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Garufa 1953-11-04 - Orquesta Donato Racciatti con Nina Miranda / Juan Antonio Collazo Letra: Roberto Fontaina; Víctor Soliño

Garufa 1953-11-04 — Orquesta Donato Racciatti con Nina Miranda

Juan Antonio Collazo Letra: Roberto Fontaina; Víctor Soliño

Vous avez sans doute déjà dan­sé avec bon­heur sur ce tan­go enjoué, char­mé par la voix de Nina Miran­da. Cette créa­tion uruguayenne est effec­tive­ment une réus­site. Le com­pos­i­teur, les deux auteurs, le chef d’orchestre et la chanteuse sont uruguayens, ce qui nous rap­pelle que le tan­go est né des deux rives du Rio de la Pla­ta.

Je vous invite à décou­vrir plus d’une ving­taine d’interprétations de ce titre, de car­ac­tères et de qual­ités vari­ables. Allons décou­vrir la vie de cette fameuse grenouille.

Extrait musical

Partition de Garufa. Juan Antonio Collazo Letra: Roberto Fontaina; Víctor Soliño.
Par­ti­tion de Gar­u­fa. Juan Anto­nio Col­la­zo Letra: Rober­to Fontaina; Víc­tor Soliño.
Gar­u­fa 1953-11-04 — Orques­ta Dona­to Rac­ciat­ti con Nina Miran­da

Paroles

Del bar­rio La Mon­di­o­la sos el más rana
y te lla­man Gar­u­fa por lo bacán;
tenés más pre­ten­siones que bat­a­clana
que hubiera hecho suce­so con un gotán.
Durante la sem­ana, meta laburo,
y el sába­do a la noche sos un doc­tor:
te enca­jás las polainas y el cuel­lo duro
y te venís p’al cen­tro de rompe­dor.

Gar­u­fa,
¡pucha que sos diver­tido!
Gar­u­fa,
ya sos un caso per­di­do;
tu vie­ja
dice que sos un ban­di­do
porque supo que te vieron
la otra noche
en el Par­que Japonés.

Caés a la milon­ga en cuan­to empieza
y sos para las minas el vareador;
sos capaz de bailarte la Marselle­sa,
la Mar­cha a Garibal­di y El Trovador.
Con un café con leche y una ensaima­da
rematás esa noche de bacanal
y al volver a tu casa, de madru­ga­da,
decís: “Yo soy un rana fenom­e­nal”.
Juan Anto­nio Col­la­zo Letra: Rober­to Fontaina; Víc­tor Soliño

Traduction libre

Dans le quarti­er de La Mon­di­o­la (prob­a­ble­ment en référence au quarti­er de Mon­te­v­ideo en Uruguay qui porte tou­jours ce nom qui serait une défor­ma­tion de Bon­di­o­la, une pièce de porc cuis­inée de divers­es manières en Uruguay et Argen­tine), tu es le plus astu­cieux (rana = grenouille) et on t’ap­pelle Gar­u­fa (joyeux, fêtard) à cause de la bonne vie (élé­gance, amant, riche ou le parais­sant…); tu as plus de pré­ten­tions qu’une danseuse de revue qui aurait réus­si avec un gotán (tan­go).

En semaine, tu tra­vailles (tu as pour but le tra­vail), et le same­di soir, tu es médecin : tu mets tes guêtres et ton col rigide et tu viens au cen­tre, rompe­dor (séduc­teur de filles).

Gar­u­fa, putain (expres­sion excla­ma­tive, pas un qual­i­fi­catif), que tu es drôle !

Gar­u­fa, tu es déjà cas per­du ; ta vieille (mère) dit que tu es un ban­dit parce qu’elle sait qu’ils t’avaient vu l’autre soir dans le parc japon­ais (le parc japon­ais fait référence à celui de Buenos Aires établi en 1911. Dans la ver­sion de Rac­ciat­ti avec Miran­da, il est rem­placé par la calle San José, (la rue San José) une rue com­merçante de Mon­te­v­ideo. S’il existe bien un jardin japon­ais à Mon­te­v­ideo, c’est une créa­tion récente de 2001…).

