Archives mensuelles : octobre 2025

Les trottoirs de Buenos Aires sont couverts de dalles (baldosas) qui ne sont pas toujours bien ajustées. Lorsqu’il pleut, le malheureux qui pose le pied sur l’une d’elles se retrouvera trempé par un jet d’éclaboussures. Notre milonga du jour évoque ce phénomène qui n’empêche pas les milongueros de braver la pluie pour aller danser.

Baldosa floja 1967-10-31 — Orquesta Florindo Sassone con Oscar Macri

Florindo Sassone; Julio Boccazzi Letra: Dante Gilardoni

Les trot­toirs de Buenos Aires sont cou­verts de dalles (bal­dosas) qui ne sont pas tou­jours bien ajustées. Lorsqu’il pleut, le mal­heureux qui pose le pied sur l’une d’elles se retrou­vera trem­pé par un jet d’éclaboussures. Notre milon­ga du jour évoque ce phénomène qui n’empêche pas les milongueros de braver la pluie pour aller danser.

Je dédi­cace cette anec­dote à l’ami Chris­t­ian, qui sait si bien par­ler des sur­pris­es des trot­toirs de Buenos Aires.

Extrait musical

Baldosa floja 1967-10-31 - Orquesta Florindo Sassone con Oscar Macri. La version du jour n’est pas la plus connue que vous retrouverez à la suite, mais elle est intéressante, car d’un caractère un peu différent de ce qu’on entend habituellement et qu’elle est enregistrée par l’auteur de la musique, Florindo Sassone.
On notera tout de suite le caractère marqué du candombe qui est atténué, voire inexistant dans les autres versions. La voix originale de Macri manque par moment d’un peu de mordant pour la milonga, mais, dans l’ensemble, il me semble que cette version voulue par le compositeur devrait être plus connue.
Par­ti­tion de Bal­dosa flo­ja de Florindo Sas­sone; Julio Boc­cazzi Letra: Dante Gilar­doni.
Bal­dosa flo­ja 1967-10-31 — Orques­ta Florindo Sas­sone con Oscar Macri.

La ver­sion du jour n’est pas la plus con­nue que vous retrou­verez à la suite, mais elle est intéres­sante, car d’un car­ac­tère un peu dif­férent de ce qu’on entend habituelle­ment et qu’elle est enreg­istrée par l’auteur de la musique, Florindo Sas­sone.
On notera tout de suite le car­ac­tère mar­qué du can­dombe qui est atténué, voire inex­is­tant dans les autres ver­sions. La voix orig­i­nale de Macri manque par moment d’un peu de mor­dant pour la milon­ga, mais, dans l’ensemble, il me sem­ble que cette ver­sion voulue par le com­pos­i­teur devrait être plus con­nue.

Paroles

Yo lle­vo el baile en la san­gre
y cump­lo con mi des­ti­no,
mi vida está en la milon­ga
y he de seguir por ese camino.
No soy con­stante en amores
por eso tan solo estoy,
mi car­ta me la he juga­do
y si he per­di­do, pago y me voy.

Rebelde soy para el lazo
ni sus cade­nas me echó el amor,
yo soy gor­rión via­jero
y el mun­do entero fue mi ambi­ción.
Igual que bal­dosa flo­ja
salpi­co si alguien me pone el pie,
no sé… quer­er,
mi amor… se fue,
yo iré… bai­lan­do
mien­tras las tabas
me den con que…

Si a veces algu­na pena
me lle­ga a mojar los ojos
y sur­gen des­de el olvi­do
aque­l­los labios siem­pre tan rojos,
me afir­mo el cham­ber­go claro
y agar­ro p’al cabaré,
mi vida es una milon­ga
y sé que bai­lan­do yo moriré.

Igual que bal­dosa flo­ja
salpi­co si alguien me pone el pie.
Florindo Sas­sone; Julio Boc­cazzi Letra: Dante Gilar­doni

