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Il est impossible de ne pas avoir le cœur rongé en croisant ces maisons anciennes affublées d’une pancarte annonçant leur destruction prochaine. Buenos Aires semble ne pas se soucier du passé et, à défaut d’élever son âme, cherche à élever ses murs, même si c’est au prix de la perte de sa personnalité. Comme Ivo Pelay, on ne peut que regretter la perte de ces merveilles à dimension humaine qui s’effacent humblement devant des tours prétentieuses et insensibles.

Casas viejas 1957-01-02 — Orquesta Francisco Canaro con Juan Carlos Rolón

Francisco Canaro et Ivo Pelay

Il est impos­si­ble de ne pas avoir le cœur rongé en croisant ces maisons anci­ennes affublées d’une pan­car­te annonçant leur destruc­tion prochaine. Buenos Aires sem­ble ne pas se souci­er du passé et, à défaut d’élever son âme, cherche à élever ses murs, même si c’est au prix de la perte de sa per­son­nal­ité. Comme Ivo Pelay, on ne peut que regret­ter la perte de ces mer­veilles à dimen­sion humaine qui s’effacent hum­ble­ment devant des tours pré­ten­tieuses et insen­si­bles.

Cette anec­dote étant écrite un 2 jan­vi­er, dans cette péri­ode où les réso­lu­tions de Nou­v­el An n’ont pas encore été aban­don­nées, j’ai choisi une ver­sion moins con­nue et plus récente, enreg­istrée le 2 jan­vi­er 1957. Comme d’habitude, vous trou­verez d’autres ver­sions, notam­ment celles de Canaro(s) dont la plus con­nue, enreg­istrée avec Rober­to Mai­da, 22 ans avant celle du jour, mais aus­si d’autres, plus récentes, et qui peu­vent exprimer la douleur de la perte de toutes ces mer­veilles archi­tec­turales, sac­ri­fiées sur l’autel de la moder­nité.

Extrait musical

Partition de Casas Viejas de Francisco Canaro et Ivo Pelay.
Par­ti­tion de Casas Vie­jas de Fran­cis­co Canaro et Ivo Pelay.
Casas vie­jas 1957-01-02 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Juan Car­los Rolón.

Vous avez sans doute dans l’oreille des enreg­istrements plus anciens de ce thème. Celui-ci est man­i­feste­ment une ver­sion chan­son. En 1957, les vieilles maisons lais­saient la place à de nou­veaux immeubles et les vieux tan­gos lais­saient la place à de nou­velles musiques, comme le rock. Les orchestres se tour­naient donc vers des ver­sions à écouter à la radio, plus que vers des ver­sions de bal.
Il se peut que la voix de Rolón, asso­ciée avec les enreg­istrements de Canaro pen­dant seule­ment trois années (1955 à 1957) vous cha­touille l’oreille, car elle n’a pas eu le temps de creuser un sil­lon aus­si pro­fond que celle de Rober­to Mai­da, qui créa le titre en 1935.
Voyez‑y une mar­que du temps qui passe, les nou­velles voix rem­pla­cent les anci­ennes, tout comme les maisons s’effacent devant les nou­velles con­struc­tions.
Tout comme l’architecture mod­erne sait sus­citer des émo­tions, l’enregistrement de 1957 n’est pas dénué d’intérêt, sauf peut-être pour les danseurs…
Le début est extrême­ment lié dans les quinze pre­mières sec­on­des avant de devenir très mar­qué, ce qui crée un con­traste, comme celui des anci­ennes maisons avec leurs rem­place­ments.
La voix de Rolón s’élance dès 43 sec­on­des, bien plus tôt que dans la ver­sion de Mai­da. Rolón met de l’émotion dans sa voix, et cela est sans doute au détri­ment de la musique qui se can­tonne dans l’accompagnement. Tout du moins jusqu’à la dernière minute où elle prend le dessus avec le ban­donéon de Minot­to Di Cic­co. Rolón, ne revient que pour faire dis­paraître le sou­venir des maisons.
Au sujet de Minot­to, rap­pelons que ce ban­donéon­iste uruguayen, comme Canaro avait deux frères, Ernesto, égale­ment ban­donéon­iste et que nous pou­vons enten­dre dans cet enreg­istrement, de façon plus dis­crète, et Fio­ra­van­ti, pianiste. Celui-ci a eu une car­rière plus sec­ondaire que celle de ses ainés et s’il est inter­venu un temps dans l’orchestre de Minot­to, ce n’est pas le cas dans celui de Canaro, où le pianiste, est Oscar Sabi­no, qui a suc­cédé à Mar­i­ano Mores, lui-même rem­plaçant de Luis Ric­car­di, le com­pagnon de la pre­mière heure de Canaro, encore plus fidèle que les ban­donéon­istes Di Cic­co, qui se sont alternés dans l’orchestre de Canaro.