Tu te pointes (tu tombes) dans la milon­ga dès qu’elle com­mence et tu es l’entraîneur des filles (vareador, entraîneur de chevaux) ; tu es capa­ble de danser la Mar­seil­laise (hymne français), la Mar­cha a Garibal­di (marche en l’honneur de Garibal­di) y El Trovador (Le Trou­vère, opéra de Giuseppe Ver­di, mais il peut aus­si s’agir de la valse Yo te imploro [El tro­vero] Rafael Tue­gols; Agustín Irus­ta).

Avec un café au lait et une ensaima­da (pâtis­serie majorquaise à base de sain­doux, d’où son nom), tu ter­mines cette nuit de bac­cha­nale et, à l’aube, tu dis : « Je suis une grenouille phénomé­nale » (type astu­cieux).

Parque japonés et Calle San Jose, idées reçues…

Le quarti­er de la Mon­di­o­la fait référence à Mon­te­v­ideo, ce qui est assez logique dans la mesure où le com­pos­i­teur et les deux auteurs sont uruguayens. C’était un quarti­er pau­vre où la bon­di­o­la con­sti­tu­ait un plat économique. Pour la même rai­son, on pour­rait penser que les autres références seraient uruguayennes. Pour­tant, la plu­part des ver­sions par­lent du « Par­que Japonés ».

Il ne sem­ble pas y avoir eu de parc japon­ais à Mon­te­v­ideo avant celui insti­tué en 2001. Il est donc fort prob­a­ble que les auteurs fassent référence à celui de Buenos Aires, un site créé en 1911 et très à la mode.

Le parc était dominé par un "Mont Fuji" (1 et 2) qui dominait les attractions, dont le petit train (3) qui entrait à l'intérieur de la montagne. En décembre 1930, un incendie (4) a détruit suffisamment le parc pour qu'il finisse par fermer et être reconstruit à un autre endroit.
Le parc était dom­iné par un “Mont Fuji” (1 et 2) qui dom­i­nait les attrac­tions, dont le petit train (3) qui entrait à l’in­térieur de la mon­tagne. En décem­bre 1930, un incendie (4) a détru­it suff­isam­ment le parc pour qu’il finisse par fer­mer et être recon­stru­it à un autre endroit.

Notre tan­go du jour cite la rue San José à la place du Parc japon­ais.

Les gloseurs du tan­go ont donc décidé que, pour adapter la chan­son à Buenos Aires, on par­lait de jardin japon­ais alors que les Uruguayens util­i­saient la calle San José.

Ils surenchéris­sent en dis­ant que la calle San José était la rue des pros­ti­tuées de Mon­te­v­ideo, et qu’elle était donc le pen­dant du Parc japon­ais, un lieu de mau­vaise vie.

C’est aller un peu vite en besogne, pour au moins trois raisons :

  1. Les pre­miers enreg­istrements uruguayens par­lent déjà du Par­que Japonés. On peut donc con­sid­ér­er que ce sont les paroles stan­dards. La calle San Jose appa­raît unique­ment dans la ver­sion de Rac­ciati avec Nina Miran­da, mais pas dans ses enreg­istrements avec Luis Luján et Félix Romero, alors que ce dernier est égale­ment uruguayen.
  2. Le Par­que Japonés était un parc de loisir famil­ial. Un genre de Dis­ney­land, pas vrai­ment un lieu de débauche.
  3. La calle San Jose serait donc la rue des pros­ti­tuées de Mon­te­v­ideo. Mal­heureuse­ment, ce n’était pas le cas. Au con­traire, il s’agissait d’une artère com­merçante du cen­tre-ville, par­al­lèle et voi­sine de l’artère prin­ci­pale, l’avenue 18 de Julio, et éloignée du bajo (la zone base, du port) où étaient can­ton­nées les activ­ités de pros­ti­tu­tion.

