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Alma de bohemio 1943-07-15 — Orquesta Pedro Laurenz con Alberto Podestá

Roberto Firpo Letra: Juan Andrés Caruso

La con­nex­ion du monde du tan­go avec le théâtre, puis le ciné­ma a tou­jours été naturelle. Le tan­go du jour, Alma de bohemio est un par­fait exem­ple de ce phénomène. Il a été créé pour le théâtre et a été repris à au moins deux repris­es par le ciné­ma. Devenu le morceau de choix de notre chanteur du jour, il réson­nera ensuite sur les grandes scènes où Alber­to Podestá l’offrait à son pub­lic. Je suis sûr que cer­tains ver­sions vont vous éton­ner, et pas qu’un peu…

Extrait musical

Alma de bohemio. Rober­to Fir­po Letra:Juan Andrés Caru­so. Par­ti­tion et à droite réédi­tion de 1966 de notre tan­go du jour sur un disque 33 tours.

À gauche, la par­ti­tion dédi­cacée à l’acteur Flo­ren­cio Par­ravici­ni qui jouait la pièce dont Alma de bohemio était le titre final. L’œuvre a été étren­née en 1914 au Teatro Argenti­no de Buenos Aires. On notera que la cou­ver­ture de la par­ti­tion porte la men­tion Tan­go de concier­to. Les auteurs ont donc conçu ce tan­go comme une pièce à écouter, ce qui est logique, vu son usage. On notera que ce même tan­go a été réu­til­isé au ciné­ma à au moins deux repris­es, en 1933 et en 1944, nous en par­lerons plus bas.
À droite, la réédi­tion en disque microsil­lon de 1966 de notre tan­go du jour. Alma de bohemio est le pre­mier titre de la face A et a don­né son nom à l’album.

Alma de bohemio 1943-07-15 — Orques­ta Pedro Lau­renz con Alber­to Podestá.

Paroles

Pere­gri­no y soñador,
can­tar
quiero mi fan­tasía
y la loca poesía
que hay en mi corazón,
y lleno de amor y de ale­gría,
vol­caré mi can­ción.

Siem­pre sen­tí
la dulce ilusión,
de estar vivien­do
mi pasión.

Si es que vivo lo que sueño,
yo sueño todo lo que can­to,
por eso mi encan­to
es el amor.
Mi pobre alma de bohemio
quiere acari­ciar
y como una flor
per­fumar.

Y en mis noches de dolor,
a hablar
me voy con las estrel­las
y las cosas más bel­las,
despier­to he de soñar,
porque le con­fío a ellas
toda mi sed de amar.

Siem­pre sen­tí
la dulce ilusión,
de estar vivien­do
mi pasión.

Yo bus­co en los ojos celestes
y rene­gri­das cabelleras,
pasiones sin­ceras,
dulce emo­ción.
Y en mi triste vida errante
llena de ilusión,
quiero dar todo
mi corazón.

Rober­to Fir­po Letra: Juan Andrés Caru­so

Traduction libre

Pèlerin et rêveur, je veux chanter ma fan­taisie et la folle poésie qui est dans mon cœur, et plein d’amour et de joie, je déverserai ma chan­son.
J’ai tou­jours ressen­ti la douce sen­sa­tion de vivre ma pas­sion.
Si je vis ce dont je rêve, je rêve tout ce que je chante, c’est pourquoi mon charme c’est l’amour.
Ma pau­vre âme de bohème veut caress­er et par­fumer comme une fleur.
Et dans mes nuits de douleur, je vais par­ler avec les étoiles et les choses les plus belles, il faut rêver éveil­lé, car je leur con­fie toute ma soif d’amour.
J’ai tou­jours ressen­ti la douce sen­sa­tion de vivre ma pas­sion.
Je recherche dans les yeux bleus (couleur du ciel et du dra­peau argentin) et les chevelures noir obscur des pas­sions sincères, une douce émo­tion.
Et dans ma triste vie errante et pleine d’illusions, je veux don­ner tout mon cœur.

Autres versions

Alma de bohemio 1914 — Orques­ta Argenti­na Rober­to Fir­po.

Le tan­go, tel qu’il était joué dans la pièce orig­i­nale, par Fir­po, c’est-à-dire sans parole. Ces dernières n’ont été écrites par Caru­so qu’une dizaine d’années plus tard.

