Percal 1943-02-25 (Tango) — Orquesta Miguel Caló con Alberto Podestá

Domin­go Fed­eri­co (Domin­go Ser­afín Fed­eri­co) Letra: Home­ro Aldo Expósi­to

Ne me dites pas que la voix chaude d’Alberto Podestá quand il lance le pre­mier « Per­cal » ne vous émeut pas, je ne vous croirais pas. Mais avant le thème créé par Domin­go Fed­eri­co et magis­trale­ment pro­posé par l’orchestre de Caló a instau­ré une ambiance de mys­tère.

Je ne sais pas pourquoi, mais les pre­mières notes m’ont tou­jours fait penser aux mille et une nuit. L’évocation de la per­cale qui est un tis­su de qual­ité en France pour­rait ren­forcer cette impres­sion de luxe.
Cepen­dant, le per­cal qui est mas­culin en espag­nol, est une étoffe mod­este des­tinée aux femmes pau­vres. Vous le décou­vrirez plus large­ment avec les paroles, ci-dessous.

Podestá a com­mencé à chanter pour Caló à 15 ans. Il a passé une audi­tion dans l’après-midi et le soir-même il com­mençait avec l’orchestre. Miguel Caló savait décel­er les tal­ents…

Extrait musical

Per­cal 1943-02-25 — Orques­ta Miguel Caló con Alber­to Podestá. C’est le tan­go du jour.

Paroles

Per­cal…
¿Te acuer­das del per­cal?
Tenías quince abriles,
Anh­e­los de sufrir y amar,
De ir al cen­tro, tri­un­far
Y olvi­dar el per­cal.
Per­cal…
Camino del per­cal,
Te fuiste de tu casa…
Tal vez nos enter­amos mal.
Solo sé que al final
Te olvi­daste el per­cal.

La juven­tud se fue…
Tu casa ya no está…
Y en el ayer tira­dos
Se han queda­do
Aco­bar­da­dos
Tu per­cal y mi pasa­do.
La juven­tud se fue…
Yo ya no espero más…
Mejor dejar per­di­dos
Los anh­e­los que no han sido
Y el vesti­do de per­cal.

Llo­rar…
¿Por qué vas a llo­rar?…
¿Aca­so no has vivi­do,
Aca­so no aprendiste a amar,
A sufrir, a esper­ar,
Y tam­bién a callar?
Per­cal…
Son cosas del per­cal…
Saber que estás sufrien­do
Saber que sufrirás aún más
Y saber que al final
No olvi­daste el per­cal.
Per­cal…
Tris­tezas del per­cal.

Traduction libre

Per­cal…
Tu te sou­viens du cal­i­cot ? (La per­cale en Europe est une étoffe de coton à maille ser­rée. On par­le plutôt de Cal­i­cot pour un tis­su de coton plus grossier, celui des pau­vres à Buenos Aires. J’emploierai cepen­dant le terme « per­cale » pour retrou­ver l’importance du mot dans l’original).
Tu avais quinze avrils, désirs de souf­frir et d’aimer, d’aller au cen­tre, de tri­om­pher et d’ou­bli­er la per­cale.
Per­cal…
Chemin de per­cale, tu as quit­té ta mai­son… Peut-être qu’on ne s’est pas bien ren­du compte.
Je sais seule­ment qu’au final, tu as oublié la per­cale

La jeunesse est par­tie…
Ta mai­son n’est plus…
Et rejetés dans le passé, sont restés lâche­ment ta per­cale et mon passé.
La jeunesse est par­tie…
Je n’at­tends plus…
Mieux vaut per­dre les désirs qui n’ont pas été et la robe en per­cale.

Pleur­er…
Pourquoi vas-tu pleur­er ?…
N’as-tu pas vécu, n’as-tu pas appris à aimer, à souf­frir, à espér­er
Et aus­si à te taire ?
Per­cal…
Ce sont des choses de per­cale…
Savoir que tu souf­fres, savoir que tu souf­friras encore plus, et savoir qu’à la fin, tu n’as pas oublié la per­cale.
Per­cal…
Tristesse de la per­cale.

