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Milonguero viejo 1955-06-20 — Orquesta Carlos Di Sarli

Carlos Di Sarli Letra: Enrique Carrera Sotelo

On con­sid­ère par­fois, que les pre­mières ver­sions sont les meilleures et que par la suite, les enreg­istrements suiv­ants vont en décli­nant. Come toute général­i­sa­tion hâtive, c’est dis­cutable. Dans le cas de Di Sar­li, même si on se place dans le rôle du danseur, cette théorie n’est pas for­cé­ment per­ti­nente. Il y a une évo­lu­tion, mais toutes les ver­sions, si dif­férentes soient-elles, ont de l’intérêt. Voyons cela.

Extrait musical

Milonguero viejo 1955-06-20 — Orques­ta Car­los Di Sar­li.

C’est la qua­trième ver­sion pro­posée par Di Sar­li au disque. Nous ver­rons l’évolution en fin d’article avec l’écoute des trois pre­mières ver­sions.

Paroles

Les ver­sions de Di Sar­li sont toutes instru­men­tales, mais il y a des paroles, que voici :

El bar­rio duerme y sueña
al arrul­lo de un triste tan­go llorón;
en el silen­cio tiem­bla
la voz milonguera de un mozo can­tor.
La últi­ma esper­an­za flota en su can­ción,
en su can­ción mal­e­va
y en el can­to dulce ele­va
toda la dulzu­ra de su humilde amor.

Lin­da pebe­ta de mis sueños,
en este tan­go llorón
mi amor mis­ton­go va can­tan­do
su milon­ga de dolor,
y entre el rezon­go de los fuelles
y el canyengue de mi voz,
ilu­sion­a­do y tem­bloroso
vibra humilde el corazón.

Sos la paica más lin­da del pobre arra­bal,
sos la musa mal­e­va de mi inspiración;
y en los tan­gos del Pibe de La Pater­nal
sos el alma criol­la que llo­ra de amor.
Sin berretines mi musa mis­tonguera
chamuya en ver­so su dolor;
tu almi­ta loca, sen­cil­la y milonguera
ha enlo­que­ci­do mi pobre corazón.

El bar­rio duerme y sueña
al arrul­lo del triste tan­go llorón;
en el silen­cio tiem­bla
la voz milonguera del mozo can­tor;
la últi­ma esper­an­za flota en su can­ción,
en su can­ción mal­e­va
y el vien­to que pasa lle­va
toda la dulzu­ra de su corazón.

Car­los Di Sar­li Letra: Enrique Car­rera Sote­lo

Traduction libre et indications

Le quarti­er dort et rêve au roucoule­ment d’un triste tan­go lar­moy­ant ; dans le silence trem­ble la voix milonguera d’un char­mant chanteur.
La dernière espérance flotte dans sa chan­son, dans sa chan­son mal­e­va (en lun­far­do, c’est l’apocope de malévo­lo au féminin. La chan­son est donc mal inten­tion­née, mau­vaise, par son sens, pas par manque de qual­ité) et dans la douce chan­son, il élève toute la douceur de son hum­ble amour.
Belle poupée de mes rêves, dans ce tan­go lar­moy­ant mon amour triste chante sa milon­ga de douleur, et entre le grogne­ment des ban­donéons et le canyengue de ma voix, amoureux et trem­blant, le cœur vibre hum­ble­ment.
Tu es la plus jolie fille (la paica est la com­pagne d’un com­padri­to et par exten­sion, l’amante ou tout sim­ple­ment la com­pagne) des faubourgs pau­vres, tu es la muse malveil­lante de mon inspi­ra­tion ; et dans les tan­gos du Pibe de La Pater­nal (surnom d’Osvaldo Frese­do, ce qui explique qu’il fut le pre­mier à l’enregistrer…) vous êtes l’âme criol­la (de tra­di­tion argen­tine) qui pleure d’amour.
Sans repos (el berretín peut être le loisir comme dans Los tres berretines, une idée fixe, un caprice), ma triste muse exprime en vers, sa douleur ; ta petite âme folle, sim­ple et milonguera a ren­du fou mon pau­vre cœur.
Le quarti­er dort et rêve au roucoule­ment d’un triste tan­go lar­moy­ant ; dans le silence trem­ble la voix milonguera d’un char­mant chanteur.
La dernière espérance flotte dans sa chan­son, dans sa chan­son mal­e­va et le vent qui passe emporte toute la douceur de son cœur.