Alma de bohemio 1925-12-16 — Orques­ta Julio De Caro.

Là où il y a de la recherche d’originalité, De Caro s’y intéresse.

Alma de bohemio 1925 — Igna­cio Corsi­ni.

La plus anci­enne ver­sion chan­tée avec les paroles de Caru­so. Il est assez logique que Corsi­ni soit le pre­mier à l’avoir chan­té, car il était à la fois proche de Fir­po avec qui il a enreg­istré Patotero sen­ti­men­tal en 1922 et de Caru­so dont il a enreg­istré de nom­breux titres. Il était donc à la croisée des chemins pour enreg­istr­er le pre­mier.

Séance d’enregistrement d’Ignacio Corsi­ni (debout) avec, de gauche à droite, ses gui­taristes Rosendo Pesoa, Enrique Maciel et Arman­do Pagés. La pho­to date prob­a­ble­ment des années 30, elle est donc moins anci­enne que l’enregistrement présen­té.
Alma de bohemio 1927-04-26 — Orques­ta Osval­do Frese­do.

Une belle ver­sion instru­men­tale, rel­a­tive­ment éton­nante pour l’époque.

Alma de bohemio 1927-05-05 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro.

Une ver­sion typ­ique de Canaro. On ver­ra qu’il l’enregistrera à d’autres repris­es.

Alma de bohemio 1927-07-26 — Orques­ta Rober­to Fir­po.

Treize ans plus tard, Rober­to Fir­po redonne vie à son titre, tou­jours de façon instru­men­tale.

Alma de bohemio 1929-05-18 — Orques­ta Típi­ca Vic­tor.

Deux ans plus tard, la Típi­ca Vic­tor, dirigée par Adol­fo Cara­bel­li donne sa pro­pre ver­sion égale­ment instru­men­tale.

Alma de bohemio 1929-09-19 — Ada Fal­cón con acomp. de Fran­cis­co Canaro.

Ada Fal­cón avec sa voix d’une grande pureté en donne une ver­sion mag­nifique accom­pa­g­née par son cher Canaro. On notera les notes tenues, un temps impres­sion­nant, plus que ce qu’en avait don­né Corsi­ni. Dis­ons que Fal­cón lancera la course à la note tenue le plus longtemps pos­si­ble.

Le suc­cès de Corsi­ni avec les paroles de Caru­so va per­me­t­tre au titre de retourn­er dans le spec­ta­cle avec le pre­mier film par­lant argentin, Tan­go réal­isé par Luis Moglia Barth et sor­ti en 1933.

1933 Tan­go – Alma de Bohemio par Alber­to Gómez dans le film de Luis Moglia Barth, Tan­go sor­ti le 27 avril 1933.

Alber­to Gómez suiv­ra donc égale­ment les traces de Fal­cón avec de belles notes tenues.

Alma de bohemio 1930-09-05 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro.

Fran­cis­co Canaro reste sur la voie du tan­go de concier­to avec une ver­sion très éton­nante et qui fait l’impasse sur les notes très longue­ment tenues. Je pense qu’il faut associ­er cette inter­pré­ta­tion aux recherch­es de Canaro en direc­tion du tan­go fan­ta­sia ou sym­phonique. Pour moi, il n’est pas ques­tion de pro­pos­er cela à des danseurs, mais je trou­ve cette œuvre cap­ti­vante et je suis con­tent de vous la faire décou­vrir (enfin, à ceux qui ne con­nais­saient pas).

Alma de bohemio 1935-01-23 — Trío Ciri­a­co Ortiz.

Le Trío Ciri­a­co Ortiz offre lui aus­si une ver­sion très sophis­tiquée et sur­prenante de l’œuvre. C’est bien sûr plus léger que ce qu’a fait Canaro cinq ans plus tôt, mais c’est un trio, pas une grosse machine comme celle de Canaro.

Alma de bohemio 1939-03-24 — Orques­ta Rodol­fo Bia­gi con Teó­fi­lo Ibáñez.

