Francisco Lomuto Letra: Antonio Botta
¡Si soy así! est un tango de Francisco Lomuto servi par des paroles de Antonio Botta qui dresse un portrait ironique et fanfaron du galán porteño. Vantard et séducteur impénitent, celui-ci se présente comme incapable de résister aux femmes, héritier du mythe de Dom Juan. Ici, c’est la version par Canaro avec Famá, mais je vous proposerai une quinzaine de versions, dont, bien sûr, celle de Lomuto.
Extrait musical

Paroles
Si soy así,
¿qué voy a hacer?
Nací buen mozo
y embalao para querer.
Si soy así
¿qué voy a hacer?
Con las mujeres
no me puedo contener.
Por eso tengo
la esperanza que algún día
me toqués la sinfonía
de que ha muerto tu ilusión.
Si soy así
¿qué voy a hacer?
Es el destino
que me arrastra a serte infiel.Donde veo unas polleras
no me fijo en el color…
Las viuditas, las casadas y solteras
para mí todas son peras
en el árbol del amor.
Y si las miro coqueteando por la calle
con sus ojos tan porteños y su talle cimbreador,
le acomodo el camouflage
de un piropo de mi flor.Si soy así
¿qué voy a hacer?
Pa’ mí la vida
tiene forma de mujer.
Si soy así,
¿qué voy a hacer?
Es Juan Tenorio
que hoy ha vuelto a renacer.
Por eso, nena,
no sufrás por este loco
que no asienta más el coco
y olvidá tu metejón.
Si soy así,
¿qué voy a hacer?
Tengo una esponja
donde el cuore hay que tener.
Francisco Lomuto Letra: Antonio Botta
Traduction libre
Si je suis ainsi, que vais-je faire ? Je suis né bel homme et prêt à aimer.
Si je suis ainsi, que vais-je faire ? Avec les femmes, je ne peux pas me contenir.
C’est pourquoi j’espère qu’un jour tu me joueras la symphonie selon laquelle ton illusion (sentiment amoureux) est morte.
Si je suis ainsi, que vais-je faire ? C’est le destin qui m’amène à t’être infidèle.
Là où je vois des jupes, je ne fais pas attention à la couleur…
Veuves, femmes mariées et célibataires sont pour moi des poires de l’arbre de l’amour.
Et si je les regarde minauder dans la rue avec leurs yeux porteños et leur taille qui se balance, j’arrange le camouflage d’un compliment de ma fleur (excellent).
Si je suis ainsi, que vais-je faire ? Pour moi, la vie a la forme d’une femme.
Si je suis ainsi, que vais-je faire ? C’est Juan Tenorio qui est né aujourd’hui. (Cela mérite une explication que je donne ci-dessous)
Alors, bébé ne souffre pas pour ce fou qui ne calme plus son cerveau et oublie ton amourette.
Si je suis ainsi, que vais-je faire ? J’ai une éponge où devrait être un cœur.
Francisco Lomuto Paroles : Antonio Botta
Le mythe de Don Juan
On connait tous Don Juan, notamment celui de Tirso de Molina (El burlador de Sevilla y convidado de piedra 1630), la pièce de théâtre de Molière (Dom Juan ou le festin de pierre 1665) et bien sûr l’opéra de Wolfgang Amadeus Mozart et Lorenzo da Ponte pour le livret (Don Giovani 1787).
On notera que le thème de Don Juan a également eu de nombreuses inclusions dans le cinéma, voire par exemple, l’excellent site d’Hervé Dumont.
Cependant, peut-être connaissez-vous moins la pièce de théâtre de José Zorrilla (Don Juan Tenorio 1844) ? Son intrigue, la distingue des autres versions par son dénouement, mystique.
Don Juan Tenorio de José Zorrilla
La pièce se décompose en deux parties.