Traduction libre

J’ai la danse dans mon sang et j’ac­com­plis mon des­tin,
Ma vie est dans la milon­ga et je dois con­tin­uer sur cette voie.
Je ne suis pas tou­jours amoureux, c’est pour ça que je suis si seul, J’ai joué ma carte et si j’ai per­du, je paie et je pars.
Je suis un rebelle con­tre le lien et l’amour ne m’a pas enchaîné,
Je suis un moineau voyageur et le monde entier était mon ambi­tion.
Comme une dalle bran­lante, j’éclabousse si quelqu’un me met le pied dessus, (La bal­dosa est la dalle, le car­relage qui cou­vre les trot­toirs de Buenos Aires. Cer­taines sont mal fixées et quand il a plu, lorsqu’on marche dessus, elles pro­jet­tent l’eau qui est en dessous et inonde le mal­adroit).
Je ne sais pas… aimer, mon amour… elle est par­tie, j’i­rai… Danser tant que les jambes me don­nent ce que…
Si par­fois quelque peine me mouille les yeux et que sur­gis­sent de l’oubli ces lèvres tou­jours si rouges,
J’ajuste mon cham­ber­go (cha­peau de gau­cho) clair et je prends pour le cabaret,
ma vie est une milon­ga et je sais qu’en dansant, je mour­rai.
Comme une dalle bran­lante, j’é­clabousse si quelqu’un me met le pied dessus.

Autres versions

Bal­dosa flo­ja 1957-11-14 — Argenti­no Ledes­ma y su orques­ta Dir. Jorge Drag­one.

C’est le plus ancien enreg­istrement du titre en ma pos­ses­sion. Si la mer­veilleuse voix de ténor de Ledes­ma n’est pas for­cé­ment la plus adap­tée à l’interprétation de ce titre, l’orchestre a des arrange­ments qui valent l’écoute.

Bal­dosa flo­ja 1958-07-03 — Juan D’Arien­zo con Jorge Valdez y Mario Bus­tos.

Cette ver­sion est une des plus célèbres, sans doute à cause du beau duo entre Valdez et Bus­tos. À mon goût, cette ver­sion n’est pas for­cé­ment plus géniale à danser que les autres. On l’entend cepen­dant régulière­ment, c’est qu’elle doit con­venir.

Bal­dosa flo­ja 1960-11-28 — Orques­ta Osval­do Pugliese con Alfre­do Belusi y Jorge Maciel.

Le début lancé par le piano de Pugliese est très orig­i­nal. C’est sans doute la ver­sion avec l’orchestration la plus aboutie. Le duo est assez joli et si le résul­tat d’ensemble est superbe, les change­ments de rythmes et les sur­pris­es peu­vent ren­dre la tâche des danseurs com­pliquée. Comme DJ j’hésiterais avant de pass­er ce titre, mais il faut savoir pren­dre des risques…

Bal­dosa flo­ja 1965 — Orques­ta Reliquias Porteñas.

Cet orchestre pro­pose une ver­sion instru­men­tale avec une bonne ryth­mique. La flûte et le vibra­phone rem­pla­cent les voix, ce qui donne une ver­sion fraîche et orig­i­nale qui pour­rait plaire aux danseurs curieux.

Bal­dosa flo­ja 1967-10-31 — Orques­ta Florindo Sas­sone con Oscar Macri.

C’est notre ver­sion du jour et, comme vous pou­vez main­tenant le con­stater, elle est assez dif­férente des autres ver­sions.

Bal­dosa flo­ja 1980 — Luciano Leo­ca­ta C Rober­to Chalean.

La réver­béra­tion est à mon sens très gênante et invalide sans doute cet enreg­istrement, sauf peut-être pour les nos­tal­giques de l’acoustique de Sun­der­land.

Bal­dosa flo­ja 1983 — Rodol­fo Lemos — Dir Pas­tor Cores.

Si on tient compte que cette milon­ga n’est pas une des plus évi­dentes à danser, cette ver­sion n’est pas désagréable et on peut se laiss­er ten­ter.

Bal­dosa flo­ja 1997 — La Chi­cana Con Dolores Sola.

Une ver­sion légère où la flûte le dis­pute à la voix de Dolores Sola.

Bal­dosa flo­ja 2003 — Los Man­cifes­ta C Car­los Teje­da y Raúl O. Verón.

Los Man­cifes­ta pro­posent générale­ment des ver­sions énergiques, ce qui est le cas ici. Peut-être que l’interprétation est un peu rapi­de, mais c’est bien d’avoir de la var­iété pour répon­dre aux dif­férentes con­di­tions de la milon­ga.

Bal­dosa Flo­ja 2005-10 — Orques­ta Matos Rodríguez con Ricar­do Oliv­era y Daniel Cortéz.

Il sera sans doute dif­fi­cile de ven­dre cette ver­sion comme milon­ga dans­able. Con­tentons-nous de la con­sid­ér­er comme une curiosité.

Bal­dosa flo­ja 2010 — Ras­ca­cie­los C Black Rodriguez Mendez y Héc­tor Limon Gar­cia.