On peut au moins apporter au crédit de Bia­gi qu’il a essayé de faire la pre­mière ver­sion de danse. Cette ver­sion est à l’opposé de tout ce qu’on a enten­du. Le rythme soutenu et martelé est presque car­i­cat­ur­al. J’ai du mal à con­sid­ér­er cela comme joli et même si c’est éventuelle­ment dans­able, ce n’est pas la ver­sion que je passerais en milon­ga.

Alma de bohemio 1943-07-15 — Orques­ta Pedro Lau­renz con Alber­to Podestá. C’est notre tan­go du jour.

Avec cette ver­sion mise au point par Pedro Lau­renz, un immense chef d’orchestre ayant trop peu enreg­istré à mon goût, on a une bonne syn­thèse d’une ver­sion pour la danse et à écouter. Alber­to Podestá gagne claire­ment le con­cours de la note tenue la plus longue. Il sur­passe Fal­cón, Gómez et en 1949, Castil­lo ne fera pas mieux…

Alma de bohemio 1946-11-13 — Orques­ta Franci­ni-Pon­tier con Alber­to Podestá.

Alber­to Podestá s’attaque à son record de la note tenue la plus longue et je crois qu’il l’a bat­tu avec cette ver­sion. Cela con­stitue une alter­na­tive avec la ver­sion de Lau­renz.

Alma de bohemio 1947-04-02 — Orques­ta Ricar­do Tan­turi con Osval­do Ribó.

Alma de bohemio 1947-04-02 — Orques­ta Ricar­do Tan­turi con Osval­do Ribó. Avec cet enreg­istrement, Osval­do Ribó prou­ve qu’il ne manque pas d’air, lui non plus…

Alma de bohemio 1947-05-21 — Rober­to Fir­po y su Nue­vo Cuar­te­to.

Tiens, une ver­sion instru­men­tale. Fir­po ten­terait-il de tem­pér­er les ardeurs des chanteurs gon­flés ?

Alma de bohemio 1947-06-10 — Orques­ta Ángel D’Agostino con Tino Gar­cía.

La ten­ta­tive de Fir­po ne sem­ble pas avoir réus­si, Tino Gar­cía explose les comp­teurs avec cette ver­sion servie par le tem­po mod­éré de D’Agostino.

Voici Alber­to Castil­lo, pour la sec­onde ver­sion ciné­matographique de Alma de Bohemio, dans un film qui porte le nom de ce tan­go.

Alber­to Castil­lo chante Alma de bohemio (dans la sec­onde par­tie de cet extrait, à par­tir de 3 min­utes) dans le film réal­isé par Julio Saraceni (1949)

Alber­to Castil­lo chante Alma de bohemio (dans la sec­onde par­tie de cet extrait) dans le film réal­isé par Julio Saraceni à par­tir d’un scé­nario de Rodol­fo Sci­ammarel­la et Car­los A. Petit. Le film est sor­ti le 24 août 1949. L’orchestre est dirigé par Eduar­do Rovi­ra ou Ángel Con­der­curi… L’enregistrement a été réal­isé le 6 mai 1949.
Castil­lo ne dépasse pas Podestá dans le con­cours de la note tenue la plus longue, mais il se débrouille bien dans cet exer­ci­ce.

Fidel Pin­tos (à gauche) et Alber­to Castil­lo dans le film de Julio Saraceni Alma de bohemio (1949).
Alma de bohemio 1951-07-17 — Juan Cam­bareri y su Cuar­te­to Típi­co con Alber­to Casares.

Alber­to Casares fait dur­er de façon mod­érée les notes, l’originalité prin­ci­pale de cette ver­sion est l’orchestration déli­rante de Cam­bareri, avec ses traits vir­tu­os­es et d’autres élé­ments qui don­nent le sourire, à l’écoute, pour la danse, cela reste à prou­ver… Sig­nalons qu’une ver­sion avec le chanteur Hec­tor Berar­di cir­cule. Berar­di a en effet rem­placé Casares à par­tir de 1955, mais cette ver­sion est un faux. C’est celle de Casares dont on a sup­primé les pre­mières notes de l’introduction. Les édi­teurs ne recu­lent devant aucune manœu­vre pour ven­dre deux fois la même chose…

Alma de bohemio 1958-12-10 — Orques­ta Osval­do Pugliese.

