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Viviré con tu recuerdo 1942-08-04 — Ada Falcón con acomp. de Roberto Garza

Francisco Canaro Letra: Ivo Pelay

Notre tan­go du jour est une chan­son sur un rythme de valse. Ce n’est donc pas un enreg­istrement pour la danse, mais l’histoire qui la sous-tend vaut d’être con­tée. C’est une his­toire d’amour et ici, c’est la réponse de la bergère au berg­er.
Mais ras­surez-vous, il y a aus­si de belles ver­sions de danse au pro­gramme…

Fran­cis­co Canaro et Ada Fal­cón

Extrait musical

Viviré con tu recuer­do 1942-08-04 — Ada Fal­cón con acomp. de Rober­to Garza.

Paroles

Recor­daré de tu pasión la inmen­si­dad.
Recor­daré la ima­gen fiel que me adoró.
Evo­caré de tu mirar la suavi­dad
y soñaré que aquel ayer no se ale­jó.

Recor­daré la noche azul en que te vi
en el jardín pri­mav­er­al de la ilusión.
Recor­daré que hoy, al par­tir, me estremecí
cuan­do miré las rosas de mi amor tem­b­lan­do en tu bal­cón.

El recuer­do de tus ojos,
tus son­risas y tus besos,
han de ser en mi camino
bril­lan­tísi­mo ful­gor.
Si me ale­jan de tu lado
viviré con tu recuer­do.
Viviré acari­cian­do tu nom­bre
entre vagos rumores y ensueños.
Viviré de las horas pasadas
mi sub­lime nov­ela de amor.

Recor­daré de tu quer­er la inmen­si­dad,
recor­daré de tu besar la ensoñación,
y al evo­car de tu reír la clar­i­dad
me cubrirá un velo gris de desazón.

Recor­daré que suave luz te ilu­minó
cuan­do besé, ebrio de amor, tu boca en flor.
Recor­daré el madri­gal que te brindó
mi inspiración, al ver tu her­mosa faz teñi­da de rubor.
Fran­cis­co Canaro Letra: Ivo Pelay

Traduction libre

Je me sou­viendrai de l’im­men­sité de ta pas­sion.
Je me sou­viendrai de l’im­age fidèle qui m’ado­rait.
J’évo­querai de ton regard la douceur et je rêverai que cet hier n’a pas dis­paru.
Je me sou­viendrai de la nuit bleue quand je t’ai vu dans le jardin print­anier de l’il­lu­sion.
Je me sou­viendrai qu’au­jour­d’hui, en par­tant, j’ai fris­son­né en regar­dant les ros­es de mon amour trem­bler sur ton bal­con.
Le sou­venir de tes yeux, tes sourires et tes bais­ers doivent être un éclat des plus bril­lants sur mon chemin.
S’ils m’emportent loin de toi, je vivrai avec ton sou­venir.
Je vivrai en cares­sant ton nom au milieu de vagues rumeurs et de rêves.
Je vivrai des heures passées, mon sub­lime roman d’amour.
Je me sou­viendrai de l’im­men­sité de ton amour, je me sou­viendrai du rêve de ton bais­er, et quand j’évo­querai la clarté de ton rire, il me cou­vri­ra d’un voile gris de malaise.
Je me sou­viendrai de la douce lumière qui t’il­lu­mi­nait quand j’embrassais, ivre d’amour, ta bouche en fleurs.
Je me sou­viendrai du madri­gal que t’a don­né mon inspi­ra­tion, quand j’ai vu ton beau vis­age tein­té de rougisse­ment.

Une histoire

Main­tenant que vous avez pris con­nais­sance des paroles, vous com­pren­drez pourquoi cette valse n’est pas aus­si entraî­nante que d’autres. On peut se deman­der ce qui se passe, si l’être aimé est mourant ou mort, si la sépa­ra­tion est défini­tive par la volon­té de l’un des deux.
Pour répon­dre à cela, il con­vient d’entrer dans la vie de Fran­cis­co Canaro et Ada Fal­cón.
Aída Elsa Ada Fal­cone avait deux demi-sœurs, elles aus­si chanteuses, Aman­da, et Adhel­ma.

