fo. Ces élé­ments fer­ont sans doute penser immé­di­ate­ment à Pugliese, auteur de la Yum­ba et par­fois appelé Don Osval­do, même si San Pugliese est plus courant. Le terme de Don, en tous cas, est une façon de sug­gér­er que l’on par­le d’un grand artiste, une mar­que de respect que l’on peut tout à fait attribuer à Bia­gi.

On notera que l’on trou­ve par­fois la men­tion Don Pugliese, mais celle-ci est fau­tive, Don ne s’emploie qu’avec le prénom, voire le prénom suivi du nom, jamais avec le nom de famille.

Pour revenir à notre trio, on peut sans doute con­clure qu’ils ont fait un coup « mar­ket­ing » avec leur jeune mai­son d’édition, Magen­ta, en essayant de tromper à l’aide de nom­breux indices fal­si­fiés, comme nous allons le voir plus pré­cisé­ment sur les images des dis­ques (LP, puis CD).

Voici les éléments de la tromperie en image :

  • Hugo Duval. C’est le dernier chanteur à avoir enreg­istré avec Bia­gi (si on excepte 5 titres avec Car­los Alma­gro). Les acheteurs poten­tiels sont donc for­cé­ment attirés par ce nom, qui n’est d’ailleurs pas un men­songe, puisqu’il s’agit bien du Hugo Duval qui a tra­vail­lé avec Bia­gi.
  • La men­tion « chante ses suc­cès avec Rodol­fo Biag­gi » est un peu plus trompeuse. En effet, beau­coup de per­son­nes ne font pas atten­tion à l’orthographe par­ti­c­ulière avec deux G. Est-ce une erreur du con­cep­teur de la pochette, ou une volon­té délibérée de la jeune mai­son d’édition Magen­ta (fondée en 1967) ? À leur décharge, on trou­ve par­fois le vrai Bia­gi orthographié avec deux G comme nous le ver­rons ci-dessous.
  • Il y a des pho­tos de Bia­gi sur les deux dis­ques. Pourquoi ne pas met­tre une pho­to de Hugo Duval ? Sans doute pour ren­forcer l’illusion…
  • Le nom du trio Yum­ba n’est pas men­tion­né sur le disque 1 et celui du trio Don Rodol­fo, ne l’est pas plus pour le disque 2. Ils le seront dans cer­taines édi­tions postérieures.
Les deux disques sortis à la mort de Biagi, enregistrés par le Trio Yumba. On remarquera que l’on trouve la mention Hugo Duval et Rodolfo Biaggi (avec deux « G »), ce qui est sans doute destiné à faire accroire qu’il s’agit d’un disque posthume de Rodolfo Biagi avec un de ses chanteurs, Hugo Duval.
Les deux dis­ques sor­tis à la mort de Bia­gi enreg­istrés par le Trio Yum­ba On remar­quera que lon trou­ve la men­tion Hugo Duval et Rodol­fo Biag­gi avec deux  G  ce qui est sans doute des­tiné à faire accroire quil sagit dun disque posthume de Rodol­fo Bia­gi avec un de ses chanteurs Hugo Duval

Sur cette autre édi­tion, ici du disque 2, la tromperie est tou­jours aus­si présente. Il est indiqué Don Rodol­fo, qui est le nom « arti­fi­ciel » du trio Ramos, Cores et Mon­teleone (Mario). Peut-être qu’il y a eu des remon­trances quant à l’utilisation du nom de Bia­gi, même avec deux G et que l’éditeur a pen­sé s’en sor­tir ain­si…

Une édition postérieure du disque 2. Le nom Biaggi a été supprimé, mais une photo de Biagi au piano le remplace avantageusement. Le nom du trio "Don Rodolfo" prolonge l'illusion pour ne pas dire, la tromperie. On notera que Biagi est écrit avec un seul G pour l’attribution de crédit de compositeur pour Campo afuera.
Une édi­tion postérieure du disque 2 Le nom Biag­gi a été sup­primé mais une pho­to de Bia­gi au piano le rem­place avan­tageuse­ment Le nom du trio Don Rodol­fo pro­longe lil­lu­sion pour ne pas dire la tromperie On notera que Bia­gi est écrit avec un seul G pour lattribution de crédit de com­pos­i­teur pour Cam­po afuera

Les titres du disque 1

Face A

  • Como en un cuen­to — Vals can­ta­do — Rodol­fo Bia­gi Letra: Car­los Bahr
  • Oh mama mía — Tan­go can­ta­do — Rodol­fo Bia­gi Letra: Car­los Marín
  • Mag­dala — Tan­go can­ta­do — Rodol­fo Bia­gi Letra: Fran­cis­co Gor­rindo
  • Tan­go soñador — Tan­go — Manuel Oscar de la Fuente
  • Aun te que­da mi perdón — Tan­go can­ta­do — Nor­ber­to Ramos y Pas­tor Cores
  • Manos bru­jas — Tan­go — Nor­ber­to Hora­cio Ramos, Pas­tor Cores y Víc­tor Osval­do Mon­teleone. C’est notre tan­go du jour.