Cette ver­sion n’atteint peut-être pas les som­mets des derniers étages, mais elle est sym­pa­thique. Cette ver­sion fait par­tie de leurs titres dans­ables, ce qui est moins le cas d’autres titres, notam­ment ceux qu’ils ont écrits et qui sont des­tinés à l’écoute ou à un autre type de tan­go.

Bal­dosa flo­ja 2014 — La Tru­ca (San Luis, Argenti­na) Voix: Fer­nan­da Rivero / Gui­tares: Emil­iano Rivero y Alcides Alcón / Per­cus­sions: Nahuel Rivero / Con­tre­basse: Toni Funes

Bal­dosa flo­ja 2017 — Los Tan­turi con Rubén Peloni. Encore une facette de l’ami Rubén.

Histoires de Baldosas

Ceux qui sont habitués à voir des trot­toirs rel­a­tive­ment uni­formes ont peut-être été sur­pris de voir qu’à Buenos Aires, les trot­toirs sont dif­férents lorsque l’on passe d’une façade à une autre.

En effet, à Buenos Aires (CABA), la con­struc­tion, l’en­tre­tien et la répa­ra­tion des trot­toirs incombent en pre­mier lieu au pro­prié­taire de l’immeuble qui est en face de cette par­tie de voirie, con­for­mé­ment à la loi 5902.

Cepen­dant, si les dom­mages sont causés par des travaux de réseaux (élec­tric­ité, gaz, eau) ou par des racines d’ar­bres, la respon­s­abil­ité en incombe à la munic­i­pal­ité (GCBA).

Ces deux phras­es expliquent à peu près ce qui se passe.

Cer­tains soignent les abor­ds de leur lieu avec de belles dalles et d’autres, plus nég­li­gents, lais­sent le trot­toir à l’abandon ou le « répar­ent » avec les moyens du bord.

D’autres, vic­times de travaux à répéti­tion, se lassent de réclamer au 147 (numéro de télé­phone dédié) la remise en état de leur pré­cieux trot­toir. Il faut dire que ces « remis­es en état » sont sou­vent nég­ligées et c’est une des prin­ci­pales caus­es de dalle bran­lante, bal­dosa flo­ja.

Principe de la dalle branlante (baldosa floja). Lorsque le pied appuie sur une dalle qui n'a pas de support, celle-ci oscille. Si la cavité est remplie d'eau, une gerbe en sort et asperge le malchanceux.
Principe de la dalle bran­lante (bal­dosa flo­ja). Lorsque le pied appuie sur une dalle qui n’a pas de sup­port, celle-ci oscille. Si la cav­ité est rem­plie d’eau, une gerbe en sort et asperge le malchanceux.

Limite entre deux immeubles

Env­i­ron tous les 10 m, il y a un nou­v­el immeu­ble et, donc, un nou­veau trot­toir. Même si deux pro­prié­taires ont choisi le même motif pour les dalles, ces dernières ne seront pas for­cé­ment alignées et la jonc­tion entre les deux par­celles est générale­ment bien mar­quée.