Aman­da, Adhel­ma et Ada Fal­cón. Elles ont au moins en com­mun de lever le regard…

Amanda Falcón (1901–1998)

Aman­da qui n’a pas enreg­istré a eu un début de car­rière intéres­sant, faisant notam­ment par­tie de la Com­pañía Argenti­na de Grandes Espec­tácu­los de Ivo Pelay (l’auteur des paroles de notre valse du jour). Elle a joué égale­ment avec Gardel, même si l’accueil de la cri­tique ne fut pas à la hau­teur de ses espérances. Sa car­rière sem­ble s’être arrêtée en 1934 et on la retrou­ve à Hol­ly­wood, mais apparem­ment sans événe­ment majeur dans sa vie artis­tique.

Adhelma Falcón (1902–1987),

Je vous pro­pose de décou­vrir Adhel­ma avec l’un de ses enreg­istrements :

Cor­tan­do camino 1930 — Adhel­ma Fal­cón con gui­tar­ras

Adhel­ma prou­ve par cet enreg­istrement qu’elle avait une voix qui pou­vait rivalis­er avec celle de sa demi-sœur. Elle était en plus com­positrice et auteure, de quoi lui assur­er la gloire, mais cela a été pour la petite Ada, la plus jeune des trois. Elle a arrêté sa car­rière en 1946, peu après Ada.
En 1989 Ada a accusé son aînée de s’être fait pass­er pour elle dans des tournées et de sign­er des auto­graphes en son nom. Cinquante ans après les faits sup­posés, on peut s’étonner de cette révéla­tion.
Cela con­firme toute­fois la qual­ité de chanteuse d’Adhel­ma et sa beauté. En 1934, elle a devancé Ada dans un con­cours organ­isé par la revue Sin­tonía. Le but de ce con­cours était d’élire la plus belle Miss Radio (ce qui peut sem­bler éton­nant vu qu’à la radio on ne voit pas les vis­ages… La gag­nante fut Lib­er­tad Lamar­que, mais Adhel­ma a obtenu beau­coup plus de voix (votes) que Ada.
Peut-être que ces points expliquent la brouille entre les deux femmes, mais une autre his­toire court selon laque­lle Canaro aurait été infidèle à Ada avec Adhel­ma

Ada Falcón

Ada est née elle-même d’une infidél­ité de sa mère avec un estanciero de Junín… Elle est donc la demi-sœur de Aman­da et Adhel­ma.
Elle a suivi le chemin des deux aînées, mais sem­ble-t-il avec plus de suc­cès. Cela tient peut-être dans le fait que Ada a ren­con­tré Canaro. Et c’est cette ren­con­tre qui mar­quera la vie des deux.

Ada y Francisco

La romance entre Canaro et Ada est bien con­nue. Ada qui a com­mencé à tra­vailler très jeune et après un pas­sage dans l’orchestre de Frese­do et le trio de Delfi­no avec qui elle a enreg­istré jusqu’au 20 juil­let 1929 et 4 jours plus tard, elle enreg­is­trait avec Canaro.
La majorité des titres sont men­tion­nés comme étant de Ada Fal­cón accom­pa­g­née par Fran­cis­co Canaro. Elle était la vedette. Par ailleurs, beau­coup des titres qu’elle a chan­tés ont été com­posés par Canaro avec des thèmes pou­vant coïn­cider avec leur his­toire d’amour. Le plus célèbre et le pre­mier est Yo no sé qué me han hecho tus ojos.

Yo no sé qué me han hecho tus ojos 1930-09-17 — Ada Fal­cón con acomp. de Fran­cis­co Canaro.