À l’appui de mon analyse, je cite à la barre toute une série d’enregistrements de Gar­u­fa où j’indiquerai s’ils par­lent de la rue San Jose ou du Parc japon­ais.

Autres versions

Gar­u­fa 1928-11-02 — Alber­to Vila con gui­tar­ras.

On con­sid­ère cet enreg­istrement comme le plus ancien. On notera qu’il par­le de Par­que Japonés bien qu’il soit uruguayen.

Gar­u­fa 1928 — Orques­ta Juan Deam­brog­gio Bachicha con Alber­to Are­nas y coro.

Bachicha est Argentin (né à la Pla­ta) et Are­nas chante le Par­que Japonés.

Gar­u­fa 1928-12-13 Luis Petru­cel­li.

Une ver­sion instru­men­tale qui ne cite donc ni le parc, ni la rue.

Gar­u­fa 1930-10 — L’orchestre Argentin Manuel Pizarro con Manuel Pizarro y Coro.

Le chœur chante le parc japon­ais… Donc, en France, c’est aus­si la ver­sion qui est en vogue.

Gar­u­fa 1930 — Orques­ta Rafael Canaro con Car­los Dante.

Car­los Dante chante égale­ment le parc japon­ais. Cela com­mence à faire beau­coup…

Gar­u­fa 1947-08-20 — Hugo Del Car­ril con orques­ta de Osmar Mader­na

Extrait du film “La cumpar­si­ta” dirigé par Anto­nio Mom­plet sur un scé­nario de Ale­jan­dro Ver­bit­sky et Emilio Vil­lal­ba Welsh. La date de sor­tie est le 28 août 1947. Cela remet un peu en doute la date d’enregistrement qui serait du 20 août 1947. L’orchestre est celui d’Osmar Mader­na. Hugo Del Car­ril chante le parc japon­ais.

Gar­u­fa (La noce, le noceur) — Paroles français­es de Robert Cham­fleury. Sig­nalé par la bible Tan­go, mais je n’ai pas. Date d’enregistrement à déter­min­er.

Gar­u­fa 1951-05-11 — Alber­to Castil­lo y su Orques­ta Típi­ca dir. por Ángel Con­der­curi.

Castil­lo a aus­si adop­té le parc japon­ais…

Gar­u­fa 1953-11-04 — Orques­ta Dona­to Rac­ciat­ti con Nina Miran­da.

C’est notre tan­go du jour et prob­a­ble­ment, la pre­mière ver­sion à faire état de la rue San Jose de Mon­te­v­ideo.

Gar­u­fa 1957 — Emilio Armen­gol et son orchestre.

Prob­a­ble­ment né en Argen­tine, Armen­gol a en tous cas fait l’essentiel de sa car­rière en France, où il a enreg­istré cette ver­sion instru­men­tale et qui n’interviendra donc pas dans notre débat sur le parc japon­ais et la rue San Jose. A pri­ori, cette musique n’interviendra pas non plus en milon­ga, car pas adap­tée à la danse.

Gar­u­fa 1957-08-07 — Orques­ta Rober­to Nievas Blan­co con Elba Berón.

Il ne me sem­ble pas facile d’être ent­hou­si­as­mé par cette inter­pré­ta­tion qui traîne un peu des pieds. Ce n’est peut-être pas très gen­til de dire cela d’Elba, qui est la sœur de Raul et de trois autres artistes du tan­go. Notons qu’elle chante le parc japon­ais.

Gar­u­fa 1958 — Los Mucha­chos de Antes (Trio Pan­chi­to Cao).

Pure­ment instru­men­tale, cette ver­sion légère dom­inée par la clar­inette de Pan­chi­to Cao (Fran­cis­co Cao Vázquez) est sym­pa­thique pour­rait s’apparenter à une milon­ga lente, mais ce car­ac­tère ne la rend pas très util­is­able en milon­ga. Rap­pelons toute­fois les autres mem­bres de ce trio, Hora­cio Malvi­ci­no à la gui­tare et Hora­cio Malvi­ci­no à la con­tre­basse.