Première partie — Le pari et la conquête
Don Juan et son rival Don Luis se lancent un défi : à savoir que celui qui aura séduit le plus de femmes et tué le plus d’hommes en une année sera déclaré vainqueur. Don Juan l’emporte sans difficulté, mais il ne s’arrête pas là. Il propose un nouveau pari, encore plus téméraire : séduire une novice, Doña Inés, sur le point de prendre le voile, et ravir la fiancée de Don Luis. Il parvient à accomplir ces deux exploits.
Pourtant, en rencontrant Doña Inés, Don Juan fait l’expérience d’un bouleversement inattendu : il tombe véritablement amoureux d’elle pour la première fois de sa vie. Les pères de Don Juan et d’Inés, indignés par ses actes, décident de le rejeter. Dans un accès de rage, Don Juan tue Don Luis et le père d’Inés, puis s’enfuit.
Deuxième partie — La rédemption
Des années plus tard, Don Juan revient sur les lieux et constate que Doña Inés est morte de chagrin. Sa tombe se trouve désormais dans le cimetière de la demeure de Don Juan. Les statues des personnes qu’il a tuées s’animent et viennent le tourmenter. La statue du père d’Inés l’invite à dîner, reprenant ainsi le motif classique du mythe (le commandeur), et lui annonce sa damnation imminente.
Mais l’âme de Doña Inés intervient : son amour pur et son sacrifice intercèdent en faveur de Don Juan auprès de Dieu. Au moment de mourir, Don Juan se repent sincèrement, et les deux amants sont réunis au paradis.
Différence entre le Dom Juan traditionnel et la version de Zorrilla
Contrairement aux versions antérieures de Don Juan où le héros finit damné, Zorrilla introduit l’idée que l’amour et la grâce divine peuvent racheter même le pire des pécheurs. Don Juan devient ainsi un personnage romantique, transformé par un sentiment authentique.
C’est ce Don Juan Tenorio qui est évoqué dans notre tango du jour “Es Juan Tenorio que hoy ha vuelto a renacer”, signifiant que le séducteur légendaire renaît dans les rues de Buenos Aires. On notera toutefois que le Dom Juan du tango ne pense pas vraiment à sa rédemption, seulement à protéger de lui son amoureuse, amoureuse dont il n’est pas sincèrement épris comme Don Juan Tenorio l’était de Doña Inés.
Autres versions
Premier enregistrement par le compositeur. Cette version est sans doute proche de celle qui était donnée au théâtre Smart.
C’est notre tango du jour. Canaro, comme à son habitude saute sur tous les succès pour les enregistrer.
Non seulement Canaro fait un enregistrement pour les danseurs, mais il en réalise aussi pour les auditeurs. Ici avec Ada Falcón.
Un des succès de Gardel, qui colle assez bien à son personnage et que l’on retrouvera 41 ans plus tard, grâce aux progrès de la technologie et à la facétie de De Angelis.
Del Carril propose ici un de ses deux enregistrements du thème, plutôt destiné à l’écoute.
Un thème bien dans le style de Rodriguez. Ici, après le départ (temporaire) de l’orchestre de Moreno, c’est Herrera qui chante le thème). Cette version reste assez convaincante pour les amateurs de Rodriguez, même si d’autres peuvent la trouver un peu précipitée pour la danse.
Charlo le séducteur avec sa belle voix est à l’aide dans cette version à écouter.
Un enregistrement instrumental qui fait perdre l’intérêt des paroles, mais qui est sympathique.
Sans doute pas le D’Arienzo le plus dansable, mais pour les amateurs de Bustos, c’est une belle interprétation à écouter.
Ni sur le disque vinyle, si sur la pochette n’est indiqué le nom de l’orchestre. Seulement la mention « Con orquesta ». Cela dit, cet enregistrement n’est pas des plus enthousiasmants. La version de 1945 me semble bien préférable pour nos oreilles.
J’ai un petit gros doute sur cette version. En effet, j’ai acheté le CD à cause de ce titre, ne connaissant que la version de Herrera. Est-ce vraiment Rodríguez et Moreno, si oui, je serais tenté de dater cela de 1967.