Une ver­sion bien dif­férente et qui mar­que la maîtrise créa­tive de Pugliese. Sou­venons-nous tout de même que d’autres orchestres, y com­pris Canaro s’étaient ori­en­tés vers des ver­sions sophis­tiquées.

Alma de bohemio 1958 — Argenti­no Galván.

La ver­sion la plus courte (37 sec­on­des), extraite du disque de Argenti­no Galván que je vous ai déjà présen­té His­to­ria de la orques­ta tipi­ca.

Alma de bohemio 1959-04-29 — Quin­te­to Pir­in­cho dir. Fran­cis­co Canaro.

À la tête de son Quin­te­to Pir­in­cho, Fran­cis­co Canaro, donne une nou­velle ver­sion de l’œuvre. Rien qu’avec ses ver­sions on croise une grande diver­sité d’interprétations. De la ver­sion de 1927, canyengue, l’émouvante ver­sion avec Ada Fal­cón, celle de 1930, éton­nam­ment mod­erne et finale­ment celle-ci, légère et rel­a­tive­ment dansante. Il y a du choix chez Mon­sieur Canaro.

Alma de bohemio 1965-12-10 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Nel­ly Vázquez.

Nel­ly Vázquez prou­ve que les femmes ont aus­si du cof­fre. L’orchestre d’Aníbal Troi­lo est ici au ser­vice de la chanteuse, il ne pro­pose pas une ver­sion révo­lu­tion­naire qui aurait nuit à l’écoute de Nel­ly Vázquez. Cette inté­gra­tion fait que c’est une ver­sion superbe, à écouter les yeux fer­més.

Alma de bohemio 1967 — Astor Piaz­zol­la y su Orques­ta.

Piaz­zol­la pro­pose sans doute la ver­sion la plus éton­nante. Le chœur de voix féminines sera sans doute une sur­prise pour beau­coup. L’atmosphère inquiète avec les grands coups de cordes tran­chants, moins, car ils font par­tie du vocab­u­laire usuel d’Astor. Le thème orig­i­nal est trans­fig­uré, la plu­part du temps dif­fi­cile à retrou­ver, mais ce n’est pas un prob­lème, car il n’a servi que de pré­texte à Piaz­zol­la pour illu­min­er les nou­velles voies qu’il ouvrait dans le tan­go.

Il y a bien d’autres enreg­istrements, mais aucun ne me sem­blait pour­voir lut­ter con­tre cette ver­sion de Piaz­zol­la, aucun, peut-être pas, et je vous pro­pose de revenir à notre con­cours de la note tenue la plus longue et je pense que c’est un chanteur d’Opéra, un des plus grands chanteurs d’opéra du vingtième siè­cle, Plá­ci­do Domin­go qui nous l’offre. Écoutez comme, tran­quille­ment, il explose tous les comp­teurs avec une facil­ité appar­ente incroy­able.

Alma de bohemio 1981 — Plá­ci­do Domin­go — dir. y arr. Rober­to Pansera.

Impres­sion­nant, non ?

Vous en rede­man­dez, alors, je vous pro­pose une ver­sion un peu plus tar­dive (1987) où, en plus, il joue l’accompagnement au piano. Il défini­tive­ment meilleur chanteur que pianiste, mais quel artiste.

Alma de Bohemio 1987 — Plá­ci­do Domin­go (piano) — Avery Fish­er Hall (New York)

À demain, les amis !

Historia de la orquesta típica – Face 1

Argentino Galván

Il y a quelques jours, je vous avais par­lé de ce disque dont la pochette, réal­isée par Gen­eroni présen­tait dif­férents sites se référant à l’histoire du tan­go. Aujourd’hui, je vais vous présen­ter les 23 enreg­istrements de la face 1. Je vous pro­pose un jeu. Les titres sont masqués et vous devrez les iden­ti­fi­er. Bien sûr, il y a les répons­es…

Il y a 23 titres, ou plutôt extraits de titres, car le pro­jet de Argenti­no Galván était de présen­ter dans l’espace lim­ité d’un disque 33 tours, autant de facette de l’orchestre típi­ca (instru­men­tal) que pos­si­ble.
Nous revien­drons sur la face 2 plus tard et sur les lieux de tan­go évo­qués par l’illustration dans un troisième temps.