Gar­u­fa 1960 — Alber­to Castil­lo y su Orques­ta Típi­ca dir. y arr. por Osval­do Reque­na.

Castil­lo revient avec ce titre et un autre directeur pour son orchestre. Reque­na a mod­i­fié les arrange­ments. Castil­lo reste cepen­dant fidèle au parc japon­ais.

Gar­u­fa 1963 — Orques­ta Juan Canaro con Rober­to Arri­eta.

L’introduction par­lée est assez orig­i­nale. Ensuite, c’est une chan­son, pas des­tinée à la danse, mais c’est intéres­sant. En ce qui con­cerne notre enquête, c’est encore le parc japon­ais qui est men­tion­né.

Gar­u­fa 1966c — Orques­ta Enrique Rodríguez con Arman­do Moreno.

Moreno y va égale­ment pour le parc japon­ais.

Gar­u­fa 1966 — Orques­ta Dona­to Rac­ciat­ti con Luis Luján.

On retrou­ve Rac­ciat­ti avec un autre chanteur que Nina Miran­da. Luis Luján a une belle voix, mais je trou­ve que celle de Nina Miran­da, un peu gouailleuse, con­vient bien mieux au titre. Il chante le parc japon­ais et pas la rue San Jose. Bon, il n’est pas uruguayen, mais il est entr­erri­ano (d’entre Rios) et donc orig­i­naire d’un lieu très per­méable avec l’Uruguay.

Gar­u­fa 1968 — Orques­ta Car­los Figari con Tita Merel­lo.

On n’est pas éton­né de retrou­ver Tita dans cette inter­pré­ta­tion. Elle a encore plus de gouaille que Nina. En revanche, elle ne chante pas pour la danse. On restera donc à l’écouter, ce qui nous per­me­t­tra de remar­quer qu’elle aus­si par­le du parc japon­ais.

Gar­u­fa 1975 — Edmun­do Rivero con orques­ta. Devenez quoi, il par­le aus­si du parc japon­ais…
Gar­u­fa 1975c – Elba Berón con el Cuar­te­to A Puro Tan­go de Miguel Nijen­sohn.

Cette ver­sion par la même Elba a vrai­ment plus de pêche… Pas pour la danse, mais un bon truc à se met­tre dans les oreilles. Elle est tou­jours par­ti­sane du parc japon­ais…

Gar­u­fa 1980c — Agustín Irus­ta.

Une curiosité « dans le style de Car­los Gardel ». On notera qu’Irusta a com­posé avec Rafael Tue­gols une valse « El tro­vero » qui peut être le titre évo­qué dans les paroles de Gar­u­fa, ce qui serait à la lim­ite plus logique que le Trou­vère de Ver­di. Encore une ver­sion qui a opté pour le parc japon­ais.

Gar­u­fa 1986 — Orques­ta Dona­to Rac­ciat­ti con Félix Romero.

Je ne suis pas plus con­va­in­cu par la voix de Romero que par celle de Luján pour ce titre. Je reste donc avec Nina Miran­da… Romero chante le parc japon­ais alors que lui aus­si est uruguayen.

Gar­u­fa 1995c — Trio Hugo Diaz. Une ver­sion instru­men­tale.
Gar­u­fa 2002 — Cuar­te­to Armenonville.

Bon, là aus­si, on chante le parc japon­ais.

Gar­u­fa 2004 — Con­jun­to Berretín con Joe C. “Super” Pow­ers.

Ici pas de par­que Japonés ou de Calle San Jose, mais un « en el Tan­go Berretin ».

Gar­u­fa 2005 (en vivo) — Tan­gos Canal­las.

Cette jolie ver­sion toute légère est aus­si fan du parc japon­ais.