Exemple de jonctions entre immeubles. De gauche à droite et de bas en haut pour chaque image : (1) Grandes dalles rectangulaires et béton brut. On notera une partie endommagée à la suite de l’adjonction de plaques du service des eaux (AYSA) (2) Dalle à petits carrés et grandes dalles qui pourraient bien être branlantes, là encore par la faute de l’AYSA (3) Dalles à petits carrés et décor rayonnant. L’intervention du service des eaux qui a sans doute cassé les plaques rouges originales a causé le remplacement par des dalles de même type, mais grises (4) Ici, les deux propriétaires ont choisi les mêmes dalles avec petits carrés, mais celles-ci ne sont pas alignées et l’un des propriétaires a décidé de les peindre en noir, comme sa façade. Celle du voisin est aussi noire, mais il n’a pas peint son trottoir.
Exem­ple de jonc­tions entre immeubles. De gauche à droite et de bas en haut pour chaque image : (1) Grandes dalles rec­tan­gu­laires et béton brut. On notera une par­tie endom­magée à la suite de l’adjonction de plaques du ser­vice des eaux (AYSA) (2) Dalle à petits car­rés et grandes dalles qui pour­raient bien être bran­lantes, là encore par la faute de l’AYSA (3) Dalles à petits car­rés et décor ray­on­nant. L’intervention du ser­vice des eaux qui a sans doute cassé les plaques rouges orig­i­nales a causé le rem­place­ment par des dalles de même type, mais gris­es (4) Ici, les deux pro­prié­taires ont choisi les mêmes dalles avec petits car­rés, mais celles-ci ne sont pas alignées et l’un des pro­prié­taires a décidé de les pein­dre en noir, comme sa façade. Celle du voisin est aus­si noire, mais il n’a pas peint son trot­toir.
Quelques exemples de dalles (x4). Ici, les modèles « fleur de lys », Adoqui circular et Octogonal. Le modèle le plus courant est celui à petits carrés.
Quelques exem­ples de dalles (x4). Ici, les mod­èles « fleur de lys », Ado­qui cir­cu­lar et Octog­o­nal. Le mod­èle le plus courant est celui à petits car­rés.
Deux cas particuliers. Les dalles peintes devant le musée Quinquela Martin à la Boca et un nouveau type d'aménagement que la ville met en place dans certains quartiers (microcentre et avenues). Le trottoir se retrouve nettement élargi. À certains endroits, c’est pour y placer des arbres à d’autres pour sécuriser les arrêts de bus ou les poubelles qui occupent souvent une des voies de circulation, ce qui peut être une surprise pour un conducteur inattentif. Ces aménagements ne relèvent plus des riverains.
Deux cas par­ti­c­uliers. Les dalles peintes devant le musée Quin­quela Martín à la Boca et un nou­veau type d’amé­nage­ment que la ville met en place dans cer­tains quartiers (micro­cen­tre et avenues). Le trot­toir se retrou­ve net­te­ment élar­gi. À cer­tains endroits, c’est pour y plac­er des arbres à d’autres pour sécuris­er les arrêts de bus ou les poubelles qui occu­pent sou­vent une des voies de cir­cu­la­tion, ce qui peut être une sur­prise pour un con­duc­teur inat­ten­tif. Ces amé­nage­ments ne relèvent plus des riverains.
Les pièges peuvent aussi être pour les piétons. Ici, pour aménager les angles de rues, on demande aux piétons de s'engager sur une avenue, protégé par des blocs de plastique ou un simple rubalise tendu entre des plots. À droite, le résultat avec un autre piège pour ceux qui ont un chariot, une poussette ou un fauteuil roulant. Le passage zébré mène au trottoir haut. Pour profiter du bateau plus bas, il faut aller dans l’angle, très près de l’avenue et donc sortir du passage protégé.
Les pièges peu­vent aus­si être pour les pié­tons. Ici, pour amé­nag­er les angles de rues, on demande aux pié­tons de s’en­gager sur une avenue, pro­tégé par des blocs de plas­tique ou un sim­ple rubalise ten­du entre des plots. À droite, le résul­tat avec un autre piège pour ceux qui ont un char­i­ot, une pous­sette ou un fau­teuil roulant. Le pas­sage zébré mène au trot­toir haut. Pour prof­iter du bateau plus bas, il faut aller dans l’angle, très près de l’avenue et donc sor­tir du pas­sage pro­tégé.

Voilà, les amis. J’espère que cette bal­dosa flo­ja vous aura intéressés et qu’elle ne vous fera pas trébuch­er en la dansant.

Les surnoms dans le tango

Les surnoms dans le tango

Les Argentins raf­fo­lent des surnoms (apo­dos). On en trou­ve des dizaines dans les titres de tan­gos, el aristócra­ta, el cachafaz, el tar­ta, cabeza de indio, el rana, Shusheta, el porteñi­to, el tai­ta, el gav­ilán, pinela, el desco­lao, el entr­erri­ano… mais ici, je vous pro­pose de retrou­ver des surnoms de musi­ciens et chanteurs de tan­go.

Petite liste de surnoms

Il est par­fois dif­fi­cile de dis­tinguer le surnom don­né par les col­lègues et amis et les pseu­do­nymes ou nom d’artiste choisi délibéré­ment par celui qui le porte. J’ai lim­ité cette petite liste aux surnoms, même si, pour cer­tains, je ne peux pas garan­tir que le por­teur ne soit pas à l’origine de la dif­fu­sion du surnom.

Notez égale­ment que j’ai indiqué le pseu­do­nyme usuel pour référence et pas le nom réel que, de toute façon les artistes n’utilisaient pas tou­jours.