Face B

  • Mi pecado­ra — Tan­go can­ta­do — Manuel Oscar de la Fuente (MyL)
  • Humil­lación — Tan­go can­ta­do — Rodol­fo Bia­gi Letra: Car­los Bahr
  • Gól­go­ta — Tan­go can­ta­do — Rodol­fo Bia­gi Letra: Fran­cis­co Gor­rindo
  • Can­ción para un car­iño — Tan­go can­ta­do — Luis Mag­gi­o­lo Letra: Reinal­do Yiso
  • Indifer­en­cia — Tan­go can­ta­do — Rodol­fo Bia­gi Letra: Juan Car­los Thor­ry
  • El claveli­to — Tan­go can­ta­do — Ángel Cabral Letra: Reinal­do Yiso

Les titres du disque 2

Face A

  • Que­jas de ban­doneón — Tan­go — Juan de Dios Fil­ib­er­to
  • San­gre de mi san­gre — Tan­go can­ta­do — Reinal­do Yiso y Juan Manuel Mañue­co
  • Lágri­mas y son­risas — Vals — Pas­cual De Gul­lo Letra: Pas­cual De Gul­lo
  • Cam­po afuera — Milon­ga can­ta­da — Rodol­fo Bia­gi Letra: Home­ro Manzi
  • Cari­cias — Tan­go can­ta­do — Juan Martí Letra: Alfre­do Bigeschi
  • Baila­r­i­na de tan­go — Tan­go can­ta­do — Manuel Oscar de la Fuente Letra: Hora­cio San­guinet­ti

Face B

  • A la gran muñe­ca — Tan­go — Jesús Ven­tu­ra Letra: Miguel Osés
  • Soñe­mos — Tan­go can­ta­do — Rober­to Caló y Rober­to Rufi­no Reinal­do Yiso
  • Don Rodol­fo — Tan­go — Manuel Oscar de la Fuente
  • Sola­mente Dios y yo — Tan­go can­ta­do — Juan Anto­nio Migliore Manuel Rosas
  • Mi alon­dra — Tan­go can­ta­do — Manuel Oscar de la Fuente (MyL)
  • Mi vida en tus manos — Tan­go can­ta­do — Manuel Oscar de la Fuente (MyL)

On peut con­stater que ces titres ont été joués par Bia­gi pour la plu­part, saufs bien sûr, les morceaux écrits en hom­mage à Bia­gi, comme notre « Manos Bru­jas ».

Les dis­ques ont été réédités en CD selon exacte­ment la même organ­i­sa­tion (sauf bien sûr, la divi­sion par face A et B… Une pre­mière ver­sion reprend exacte­ment la mise en page des dis­ques LP que j’ai présen­tés en pre­mier, la sec­onde dont je repro­duis la cou­ver­ture ci-dessous ren­force la tromperie en met­tant des por­traits de Bia­gi encore plus recon­naiss­ables et en le met­tant même en fond de page, jouant du piano sur la réédi­tion, ce qui n’avait pas été fait pour l’édition orig­i­nale en LP et la pre­mière ver­sion en CD.