Présentation du disque

Il s’agit d’un disque LP, 33 tours. LP sig­ni­fie Long Play, longue durée, mais cette men­tion est un peu men­songère, car il n’y a guère qu’une ving­taine de min­utes par face, ce qui est loin des pos­si­bil­ités max­i­males de cette tech­nolo­gie. Le disque, bien que réal­isé en 1960 est mono.
La pochette com­porte en cou­ver­ture une superbe illus­tra­tion de Gen­eroni.

À gauche la pochette et à droite, le livret de 16 pages à la cou­ver­ture pel­liculée (bril­lante). Le cadrage entre les deux images est légère­ment dif­férent.

À l’intérieur, il y a bien sûr le disque, mais aus­si un beau livret de 16 pages écrit par Luis Adol­fo Sier­ra que vous con­nais­sez peut-être, car il est l’auteur de l’ouvrage… His­to­ria de la Orques­ta Tipi­ca — Evolu­cion Instru­men­tal del Tan­go.

La sec­onde édi­tion du livre date de 1966. La sec­onde édi­tion du disque est de sep­tem­bre 1966.
Une des pages du livret (intro­duc­tion et pre­mier texte).

Le principe du disque est de retrac­er l’histoire des orchestres de tan­go à par­tir d’extraits de titres joués à la manière de…
Le directeur d’orchestre est Argenti­no Galván (sauf pour un titre de la face 2 qui est par Piaz­zol­la). Les solistes de l’orchestre sont Julio Ahu­ma­da (ban­donéon) et Jaime Gos­sis (piano).
Les enreg­istrements ne sont pas datés. Cer­tains reg­istres indiquent 1958 pour la sor­tie du disque, mais la sig­na­ture de Gen­eroni date de 1966. Le livre de Sier­ra étant de 1966 pour la pre­mière et la sec­onde édi­tion. Il se peut que le pre­mier disque soit de 1958 et que par la suite, il se décide d’écrire un ouvrage plus impor­tant et que le disque que je présente ici soit réédité à cette occa­sion. Je pense égale­ment que les enreg­istrements sont des années 50 à cause du mono. EN 1966, le disque aurait été stéréo et prob­a­ble­ment aus­si en 1958.

La musique de la face 1, le jeu !

Il vous fau­dra patien­ter pour la face 2, il y a 23 titres sur la face 1 et ça me sem­ble suff­isant pour une anec­dote du jour 😉
Vous remar­querez que l’orchestre ne joue les titres que quelques sec­on­des. Cela va de 17 sec­on­des à un peu plus de 3 min­utes.
Je vous pro­pose un jeu. Cliquez sur la musique et essayez de décou­vrir le titre. Vous pou­vez véri­fi­er en cli­quant sur la flèche située en dessous.

Face 1 — 01 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Don Juan (Ponzio et Podes­ta)


Face 1 — 02 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de El Porteñi­to (Vil­lo­do – Pesce – Poli­to)


Face 1 — 03 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de La cachipor­ra (Ron­cal­lo)


Face 1 — 04 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de El entr­erri­ano (Men­dizábal)


Face 1 — 05 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Unión cívi­ca (San­ta Cruz)


Face 1 — 06 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de El moro­chi­to (Gre­co)


Face 1 — 07 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Un copetin (Maglio “Pacho” – Fer­nán­dez Per­rusi­ni)


Face 1 — 08 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Alma de bohemio (Fir­po – Caru­so)


Face 1 — 09 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de El chamuyo (F. Canaro)


Face 1 — 10 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Ret­intin (Aro­las)


Face 1 — 11 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de El once (O. Frese­do – E. Frese­do). Qui porte le n°11…


Atten­tion pour le titre suiv­ant, il y a trois tan­gos enchaînés.