Retour sur le Parque Japonés et la Calle San Jose

On con­state que tous les enreg­istrements, sauf un de Rac­ciat­ti avec Nina Miran­da par­lent du parc japon­ais. On a donc du mal à suiv­re l’affirmation des gloseurs affir­mant que les ver­sions uruguayennes par­lent de la rue San Jose, puisque toutes, sauf une, par­lent du parc japon­ais.

De plus, vouloir faire de ces lieux des sites de débauche et de mau­vaise vie va à l’encontre des paroles.

Ce tan­go est une aimable moquerie, comme il en existe beau­coup de cer­tains per­son­nages du tan­go, hum­bles par leurs revenus, mais qui se don­nent de grands airs lorsqu’il s’agit de tan­go. Les paroles ne sont pas méchantes, plutôt bien­veil­lantes et à peine moqueuses. Il n’y a donc pas lieu de faire de cet homme un habitué des lieux mal famés. C’est sim­ple­ment un jeune homme qui, le same­di venu, va se diver­tir en se don­nant de grands airs. On n’est pas dans la car­i­ca­ture « méchante » comme dans Niño bien.

Pour les danseurs portègnes qui ne con­nais­sent pas la dif­férence de ver­sion, ils pensent sans doute que Nina Miran­da chante la rue San Jose, celle où se déroule deux fois par semaine, la mer­veilleuse milon­ga « Nue­vo Chique » et c’est très bien ain­si.

La cumparsita 1951-09-12 — Orquesta Juan D’Arienzo

Gerardo Hernán Matos Rodríguez; (Roberto Firpo) Letra : Pascual Contursi ; Enrique Pedro Maroni ; Gerardo Hernán Matos Rodríguez

S’il est un air que vous avez for­cé­ment enten­du, c’est à coup sûr La cumpar­si­ta. En effet, ce thème com­mence toutes les milon­gas tra­di­tion­nelles et ter­mine la plu­part des milon­gas dans le monde. Il était donc impor­tant de faire une anec­dote sur La cumpar­si­ta, mais c’est là que les dif­fi­cultés com­men­cent. J’ai plus de 800 cumpar­si­tas et il me fal­lait choisir.

Une expres­sion de lun­far­do témoigne du suc­cès de ce thème « más remanya­do que la cumpar­si­ta » (plus con­nu que la cumpar­si­ta…).

Cet air a grand suc­cès a été enreg­istré des cen­taines de fois et tous les orchestres de tan­go l’ont à leur réper­toire. Il me fal­lait donc choisir une ver­sion pour l’anecdote du jour qui soit un peu emblé­ma­tique, car je pou­vais presque trou­ver un enreg­istrement du titre pour chaque jour de l’année.
Cepen­dant, dans cette énorme pro­duc­tion, il faut bien sûr faire du tri. Sup­primer tout ce qui n’est pas du tan­go tra­di­tion­nel et donc élim­in­er les ver­sions en cumbia, rock, tan­go musette, per­cus­sions, a capel­la, valse (même si j’ai plusieurs ver­sions que je passe par­fois) et autres rythmes.
J’ai fait le choix d’un tan­go de danse, ce qui élim­ine une bonne moitié des ver­sions restantes après la pre­mière sélec­tion. Dans les 161 ver­sions restantes, il con­ve­nait de choisir les meilleures. Comme je passe deux cumpar­si­tas dans chaque milon­ga, une au début et une à la fin et que je n’aime pas faire de dou­blons trop rap­prochés, j’ai un peu creusé dans ce stock. Il en restait encore trop pour une anec­dote où je me suis fixé la lim­ite de 30 titres.
La semaine dernière, Thier­ry, mon cor­recteur m’a demandé quelque chose sur la cumpar­si­ta et pour lui faire plaisir, j’ai choisi la pre­mière date ayant une belle ver­sion et c’est donc tombé sur la ver­sion de 1951 de D’Arienzo, une ver­sion enreg­istrée le 12 sep­tem­bre, il y a exacte­ment, 73 ans.
D’Arienzo a joué des mil­liers de fois ce titre et l’a enreg­istré au moins 8 fois. J’ai donc décidé de lim­iter cette anec­dote aux ver­sions de D’Arienzo. Ne pleurez pas et pour ceux qui me suiv­ent durant mon pas­sage en Europe, je promets de ne pas pass­er deux fois la même cumpar­si­ta. Il me reste 11 milon­gas à ani­mer avant de ren­tr­er à Buenos Aires, cela fait 22 cumpar­si­tas dif­férentes. Cer­taines sont sub­limes !