  • Adol­fo Pérez : Pocho­lo
  • Adri­ana Varela : La gata
  • Agustín Bar­di : Mas­coti­ta
  • Alber­to Gómez : Nico / El cabezón / El pin­go de Lomas
  • Alber­to Mari­no : La voz de oro del tan­go
  • Alfre­do De Ange­lis : El col­orado (de Ban­field) / Orques­ta de calecita (la musique de De Ange­lis était beau­coup jouée dans les manèges pour enfants, car elle plai­sait beau­coup aux femmes. Les danseurs venaient y danser pour inviter les nounous et autres femmes attirées par la musique).
  • Alfre­do Gob­bi : El vio­lín román­ti­co del tan­go
  • Ángel Con­der­curi : Del Conde
  • Ángel San­tos Car­reño : Príncipe Cubano
  • Ángel Var­gas : El Ruiseñor de las calles porteñas
  • Aníbal Troi­lo : Pichu­co / El gor­do / El ban­doneón may­or de Buenos Aires
  • Astor Piaz­zol­la : El gato / El gran Astor / El asesino del tan­go
  • Azu­ce­na Maizani : La Ñata Gaucha
  • Bernar­do Mit­nik : Chico Novar­ro 
  • Car­los Demaría : Yo toqué
  • Car­los Di Sar­li : El Tuer­to / El señor del tan­go / Mufa (porte malchance)
  • Car­los Gardel : El zorzal criol­lo / Car­l­i­tos / El Moro­cho del Abas­to / El Mago / El Rey del Tan­go / El Mudo / El Troes­ma (mae­stro) / El Imbat­i­ble de la can­ción / El Inmor­tal / El Invic­to / El Impard­able / El Inigual­able / El Ído­lo máx­i­mo / El Inolvid­able / El Uno / El Más Grande / El can­tor de los tres sig­los / El can­tor de la son­risa eter­na / El Mito viviente / El que cada día can­ta mejor / Don Car­los de Buenos Aires / El Inox­id­able…
  • Car­los Mar­cuc­ci : El pibe de Wilde
  • Cele­do­nio Este­ban Flo­res : El negro Cele
  • Ciri­a­co Ortiz : Ciri­aquito
  • Edmun­do Rivero : El Feo
  • Eduar­do Aro­las : El Tigre del ban­doneón
  • Enrique Maciel : El Negro
  • Enrique Pol­let : El France­si­to
  • Ernesto Ponzio : El Pibe Ernesto
  • Fran­cis­co Bian­co : Pan­cho Cue­va
  • Fran­cis­co Canaro : Pir­in­cho / El Kaiser / Don pan­cho
  • Fran­cis­co Cao Vázquez : Pan­chi­to Cao
  • Fran­cis­co Lomu­to : Pan­cho Lagu­na
  • Gabi­no Ezeiza : Negro Ezeiza
  • Gabriel Clausi : Chu­la
  • Genaro Espósi­to : El Tano Genaro
  • Ger­ar­do Matos Rodríguez : Becho
  • Héc­tor Stam­poni : Chupi­ta
  • Her­ber­to Emil­iano Da Cos­ta : Príncipe Azul
  • Home­ro Aldo Expósi­to : Mimo
  • Igna­cio Corsi­ni : El caballero can­tor
  • José María Con­tur­si : Catun­ga
  • José Ricar­do : El Negro
  • José Ser­vidio : Bal­i­ja
  • José Schu­mach­er : Ingle­si­to
  • Juan Bautista Deam­brog­gio : Bachicha
  • Juan Bautista Gui­do : El Lecher­i­to
  • Juan Cam­bareri : El Mago del Ban­doneón
  • Juan Canaro : Maca­co
  • Juan D’Arien­zo : Gril­li­to / El Rey del Com­pás
  • Juan Maglio : Pacho
  • Juan Poli­to : Manos Bru­jas (Comme Rodol­fo Bia­gi dont il reprend le piano en 1938 dans l’orchestre de D’Arienzo)
  • Julio Sosa : El Varón del Tan­go
  • Leopol­do Thomp­son : El Negro / El Africano
  • Luis Teis­seire : León rojo (Lion rouge)
  • Mer­cedes Simone : La Dama del Tan­go (comme Olga Del­grossi)
  • Nicolás Prim­i­ani : Pin­de­ca 
  • Olga Del­grossi : La Dama del Tan­go (comme Mer­cedes Simone)
  • Oscar Emilio Tirao : Cacho Tirao
  • Osval­do Frese­do : El pibe de la Pater­nal
  • Osval­do Pugliese : Anfim­u­fa (anti malchance par oppo­si­tion à Di Sar­li) / San Pugliese
  • Pedro Maf­fia : El pibe de Flo­res
  • Pru­den­cio Aragon : El Yoni
  • Rafael D’Agostino : Coco 
  • Rafael Iri­arte : El Rati­ta
  • René Cóspi­to : Don Goyo
  • Ricar­do Brig­no­lo : La Nena
  • Ricar­do Tan­turi : El caballero del tan­go
  • Rober­to Goyeneche : El pola­co
  • Rodol­fo Bia­gi : Manos bru­jas
  • Tita Merel­lo : La más rea del tan­go
  • Vicente Gor­rese : Kalisay
  • Vicente Gre­co : Gar­rote

Cette liste est bien incom­plète. Vos sug­ges­tions sont les bien­v­enues…

Je n’ai pas don­né d’explications, je voulais répon­dre rapi­de­ment à la ques­tion d’un élève DJ, mais je ne renonce pas, un jour, à don­ner les expli­ca­tions des surnoms.