Paroles et musiques de Fran­cis­co Canaro. Une déc­la­ra­tion d’amour à Ada.
Cette his­toire eu comme fin le refus de Canaro de divorcer de La France­sa, son épouse. Dans ses mémoires, Canaro le con­te de façon un peu dif­férente, Ada aurait répon­du à un appel de Dieu, pas tout à fait sincère le Fran­cis­co.
La réal­ité sem­ble plus prosaïque. Les avo­cats de Canaro auraient affir­mé qu’il aurait dû don­ner la moitié de ses biens à sa femme en cas de divorce, ce à quoi, étant né pau­vre, il s’est refusé.
Le refus fut sans doute très mal pris par Ada qui avait son car­ac­tère, mais le point final fut soit l’histoire avec sa demi-sœur Adhel­ma con­tée ci-dessus, soit le fait que La France­sa soit venue dans la loge et sur­prenant Ada sur les genoux de Fran­cis­co aurait men­acé de les tuer avec le pis­to­let qu’elle avait apporté.
Quoi qu’il en soit, cela a mis fin à leur rela­tion pro­fes­sion­nelle, mais leur amour est resté en fil­igrane. Ain­si, leur dernière séance d’enregistrement a eu lieu le 28 sep­tem­bre 1938 et les deux derniers thèmes ont été Nada más et No mien­tas, (Plus jamais et Ne mens pas).
Qua­tre ans plus tard, Fran­cis­co Canaro enreg­istre la valse Viviré con tu recuer­do avec Eduar­do Adrián.
Au bout de qua­tre mois, Ada don­nera sa réponse en enreg­is­trant pour la dernière fois de sa vie, la même valse, Viviré con tu recuer­do (Je vivrai avec ton sou­venir) et Corazón enca­de­na­do (cœur enchaîné), un autre thème com­posé par Canaro et qui peut être con­sid­éré comme une autre preuve de l’amour d’Ada pour Fran­cis­co. Ce dernier enreg­istrement est un adieu, un adieu à Canaro, mais aus­si à la vie sécu­laire, puisqu’elle se reti­ra dans un cou­vent.
Pour clore cette his­toire, je vous pro­pose la fin du doc­u­men­taire sur Ada Fal­cón, de Lore­na Muñoz et Ser­gio WolfYo no sé qué me han hecho tus ojos” (Argenti­na — 2003).

20 sec­on­des d’é­mo­tion quand le jour­nal­iste demande à Ada Fal­cón qui fut son grand amour et qu’elle répon­dit en pleu­rant, je ne me sou­viens pas. Allí se le pre­gun­tó quién había sido su gran amor”, “No recuer­do”.

Autres versions

Il n’y a que trois enreg­istrements val­ables de ce thème et les trois impliquent au moins un des pro­tag­o­nistes de la chan­son.
J’ai d’autres ver­sions, mais elles sont suff­isam­ment moches pour que je ne vous les pro­pose pas. Je ne voulais pas gâch­er cette his­toire d’amour avec des ver­sions moyennes.

Viviré con tu recuer­do 1942-04-24 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Eduar­do Adrián.

C’est le pre­mier enreg­istrement du thème de Canaro par Canaro. C’est claire­ment un mes­sage adressé à Ada avec l’aide de son com­plice, Ivo Pelay, qui était égale­ment un proche des sœurs Fal­cón.

Viviré con tu recuer­do 1942-08-04 — Ada Fal­cón con acomp. de Rober­to Garza.

Viviré con tu recuer­do 1942-08-04 — Ada Fal­cón con acomp. de Rober­to Garza. La réponse de la bergère, Ada, au berg­er Fran­cis­co.
Rober­to Garza (José Gar­cía López), le ban­donéon­iste qui accom­pa­gne avec ses musi­ciens Ada Fal­cón n’est pas un chef habituel. Il a réal­isé entre 1941, quelques enreg­istrements en accom­pa­g­ne­ment de Mer­cedes Simone et enreg­istré deux titres avec Igna­cio Corsi­ni. Le dou­ble enreg­istrement du 4 août 1942 est donc motivé par le besoin d’Ada de répon­dre à Fran­cis­co. Ce sont ses adieux à Canaro et au monde.

Viviré con tu recuer­do 1954-11-17 — Quin­te­to Pir­in­cho dir. Fran­cis­co Canaro.

Viviré con tu recuer­do 1954-11-17 — Quin­te­to Pir­in­cho dir. Fran­cis­co Canaro. Douze ans plus tard, Canaro, à la tête de son Quin­te­to Pir­in­cho enreg­istre une ver­sion instru­men­tale, comme un écho, comme pour dire à Ada, je pense tou­jours à toi.

À propos des « éditeurs » de disques

J’ai une col­lec­tion musi­cale plutôt riche (plus de 100 000 titres, pas seule­ment de tan­go), mais je fais de la veille, notam­ment pour décou­vrir des ver­sions par de nou­veaux orchestres. J’ai donc jeté un œil à Spo­ti­fy, un ser­vice de musique grand pub­lic, d’une grande médi­ocrité, car il ne véri­fie pas les élé­ments qu’ils pub­lient. Curieuse­ment beau­coup de DJ de tan­go l’utilisent, par­fois même en direct…
Je ne par­le pas de la qual­ité sonore pro­posée par la plate­forme, elle est tech­nique­ment suff­isante pour pass­er de la musique de tan­go anci­enne, mais de la qual­ité des ver­sions qu’ils dif­fusent, s’approvisionnant auprès d’éditeurs peu scrupuleux, voire cra­puleux. Ces derniers pro­posent des ver­sions très mal numérisées et sou­vent hor­ri­ble­ment retouchées, voire tron­quées.