La maison d’édition Magenta a commencé son activé vers 1967 (fondation par Oscar Kirovsky). Le CD reprend différents titres habituels du répertoire d’Odéon, bien que Magenta ne dispose pas des droits, ce qui est une pratique coutumière pour cet éditeur. On se souvient qu’à la mort de Biagi, il a diffusé des disques « inédits » de Biagi avec Hugo Duval, avec un trio qui n’avait rien à voir avec Biagi (le trio Yumba). Voir à ce sujet mon anecdote A Manos Brujas du Trio Yumba.
D’ailleurs, cet enregistrement a été fait avec une formation réduite, probablement un trio. On pourrait imaginer que ce sont les mêmes musiciens que pour le Trio Yumba ou le trio Don Rodolfo ? Je serai assez tenté par cette hypothèse. J’imagine que la nouvelle maison d’édition a essayé de constituer son catalogue avec des « coups » à la limite de la légalité. Là, ce n’est pas la mort de Biagi le déclencheur, mais le départ définitif en Colombie de Moreno. Ont-ils convaincu celui-ci de faire ce petit enregistrement qui manquait au répertoire de Moreno, comme ils l’avaient fait avec Hugo Duval ?
Ont-ils trouvé un chanteur qui pouvait l’imiter ? Le CD est de 2005 et l’indisponibilité du catalogue de Magenta pour la période des vinyles empêche de voir si cette version a été éditée à la fin des années 60.
Je pense que le catalogue de Magenta et ses méthodes semi-pirates nous réserveront quelques surprises si on se met un jour à l’étudier. Bien qu’en ligne, le catalogue de cette maison d’édition ne puisse pas être réellement consulté. S’agit-il d’un bug volontaire ?
On retrouve Gardel dans cette astuce technique qui consiste à effectuer un playback de Gardel sur un orchestre moderne. Les possibilités de l’égalisation permettent d’assourdir les guitares, pour ne garder que la voix de Gardel qui vient se loger par-dessus l’orchestre de De Angelis. Je ne suis pas fan, mais c’est une curiosité que l’on retrouve chez différents orchestres à cette époque, et même bien plus tard, comme par exemple avec Otros Aires.
Une version énergique, que l’on pourrait se prendre à danser.
Une version style musique classique, sans doute un peu trop rapide pour la danse. Mais c’est loin d’être vilain.
Une version instrumentale, explosive pour terminer cette liste musicale avec énergie.
Œuvres de Antonio Botta (1896–1969)
Antonio Botta est né au Brésil, mais a fait l’essentiel de sa carrière d’écrivain, parolier et scénariste à Buenos Aires. Il a travaillé pour le théâtre et le cinéma, devenant même réalisateur.
Notre tango du jour était d’ailleurs à l’origine inclus dans sa pièce de théâtre Descanso dominical, tout comme la marche La canción del deporte. Cette pièce a été créée sur scène au Teatro Smart avec la musique de Francisco Lomuto. D’ailleurs, c’est ce dernier qui a composé la musique de la plus grande partie de ses textes.