Parlons chiffons

Per­cal est men­tion­né sept fois dans les paroles de ce tan­go d’Home­ro Expósi­to. Il est donc très impor­tant de ne pas faire un con­tre­sens sur la sig­ni­fi­ca­tion de ce mot.
Wikipé­dia nous dit que : « La per­cale est un tis­su de coton de qual­ité supérieure fait de fil fin ser­ré à plat. Elle est appré­ciée en literie pour son touch­er lisse, doux, et sa résis­tance ».
Vous aurez com­pris qu’il ne faut pas en rester là, car une fois de plus, c’est le lun­far­do, l’argot argentin qu’il faut inter­roger pour com­pren­dre.
En lun­far­do, il s’agit d’un tis­su de coton util­isé pour les robes des femmes de con­di­tion mod­este. On retrou­ve dans cette déri­va­tion du mot en lun­far­do, la déri­sion de la mode de la haute société qui se piquait d’être à la française. Nom­mer une toile mod­este du nom d’une toile pres­tigieuse était une façon de se moquer de sa con­di­tion de mis­ère.
En français, on dirait donc plutôt « cal­i­cot » que per­cale pour ce type de tis­su de basse qual­ité.
Voici ce qu’a écrit Athos Espín­dola dans son « Dic­cionario del lun­far­do » :

Per­cal. l. p. Tela de mod­es­ta cal­i­dad que se emplea­ba para vesti­dos de mujer, la más común entre la gente humilde. Fue lle­va­da por el can­to, la poesía y el teatro pop­u­lares a con­ver­tirse en sím­bo­lo de sen­cillez y pureza que rep­re­senta­ba a la mujer de bar­rio entre­ga­da a su hog­ar y a la obr­era que sucum­bía doce horas diarias en el taller de plan­cha­do o en la fábri­ca para lle­var unos míseros pesos a la pobreza de su famil­ia. A esa que luego, a la tardecita, salía con su vesti­do de per­cal a la puer­ta de su casa a echar a volar sueños e ilu­siones. Pero tam­bién fue sím­bo­lo dis­crim­i­na­to­rio prop­i­cio para que las grandes seño­ras de seda y de petit-gris tuvier­an otro moti­vo descal­i­fi­ca­to­rio para esa pobreza ofen­si­va e insul­tante que, afor­tu­nada­mente, esta­ba tan allá, en aque­l­los bar­rios adonde no alcan­z­a­ban sus miradas. ¿Cómo iba a deten­erse a con­ver­sar con una mujer que viste de per­cal?

Athos Espín­dola, Dic­cionario del lun­far­do

Ce tan­go évoque donc la malé­dic­tion de celles qui sont nées pau­vres et qui ne sor­tiront pas de l’univers des tis­sus de basse qual­ité, con­traire­ment à celles qui vivent dans la soie et le petit-gris.
Pour infor­ma­tion, le petit-gris est appar­en­té au vair des chaus­sures de Cen­drillon, le vair étant une four­rure à base de peaux d’écureuils. Le petit-gris, c’est pire dans le domaine de la cru­auté, car il faut le dou­ble d’écureuils. Au lieu d’utiliser le dos et le ven­tre, on n’utilise que le dos des écureuils pour avoir une four­rure de couleur unie et non pas en dami­er comme le vair.

Tenías quince abriles, en français on emploi sou­vent l’expression avoir quinze print­emps pour dire quinze ans. En Argen­tine, les quinze ans sont un âge tout par­ti­c­uli­er pour les femmes. Les familles mod­estes s’endettent pour offrir une robe de fête pour leur fille, pour cet anniver­saire le plus spec­tac­u­laire de leur vie. Le fait que la robe de la chan­son soit dans un tis­sus hum­ble, accentue l’idée de pau­vreté.
Il existe d’ailleurs des valses de quinz­ième anniver­saire et pas pour les autres années.
Dans les milon­gas, la tra­di­tion de fêter les anniver­saires en valse vient de là.

El vals de los quince años pour l’an­niver­saire de Quique Camar­go par Los Reyes del Tan­go.
Milon­ga Camar­go Tan­go — El Beso — Buenos Aires — 2024-02-17. .
Parole et musique Agustín Car­los Minot­ti.
Grabación DJ BYC Bernar­do

Les enregistrements de Percal

Per­cal 1943-02-25 — Orques­ta Miguel Caló con Alber­to Podestá. C’est le tan­go du jour.
Per­cal 1943-03-25 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no.

Enreg­istrée un mois, jour pour jour après celle de Calo, cette ver­sion est superbe. Cepen­dant, il me sem­ble que la voix de Fiorenti­no et en par­ti­c­uli­er sa pre­mière attaque de « Per­cal » sont en deçà de ce qu’ont pro­posé Caló et Podestá. Mais bien sûr, ce titre est égale­ment mer­veilleux à danser.

Per­cal 1943-05-13 Hugo Del Car­ril accom­pa­g­né par Tito Ribero.

Cette chan­son, ce n’est pas un tan­go de danse, com­mence avec une musique très par­ti­c­ulière et Hugo Del Car­ril démarre très rapi­de­ment (nor­mal, c’est une chan­son) le thème d’une voix très chaude et vibrante.