Presque toutes les men­tions sont fauss­es. Une seule est com­plète et juste.

Voici une copie d’écran de Spo­ti­fy. Le seul enreg­istrement cor­recte­ment indiqué est notre tan­go du jour. Les autres sont soit incom­plets (men­tion de l’orchestre sans le chanteur, men­tion du chanteur sans l’orchestre), soit car­ré­ment faux, comme une ver­sion de Mer­cedes Simone qui est en fait celle de Ada Fal­cón passée un peu plus vite. 90 % d’erreur, ce n’est pas très hon­or­able.
Non seule­ment c’est une preuve de médi­ocrité, mais en plus, c’est ne rien com­pren­dre à l’histoire. Indi­quer que Ada Fal­cón a enreg­istré avec Canaro en 1942, c’est mécon­naître l’histoire et ne pas regarder les éti­quettes des dis­ques.
Les édi­teurs se con­tentent de piquer des musiques dans leur fonds, sans se souci­er de la qual­ité, de l’exactitude de ce qu’ils pub­lient. Ils pren­nent n’importe quel CD, réal­isé d’après n’importe quel disque vinyle ayant mas­sacré le disque 78 tours d’origine, en rajoutant une couche de destruc­tion avec le Remas­ter­i­za­do”.
C’est tout sim­ple­ment scan­daleux. Quand je pense que les édi­teurs de musique se goin­frent sur le dos des organ­isa­teurs d’événements en ayant détourné la rai­son d’être de la SACEM, ce qui est un comble quand on pense que Canaro était un des précurseurs des droits d’auteurs en Argen­tine avec la créa­tion de la SADAIC.

Fran­cis­co Canaro et Ada Fal­cón

Voilà, on se quitte avec la pho­to de nos deux amoureux trag­iques.

À demain, les amis !

Valsecito amigo 1943-03-25 – Orquesta Aníbal Troilo con Francisco Fiorentino

Aníbal Carmelo Troilo Letra José María Contursi

Si comme moi vous adorez les valses, vous devez avoir le titre du jour, Valsecito ami­go bien au chaud dans votre cœur. Ce titre est né sous tous les bons aus­pices avec la musique de Troi­lo, les paroles de Con­tur­si et la voix de Fiorenti­no. Vous en aviez rêvé, Pichu­co l’a fait pour vous.

Aníbal Carmelo Troilo y Marcos

Pichu­co, el Gor­do, el ban­doneón may­or de Buenos Aires et autres appel­la­tions témoignent de l’affection que por­tent les Portègnes à Troi­lo.

Il util­i­sait son nom véri­ta­ble, tout comme son grand frère Mar­cos, égale­ment ban­donéiste et qui tra­vail­la d’ailleurs dans l’orchestre de son frère de 1941 à 1947.

Le chouchou de Buenos Aires

À Buenos Aires, Troi­lo est lit­térale­ment adoré. C’était net­te­ment moins le cas en Europe et je me sou­viens qu’en 2014, en France, pour le cen­te­naire de sa nais­sance, cer­tains danseurs fai­saient la moue quand j’annonçais une tan­da de Troi­lo. J’ai cepen­dant insisté et je pense que désor­mais, Troi­lo est unanime­ment appré­cié, même s’il y a quelques semaines, je recueil­lais les con­fi­dences d’un danseur qui m’indiquait qu’il avait du mal à danser sur Troi­lo.
Ce n’est pas le lieu d’entrer dans le débat ici, mais Troi­lo a fait du tan­go pour la danse et du tan­go à écouter. Par ailleurs, il ado­rait les chanteurs et leur a don­né un peu plus de présence. Cela a donc influé sur la dans­abil­ité de ses titres. Il con­vient donc de choisir les Troi­lo que l’on pro­pose en milon­ga et l’on peut don­ner énor­mé­ment de bon­heur aux danseurs, même en sor­tant de la liste d’une quin­zaine de titres à laque­lle se lim­i­tent la plu­part des DJ.
Avec cette valse, pas de risque de décep­tion, sauf bien sûr pour les rares danseurs qui n’aiment pas les valses (bisous, Hen­ri et Cather­ine).