La couverture des deux CD est tout autant trompeuse que celle des disques LP. On peut penser qu'on achète un véritable enregistrement par Biagi.
La cou­ver­ture des deux CD est tout autant trompeuse que celle des dis­ques LP On peut penser quon achète un véri­ta­ble enreg­istrement par Bia­gi
Revers de deux éditions différentes en CD. À gauche, le revers du CD 1 dont la couverture est identique à la pochette du disque LP 1 présenté ci-dessus. Les titres y sont indiqués sans aucune précision. Sur les deux revers de droite, il y a le nom des compositeurs, mais toujours pas de mention du trio Yumba ou Don Rodolfo… On notera également, que les crédits de compositeur de Biagi y sont indiqués avec l’orthographe Biaggi, ce qui renforce encore le doute de l’acheteur qui pense encore plus fort que le Biaggi est juste une coquille et pas une tromperie. On remarque le crédit des trois auteurs Norberto Horacio Ramos, Pastor Cores et Víctor Osvaldo Monteleone.
Revers de deux édi­tions dif­férentes en CD À gauche le revers du CD 1 dont la cou­ver­ture est iden­tique à la pochette du disque LP 1 présen­té ci dessus Les titres y sont indiqués sans aucune pré­ci­sion Sur les deux revers de droite il y a le nom des com­pos­i­teurs mais tou­jours pas de men­tion du trio Yum­ba ou Don Rodol­fo On notera égale­ment que les crédits de com­pos­i­teur de Bia­gi y sont indiqués avec lorthographe Biag­gi ce qui ren­force encore le doute de lacheteur qui pense encore plus fort que le Biag­gi est juste une coquille et pas une tromperie On remar­que le crédit des trois auteurs Nor­ber­to Hora­cio Ramos Pas­tor Cores et Víc­tor Osval­do Mon­teleone

Un piège pour les DJ

Cer­tains DJ ne sont pas atten­tifs à l’erreur d’orthographe ou s’imaginent que Don Rodol­fo est pour men­tion­ner Bia­gi lui-même. Ils croient de bonne foi pass­er un titre de Bia­gi, tout comme ils peu­vent pass­er Huracán par Laz­zari (enreg­istré en 1987, soit 11 ans après la mort de D’Arienzo) en pen­sant que c’est un titre des artistes évo­qués…

Atten­tion, ce piège peut en cacher en autre… En effet, il y a des enreg­istrements de Bia­gi réédités en dis­ques LP avec une erreur de nom (deux G).

Un disque de Rodolfo Biaggi avec une erreur sur son nom.
Un disque de Rodol­fo Biag­gi avec une erreur sur son nom

Voilà qui peut donc per­dre quelques DJ peu atten­tifs. Heureuse­ment, à l’écoute, il est facile de faire la dif­férence. Bien plus que pour des enreg­istrements d’orchestres dans le style de D’Arienzo, comme Las Solis­tas de D’Arienzo, ce qui est dans ce cas logique, puisque les instru­men­tistes sont les mêmes que ceux de l’orchestre de D’Arienzo, con­traire­ment aux trios Yum­ba ou Don Rodol­fo, qui sont con­sti­tués d’étrangers à l’orchestre ini­tial, hormis, bien sûr, Duval, le chanteur.

Extrait musical

A Manos Bru­jas, Trio Yum­ba.

On notera que le titre est générale­ment asso­cié à Hugo Duval, alors que ce dernier n’y chante pas… encore un indice qui indique que l’on a cher­ché à faire oubli­er l’absence du maître récem­ment décédé.
Il est cer­tain que Nor­ber­to Ramos ne peut pas être com­paré à Rodol­fo Bia­gi. Le résul­tat est mignon, mais il me sem­ble peu prob­a­ble qu’un audi­teur atten­tif puisse penser qu’il écoute un enreg­istrement par le vrai Mano Bru­jas. Il faut recon­naitre à la décharge du trio que trois musi­ciens, c’est un peu juste pour se com­par­er à un orchestre typ­ique (2 à 3 ban­donéons et 3 à 4 vio­lons de plus…).

Pourquoi Manos Brujas ?

“Manos” = mains
“Bru­jas” = sor­cières

On imag­ine facile­ment, que les mains sor­cières, enchan­tées, peu­vent faire référence à sa vir­tu­osité de pianiste.
Lorsqu’il a été viré de l’orchestre de Juan D’Arienzo, car il com­mençait à pren­dre la vedette au directeur, Bia­gi s’est tourné vers la radio et notam­ment LR3 Radio Bel­gra­no.
Le directeur de la pub­lic­ité de Pal­mo­live, Juan Bautista Berg­erot, spon­sor du pro­gramme (« Té dan­zante Pal­mo­live del aire » qui y pas­sait les samedis de 16 h 30 à 20 h 00, l’a alors surnom­mé « Manos Bru­jas ». Ce surnom, plutôt flat­teur, lui est resté.