Paroles

¿Quién vivió,
quién vivió en estas casas de ayer?
¡Vie­jas casas que el tiem­po bron­ceó!
Patios viejos, col­or de humedad,
con leyen­das de noches de amor…
Plati­na­dos de luna los vi
y bril­lantes con oro de sol…
Y hoy, sum­isos, los veo esper­ar
la sen­ten­cia que mar­ca el avión…
Y allá van, sin ren­cor,
cómo va al matadero la res
¡sin que nadie le diga un adiós!

Se van, se van…
Las casas vie­jas queri­das.
demás están…
Han ter­mi­na­do sus vidas.
¡Llegó el motor y su ron­car
orde­na y hay que salir!
El tiem­po cru­el con su buril
car­come y hay que morir…
Se van, se van…
¡Lle­van­do a cues­tas su cruz!
¡Como las som­bras se ale­jan
y esfu­man ante la luz!

El amor…
El amor coro­n­a­do de luz,
esos patios tam­bién cono­ció
Sus pare­des guardaron la fe
y el secre­to sagra­do de dos.
Las cari­cias vivieron aquí…
¡Los sus­piros can­taron pasión!…
¿Dónde fueron los besos de ayer?
¿Dónde están las pal­abras de amor?
¿Dónde están ella y él?
¡Como todo, pasaron, igual que estas casas
que no han de volver!…
Fran­cis­co Canaro Letra: Ivo Pelay

Traduction libre

Qui vivait, qui vivait dans ces maisons d’hi­er ?
De vieilles maisons que le temps a pat­inées (bronzées) !
De vieux patios, couleur d’humidité, avec des légen­des de nuits d’amour…
Je les ai vues argen­tées de lune et bril­lantes d’or du soleil…
Et aujour­d’hui, soumis­es, je les vois atten­dre la sen­tence que prononce l’avion…
Et les voilà par­ties, sans ran­cune, comme le bœuf va à l’a­bat­toir,
sans que per­son­ne ne lui dise au revoir !

Elles par­tent, elles par­tent…
Les vieilles maisons adorées. Elles sont de trop… Elles ter­mi­nent leurs vies.
Le moteur est arrivé, son ron­fle­ment com­mande et il faut par­tir !
Le temps cru­el avec son burin ronge et il faut mourir…
Elles par­tent, elles par­tent…
Por­tant leur croix sur le dos !
Comme les ombres s’éloignent et dis­parais­sent devant la lumière !

L’amour… l’amour couron­né de lumière, il con­nais­sait aus­si ces patios. Ses murs gar­daient la foi et le secret sacré de deux.
Les caress­es vivaient ici…
Les soupirs chan­taient la pas­sion…
Où sont les bais­ers d’hi­er ?
Où sont les mots d’amour ?
Où sont, elle et lui ?
Comme tout le reste, ils sont passés, tout comme ces maisons qui ne revien­dront pas…

Autres versions

Casas vie­jas 1935-08-18 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Rober­to Mai­da.