Face 1 — 12 (Orques­ta Argenti­no Galván)

Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Guardia vie­ja (De Caro – Gran­dis) – Sueño azul (De Caro – Gomi­la) – Orgul­lo criol­lo (De Caro – Díaz)


Face 1 — 13 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Piba boba (Maf­fia – Staffolani)


Face 1 — 14 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Ben­di­ción (Scor­tic­cati)


Face 1 — 15 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Nun­ca más (F. Lomu­to – O. Lomu­to)


Face 1 — 16 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Desen­gaños (Ortiz – Meaños)


Face 1 — 17 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Tigre viejo (Grupil­lo)


Face 1 — 18 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Mal de amores (Lau­renz – Bayardo)


Face 1 — 19 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Vida mía (O. y E. Frese­do)


Face 1 — 20 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de La cumpar­si­ta (Rodriguez – Maroni – Con­tur­si)


Face 1 — 21 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de Criol­la lin­da (Gor­resse – Ger­mi­no – Rubis­tein)


Face 1 — 22 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de “C. T. V.” (Bar­di)


Face 1 — 23 (Orques­ta Argenti­no Galván)
Avez-vous trou­vé le titre de cette musique jouée par Argenti­no Gal­van…?

Il s’agis­sait de  Se llam­a­ba Eduar­do Aro­las (D’Agostino – Cadicamo)

Voilà, le petit jeu d’aujourd’hui est terminé

Je suis sûr que vous avez été bril­lants et ce que vous n’avez pas trou­vé était introu­vable…
Voici la pho­to de l’arrière de la pochette avec tous les titres de la face 1. La face 2 est cachée pour notre prochain jeu…

L’arrière de la pochette du disque. J’ai masqué les titres de la face 2. Afin de vous garder la sur­prise pour la prochaine fois…

Demain, pas de jeu, une anec­dote sur une ou deux musiques. Je n’ai pas encore décidé…

His­to­ria de la orques­ta típi­ca. Illus­tra­tion de Gen­eroni. Mon­tage entre la cou­ver­ture du disque et la cou­ver­ture du livret.

Pensez à rechercher les lieux et thèmes représen­tés sur cette image. Nous en repar­lerons prochaine­ment.

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Fuegos artificiales 1941-02-26 (Tango) — Orquesta Juan D’Arienzo

Rober­to Fir­po ; Eduar­do Aro­las

Le tan­go d’aujourd’hui a été enreg­istré par Juan D’Arienzo, le 26 févri­er 1941, il y a exacte­ment 83 ans. Los fue­gos arti­fi­ciales sont les feux d’artifice. Nous ver­rons dans cet arti­cle qu’on peut les voir réelle­ment dans la musique.

Ceux qui con­nais­sent un peu l’Argentine savent qu’ils sont fans d’expériences pyrotech­niques. Cepen­dant, con­traire­ment à la France, ce ne sont pas les com­munes qui les pro­posent, ce sont les Argentins eux-mêmes qui rivalisent avec leurs voisins pour pro­pos­er le plus beau spec­ta­cle. Rober­to Fir­po et Eduar­do Aro­las se sont donc inspirés de ces feux d’artifice pour pro­pos­er un tan­go descrip­tif où se voient et s’entendent les fusées.

Roberto Firpo

Rober­to Fir­po, un des auteurs de cette musique, a sou­vent com­posé des tan­gos imagés, c’est-à-dire où la musique cherche à imiter des sons de la vie réelle. On con­naît, par exem­ple :
El amanecer (l’aube) avec ses oiseaux qui accueil­lent le soleil ; El bur­ri­to (l’âne) un pasodoble où on entend quelques facéties d’un âne ; El rápi­do (tan­go) imi­ta­tion du train avec dans cer­taines ver­sions des annonces du type (sec­ond ser­vice du restau­rant). Bia­gi et Piaz­zol­la par exem­ple, reprend ce thème de façon plus musi­cale, pour la danse dans le cas de Bia­gi et pour l’écoute en ce qui con­cerne Piaz­zol­la, mais dans tous les cas on recon­naît bien le train ; La car­ca­ja­da le rire.

Fue­gos arti­fi­ciales est donc dans cette lignée et il n’est pas dif­fi­cile d’imaginer la tra­jec­toire des cohetes (fusées) en écoutant les dif­férentes ver­sions de cette œuvre.

Rober­to Fir­po a com­posé énor­mé­ment. Il n’est pas un chef d’orchestre de pre­mier plan, mais tous les danseurs de tan­go ont dan­sé, par­fois sans le savoir, bon nom­bre de ses créa­tions inter­prétées par d’autres orchestres.
En plus d’El amanecer, on pour­rait citer, Alma de bohemio dont il existe des dizaines de ver­sions, dont celle très excep­tion­nelle de Pedro Lau­renz chan­tée par Alber­to Podestá qui tient la note pen­dant une durée incroy­able, Argañaraz (Aque­l­las far­ras), Didi, El apronte ou Viviani.