À gauche, un détail de la revue Sintonia en 1940 qui annonce le retour de Biagi (avec deux G...) en compagnie d'Ortiz dans les programmes de Radio Belgrano. Au centre et à droite, une affiche de 1947et une publicité dans la revue Radiolanda du 27 janvier 1951 annonçant le "Té danzante Palmolive del aire", le programme qui lui a valu le surnom de Manos Brujas.
À gauche un détail de la revue Sin­to­nia en 1940 qui annonce le retour de Bia­gi avec deux G en com­pag­nie dOr­tiz dans les pro­grammes de Radio Bel­gra­no Au cen­tre et à droite une affiche de 1947et une pub­lic­ité dans la revue Radi­olan­da du 27 jan­vi­er 1951 annonçant le Té dan­zante Pal­mo­live del aire le pro­gramme qui lui a valu le surnom de Manos Bru­jas

Bia­gi s’est pris au jeu, car en ouver­ture de ses con­certs radio­phoniques, il jouait quelques notes d’un fox-trot de José María Aguilar juste­ment dénom­mé Manos bru­jas.
Mal­heureuse­ment, je n’ai pas trou­vé trace d’enregistrement de ce jin­gle. J’imagine qu’il doit s’agir de la par­tie finale qui se prête assez bien à une presta­tion vir­tu­ose pour en faire une bonne intro­duc­tion pour le con­cert. Pour cela, je vous pro­pose d’écouter quelques enreg­istrements de ce fameux Fox-Trot qu’interprétait Bia­gi.

Autres versions

Le tan­go A Manos Bru­jas est un hom­mage à Bia­gi, il n’a pas d’autre enreg­istrement à ma con­nais­sance.

Manos Bru­jas 1227 – Fox-Trot — José María Aguilar et Rafael Pagés.

Il s’agit prob­a­ble­ment du plus ancien enreg­istrement de ce Fox-trot et par son auteur.

Manos bru­jas 1928-07-23 — Fox-Trot — Car­los Gardel accom­pa­g­né des gui­taristes Guiller­mo Bar­bi­eri et José Ricar­do.
Manos bru­jas 1928-12-22 — Fox-Trot — Car­los Gardel accom­pa­g­né des gui­taristes Guiller­mo Bar­bi­eri et José Ricar­do auquel s’est adjoint le com­pos­i­teur, José María Aguilar.
Manos bru­jas 1929 – Fox-Trot — Alber­to Vila avec orchestre (prob­a­ble­ment de la Vic­tor).
Manos bru­jas 1930 — Fox-Trot — José Maria Aguilar.

Nou­v­el enreg­istrement par l’auteur qui démon­tre la vir­tu­osité de ce gui­tariste qui aura un des­tin con­trasté avec Gardel et qui sera un sur­vivant de l’accident d’avion qui où le fameux Toulou­sain trou­vera la mort.

Manos bru­jas 1944-10-25 — Fox-Trot — Orques­ta Enrique Rodríguez con Arman­do Moreno.

C’est sans doute une des ver­sions les plus con­nues et la fin assez vir­tu­ose peut don­ner une idée de ce à qui pou­vait ressem­bler le jin­gle de Bia­gi pour ses con­certs radio­phoniques, même s’il est prob­a­ble que ce soit le piano de Bia­gi, plus que le ban­donéon qui aurait été la vedette de de jin­gle..

Manos bru­jas 1949 — Fox-Trot — José Dames y sus Paisanos.
Manos bru­jas 1959 — Fox-Trot — Héc­tor Mau­ré con su con­jun­to, dirigé par Pas­cual Eli­ay.
A Manos Bru­jas 1970 – Tan­go — Trio Yum­ba. C’est notre tan­go du jour qui n’a donc rien à voir avec le fox-trot d’Aguilar.

Paroles du Fox-Trot (le tango est instrumental)

Entre tus manos nacaradas
yo fui un juguete del amor,
manos per­fec­tas embru­jadas
que sólo causaron dolor.
Bajo el hechizo de tus manos
sen­tí la dicha y el plac­er,
mis pobres ensueños vanos
que nun­ca pudieron ser.

Amor, amor,
car­iño cru­el
después que fiel
yo te adoré.
¡Amor, amor,
des­dén fatal
para mi mal
eso cau­so tu ingra­to amor!