Bien sûr, j’imagine que c’est la ver­sion que vous attendiez. Celle qui résiste à la pioche des démolis­seurs et qui est encore empreinte des pas lourds du canyengue.
Le titre alterne des pas­sages mar­qués aux pas lourds avec des vagues plus légères des vio­lons, jusqu’à ce qu’à 1:34, Mai­da lance de sa voix chaude les paroles d’Ivo Pelay, et cela pen­dant moins d’une minute et le ban­donéon, comme dans notre tan­go du jour. Cette fois, c’est Ciri­a­co Ortiz qui déroule le motif. On notera que Ernesto Di Cic­co fait égale­ment par­tie de l’orchestre pen­dant cette éclipse de son petit frère, Minot­to qui inter­ve­nait dans le Quin­te­to Don Pan­cho du même Canaro…

Casas vie­jas 1935-08-25 — Char­lo y Ada Fal­cón con acomp. de Fran­cis­co Canaro.

Selon sa cou­tume, Canaro a enreg­istré à quelques jours d’intervalle, une ver­sion à écouter, celle avec Mai­da étant des­tiné à la danse. Le début est très dif­férent. Il s’agit claire­ment du lance­ment d’une chan­son. D’ailleurs, Char­lo inter­vient tout de suite, d’une voix chargée d’émotion. Ada n’intervient qu’à 1:50 en Duo avec Char­lo. On notera d’ailleurs le mon­tage peu esthé­tique réal­isé avec les moyens du bord à l’époque. Faut-il en con­clure que l’orchestre a eu du mal à effectuer la tran­si­tion entre Char­lo et le duo et que l’on s’est résolu à com­bin­er deux pris­es dif­férentes ? Le duo n’est pas désagréable, mais je ne le trou­ve pas aus­si réus­si que d’autres. Les pas­sages les plus intéres­sants me sem­blent être quand la voix d’Ada s’échappe et s’envole, comme à 2:50 dans les dia­logues avec Char­lo.
Est-ce que Canaro était de mon avis ? Ce qui est sûr est qu’il ne renou­vèlera l’expérience de ce duo qu’une fois, le mois suiv­ant, et cette fois en général­isant le procédé du dia­logue. C’était dans “No hay amor para mí, sin tu amor” 1935-09-20, une jolie valse lente, presque à trois voix avec un vio­lon chanteur. On notera que sur le disque il est men­tion­né « Fox-Trot » et que les auteurs sont Canaro et Pelay, les mêmes que pour notre tan­go du jour.

No hay amor para mí, sin tu amor 1935-09-20 — Char­lo y Ada Fal­cón con acomp. de Fran­cis­co Canaro.

Voici un autre enreg­istrement par le duo Ada Fal­cón et Char­lo. Une asso­ci­a­tion, à mon avis, mieux réussie, par le par­ti pris de dia­logue, plus que de duo, les voix ne s’assemblant pas si bien.

Pour ter­min­er d’étudier ce point, voici un dernier exem­ple, Besos de miel, un enreg­istrement antérieur aux deux précé­dents.

Besos de miel 1931-04-22 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Char­lo, Ada Fal­cón y coro.

Ce fox-trot, plus typ­ique que le précé­dent, selon moi, est le troisième exem­ple d’enregistrement de Char­lo et Ada.

Casas vie­jas 1938 — Orques­ta Rafael Canaro con Luis Scalón.

De l’autre côté de l’Atlantique, en France, le tan­go con­tin­ue à sus­citer l’enthousiasme, comme en témoigne cet enreg­istrement du petit frère de Fran­cis­co avec Luis Scalón, orig­i­naire de La Pla­ta, mais qui pas­sa l’essentiel de sa car­rière en France. Le résul­tat n’est pas vilain, mais manque peut-être un peu de bril­lant.

Casas vie­jas 1957-01-02 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Juan Car­los Rolón. C’est notre ver­sion du jour.
Casas vie­jas 1960c — Orques­ta Eliseo March­ese con Agustin Copel­li y Mar­i­on.