Les débuts de Pichuco contés par son frère, Marcos

Je vous pro­pose cette archive datant de 1969, dans laque­lle son grand frère, Mar­cos, par­le des débuts de son fameux frère. L’en­tre­vue est menée par Pipo Mancera (José Nicolás Mancera)

Mar­cos Troi­lo habla de Ani­bal 1969-07-12 — Sába­dos cir­cu­lares de Pipo Mancera

Transcription partielle, mais pas partiale.

Pipo hablan­do a Aníbal: Pichu­co, No, no te voy a pedir nada, se lo voy a pre­gun­tar a Troi­lo, pero no a vos, se lo voy a pre­gun­tar a tu her­mano.
Pipo a Mar­cos: Si ust­ed fuera tan amable, ade­lante señor Troi­lo.
Pipo al públi­co: Mar­cos Troi­lo, her­mano may­or de Aníbal Troi­lo.
Pipo a Mar­cos: Como era su her­mano cuan­do era chico?
Mar­cos: Bueno mi her­mano cuan­do chico ya deja­ba entr­ev­er que iba a ser un poquito gordi­to […] que esta­ban en una época de los 10 a los 12 años 13 años bueno.
Pipo a Mar­cos: Señor Troi­lo cuan­do se despierte en Pichu­co su amor por la músi­ca?
Mar­cos: Bueno, Pichu­co, hace muchísi­mos años, tenía la edad de 10, 11 años y nosotros fre­cuen­tábamos un club que se llamó la Fan­far­ria (La Fan­far­ria esta­ba en los ter­renos del antiguo Hipó­dro­mo Nacional, aho­ra, lugar de la can­cha de Riv­er Plate, el club de Aníbal…) en las cuales los socios aporta­ban sem­anal­mente uno o dos pesos y todas las sem­anas los mis­mos socios hacían una pequeña juga­da en la cual si se lle­ga­ba a ganar se aporta­ba para hac­er un pic­nic o una fies­ta o un baile.
Pipo: Qué lin­do
Mar­cos: Entonces es ahí donde empezó la vocación de Pichu pues esa cosa que se le des­pertó a él. Y yo recuer­do muy bien en los pic­nics cuan­do se encon­tra­ba con los ban­do­neones que actu­a­ban en esa fies­ta que fes­te­ja­ban eso que nosotros estábamos ahí que se senta­ba siem­pre al lado de uno de los ban­do­neones y lo mira­ba muy aten­ta­mente.
Entonces llegó un día de que esos pic­nics se hacían con mucha fre­cuen­cia y un día le dijo a mi madre que le com­prara un ban­doneón. Esta vez así que en una opor­tu­nidad yo regresa­ba a casa y me dijo mi madre dice mira dice lo que hay arri­ba de esa cama. Y era un ban­doneón que le había com­pra­do en una casa de la calle Cór­do­ba, a un señor que lo recuer­do como si fuera aho­ra, se llam­a­ba “Estein­guar” (o Esten­guar, apel­li­do a ver­i­ficar)
Pipo: Si como es este mis­mo (El ban­doneón que está usan­do Aníbal)
Aníbal: Cuarenta y tres años.
Pipo: El fueye que le com­pro su madre.
Mar­cos: y creo que le costó 140 pesos […]
Pipo: 140 pesos
Aníbal: A pagar 10 pesos por mes.
Hay una anéc­do­ta curiosísi­ma. A los cua­tro meses, no vinieron a cobrar. El tipo se había muer­to. Así que me costó 40 pesos.
Pipo a Mar­cos: Pero me has dado un dato que para mí es muy impor­tante […] (Pipo pido el fuye a Ani­bal, tratan­do de hac­er tocar a Mar­cos…) ust­ed aprendió a tocar el fueye porque sabía que su her­mano iba a ser famoso.
Mar­cos: No sim­ple­mente porque me con­tag­ió el entu­si­as­mo que él tenía y un día decidí prac­ticar y empecé a tocar una cosi­ta de acá otra cosi­ta de acá agre­gan­do y empecé a tocar un valsecito con éxi­to.
Pipo: Cuán­tos años hace que no toca el ban­doneón?
Mar­cos: Bueno en hon­or de la ver­dad creo que hace del año 48 a fines del 48 (Mar­cos tocó en la orques­ta de su her­mano has­ta 1947).
Pipo: Qué es lo que mejor recuer­da que toca­ba en ban­doneón… Un valsecito, un tan­gui­to?
Mar­cos: Creo que era un tan­go de Char­lo. Este tan­go pre­cioso. No recuer­do bien el nom­bre aho­ra, pero, que Pichu­co me lo puede hac­er recor­dar. […]

Mar­cos Troi­lo habla de Ani­bal 1969-07-12 — Sába­dos cir­cu­lares de Pipo Mancera. En azul mis comen­tar­ios.