Extrait musical

La cumpar­si­ta 1951-09-12 — Orques­ta Juan D’Arien­zo.
La joyeuse troupe des amis de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez défile sur la cou­ver­ture de droite. Ils sont cités en haut de la par­ti­tion. À droite Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez devant sa par­ti­tion chez un édi­teur de par­ti­tions. On notera que les joyeux fêtards sont rem­placés par une femme masquée. Le masque peut évo­quer le bal, mais le fait qu’il soit noir peut aus­si évo­quer une voi­lette de deuil, celui que décrit Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez dans sa ver­sion des paroles.

Paroles

Cette ver­sion de D’Arienzo est instru­men­tale, mais il l’a enreg­istrée deux fois avec des chanteurs et dans l’immense réper­toire, il en existe plusieurs dizaines de ver­sions chan­tées. Il me sem­blait donc logique de vous don­ner les paroles. J’ai retenu les deux ver­sions prin­ci­pales, celle de Pas­cual Con­tur­si et Enrique Pedro Maroni d’une part et celle de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez qui est l’auteur de l’idée orig­i­nale et donc ici, en plus de paroles.

Paroles de la version de Pascual Contursi et Enrique Pedro Maroni

Si supieras,
que aún den­tro de mi alma,
conser­vo aquel car­iño
que tuve para ti…
Quién sabe si supieras
que nun­ca te he olvi­da­do,
volvien­do a tu pasa­do
te acor­darás de mí…

Los ami­gos ya no vienen
ni siquiera a vis­i­tarme,
nadie quiere con­so­larme
en mi aflic­ción…
Des­de el día que te fuiste
sien­to angus­tias en mi pecho,
decí, per­can­ta, ¿qué has hecho
de mi pobre corazón?

Sin embar­go,
yo siem­pre te recuer­do
con el car­iño san­to
que tuve para ti.
Y estás en todas partes,
peda­zo de mi vida,
y aque­l­los ojos que fueron mi ale­gría
los bus­co por todas partes
y no los puedo hal­lar.

Al cotor­ro aban­don­a­do
ya ni el sol de la mañana
aso­ma por la ven­tana
como cuan­do estabas vos,
y aquel per­ri­to com­pañero,
que por tu ausen­cia no comía,
al verme solo el otro día
tam­bién me dejó…
Pas­cual Con­tur­si; Enrique Pedro Maroni

Traduction libre et indications de la version de Pascual Contursi et Enrique Pedro Maroni

Si seule­ment tu savais que, même dans mon âme, je garde cette affec­tion que j’avais pour toi…
Qui sait si tu savais que je ne t’ai jamais oubliée, en revenant à ton passé tu te sou­vien­dras de moi…
Les amis ne vien­nent même plus me ren­dre vis­ite, per­son­ne ne veut me con­sol­er dans mon afflic­tion…
Depuis le jour où tu es par­tie, j’ai ressen­ti de l’an­goisse dans ma poitrine, j’ai dit, ma chérie, qu’as-tu fait de mon pau­vre cœur ?
Cepen­dant, je me sou­viens tou­jours de toi avec la sainte affec­tion que j’avais pour toi.
Et tu es partout, morceau de ma vie, et ces yeux qui étaient ma joie, je les cherche partout et je ne peux pas les trou­ver.
Au per­ro­quet aban­don­né, même le soleil du matin ne se penche pas à la fenêtre comme il le fai­sait lorsque tu étais là, et ce petit chien, com­pagnon, qui à cause de ton absence ne mangeait pas, à me voir seul l’autre jour, lui aus­si m’a quit­té…

Paroles de la version de Gerardo Hernán Matos Rodríguez

La Cumparsa
de mis­e­rias sin fin
des­fi­la,
en torno de aquel ser
enfer­mo,
que pron­to ha de morir
de pena.
Por eso es que en su lecho
sol­loza acon­go­ja­do,
recor­dan­do el pasa­do
que lo hace pade­cer.