Lle­vo en el alma la amar­gu­ra
que me per­sigue sin cesar,
una doliente mord­e­du­ra
que sólo causa pesar.
Libre por fin del mal­efi­cio
que me per­sigue sin cesar,
¡gozo feliz del ben­efi­cio
que llena mi corazón!
Jose Maria Aguilar

Traduction libre des paroles du fox-trot

Entre tes mains nacrées, j’é­tais un jou­et d’amour, des mains par­faites ensor­celées qui ne causèrent que de la douleur.
Sous le charme de tes mains, j’ai ressen­ti la félic­ité et le plaisir, mes pau­vres rêves vains qui jamais ne pour­ront exis­ter.
Amour, amour, affec­tion cru­elle après t’avoir adoré fidèle­ment. Amour, amour, mépris fatal pour mon mal causé par ton amour ingrat !
Je porte en mon âme l’amer­tume qui me hante sans cesse, une mor­sure douloureuse qui ne provoque que du cha­grin.
Libre, enfin, du malé­fice qui me pour­suit sans cesse, je jouis du bien­fait qui rem­plit mon cœur !

On se rend compte que ce Fox-Trot n’a aucun lien avec Bia­gi en ce qui con­cerne ses paroles. L’enchantement sor­ci­er ne se réfère pas du tout à des mains agiles, telles que l’on pour­rait décrire celle de Rodol­fo Bia­gi.

Pour terminer non pas en chanson, mais en poésie

Un poème dédié à Mano bru­jas, Don Rodol­fo Bia­gi, par Osval­do France.

Manos bru­jas
Con la fina exquis­itez secun­dan­do al gran Car­l­i­tos
Quizás, hal­laste el hito para labrarte un des­ti­no,
Encon­tran­do los caminos de ese innegable tal­en­to
Que solo tienen sus­ten­tos para lle­gar a la glo­ria,
Los que for­jaron his­to­rias con­ser­vadas en el tiem­po…

Por eso es que rev­er­en­cio al artista con su embru­jo
Lle­va­do por el influ­jo de su vibrante com­pás,
Y reinan­do como el que más con pros­apia arra­balera,
Filosofía orillera que con­sagró el bailarín
Con tanguero berretín, en mil noches milongueras…

Cuan­do lle­ga a mi alma rea tu musa se entron­iza
Y al escucharte cual misa donde aque­l­los feli­gre­ses,
Al cielo ele­van sus pre­ces para no olvi­darte nun­ca,
Manos bru­jas no se trun­can, siguen en la palestra
Y en una pal­pa­ble mues­tra con el tan­go van en yun­ta.


Ded­i­ca­do a un grande del tan­go: don Rodol­fo Bia­gi. (14/03/1906 – 24/09/1969)
Osval­do France (Osval­do Fran­cel­la)

Traduction du poème d’Osvaldo France

Mains ensor­celées

Avec cette finesse exquise, qui a peut-être suivi le grand Car­l­i­tos, as-tu trou­vé le repère pour te forg­er un des­tin, trou­vant les chemins de ce tal­ent iné­gal­able qui n’ont que leurs moyens pour attein­dre la gloire, ceux qui ont forgé des his­toires préservées dans le temps…
C’est pourquoi je vénère l’artiste avec son charme porté par l’in­flu­ence de son rythme vibrant,
Et rég­nant comme la plu­part avec une lignée faubouri­enne, Philoso­phie des rives qui con­sacra le danseur avec le tan­go fan­tasque, en mille nuits milongueras…
Quand elle atteint mon âme, ta muse est intro­n­isée et, quand je t’en­tends, c’est comme une messe avec ses fidèles, au ciel, ils élèvent leurs prières pour ne jamais t’ou­bli­er, les mains ensor­celées ne se coupent pas, elles sont tou­jours sous les pro­jecteurs et, dans une démon­stra­tion sen­si­ble avec le tan­go, elles vont, enchaînées (sous le joug, comme une paire de bœufs).
Con­traire­ment au Fox-Trot, ce poème est claire­ment dédié à Rodol­fo Bia­gi. Peut-être qu’on pour­rait associ­er ces paroles à notre tan­go du jour, pour faire un hom­mage com­plet à Manos Bru­jas, ce pianiste prodi­ge qui a com­mencé à treize ans à jouer dans les ciné­mas (pour accom­pa­g­n­er les films muets), puis qui a joué à 24 ans pour Car­los Gardel, puis dans divers orchestres, comme ceux de Juan Bautista Gui­do, Juan Canaro, puis Juan Car­los Thor­ry avant de révo­lu­tion­ner l’orchestre de D’Arienzo.

À bien­tôt, mes chers amis.
Je dédi­cace cet arti­cle à mon élève DJ prodi­ge, JPM, qui m’a sug­géré d’écrire cette anec­dote.

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