Traduction libre de l’entrevue avec Marcos Troilo

Pipo s’adressant à Aníbal : Pichu­co, non, je ne vais rien te deman­der, je vais deman­der à Troi­lo, mais pas à toi, je vais deman­der à ton frère.
Pipo à Mar­cos : Si vous voulez bien le faire, venez, M. Troi­lo.
Pipo au pub­lic : Mar­cos Troi­lo, le frère aîné d’Aníbal Troi­lo.
Pipo à Mar­cos : Com­ment était ton frère quand il était enfant ?
Mar­cos : Eh bien, quand il était enfant, mon frère avait déjà lais­sé enten­dre qu’il allait être un peu potelé […] C’était au moment où il avait 10 à 12 ans, 13 ans.
Pipo à Mar­cos : M. Troi­lo, quand l’amour pour la musique s’éveille-t-il chez Pichu­co ?
Mar­cos : Eh bien, Pichu­co, il y a de nom­breuses années, il avait 10 ou 11 ans et nous fréquen­tions un club appelé la Fan­far­ria (la Fan­fare, qui était sur le ter­rain de l’ancien hip­po­drome nation­al, aujourd’hui l’endroit où se trou­ve le ter­rain de Riv­er Plate, le club d’Aníbal…) dans lequel les mem­bres con­tribuaient à hau­teur d’un ou deux pesos par semaine et chaque semaine, les mem­bres eux-mêmes fai­saient une petite pièce dans laque­lle s’ils gag­naient, c’était un apport pour faire un pique-nique, une fête ou une danse.
Pipo : C’est mignon.
Mar­cos : C’est donc là que la voca­tion de Pichu a com­mencé, cette chose qui s’est éveil­lée en lui. Et je me sou­viens très bien que lors des pique-niques, lorsqu’il ren­con­trait les ban­donéon­istes qui jouaient à cette fête. Il s’asseyait tou­jours à côté de l’un des ban­donéon­istes et le regar­dait très atten­tive­ment.
Puis il y a eu un jour où ces pique-niques étaient très fréquents et un jour il a dit à ma mère de lui acheter un ban­donéon. Une fois que je ren­trais à la mai­son, ma mère m’a dit, regarde ce qu’il y a sur ce lit. Et c’était un ban­donéon qu’elle avait acheté dans une mai­son de la rue Cor­do­ba, à un homme dont je me sou­viens comme si c’était main­tenant, son nom était « Estein­guar » (ou Esten­guar, nom de famille à véri­fi­er)
Pipo : Oui, c’est celui-ci. (Le ban­donéon qu’utilise Troi­lo est celui acheté par sa mère)
Han­ni­bal : Quar­ante-trois ans.
Pipo : Le fueye que votre mère lui a acheté.
Mar­cos : Et je pense que ça lui a coûté 140 pesos […]
Pipo : 140 pesos
Aníbal : À pay­er 10 pesos par mois.
Il y a une anec­dote très curieuse. Au bout de qua­tre mois, ils ne sont pas venus réclamer leur dû. Le gars était mort. Cela m’a donc coûté 40 pesos.
Pipo à Mar­cos : Mais tu m’as com­mu­niqué une infor­ma­tion qui est très impor­tante pour moi […] (Pipo emprunte le ban­donéon à Ani­bal et essaye d’en faire jouer son frère, Mar­cos) tu as appris à jouer du ban­donéon parce que tu savais que ton frère allait devenir célèbre ?
Mar­cos : Non, sim­ple­ment parce que j’ai été con­t­a­m­iné par l’enthousiasme qu’il avait et qu’un jour j’ai décidé de m’entraîner et j’ai com­mencé à jouer une petite chose d’ici, une autre petite chose par-là, et j’ai com­mencé à jouer une valse avec suc­cès.
Pipo : Com­bi­en d’années se sont-elles écoulées depuis que vous n’avez pas joué du ban­donéon ?
Mar­cos : Eh bien, pour être hon­nête, je pense que c’était en 1948 à la fin de 1948 (Mar­cos a effec­tive­ment joué dans l’orchestre de son frère jusqu’en 1947).
Pipo : De quoi te sou­viens-tu le mieux quand tu jouais du ban­donéon ? Une valse, un tan­go ?
Mar­cos : Je crois que c’était un tan­go de Char­lo. Un beau tan­go. Je ne me sou­viens plus très bien du nom, mais Pichu­co peut me le rap­pel­er. […]

Extrait musical

Écou­tons main­tenant le tan­go du jour, qui est cette mer­veilleuse valse, Val­cesi­to ami­go.