Pour ter­min­er en musique, je vous invite à réé­couter Moste­rio https://dj-byc.com/mosterio-1939–09-11/ où l’on peut enten­dre deux descrip­tions humoris­tiques de chefs d’orchestre de tan­go, descrip­tion qui auraient pu don­ner lieu à des surnoms :

¿Que por qué D’Arienzo es ñato (Pourquoi D’Arienzo a‑t-il un petit nez ? On sait qu’au con­traire, il en avait un imposant)
y Lomu­to del­ga­di­to? (Et lomu­to mai­gre ? Lomu­to était bien en chair, pas vrai­ment mai­gre…)
¡Moste­rio!

Moste­rio 1939-09-11 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro Can­ta Ernesto Famá.
Vous avez sans doute dansé à de nombreuses reprises sur la valse Pequeña, interprétée par Alfredo De Angelis et Carlos Dante. Mais vous ne savez peut-être pas que son compositeur est Osmar Maderna et qu’Homero Expósito un des plus grands poètes du tango, a signé les paroles pour en faire ce chef-d’œuvre. Comme d’habitude, nous verrons d’autres versions, certaines pourraient vous étonner.

Pequeña 1949-10-14 — Alfredo De Angelis con Carlos Dante

Osmar Héctor Maderna Letra: Homero Aldo Expósito (Mimo)

Vous avez sans doute dan­sé à de nom­breuses repris­es sur la valse Pequeña, inter­prétée par Alfre­do De Ange­lis et Car­los Dante. Mais vous ne savez peut-être pas que son com­pos­i­teur est Osmar Mader­na et qu’Homero Expósi­to un des plus grands poètes du tan­go, a signé les paroles pour en faire ce chef‑d’œuvre. Comme d’habitude, nous ver­rons d’autres ver­sions, cer­taines pour­raient vous éton­ner.

Osmar Héctor Maderna

Osmar Mader­na est un com­pos­i­teur et chef d’orchestre qui a peu enreg­istré, notam­ment, car il est mort jeune et de façon idiote. Un acci­dent d’avion, comme Gardel, mais à la suite d’un pari stu­pide. Il a tout de même eu le temps de nous laiss­er quelques chefs d’œuvres, comme la valse Pequeña qui fut sont plus gros suc­cès.

Comme chef d’orchestre et musi­cien, son apport est un peu moins évi­dent. Il est arrivé un peu tard pour faire par­tie de l’âge d’or et il s’est chargé d’un héritage de musique clas­sique qui l’a fait qual­i­fi­er de Chopin du tan­go. Der­rière ce com­pli­ment, se cache sans doute un petit doute sur l’adaptation de sa musique à la danse tan­go. Le résul­tat est que l’on danse très rarement sur ses inter­pré­ta­tions, même celles qui pour­raient l’être dans cer­taines cir­con­stances.

Par­mi ses com­po­si­tions, on pour­rait citer (en gras, celles qu’il a enreg­istrées avec son orchestre) :

  • Amor sin adiós
  • Argenti­na campeón — Avec com­men­taires sportifs, Argen­tine cham­pi­onne de foot­ball.
  • Bar
  • Concier­to en la luna (1946) - Inspi­ra­tion musique clas­sique
  • Cuen­to azul (1943) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte
  • El vue­lo del moscardón (1946) - Inspi­ra­tion musique clas­sique d’après le vol du bour­don de Rim­sky Kor­sakov. Indans­able en tan­go.
  • En tus ojos de cielo (1944) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Berón
  • Escalas en azul (1950) - Inspi­ra­tion musique clas­sique, gammes musi­cales.
  • Fan­tasía en tiem­po de tan­go
  • Jamás retornarás (1942) (un suc­cès par Miguel Caló, coau­teur, et Raúl Berón, mais aus­si par Osval­do Frese­do et Oscar Ser­pa).          
  • La noche que te fuiste (1945) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte, Aníbal Troi­lo et Flo­re­al Ruiz et d’autres.
  • Llu­via de estrel­las (1948) - Inspi­ra­tion musique clas­sique
  • Luna de pla­ta (valse) (1943) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte
  • Me duele el corazón (valse péru­vi­enne) (1944) (un suc­cès par Miguel Caló, Raúl Berón et lesTrovadores del Perú)         
  • Pequeña (valse) C’est notre titre du jour…
  • Qué te impor­ta que te llore (1942) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Berón. Mader­na a écrit les paroles et Caló a signé la musique.
  • Rin­cones de París (1947)
  • Volvió a llover (1947)