Ce duo de chanteurs s’est fait une spé­cial­ité de chanter à la dix­ième (octave plus tierce). Met­tons cette ver­sion au rang des curiosités…

Casas vie­jas 1973 — Orques­ta Apo­lo Cobas com Nino Lar­di.

Une ver­sion chan­tée des­tinée à l’écoute et pas à la danse par le chanteur chilien Nino Lar­di. Cet enreg­istrement est le deux­ième de la face A d’un disque daté de 1973, mais je pense que l’enregistrement est net­te­ment antérieur. Mal­heureuse­ment, les ren­seigne­ments sur Nino Lar­di sont très lacu­naires et seuls les milieux cinéphiles sem­blent en avoir gardé le sou­venir avec notam­ment le film El Ido­lo de 1952. https://www.cclm.cl/cineteca-online/el-idolo/

Nino Lar­di y joue un rôle sec­ondaire… Le réal­isa­teur de ce film est Pierre Chenal, né à Brux­elles, Bel­gique, mais qui a fait sa car­rière en France, avec deux par­en­thès­es, un exode en Argen­tine pour éviter le régime nazi (il était juif), puis un séjour au Chili où il tour­na El Ido­lo à Viña del Mar (Chili).

Casas vie­jas 1979-05-22 — Rober­to Goyeneche con Arman­do Pon­tier y su Orques­ta Típi­ca.

L’orchestre du ban­donéon­iste Arman­do Pon­tier accom­pa­gne avec des sonorités mod­ernes le « Polon­ais », Rober­to Goyeneche. Cette ver­sion par la musique appar­tient à une cer­taine moder­nité. Est-ce que la voix de Goyeneche évoque les vieilles maisons et la musique le monde mod­erne qui les ronge ? Un mélange éton­nant qui fait de cette ver­sion une com­po­si­tion très intéres­sante, pour l’écoute, bien sûr.

Casas vie­jas 1983-07-18 — Nel­ly Omar con la orques­ta de Alber­to Di Paulo.

J’adore Nel­ly Omar et cette ver­sion ne me fera pas chang­er d’avis. On notera le lance­ment théâ­tral du thème, puis la magie de la voix de Nel­ly lance l’évocation des vieilles maisons que s’en vont s’en vont (« se van se van »). Une belle ver­sion pour l’écoute dans une mai­son vieille, ou dans un immeu­ble tout neuf…

Casas Vie­jas 1995 — Omar Romano y Los Del Altil­lo.

Curieuse­ment, le thème sem­ble avoir attiré des orches­tra­tions orig­i­nales. Omar Romano est un chanteur uruguayen (orig­i­naire de Paysandú) et Los Del Altil­lo est un groupe tra­di­tion­nel du même pays. Le résul­tat est une ver­sion « folk­lorique ». Une curiosité, donc.

Casas vie­jas 1996-06-05 — Oscar Agude­lo.

Ce chanteur colom­bi­en a égale­ment inter­prété ce thème. Nous ter­minerons par lui, mais je sens que vous avez l’irrésistible envie de réé­couter la ver­sion la plus célèbre, celle de Fran­cis­co Canaro et Rober­to Mai­da. Je vous laisse donc faire preuve de nos­tal­gie et souhaite que l’an neuf voie se préserv­er de nom­breuses anci­ennes maisons chargées d’histoire, y com­pris dans ma ville folle de Buenos Aires.

Ils ont détruit la maison de Pichuco

Lorsque j’ai pub­lié cette anec­dote est apparu un élé­ment de « trend­ing » rap­pelant l’anecdote que j’avais écrit sur la démo­li­tion de la mai­son de Ani­bal Troi­lo. Je ne sais pas très bien com­ment j’ai activé cette fonc­tion­nal­ité sur le site, mais, pour une fois, cet appel à con­sul­ter un autre arti­cle tombe vrai­ment bien…

Ils ont détru­it la mai­son de Pichu­co !

