Eduardo Arolas Letra: Héctor Polito
La patate chaude, c’est se renvoyer quelque chose de gênant. Cette composition d’Arolas a eu un certain succès et on en trouve une bonne vingtaine d’enregistrements. En revanche, les paroles d’Héctor Polito ne semblent pas avoir été enregistrées. Je vous les propose tout de même et vous passe la patate chaude après avoir sorti les marrons du feu.
Extrait musical

Tout au moins dans ma discothèque, c’est la plus ancienne version enregistrée. Elle invite aux jeux de jambes, peut-être plus dans le style canyengue que milonga. Les instruments se renvoient la patate à l’aide par des contacts rapides avec le légume brûlant. On notera le très beau solo de violon qui commence à 50 secondes qui domine le rythme claudicant qui reste présent durant tout le titre.
Paroles
Muchacho, si alguna vez un mal
Se ensaña con tu buen corazón,
Luchá con ansias de varón
No ves que así podés triunfar…
Si alguna mató tu gran amor
La barra, feliz te hará vivir,
Seguí su tren con gran valor
Así dejás de sufrir.Cuando entra a milonguear al cabaret
La barra de “El Chupete”,
Da quehacer a los demás, por su cachet
Que es muy de rechupete;
Esclavos son del copetín
La jarra los domina,
Siempre será su berretín
Al recordar su amor.El que quiera olvidarse
De las penas de la vida,
Para hacer vivir a su corazón
Y que viva alegre noche y día…
Siempre dice la barra:
“Venga, amigo, no se aflija,
Que la farra es el remedio
Para su mal”.Eduardo Arolas Letra: Héctor Polito
Traduction libre
Mec, si jamais un mal enrage ton bon cœur, bats-toi avec les désirs d’un homme. Ne vois-tu pas qu’ainsi tu peux triompher…
Si quelqu’un a tué ton grand amour, la bande, heureuse, te fera vivre. Suis son train avec beaucoup de courage. Ainsi, tu arrêteras de souffrir.
Lorsqu’il entre dans le cabaret pour milonguer, la bande du « El Chupete » donne à penser aux autres, en raison de sa distinction (façon de s’habiller) qui est exquise ;
Les esclaves sont ceux du copetín (apéritif, alcool). Le pichet les domine, et il sera toujours leur refuge (caprice, lubie, loisir) en se rappelant leur amour.
Celui qui veut oublier les peines de la vie, pour faire vivre son cœur et vivre joyeusement nuit et jour…
La bande dit toujours : « Viens, mon ami, ne sois pas affligé, car la fête est le remède pour ton mal. »
Autres versions
C’est notre version du jour.
C’est l’Uruguay qui relance cette milonga. La version de Racciatti correspond bien à son caractère joueur. Le rythme est très soutenu et le rythme sautillant se poursuit tout au long, survolé par de longues phrases au violon. C’est intéressant. On retrouvera Racciatti 22 ans plus tard avec une autre version que je vous invite à comparer.
Quinze ans plus tard, Donato réenregistre ce titre. Il est intéressant, là aussi, de comparer les deux enregistrements. Le second pourrait sembler moins familier aux aficionados de Donato qui ne prennent souvent en considération que sa première période. S’il s’agit de parler de danse, on peut leur donner raison, car cet enregistrement est sans doute trop décousu pour satisfaire les danseurs.
Une version tranquille, plus une promenade qu’une milonga effrénée. Une jolie flute ajoute une touche d’originalité à cette version qui se laisse écouter, sans doute plus que danser.
Une version nerveuse et relativement intéressante à l’écoute et qui reste relativement dansable.
Le bandonéoniste Armando Pontier signe cette version très originale, mais qui a sans doute perdu tout le caractère joueur de ce titre. Pas sûr qu’un DJ se prenne suffisamment d’affection pour cette version pour la défendre face à une piste remplie de danseurs exigeants… Pontier récidivera avec une version enregistrée le 31 août 1964. Je vous en dispense, elle est tout aussi peu convaincante.
On reste avec Sassone, dans les versions plus originales qu’enthousiasmantes. Pas plus que la version de Pontier, cette version devrait s’ouïr dans les milongas de bonne tenue. Comme Pontier, Sassone reviendra à la charge en 1974 avec un autre enregistrement tout aussi peu intéressant. Là encore, je vous en protège…
Un orchestre plutôt rare dirigé par Orlando Calautti, qui a été bandonéoniste dans différents orchestres, dont ceux de Donato et Sassone, ce qui fait qu’il a peut-être participé à plusieurs enregistrements de ce titre. Il a également composé quelques titres, mais il faudra une septicémie pour avoir raison de lui, à l’âge de 101 ans, comme quoi la musique, ça peut conserver.
Cet orchestre propose quelques versions originales, mais c’est sans doute Papas calientes qui est leur enregistrement le plus intéressant. J’aime bien et le fait que cette version est assez courte fait que l’on peut prendre le risque de la proposer aux danseurs qui n’auront pas le temps de s’ennuyer. C’est même dommage de ne pas avoir d’autres milongas de cet orchestre d’aussi bonne tenue, ce qui fait qu’il sera difficile de proposer une tanda complète si on a des danseurs exigeants. Tout au plus on pourrait tenter de commencer par La naranja nació verde et de terminer avec Papas calientes en proposant un autre orchestre pour l’autre titre.
D’Arienzo propose une version assez rapide. Le passage des pommes de terre chaudes est peut-être un peu rapide. Ce n’est pas inintéressant, mais sans doute pas à classer dans les meilleures milongas de D’Arienzo pour la danse.
Papas calientes est l’un des premiers titres enregistrés par le nouvel orchestre du bandonéoniste Guillermo Inchausty. La composition rebondissante se prête en effet assez bien au caractère de cet orchestre à vent, redécouvreur du canyengue. On est donc dans une version canyengue, pas face à une milonga éblouissante. Cela ravira les amateurs de canyengue ou les danseurs débutants en milonga.
Comme Donato, l’autre Donato (mais cette fois par le prénom, réenregistre le titre quelques années après la première version. Cette version tonique et assez joueuse, pourrait bien amuser les danseurs, tout du moins, ceux qui aiment être surpris. Le DJ qui a la chance d’avoir de bons danseurs de milonga sous la main pourrait s’amuser à leur lancer cette version afin de leur laver les oreilles des versions un peu trop convenues.
Ceux qui aiment les interprétations extrêmement rapides du Mage du Bandonéon, Cambareri, vont sans doute être très étonnés d’entendre cette version, lente et calme. On dirait que Cambareri n’a pas réussi à trouver le juste milieu entre vitesse supersonique et promenade d’escargot.
Les premières notes très lentes créent la surprise, mais la suite, bien que relativement originale, ne convaincra pas forcément.
Papas calientes 2014 — Quintino Gotanova. Une version en vidéo pour voir jouer : Vittorio Pujia, guitare et direction Matías González, bandonéon, Esteban Cabello, clarinette, Eduardo Minervino, Piano et Guillermo Delgado, contrebasse.
Une version un peu plate. Pas forcément très intéressante, sans être misérable.
Cet orchestre parfois inégal propose quelques surprises et cette version de Papas calientes se défend. Elle est ludique et rapide et pourrait satisfaire les danseurs. On notera à 1:12 un break suivi d’une « sirène » un glissando joué par le violon qui rend le titre très original.
Voilà, les amis. La patate n’est plus brûlante et vous pouvez la manger en toute tranquillité. À bientôt !