Orquesta Símbolo “Osmar Maderna”

Atten­tion à ne pas con­fon­dre l’Orquesta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” avec l’orchestre d’Osmar Mader­na. Cet orchestre a per­pé­tué, sous la baguette de l’ami vio­loniste de Mader­na, Aquiles Rog­gero, l’œuvre nais­sante de Mader­na.

Extrait musical

Partition de Pequeña.d’Osmar Héctor Maderna et Homero Aldo Expósito
Par­ti­tion de Pequeña.d’Osmar Héc­tor Mader­na et Home­ro Aldo Expósi­to
Pequeña 1949-10-14 — Alfre­do De Ange­lis con Car­los Dante.

Paroles

Donde el río se que­da y la luna se va…
donde nadie ha lle­ga­do ni puede lle­gar,
donde jue­gan con­mi­go los ver­sos en flor…
ten­go un nido de plumas y un can­to de amor…
Tú, que tienes los ojos moja­dos de luz
y empa­padas las manos de tan­ta inqui­etud,
con las alas de tu fan­tasía
me has vuel­to a los días
de mi juven­tud…

Pequeña
te digo pequeña
te llamo pequeña
con toda mi voz.
Mi sueño
que tan­to te sueña
te espera, pequeña,
con esta can­ción…
La luna,
¡qué sabe la luna
la dulce for­tu­na
de amar como yo…
Mi sueño
que tan­to te sueña
te espera, pequeña
de mi corazón…

Hace mucho que espero, y hará mucho más…
porque tan­to te quiero que habrás de lle­gar,
no es posi­ble que ten­ga la luna y la flor
y no ten­ga con­mi­go tus besos de amor…
Donde el río se que­da y la luna se va
donde nadie ha lle­ga­do ni puede lle­gar
con las alas de tu fan­tasía…
serás la ale­gría de mi soledad…
Osmar Héc­tor Mader­na Letra: Home­ro Aldo Expósi­to

Traduction libre

Là où la riv­ière reste et où la Lune va…
Là où per­son­ne n’est arrivé ni ne peut, arriv­er,
Où avec moi jouent les vers fleuris… (ver­sos peut sig­ni­fi­er men­songes en lun­far­do)
J’ai un nid de plumes et un chant d’amour…
Toi, qui as les yeux mouil­lés de lumière et les mains trem­pées de tant d’anxiété, avec les ailes de ton imag­i­na­tion, tu m’as ramené aux jours de ma jeunesse…

Petite
Je te le dis, petite, Je t’ap­pelle, petite, de toute ma voix.
Mon rêve, qui t’a tant rêvé t’at­tend, petite, avec cette chan­son…
La lune, que sait la Lune ?
La bonne for­tune d’aimer comme moi !
Mon rêve, qui t’a tant rêvé t’at­tend, petite de mon cœur…

Ça fait longtemps que j’attends, et je ferai bien plus…
Car je t’aime telle­ment que tu devras venir,
Il est impos­si­ble que j’aie la lune et la fleur et que je n’aie pas avec moi tes bais­ers d’amour…
Là où la riv­ière reste et où la Lune va, là où per­son­ne n’est arrivé ni ne peut arriv­er
Avec les ailes de ta fan­taisie…
Tu seras la joie de ma soli­tude…

Autres versions

Pequeña 1949-07-21 — Orques­ta Osmar Mader­na con Héc­tor de Rosas.

La ver­sion de De Ange­lis a masqué cet enreg­istrement par le com­pos­i­teur de cette valse. Cette inter­pré­ta­tion est chargée d’émotion et de déli­catesse. Si elle tourne moins fer­me­ment que celle de De Ange­lis et que donc, elle peut être moins entraî­nante, elle trou­vera tout de même une oppor­tu­nité de faire danser des danseurs curieux et qui ne craig­nent pas les valses lentes.

Pequeña 1949-10-14 — Alfre­do De Ange­lis con Car­los Dante.

C’est notre valse du jour et la référence…

Pequena 1949 - Ana Maria Gonzales.
Je n’ai pas l’en­reg­istrement Colum­bia de Pequeña par Ana Maria Gon­za­lez, cette chanteuse mex­i­caine.
Pequeña 1950-01-26 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Mario Alon­so.