Autres versions

Milonguero viejo 1928-02-24 — Orques­ta Osval­do Frese­do con Ernesto Famá.

Il ne faut pas juger trop sévére­ment cette ver­sion, elle est de 1928 et donc dans le jus de son époque. Dis­ons juste qu’elle n’est pas de la meilleure péri­ode de Frese­do. Manque de chance, il le réen­reg­istr­era en fin de car­rière, une autre ver­sion qui n’est pas dans sa meilleure péri­ode… On doit cepen­dant met­tre à son crédit un tem­po assez lent, comme celui des Di Sar­li des années 50, mais le pesant canyengue, détru­it toute la joliesse du titre. Une ver­sion pour des piétineurs qui ne seraient pas gênés par la voix de Famá.

Milonguero viejo 1928-02-29 — Igna­cio Corsi­ni con gui­tar­ras de Aguilar-Pesoa-Maciel.

Remar­quez l’alternance de voix de gorge et de tête.

Milonguero viejo 1928-04-02 — Orques­ta Juan Maglio “Pacho” con Car­los Viván.

C’est la dernière ver­sion chan­tée. Les enreg­istrements suiv­ants seront instru­men­taux. Le style un peu trop vieil­lot manque sans doute de charme pour nos milon­gas mod­ernes, même si dans l’interprétation, l’écriture de Di Sar­li est recon­naiss­able. N’oublions pas qu’à cette époque, Di Sar­li jouait avec son sex­te­to dans un style sem­blable.

A Milonguero viejo 1940-07-04 — Orques­ta Car­los Di Sar­li.

Un tem­po un peu soutenu, peut-être trop pour le thème. Mais comme c’est une ver­sion instru­men­tale, les danseurs ne sont pas sup­posés savoir que c’est triste… 128BPM

B Milonguero viejo 1944-07-11 — Orques­ta Car­los Di Sar­li.

Milonguero viejo 1944-07-11 — Orques­ta Car­los Di Sar­li. Qua­tre ans après, Di Sar­li cor­rige le tir avec un rythme plus calme. 122 BPM, mais quand on dans l’oreille, les ver­sions des années 50, on pour­ra le trou­ver un tout petit peu trop rapi­de. On notera qu’au début, Di Sar­li a ajoutée une mon­tée de gamme pour intro­duire le thème. La ver­sion de 1940 et celles des autres orchestres qui n’ont pas adop­té cet ajout parais­sent plus abruptes dans la mise en œuvre.

C Milonguero viejo 1951-09-26 — Orques­ta Car­los di Sar­li.

Di Sar­li ralen­ti encore le tem­po. La musique sonne plus majestueuse. Je trou­ve que cela con­vient mieux au thème du vieux milonguero, même si c’est un enreg­istrement instru­men­tal. 115 BPM. Comme j’ai placé un sondage à la fin de l’article, je ne vais pas écrire que c’est ma ver­sion préférée pour ne pas vous influ­encer.

Milonguero viejo 1954 — Orques­ta Lucio Demare.

L’ordre chronologique des enreg­istrements place cet enreg­istrements au milieu des ver­sions de Di Sar­li. La com­para­i­son n’est pas à l’avantage de Demare.

D Milonguero viejo 1955-06-20 — Orques­ta Car­los Di Sar­li.

C’est notre tan­go du jour. Il est à la vitesse que la ver­sion de 1951, 115 BPM. Avec la ver­sion de 1951, peut-être encore meilleure, cette ver­sion prou­ve que l’adage de plus c’est vieux, mieux c’est ne fonc­tionne pas. Les ver­sions de 1950, pour ce titre, sur­passent large­ment celles des années 40.