Valsecito ami­go 1943-03-25 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no.

Les paroles

Vals sen­ti­men­tal de nues­tras vie­jas horas,
¡nun­ca te escuché tan triste como aho­ra!
Lle­gas has­ta mi para aumen­tar mi que­ja,
tiene tu rondín sabor a cosa vie­ja…
Vals sen­ti­men­tal, ingen­uo y ondu­lante,
vuel­vo a recor­dar aque­l­los tiem­pos de antes.
Una voz lejana me acusa en tu can­ción,
¡val­cesi­to!… ¡y envuelve mi emo­ción!

Vuel­ca tu nos­tal­gia febril,
tu musiq­ui­ta sen­su­al,
se que no es posi­ble seguir
oyén­dote sin llo­rar.
Val­cesi­to ami­go, no ves
esta incer­tidum­bre tenaz
que no hace más
que remover y con­mover
mi soledad…
Unos ojos verdes de mar
más grandes que su ilusión,
unas ansias grandes de amar…
después… llo­ran­do una voz…
Val­cesi­to ami­go, no ves
que tu musiq­ui­ta sen­su­al
no sabe más
que ator­men­tar y ator­men­tar
mi corazón…

Cuan­do llegue el fin de mi oración postr­era,
quiero imag­i­narla así, como ella era…
Jun­taré mi voz a aque­l­los labios suyos,
mien­tras tu can­ción nos servirá de arrul­lo.
Vals sen­ti­men­tal de nues­tras horas,
ya no me verán tan triste como aho­ra.
Lenta­mente tus notas ami­gas can­taré,
valsecito… ¡y entonces moriré!

Ani­bal Troi­lo Letra: José María Con­tur­si

Traduction libre

Petite valse ami­cale

Valse sen­ti­men­tale de nos heures anci­ennes, jamais en t’écoutant je n’ai eu tant de peine.
Tu ne viens à moi que pour me tour­menter. Tes notes ont la saveur des choses passées…
Valse sen­ti­men­tale, ingénue et ondu­lante, de ces temps d’autrefois tu fais revenir le sou­venir.
Une voix loin­taine m’accuse dans ta chan­son, petite valse, et enserre mon émo­tion.

Tu vers­es ta nos­tal­gie fébrile, ta petite musique sen­suelle, tu sais que je ne peux pas con­tin­uer de t’entendre sans pleur­er. Petite valse amie, ne vois-tu pas cette incer­ti­tude tenace, qui ne fait rien que remuer et aviv­er ma soli­tude ?
Des yeux verts de mer, plus grands que ton illu­sion, une fringale immense d’aimer…
Puis… Une voix qui pleure…
Valse ami­cale, ne vois-tu pas que ta petite musique sen­suelle ne sait rien faire d’autre que tour­menter et tour­menter mon cœur…

Quand arrivera la fin de ma dernière prière, je veux l’imaginer ain­si, comme elle était…
Je joindrai ma voix aux siennes lèvres, pen­dant que ta chan­son nous servi­ra de roucoule­ment.
Valse sen­ti­men­tale de nos heures ; jamais me virent si triste comme main­tenant. Lente­ment, je chanterai tes notes ami­cales, petite valse… et ensuite, je mour­rai !

Pour une autre tra­duc­tion en français, vous pou­vez con­sul­ter celle de Fab­rice Hatem, sur son site.

Les versions

Valsecito ami­go 1943-03-25 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no.