Aban­donó a su vieji­ta.
Que quedó desam­para­da.
Y loco de pasión,
ciego de amor,
cor­rió
tras de su ama­da,
que era lin­da, era hechicera,
de lujuria era una flor,
que burló su quer­er
has­ta que se can­só
y por otro lo dejó.

Largo tiem­po
después, cayó al hog­ar
mater­no.
Para poder curar
su enfer­mo
y heri­do corazón.
Y supo
que su vieji­ta san­ta,
la que él había deja­do,
el invier­no pasa­do
de frío se murió

Hoy ya solo aban­don­a­do,
a lo triste de su suerte,
ansioso espera la muerte,
que bien pron­to ha de lle­gar.
Y entre la triste fri­al­dad
que lenta invade el corazón
sin­tió la cru­da sen­sación
de su mal­dad.

Entre som­bras
se le oye res­pi­rar
sufri­ente,
al que antes de morir
son­ríe,
porque una dulce paz le lle­ga.
Sin­tió que des­de el cielo
la madrecita bue­na
mit­i­gan­do sus penas
sus cul­pas per­donó.
Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez

Traduction libre et indications de la version de Gerardo Hernán Matos Rodríguez

La Cumparsa des mis­ères sans fin défile, autour de cet être malade, qui va bien­tôt mourir de cha­grin.
C’est pourquoi, dans son lit, il san­glote d’an­goisse, se rap­pelant le passé qui le fait souf­frir.
Il aban­don­na sa vieille mère.
Qu’il avait lais­sée désem­parée.
Et fou de pas­sion, aveu­gle d’amour, il courait après sa bien-aimée, qui était jolie, qui était sor­cière, avec con­voitise elle était une fleur, qui se moquait de son amour jusqu’à ce qu’elle soit fatiguée et le quitte pour un autre.
Longtemps plus tard, il est tombé dans la mai­son de sa mère pour pou­voir guérir son cœur malade et blessé.
Et il sut que sa sainte vieille mère, celle qu’il avait quit­tée, était morte l’hiv­er dernier de froid
Aujour­d’hui seul, aban­don­né, à la tristesse de son sort, anx­ieux, il attend la mort, qui ne tardera pas à arriv­er.
Et au sein de la triste froideur qui envahit lente­ment le cœur, il ressen­tait la cru­elle sen­sa­tion brute de sa mau­vaiseté.
Dans l’om­bre, on l’en­tend respir­er avec souf­france, à qui avant de mourir, il sourit, parce qu’une douce paix lui vient.
Il sen­tait que depuis le ciel, la bonne petite mère, atténu­ait ses cha­grins et lui par­don­nait ses péchés.
Aucune de deux ver­sions des paroles est gaie, mais les paroles de la ver­sion de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez vont encore plus loin dans le pathos. Peut-être un peu trop loin…

Autres versions

Je vais me lim­iter aux seules ver­sions enreg­istrées par D’Arienzo pour les présen­ta­tions d’enregistrements. Cela me don­nera l’occasion d’en repar­ler à pro­pos d’autres enreg­istrements par d’autres orchestres…
Voici les 8 ver­sion par D’Arienzo :

La cumpar­si­ta 1928 — Raquel Notar con acomp. de Orques­ta Juan D’Arien­zo.
La cumpar­si­ta (Si supieras) 1928 — Orques­ta Juan D’Arien­zo con Car­los Dante.
La cumpar­si­ta 1937-12-14 — Orques­ta Juan D’Arien­zo.
La cumpar­si­ta 1943-11-23 — Orques­ta Juan D’Arien­zo.
La cumpar­si­ta 1951-09-12 — Orques­ta Juan D’Arien­zo. C’est notre ver­sion du jour.
La cumpar­si­ta 1963-12-10 — Orques­ta Juan D’Arien­zo.
La cumpar­si­ta 1971-12-07 — Orques­ta Juan D’Arien­zo.
La cumpar­si­ta 1972 — Orques­ta Juan D’Arien­zo. Enreg­istrement à la télévi­sion.