Milonguero viejo 1957 — Hora­cio Sal­gán y su Orques­ta Típi­ca.

Entrée directe sans intro­duc­tion au piano. Les vari­a­tions imprévis­i­bles, ren­dent le titre indans­able.

Face 2 — 01 Milonguero viejo 1958 — Argenti­no Galván.

La ver­sion la plus courte. Elle fait par­tie du disque de Argenti­no Galván que je vous ai présen­té en deux fois et dont j’ai promis une étude de la pochette, un jour…

Milonguero viejo 1959-04-06 Orques­ta Osval­do Frese­do.

Vous étiez prévenu, même si Frese­do a enreg­istré deux fois, Milonguero viejo, aucune de ses ver­sions ne soulèvera d’enthousiasme. Pour un titre qui le cite, il aurait pu s’ap­pli­quer et enreg­istr­er avec Ray ou Ruiz, une belle ver­sion.

Milonguero viejo 1983 c — Alber­to Di Paulo.

Entrée direct dans le thème, sans l’introduction de piano. En revanche, le tem­po est lent, comme les derniers enreg­istrements de Di Sar­li. Pour la danse il manque peut êre un peu de tonus et l’orchestre n’est pas assez incisif, les danseurs risquent de s’endormir.

Milonguero viejo 2010 — Las Bor­donas.

Avec un tem­po irréguli­er de près de 150BPM, ne me sem­ble pas très en phase avec les paroles, chan­tées avec une alter­nance de voix de gorge et de tête, un peu comme le fai­sait Corsi­ni. Si les gui­taristes sont Javier Amoret­ti, Nacho Cedrún et Martín Creix­ell et le con­tre­bassiste Popo Gómez, je ne sais pas qui chante, peut-être les gui­taristes.

E Milonguero viejo 2011 — Orques­ta Típi­ca Gente de Tan­go.

Pour cette dernière ver­sion, je vous pro­pose leur par­ti­tion en PDF. Comme vous avez pu l’entendre, c’est un arrange­ment à par­tir de Di Sar­li. Ils ont égale­ment con­servé l’ajout du piano en intro­duc­tion des ver­sions de 1944 et ultérieures de Di Sar­li.

Partition Gente de tango (PDF)

Sondage

Historia de la orquesta típica — Face 2

Argentino Galván et Astor Piazzolla

Je vous avais présen­té les titres de la face 1 du disque d’Argentino Galván avec un petit jeu de recon­nais­sance de titres. Comme vous sem­blez avoir appré­cié, je vais procéder de même pour la face 2. Pré­parez vos oreilles pour iden­ti­fi­er les 11 titres de la face 2.

Présentation du disque

Je ne recom­mence pas la présen­ta­tion du disque que vous pour­rez trou­ver à par­tir de la présen­ta­tion de la face 1. Je rap­pelle juste que c’est un disque réal­isé par Argenti­no Galván qui présente l’histoire de la orques­ta típi­ca en 34 extraits sonores enreg­istrés pour l’occasion par Galván. Un seul titre fait excep­tion, il est enreg­istré par Astor Piaz­zol­la, lui-même.

La musique de la face 2, le jeu !

Je vous pro­pose le même jeu que pour la face 1. Cliquez sur une musique et essayez d’en décou­vrir le titre. Vous pou­vez véri­fi­er en cli­quant sur la flèche située en dessous.

Les 11 musiques de la face 2 et les répons­es.

Face 2 — 01 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Milonguero viejo (Di Sar­li — Car­reta Sote­lo)


Face 2 — 02 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Pre­gonera (De Ange­lis — Rotu­lo)


Face 2 — 03 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Tal vez será mi alco­hol (Demare — Manzi)


Atten­tion pour le titre suiv­ant, il y a trois tan­gos enchaînés

Face 2 — 04 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Recuer­do (Pugiese — Moreno) — adiós Bar­di (Pugliese) — La yum­ba (Pugliese). Trois com­po­si­tions de Pugliese.