Per­cal 1947 — Fran­cis­co González et son Orchestre typ­ique argentin con Rober­to Rodríguez.

Mer­ci à André Vagnon (Bible tan­go) pour m’avoir fourni cet enreg­istrement. Le cat­a­logue de la Bib­lio­thèque nationale de France (Notice FRBNF38023941) l’indique de 1948 sous la bonne référence du disque : Selmer ST3003. La bible Tan­go l’indique de 1947 et avec le numéro de matrice 3728. André me con­firme que l’enregistrement est bien de 1947 et l’édition de l’année suiv­ante. Cette ver­sion est assez tonique et rapi­de, avec un piano agile. Ceux qui ont dans l’oreille le Per­cal de Calo et Podes­ta auront peut-être un peu de mal, à accepter cette ver­sion, mais pour ce qui est de la danse, il n’y a rien à redire, c’est tout à fait dans­able, le rythme est bien, et même presque trop, mar­qué. La voix de Rober­to Rodríguez manque sans doute un peu de souf­fle face à Podes­ta, mais un DJ qui voudrait faire preuve d’originalité pour­rait pro­pos­er cette per­le à des danseurs com­préhen­sifs et/ou curieux.

Per­cal par Fran­cis­co Gon­za­lez Sur lautre face il y a la cumpar­si­ta
Per­cal 1952-08-25 — Orques­ta Domin­go Fed­eri­co con Arman­do Moreno et réc­i­tatif por Julia de Alba.

Il est intéres­sant d’écouter cette ver­sion enreg­istrée par l’auteur de la musique, même si c’est plus tardif. En plus des paroles chan­tées par Arman­do Moreno, il y a un réc­i­tatif dit par Julia de Alba, une célébrité de la radio. Son inter­ven­tion ren­force le thème du tan­go en évo­quant le chemin de per­cale, la des­tinée que lui prédi­s­ait sa mère et qui s’est avérée la réal­ité. Elle l’a com­pris plus tard, pleu­rant les bais­ers de sa mère qui ne peut plus l’embrasser.

Per­cal 1956 — Luis Tue­bols et son Orchestre typ­ique argentin.

Les vio­lons se char­gent avec brio de la par­tie « chan­tée », mais on se prend toute­fois à avoir envie d’une voix pour don­ner un sup­plé­ment d’âme à cette ver­sion qui ne démérite pas, mais qui sem­ble incom­plète de par l’absence d’un chanteur. Peut-être qu’un jour d’audace, je la pro­poserai en milon­ga dans une milon­ga européenne, car j’aime bien les petits motifs de ban­donéon alter­nant avec ceux des vio­lons, dans un dia­logue très sym­pa­thique.

Disque Riviera 1146, face A – Percal 1956 - Luis Tuebols et Son Orchestre Typique Argentin. Réédition brésilienne en LP. Les éditions Riviera sont françaises (Eddie Barclay). La réédition mentionne que l’enregistrement a été réalisé par Barclay en France.
Disque Riv­iera 1146 face A Per­cal 1956 Luis Tue­bols et Son Orchestre Typ­ique Argentin Réédi­tion brésili­enne en LP Les édi­tions Riv­iera sont français­es Eddie Bar­clay La réédi­tion men­tionne que lenregistrement a été réal­isé par Bar­clay en France

Même si cette ver­sion manque de chanteur, il y a quelques inter­ro­ga­tions à son sujet. On trou­ve par­fois la men­tion du chanteur Enrique Ortiz pour ce titre. Cela peut être une coquille, ou la trace d’une autre ver­sion qui si elle était retrou­vée pour­rait être intéres­sante.

Per­cal = Per­son­ne

On notera toute­fois que c’est plus sou­vent sous le titre « Per­son­ne » que l’on trou­ve l’enregistrement de Per­cal par Tue­bols.

Différents disques édités en France par Rivera (qui appartient à Barclay), puis en Italie, au Brésil (avec la mention que l'enregistrement est français par Barclay), une édition espagnole (Barclay) qui prouve que le titre servait à faire la fête et une cassette pirate éditée en 1978 à Singapour....
Dif­férents dis­ques édités en France par Rivera qui appar­tient à Bar­clay puis en Ital­ie au Brésil avec la men­tion que len­reg­istrement est français par Bar­clay une édi­tion espag­nole Bar­clay qui prou­ve que le titre ser­vait à faire la fête et une cas­sette pirate éditée en 1978 à Sin­gapour

Voici quelques exem­ples de disque où se trou­ve Per­cal ou Per­son­ne. Tous sont liés à Bar­clay, sauf la cas­sette pirate de Sin­gapour.