C’est le tan­go du jour. Troi­lo est sur son ter­rain, car il en est le com­pos­i­teur.
La pre­mière minute fait mon­ter la ten­sion afin de pré­par­er l’intervention de Fiorenti­no. Le mode mineur adop­té donne un peu de nos­tal­gie à la musique, mais le rythme soutenu entraîne les danseurs dans une valse énergique. Les instru­ments, vio­lons et ban­donéon, mais aus­si la voix relance l’énergie à chaque mesure. Le pre­mier temps est mar­qué de façon sen­si­ble mais sans bru­tal­ité, toute en sub­til­ité. Troi­lo a trou­vé une façon de mar­quer les trois temps de la valse avec un style par­ti­c­ulière­ment flu­ide, que préserve Fiorenti­no. Impos­si­ble de résis­ter à l’élan sans cesse renou­velé. Même Fiorentin ne sem­ble pas devoir repren­dre son souf­fle, pour ne pas couper la dynamique mal­gré une dic­tion par­faite et rapi­de.

Valsecito ami­go 1943-08-17 Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Eduar­do Adrián.

Enreg­istrée cinq mois plus tard, la ver­sion de Canaro mar­que bien la dif­férence de style. Troi­lo a une moder­nité nais­sante bien dif­férente de la ver­sion plus tra­di­tion­nelle de Canaro. Cepen­dant, il ne faudrait pas jeter la mag­nifique presta­tion de Canaro et l’émotion que sus­cite Eduar­do Adrián.
Canaro qui est égale­ment à la tête d’un orchestre de jazz utilise des instru­ments plus rares dans les típi­cas de tan­go, comme la trompette bouchée ou la clar­inette.
Les instru­ments se répon­dent, des motifs répon­dent à l’in­stru­ment prin­ci­pal qui peut être la voix. Ces petits accents sont comme des fior­i­t­ures que peu­vent observ­er les danseurs pour sor­tir du rythme réguli­er et puis­sant bien que d’un tem­po plus mod­éré. Canaro donne la parole suc­ces­sive­ment à chaque instru­ment ce qui évite la monot­o­nie, chaque reprise a une couleur dif­férente.
Canaro a sa sonorité pro­pre, facile­ment recon­naiss­able et le résul­tat est aus­si fan­tas­tique que la ver­sion de Troi­lo et Fiorenti­no. Sur l’île déserte, il faut absol­u­ment emporter les deux.

S’il existe bien sûr d’autres enreg­istrements, il n’y a rien de bien pas­sion­nant qui puisse faire pass­er au sec­ond plan les ver­sions de Troi­lo et Canaro.
On dirait que les mer­veilles réal­isées par ces deux mon­stres sacrés ont fait peur aux suiveurs.
Cepen­dant, un enreg­istrement mod­erne me sem­ble intéres­sant, peut-être, car il me rap­pelle le Cuar­te­to Cedrón qui fut un des orchestres qui berça mon enfance avec la voix si par­ti­c­ulière de Juan.

Valsecito ami­go 2010-10-22 La Típi­ca Orques­ta de Tan­go con Juan Tata Cedrón (voz y direc­ción).

À voir

Pour mieux con­naître Pichu­co, vous pou­vez con­sul­ter ce film doc­u­men­taire sur ceux qui font vivre l’héritage de Pichu­co. Il a été réal­isé en 2014 à l’occasion du cen­te­naire de sa nais­sance.

Un recor­ri­do musi­cal por la obra de Aníbal ¨Pichu­co¨ Troi­lo, uno de los per­son­ajes fun­da­men­tales de la his­to­ria del Tan­go y la músi­ca Argenti­na. Direc­tor: Martín Turnes. 2014. https://play.cine.ar/INCAA/produccion/1451

Il faut un compte pour voir le film, mais c’est gra­tu­it et cela vous ouvri­ra la porte des mer­veilleuses ressources de l’INCAA.

Adiós, los Troilos

Mar­cos est décédé le 7 avril 1975 et un peu plus d’un mois plus tard, Ani­bal l’a rejoint.
Le poète Adrián Desider­a­to écriv­it à cette triste occa­sion :
« Fue un 18 de mayo, ese día al ban­doneón, se le cayó Pichu­co de las manos ».
Ce fut un 18 mai, ce jour du ban­donéon, qu’il tom­ba des mains de Pichu­co.
Depuis l’âge de dix ans, l’instrument n’a pas quit­té Ani­bal. On a donc décidé de faire du 18 mai le jour du ban­donéon. Le seul hic, c’est qu’il y a un doute réel sur la date de décès d’Anibal, 18 ou 19 mai  ?
Je vous laisse méditer, comme le héros de cette valse, inter­prété par Fiorenti­no, Adrián et Cedrón.