Gerardo Hernán Matos Rodríguez (“Becho”) fait sa publicité

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez a refusé l’offre de Rober­to Fir­po qui voulait que les deux noms soient sur la par­ti­tion (Fir­po-Matos). Fir­po a fait pass­er la com­po­si­tion orig­i­nale d’une marche com­posée pour une com­parsa (défilé dans un car­naval) à un tan­go. Il a aus­si réal­isé la pre­mière représen­ta­tion, au café La Giral­a­da de Mon­te­v­ideo. C’est la rai­son pour laque­lle j’ai rajouté Fir­po en vert dans le sous-titre…

Le Café la Giral­da en 1918. C’est là qu’a été lancée la Cumpar­si­ta, inter­prétée par Rober­to Fir­po.

Cette presta­tion de Fir­po est sig­nalée sur le café La Giral­da par trois plaques com­mé­mora­tives. Elle est asso­ciée à la com­po­si­tion de Matos.

Les plaques com­mé­mora­tives sur le mur du café La Giral­da.
La cumpar­si­ta, un film de Anto­nio Mom­plet sor­ti le 28 août 1947. Ver­sion inté­grale !

La cumpar­si­ta est un film sor­ti le 28 août 1947. Il est à la gloire de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez, sur une idée de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez et avec des musiques de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez, par­mi lesquelles :

  • La cumpar­si­ta
  • Che, papusa, (avec Cadicamo)
  • El ros­al (Avec Romero)
  • San Tel­mo
  • Mocosi­ta.

D’autres auteurs, il y a égale­ment

  • El choclo (Vil­lol­do et Catan)
  • El tai­ta del arra­bal (Romero)
  • El entr­erri­ano (Men­diz­a­bal)
  • Vea, Vea (Rober­to Fir­po et Car­los Waiss)
  • Gar­u­fa (Col­la­zo, Fontaina et Soli­no)
  • Apache argenti­no (Gar­cia et Brameri)

Donc, qua­si­ment la moitié de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez.
Le film est dirigé par Anto­nio Mom­plet avec Nel­ly Darén, Aída Alber­ti, José Olar­ra et l’incontournable Hugo del Car­ril

Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez, étu­di­ant en archi­tec­ture et com­pos­i­teur…

Vous voulez en savoir plus ?

Il existe une mul­ti­tude de faits, his­toires, légen­des, fan­tasmes autour de La cumpar­si­ta. C’est un mon­u­ment auquel il faut beau­coup de tra­vail pour y met­tre un peu d’ordre. Cepen­dant, je vous con­seille l’article de Wikipé­dia qui lui est con­sacré, il est excel­lent :
Mer­ci à Thier­ry qui me l’a indiqué.

https://es.wikipedia.org/wiki/La_cumparsita

et bien sûr, l’article de Todo Tan­go qui sert de base à la plu­part des autres pub­li­ca­tions…

https://www.todotango.com/historias/cronica/90/La-cumparsita

La cumpar­si­ta. La joyeuse bande d’étudiants, défi­lant sur la musique de marche, se trans­forme en une marée de lourds spec­tres avec les paroles de La cumpar­si­ta et notam­ment celles de Ger­ar­do Hernán Matos Rodríguez.

Vous avez peut-être été éton­nés de l’image de cou­ver­ture. Elle évoque une des par­ti­tions, dédi­cacée à ses amis. Mais les paroles, tristes, voire trag­iques m’ont incitées à trou­bler la fête en don­nant des allures de spec­tres aux fêtards.