Principaux titres de Antonio Botta (parolier)
- Ahora que estamos solos 1942 (Valse) — Musique Francisco Lomuto (paroles avec Ivo Pelay)
- Ay mi nena 1937 (Valse) — Musique Francisco Lomuto
- Callecita de mi novia 1938 (Tango) — Musique Francisco Lomuto
- La canción del deporte 1933 (Marche) — Musique Francisco Lomuto – Fait partie de la pièce Descanso dominical
- Canillita canillita (Tango)
- Cariño (Valse)
- Cofre de mis recuerdos 1942 (Valse) — Musique Francisco Lomuto (paroles avec Ivo Pelay)
- Corazón no llores más 1942 (Tango) — Musique Francisco Lomuto (paroles avec Ivo Pelay)
- Dice una canción 1942 (Tango) — Musique Francisco Lomuto (paroles avec Ivo Pelay)
- Envidia 1936 (Tango)
- Esperanza nuestra (Tango)
- Hay que acomodarse 1935 (Tango)
- La marcha cordial (Marche)
- Mentiras de amor 1932 (Valse) — Musique Francisco Lomuto
- Mimi 1932 (Fox-Trot) — Musique Francisco Lomuto
- No lo eches al olvido 1933 (Tango) — Musique Francisco Lomuto
- No sigas mis pasos 1936 (Tango) — Musique Francisco Lomuto
- Papanata 1932 (Tango) — Musique Francisco Lomuto – Fait partie de la pièce La vuelta de Miss París
- Propina 1934 (Tango) — Musique Francisco Lomuto
- Qué le importa al mundo (Tango)
- Severino 1930 (Tango) où il est associé à la composition et aux paroles au côté de Bassi et López.
- Si soy así 1933 (Tango) — Musique Francisco Lomuto – Fait partie de la pièce Descanso dominical
- Si tú supieras 1932 (Ranchera) — Musique Francisco Lomuto
- Si tú supieras querer 1934 (Fox-Trot) — Musique Francisco Lomuto
- Soñador 1933 (Tango) — Musique Francisco Lomuto
- Velocidad 1935 (Fox-Trot) Musique Héctor Antonio Lomuto (Jeune frère de Francisco qui s’est spécialisé dans le jazz).
- Ya no estás tan sonriente como antes 1934 (Valse) — Musique Francisco Lomuto
Principales pièces de théâtre de Botta
- Falucho (1926)
- Se casa la trotamondos
- ¡Qué lindo es casarse!
- ¡Muerte rea!
- Duraznito de la Virgen
- ¡Qué luna de miel, mamita!
- San Cristóbal Colón y el otro…
- El cañón catalán
- La Parada 33
- Knock-Out (avec Antonio De Bassi)
- Gringo, pero buen sastre
- Veranito de San Juan
- El mercado de Abasto
- ¡A divertirse muchachos!
- ¡Esto es Buenos Aires!
- ¡Sardina que lleva el gato!
- Argentinas en Sevilla
- La patria del tango
- Gramilla brava
- La solterona del barrio
- El vuelo de la cigüeña
- El sinvergüenza Público N°1
- El cantar de los tangos (plusieurs tangos de Botta dans la pièce)
- ¡Qué pena me da el finao!
- Cocktail San Martín
- El sueño del peludo
- La cosa es no trabajar
- La mujer es peligrosa
- ¡Todo por casarme en martes!
- Pabellón N° 4
- ¡No se jubile don Pancho!
- Las andanzas de un ropero
- Fascismo casero
- El vivo vive del zonzo (avec Marcos Bronenberg)
- Good bye obelisco (1938, avec Luis César Amadori)
- Las 7 vacas gordas (vers 1930, avec Américo Botta)
- Gran “Dopping” Electoral (1941)
- La pasarela está de gala (1954)
- El desnudo es una papa (1954)
Principaux films de Antonio Botta
- Puerto Nuevo 1936 (Scénariste)
- El pobre Pérez 1937 (Scénariste)
- Maestro Levita 1938 (Scénariste)
- Bartolo tenía una flauta 1939 (Réalisateur)
- La mujer y el jockey (Hipódromo) 1939 (Scénariste)
- Chimbela 1939 (Scénariste)
- 24 horas en libertad 1939 (Scénariste)
- Palabra de honor 1939 (Scénariste)
- El canillita y la dama 1939 (Scénariste)
- Napoleón 1941 (Scénariste)
- La hora de las sorpresas 1941 (Scénariste)
- Santa Cándida 1945 (Scénariste)
- El Caradura y la millonaria 1971 (posthume) (Scénariste). C’est une reprise de El canillita y la dama

À bientôt, les amis !