Extrait musical

Fue­gos arti­fi­ciales 1941-02-26 — Orques­ta Juan D’Arienzo.mp3. C’est le pre­mier enreg­istrement de ce thème par D’Arienzo et celui qui fait l’objet de cet arti­cle.

Les paroles… la musique en images

Comme il s’agit d’un tan­go instru­men­tal et que per­son­ne n’a eu l’idée d’y met­tre des paroles. Je vous pro­pose de voir les fusées du feu d’artifice dans la musique.
En effet, pour tra­vailler la musique, les logi­ciels spé­cial­isés pro­posent dif­férents out­ils. Un que j’aime bien est la représen­ta­tion de la fréquence spec­trale.
Le principe est sim­ple. Plus un son est grave et plus il est représen­té en bas du spec­tro­gramme. Mais ici, ce n’est pas la tech­nique qui nous intéresse, mais ce qu’on peut voir avec cet out­il. Nous allons voir trois ver­sions. Celle de Fir­po (le com­pos­i­teur) en 1927, puis en 1928 et enfin celle qui fait l’objet de la com­po­si­tion du jour, celle de D’Arienzo de 1941.

Spec­tro­gramme de la ver­sion de 1927 de Fir­po. Observez les lignes obliques qui indiquent, de gauche à droite, une descente chro­ma­tique, une remon­tée chro­ma­tique (on dirait un V, vis­i­ble dans la pre­mière moitié) puis une descente vers le spec­tre grave vibrée dans la sec­onde moitié. Ce sont les fusées du feu d’artifice qui mon­tent et descen­dent.
Fue­gos arti­fi­ciales 1927-11-04 — Orques­ta Rober­to Fir­po. La par­tie cor­re­spon­dant à l’image ci-dessus se trou­ve entre 1 h 28 et 1 h 36.
Ver­sion de 1928 de Fir­po. Elle est sen­si­ble­ment dif­férente de celle de 1927. La mon­tée chro­ma­tique est effec­tuée par tout l’orchestre et la descente par les seuls vio­lons. Le motif en V de la ver­sion de 1927 a dis­paru, cer­tains élé­ments de la descente chro­ma­tique qui précé­dait se retrou­vent désor­mais dans la mon­tée, beau­coup plus puis­sante et par con­séquent presque invis­i­bles.
Fue­gos arti­fi­ciales 1928-05-28 — Orques­ta Rober­to Fir­po. La par­tie cor­re­spon­dant à l’image ci-dessus se trou­ve entre 1 h 25 et 1 h 35. C’est la même que dans la ver­sion 1927.
La même par­tie de la musique, mais d’un aspect totale­ment dif­férent. Les mon­tées et descentes se font en escalier. Les glis­san­dos de vio­lons ont dis­paru.
Fue­gos arti­fi­ciales 1941-02-26 — Orques­ta Juan D’Arienzo. Dans le même pas­sage (1 : 29, à 1 : 36) les glis­san­dos des vio­lons ont dis­paru. Les notes en marche d’escalier sont typ­iques de D’Arienzo.
Tout l’orchestre et notam­ment les ban­donéons et le piano mon­tent chro­ma­tique­ment par sac­cades, puis le piano en solo entame une descente chro­ma­tique qu’il enchaîne avec une remon­tée, accom­pa­g­né par l’orchestre.

Le motif est donc très dif­férent de celui de Fir­po et ne sug­gère que loin­taine­ment le feu d’artifice.

Pour le retrou­ver, il faut choisir un autre pas­sage.

Ici, c’est le début de la ver­sion de D’Arienzo, dans une par­tie dif­férente. À gauche, une mon­tée chro­ma­tique sac­cadée au piano, suivi d’un silence (zone som­bre au milieu). Ce silence accueille des coups fer­mes du ban­donéon, puis enfin, une nou­velle mon­tée chro­ma­tique, cette fois en glis­san­do par les vio­lons. C’est une évo­ca­tion de la mon­tée des fusées.