  • Les 16 plus célèbres tan­gos argentins (Riv­iera – RLP 6644) France 1956
  • A Media Luz (Bar­clay – 72 040) 45 tours 4 titres France 1957. C’est un extrait du disque Rivera qui prou­ve que le titre était un des plus fameux du 33 tours.
  • Les 16 plus célèbres tan­gos argentins (Bar­clay – 950.022 série Bar­clayra­ma) France
  • Les 16 plus célèbres tan­gos argentins (Bar­clay – 82219 série Danse)  
  • 16 Più Cele­bri Tanghi Argen­ti­ni (Bar­clay – BL 9011) Ital­ie
  • Les 16 plus célèbres tan­gos argentins (Bar­clay – 820.069) France
  • Les 16 plus célèbres tan­gos argentins (Bar­clay – 82 219, Bar­clay – 6644 )
  • Os 10 Mais Famosos Tan­gos Argenti­nos (Copaca­bana – CLP 3092) Brésil (men­tion de l’origine de l’enregistrement, France, Bar­clay)
  • Sur­prise Par­ty Chez Jack (Bar­clay – BLP 41.000) Espagne – Per­son­ne B2)
  • Les 16 plus célèbres tan­gos argentins (GS – GS 2018) Cas­sette pirate pub­liée à Sin­gapour en 1978. 20 ans après, on piratait encore le disque.

Il serait ten­tant de rajouter un autre enreg­istrement à cette liste, mais, s’il est classé sur des sites comme un enreg­istrement de Tue­bols, je n’en suis pas cer­tain. Pre­mière­ment, il ne sem­ble pas paraître dans les dif­férents cat­a­logues et deux­ième­ment, s’il est vrai­ment de Tue­bols, il est très dif­férent de la très belle ver­sion que je viens de présen­ter longue­ment. Pas­sons à l’écoute :

Per­cal – Enreg­istrement attribué à Luis Tue­bols, vers 1950.

L’orchestration est beau­coup plus sim­pliste que dans l’autre ver­sion. Le rythme est très mar­qué, comme cela peut être le cas dans d’autres enreg­istrements de Tue­bols. En fait, on pour­rait presque penser que cet enreg­istrement est l’authentique et que l’autre est d’un autre orchestre, tant cette ver­sion est au-dessus de la pro­duc­tion com­mune de Tue­bols. Si vous avez des pistes pour élu­cider ce mys­tère, je suis pre­neur…

Per­cal 1969 — Orques­ta Domin­go Fed­eri­co con Car­los Vidal.

Une autre ver­sion par le com­pos­i­teur qui détient le record avec au moins qua­tre enreg­istrements de sa com­po­si­tion. Cha­cune est dif­férente et celle-ci peut être con­sid­érée comme intéres­sante, y com­pris pour la danse, par des danseurs auda­cieux avec ses mag­nifiques traits de vio­lons. On peut toute­fois penser que Car­los Vidal en fait un peu trop. On notera le dernier accord qui ne s’éteint, en changeant légère­ment, qu’après 15 sec­on­des. Une fin assez orig­i­nale dans le domaine du tan­go.

Per­cal 1969-09-24 — Domin­go Fed­eri­co (ban­donéon) Oscar Bron­del (gui­tare) con Rubén Maciel.

La par­tic­u­lar­ité de cet enreg­istrement est qu’il est chan­té en esperan­to par Rubén Maciel. Fed­eri­co était un mil­i­tant de l’esperanto, ce lan­gage des­tin­er à unir les hommes dans une grande fra­ter­nité. Le même jour, ils ont aus­si enreg­istré une ver­sion de la cumpar­si­ta, tou­jours en esperan­to.

Per­cal 1990-12 — Orques­ta Juve­nil de Tan­go de la U.N.R. dir Domin­go Fed­eri­co con Héc­tor Gatá­neo.

Vous pou­vez acheter ce titre ou tout l’album sur Band­Camp, y com­pris dans des for­mats sans perte (ALAC, FLAC…). Pour mémoire, les fichiers que je pro­pose ici sont en très basse qual­ité pour être autorisé sur le serveur (lim­ite 1 Mo par fichi­er).

Autre titre enregistré un 25 février

Ya sale el tren 1943-02-25 — Orques­ta Miguel Caló con Jorge Ortiz. Musique et paroles de Luis Rubis­tein.

Ce tan­go a été enreg­istré le même jour que Per­cal, mais avec un chanteur dif­férent, Jorge Ortiz. On entend la cloche du train au début.

¿Te acuerdas del percal? Tenías quince abriles.
Te acuer­das del per­cal Tenías quince abriles

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