Atten­tion pour le titre suiv­ant, il y a deux tan­gos enchaînés

Face 2 — 05 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de A los ami­gos (Pon­tier) — La vi lle­gar (Franci­ni — Centeya).

La logique de cet assem­blage de deux titres est qu’ils sont écrits par les deux directeurs de l’orchestre qui porte leurs noms asso­ciés, Franci­ni-Pon­tier. On notera que sur le disque il est indiqué Fran­chi­ni au lieu de Franci­ni. On ne compte plus les erreurs de ce type sur les dis­ques, mais on est tout de même loin des approx­i­ma­tions de YouTube et Spo­ti­fy qui sou­vent dis­ent n’importe quoi. Mau­vais titre, mau­vais auteur, men­tion du chanteur et pas de l’orchestre alors que c’est un tan­go de danse. Quand je pense que cer­tains DJ utilisent ces out­ils pour leur musique, j’en trem­ble.


Face 2 — 06 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Orlan­do Goñi (Gob­bi)


Face 2 — 07 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Tres y dos (Troi­lo)


Face 2 — 08 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Rosi­cler (Bas­so – Gar­cía Jiménez)


Face 2 — 09 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de A fuego lento (Sal­gán)


Face 2 — 10 (Astor Piaz­zol­la)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Astor Piaz­zol­la…?

Il s’agis­sait de Tan­go del ángel (Piaz­zol­la). Con­traire­ment aux autres enreg­istrements des deux faces de ce disque, il s’agit ici d’un Piaz­zol­la par Piaz­zol­la.


Face 2 — 11 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de El día de tu ausen­cia (Galván, Vidal­ta).

Pour ce dernier titre et clore le disque, Gal­van a décidé de présen­ter une de ses com­po­si­tions. Ain­si, il clôt le par­cours ini­tié avec Don Juan, sur la pre­mière plage de la face 1.

Voilà, le second jeu est terminé

Je sais que vous avez été aus­si bril­lants que pour la pre­mière face, alors Bra­vo !
 Voici la pho­to de l’arrière de la pochette avec les titres des deux faces et le texte de présen­ta­tion.

L’arrière de la pochette du disque.
Les deux faces du disque LP (33 tours).

À demain pour une autre anec­dote, je pense que vous serez sur­pris…

Nous retrou­verons ce disque prochaine­ment, mais seule­ment pour présen­ter les sites et notions qui sont évo­qués dans l’illustration de la pochette réal­isée par Gen­eroni.

His­to­ria de la orques­ta típi­ca. Illus­tra­tion de Gen­eroni. Mon­tage entre la cou­ver­ture du disque et la cou­ver­ture du livret.

Entre copa y copa 1942-04-23 — Orquesta Ángel D’Agostino con Ángel Vargas

Ángel D’Agostino et Alfre­do Attadía Letra Héc­tor Mar­có

Les deux anges, Ángel D’Agostino et Ángel Var­gas nous offrent cette milon­ga qui chante la vie d’un milonguero. C’était le 23 avril 1942, il y a exacte­ment 82 années que le com­pos­i­teur de la musique nous fait danser cette milon­ga avec la voix mag­ique de son com­plice, Var­gas.

Extrait musical

Cou­ver­ture de la par­ti­tion de Entre copa y copa.