Il est rare de ne pas retrou­ver Canaro pour les titres à suc­cès et s’il a atten­du six mois pour l’enregistrer, Canaro l’a fait. Ce qui sur­prend dans cette ver­sion, c’est qu’elle est plus aiguë et favorise le mode majeur. La ver­sion de 1949 de Mader­na est à dom­i­nante mineure et celle de De Ange­lis, majeure pour la par­tie instru­men­tale est en mineur pour la par­tie chan­tée. Ici,

Pequeña 1952-09-30 — Orques­ta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” dir. Aquiles Rog­gero con Adol­fo Rivas

Le vio­loniste Aquiles Rog­gero était l’ami d’Osmar Mader­na et quand se dernier s’est tué avec l’avion qu’il pilotait. Il a repris l’orchestre et son style. On retrou­ve d’ailleurs la dom­i­nante du mode mineur, mode d’autant plus appro­prié, cet enreg­istrement ayant été réal­isé seule­ment un an et demi après le décès trag­ique (et stu­pide, puisque c’est à l’issue d’un pari), de l’ami et auteur.

Pequeña 1975 — Enrique Dumas.

Une mag­nifique ver­sion chan­tée qui mar­que le début du renou­veau de cette valse, un peu oubliée pen­dant la péri­ode Rock de l’Argentine.

Pequeña 1980 — Atilio Stam­pone.

Après une intro­duc­tion de vio­lon, Stam­pone déroule au piano une ver­sion orig­i­nale et expres­sive. Pas ques­tion de la danser, mais cette ver­sion peut faire rêver à la Pequeña…

Pequeña 1984 — Mer­cedes Sosa.

Une très belle ver­sion par la Negra, Mer­cedes Sosa. Pour les oreilles, pas pour les pieds, bien sûr. On notera qu’Ariel Ramirez avait aus­si enreg­istré Pequeña, en 1976.

Pequeña 1984 — Enrique Dumas chante Pequeña à Vir­ginia Luque à Grandes Val­ores del Tan­go en 1984. Une mer­veille.

Pequeña 1985 — Raúl Lav­ié con la orques­ta de Juan Car­los Cirigliano y coro.

Cette ver­sion n’est pas pour nos chers danseurs, mais plutôt pour un club devant un verre. Lav­ié, se mon­tre par­ti­c­ulière­ment expres­sif, il nous con­fie cette his­toire, prin­ci­pale­ment accom­pa­g­né par le piano jazzy de Juan Car­los Cirigliano. Le rythme de la valse s’est large­ment per­du, mais on se laisse tout de même entraîn­er par la voix chaude de Raúl Lav­ié, jusqu’à la fin du verre et de la rêver­ie. On notera le chœur féminin en fin de titre qui peut laiss­er que cette his­toire d’amour aura une fin heureuse.

Pequeña 2011 — Orques­ta Camini­to. Après une intro­duc­tion par­lée, l’orchestre Camini­to déroule une ver­sion légère qui se laisse écouter.

Pequeña 2013-08 — Orques­ta Típi­ca Sans Souci con Héc­tor De Rosas. De la réver­béra­tion, mais c’est sym­pa de voir le créa­teur de la valse, Héc­tor De Rosas repren­dre son suc­cès 64 ans plus tard…

Pequeña 2013 — Amores Tan­gos.

Une ver­sion fil­i­forme par cet orchestre atyp­ique. L’impression de boîte à musique avec une petite bal­ler­ine qui tourne à son som­met est ren­for­cée par la fin, très par­ti­c­ulière…

Pequeña 2022 — Orques­ta Román­ti­ca Milonguera con Rober­to Minon­di.

Ce bel orchestre pro­pose, ici, une ver­sion peut-être un peu rapi­de, mais servie par l’excellent ténor Rober­to Minon­di. En revanche, cette valse ne tourne peut-être pas assez rond pour être pro­posée aux danseurs exigeants.

Dédicace

Une amie, Rose­lyne D. m’a demandé des infor­ma­tions sur le tan­go et les femmes, mais elle m’a égale­ment envoyé les pho­tos de cartes doc­u­men­taires qu’elle place sur les tables de sa milon­ga. C’est ce qui m’a incité à par­ler de Pequeña.

Exemple de cartes que Roselyne met sur les tables de sa milonga.
Exem­ple de cartes que Rose­lyne met sur les tables de sa milon­ga.

Mer­ci à toi, Rose­lyne.

À bien­tôt, les amis !