Mais là, on est loin de la descrip­tion des ver­sions de Fir­po. Même la mon­tée chro­ma­tique des cordes est courte et peu expres­sive, comme si D’Arienzo voulait faire oubli­er qu’il s’agissait d’un feu d’artifice. En effet, il en fait une pièce instru­men­tale, beau­coup moins imagée.
Cepen­dant, D’Arienzo n’a pas hésité à faire quelques tan­gos imagés, comme El Hipo où Echagüe a le hoquet (hipo), accom­pa­g­né par de courts glis­san­dos de vio­lon, mais ce n’est pas le meilleur de sa pro­duc­tion…

En obser­vant les spec­tro­grammes, on peut tir­er des idées sur la façon dont le musi­cien organ­ise sa musique et sa com­po­si­tion.

Les enregistrements de Fuegos artificiales

Par Juan D’Arienzo

D’Arienzo a enreg­istré à deux repris­es ce titre. . C’est la ver­sion pro­posée d’aujourd’hui.

Fue­gos arti­fi­ciales 1941-02-26 — Orques­ta Juan D’Arienzo.
Fue­gos arti­fi­ciales 1946 — Orques­ta Juan D’Arienzo. Une ver­sion plus rare. La prise de son un peu brouil­lonne rend la danse moins intéres­sante. Cette ver­sion ne man­quera donc pas en milon­ga.

On trou­ve deux ou trois autres enreg­istrements sou­vent attribués à d’Arienzo, mais ils ont été réal­isés après la mort de celui-ci. Ce sont les mêmes musi­ciens qui ont repris les thèmes sous la direc­tion du bandéon­iste arrangeur de D’Arienzo, Car­los Laz­zari. On peut donc presque con­sid­ér­er que c’est du D’Arienzo tardif. Le plus ancien est de 1977, un autre a été enreg­istré au Japon, mais est qua­si­ment iden­tique à celui de 1987 que je pro­pose ici :

Fue­gos Arti­fi­ciales 1987 — Los Solis­tas de D’Arienzo dir. Car­los Laz­zari.

Par d’autres orchestres

Fue­gos arti­fi­ciales 1927-11-04 — Orques­ta Rober­to Fir­po. C’est le plus ancien enreg­istrement, par l’auteur de la par­ti­tion. Une ver­sion bien canyengue, mais très expres­sive et descrip­tive. On aimerait sans doute un peu plus de vitesse pour ren­dre le spec­ta­cle plus dynamique. Nous en avons par­lé ci-dessus.
Fue­gos arti­fi­ciales 1928-05-28 — Orques­ta Rober­to Fir­po. Fir­po s’est ren­du compte qu’il pou­vait accélér­er son titre. Elle a égale­ment été présen­tée visuelle­ment ci-dessus.
Fue­gos arti­fi­ciales 1945-05-29 — Orques­ta Aníbal Troi­lo. Comme dans la ver­sion de 1941 de DArien­zo, la par­tie descrip­tive est atténuée. Con­traire­ment à D’Arienzo, la musique est plus coulée, sans les sac­cades et on a un peu l’impression de voir les explo­sions de lumière au loin, les instru­ments se mêlant comme se mêlent les étoiles d’un feu d’artifice. C’est une très belle ver­sion alter­nant les moments de ten­sion et ceux de relâche­ment, mais avec un enchaîne­ment, sans rup­ture. La musique est plus coulée. Pour la danse, cela peut man­quer un peu de clarté pour des danseurs qui ne maîtrisent pas les sub­til­ités de Troi­lo, mais ils pour­ront se rac­crocher à la mar­ca­tion la plu­part du temps bien présente.

En 1952, Troi­lo enreg­istr­era une autre ver­sion bien plus spec­tac­u­laire et évo­quant les prémices du tan­go nue­vo.

Fue­gos arti­fi­ciales 1952 — Orques­ta Aníbal Troi­lo. Ver­sion plus spec­tac­u­laire que celle de 1945, annonçant les futurs suc­cès de Troi­lo vers le tan­go dit nue­vo.

On pour­rait mul­ti­pli­er les exem­ples, mais main­tenant vous saurez être atten­tifs aux élé­ments de feu d’artifice, par exem­ple chez Dona­to, Varela ou De Ange­lis qui en ont tiré égale­ment des ver­sions intéres­santes.

Feux d’artifice et pau­vreté, mis­ère et arti­fices.