Les ban­donéons et les vio­lons en pizzi­cati enta­ment l’ouverture en motifs descen­dants. La syn­cope de la milon­ga s’installe, en alter­nance avec de cour­tes paus­es. Cer­taines sont très mar­quées comme à 0 h 29 ou 0 h 43. C’est un devoir pour le danseur que de les prévoir pour immo­bilis­er la danse et ain­si être en har­monie avec le jeu pro­posé par l’orchestre. Notre chance est que l’enregistrement a figé ces pièges et que les danseurs con­nais­sant la musique peu­vent mieux se pré­par­er aux blagues des musi­ciens.
À 50 sec­on­des Var­gas com­mence à chanter. Il chante le pre­mier cou­plet et le refrain. À 1 h 29, l’orchestre reprend de façon plus lisse et ensuite avec l’alternance de pas­sages syn­copés et de cour­tes paus­es. À 1 : 58 il reprend le refrain. Il ne chante pas le dernier cou­plet. L’orchestre ter­mine les 10 dernières sec­on­des par un dou­ble accord per­cus­sif.
Amis danseurs, écoutez bien cette milon­ga. Elle n’est peut-être pas la plus facile à danser, mais elle vous fait plein de propo­si­tions pour jouer. C’est le moment de se lâch­er sans per­dre le fil de la musique.
Pour une fois, ce sera le seul enreg­istrement, car per­son­ne d’autre n’a enreg­istré cette milon­ga.

Paroles

Yo soy milonguero viejo
de los del tiem­po del jopo,
bailarín de taco regio
dulzón para los piro­pos…
Yo soy milonguero viejo
entrador como cuchil­lo,
de aque­l­los que sacan bril­lo
al pis­ar en un salón…

Enreda­do entre las notas
de una milon­ga queri­da
así me paso la vida
bai­lan­do entre copa y copa.
Y has­ta el fuego de tu boca
chi­na, ¡col­or de car­bón!…
Más me que­ma si te sien­to
corazón a corazón…


Yo soy milonguero viejo
de los del tiem­po del jopo,
entrador pa’ dar con­se­jos
pero que me den… muy pocos…
Nací pa’ gas­tar charoles
y entre cortes y fig­uras,
voy tejien­do mis amores,
al com­pás de un ban­doneón.

Ángel D’Agostino et Alfre­do Attadía Letra Héc­tor Mar­có

Traduction libre et indications

 Je suis un vieux milonguero de l’époque du jopo (sorte de port de cheveux à la mode au début du 20e siè­cle et remis au goût du jour à divers­es épo­ques, dont les années 50 avec le rock’n’roll…), un danseur avec un ver­biage doux et somptueux pour com­pli­menter (piro­pos, com­pli­ments appuyés pour séduire les femmes)…
Je suis un vieux milonguero tran­chant comme un couteau, un de ceux qui bril­lent en marchant dans un salon…

Je m’enroule dans les notes d’une milon­ga bien-aimée, c’est ain­si que je passe ma vie à danser entre deux ver­res.
Et même le feu de ta bouche, ma chérie, couleur du char­bon !… Ça me brûle encore plus si je te sens cœur à cœur…

Je suis un vieux milonguero de l’époque du jopo, sym­pa­thique pour prodiguer des con­seils, mais pour qu’on m’en donne… très peu…
Je suis né pour porter des souliers ver­nis et entre cortes et fig­ures (coupés, nom d’une fig­ure de tan­go), je vais, tis­sant mes amours, au rythme d’un ban­donéon.

À propos de l’illustration

J’ai exploré plusieurs pistes. Les coupes de cham­pagne avec des danseurs en fond, des danseurs sans cham­pagne et finale­ment, j’ai mélangé les deux en prenant comme inspi­ra­tion le dernier cou­plet. Celui qui n’est pas chan­té par Var­gas. Dans celui-ci, il indique « De verre en verre, je vais, tis­sant la toile de mes amours, au rythme d’un ban­donéon ».

J’ai pen­sé aus­si à représen­ter un danseur bil­lant avec les spec­ta­teurs impres­sion­nés. Le danseur est noir, ce qui n’est pas si sou­vent représen­té dans le domaine du tan­go, mal­gré ce que procla­ment cer­tains que le tan­go est d’origine noire. De mon­tr­erai un jour que c’est en très grande par­tie faux, mais aujourd’hui, je me con­tente de planter la graine et je vous laisse danser cette belle milon­ga en espérant que vous gag­nerez une coupe. Pas une coupe de cheveux avec jopo, mais une coupe de cham­pagne argentin, cou­tume que les milon­gas portègnes ont importées de Paris. Ils ont importé la cou­tume et le nom, mais pas le vrai cham­pagne…