Ils ont détruit la maison de Pichuco
Ils ont détru­it la mai­son de Pichu­co

El día que me quieras 1930-02-07 — Orquesta Cayetano Puglisi con Roberto Díaz

Raúl Brujis Letra: Ramón C. Acevedo

J’espère que vous me par­don­nerez cette petite facétie. “El día que me quieras” (Le jour où tu m’aimeras) ; vous con­nais­sez tous ce titre pour l’avoir enten­du par Gardel, que ce soit sur disque, ou dans le film du même nom. La ver­sion que je vous pro­pose est bien plus rare et antérieure de cinq ans à celle de Gardel. En fait, j’ai saisi l’occasion de l’anniversaire de l’enregistrement de ce titre, il y a exacte­ment 95 ans, pour évo­quer cet orchestre un peu moins con­nu. Mais ras­surez-vous, vous aurez droit au titre de Gardel et Le Pera, égale­ment, ain­si qu’à d’autres tan­gos du même titre…

Extrait musical

El día que me quieras 1930-02-07 — Orques­ta Cayetano Puglisi con Rober­to Díaz.

L’introduction est plutôt jolie et élé­gante. Le vio­lon de Cayetano Puglisi domine en chan­tant les autres instru­ments plus per­cus­sifs et qui mar­quent le rythme, puis il cède la place à Rober­to Díaz qui chante à son tour un court pas­sage. Comme nous le ver­rons, ce titre est assez dif­férent de celui de Gardel qui est bien plus con­nu. Le thème est cepen­dant le même.
On notera quelques pas­sages agités des ban­donéons de Fed­eri­co Scor­ti­cati et Pas­cual Stor­ti en dou­ble-croche qui font le con­tre­point avec les vio­lons de Cayetano Puglisi et Mauri­cio Mise plus suaves. Pour une musique de 1930, c’est assez bien orchestré. Cayetano Puglisi, cet excel­lent vio­loniste qui a inté­gré les plus fameux orchestres, comme ceux de Fir­po, Canaro D’Arienzo et Maf­fia a égale­ment eu son pro­pre sex­te­to avec lequel il a enreg­istré une quin­zaine de titres en 1929 et 1930. Je n’ai pas cité son frère José, à la con­tre­basse, ni Arman­do Fed­eri­co au piano.
J’aime bien et dans une milon­ga où les danseurs seraient ama­teurs de thèmes un peu vieil­lots, cet enreg­istrement pour­rait inté­gr­er une tan­da.

Paroles de Ramón C. Acevedo

Yo quisiera ten­erte entre mis bra­zos
Y besarte en tu boca sin igual,
Yo quisiera prodi­garte mil abra­zos
Mujer esqui­va de ros­tro angel­i­cal.

Tu son­risa altan­e­ra y orgul­losa
Tu mira­da quisiera doble­gar,
Y que aun, negán­dome besara
Con un beso, sub­lime y sin final.
Raúl Bru­jis L : Ramón C. Aceve­do

Traduction des paroles de Ramón C. Acevedo

J’aimerais te tenir dans mes bras et t’embrasser sur ta bouche sans pareille,
Je voudrais te prodiguer mille abra­zos, femme insai­siss­able au vis­age angélique.

Ton regard souhait­erait faire céder ton sourire hau­tain et fier, et aus­si, même si tu me le niais, m’embrasser, avec un bais­er sub­lime et sans fin.

Autres versions

Il n’y a pas d’autre enreg­istrement de ce titre, alors je vous pro­pose d’écouter quelques enreg­istrements du tan­go de même titre, mais écrit 4 ans plus tard par Car­los Gardel et Alfre­do le Pera pour le film de la Para­mount… El día que me quieras. Nous écouterons aus­si d’autres thèmes ayant le même titre.
Tout d’abord, réé­cou­tons le tan­go du jour, qui est le plus ancien titre…

El día que me quieras 1930-02-07 — Orques­ta Cayetano Puglisi con Rober­to Díaz.

C’est notre tan­go du jour et le seul enreg­istrement de la com­po­si­tion de Raúl Bru­jis.

Version 2, de Víctor Pedro Donato et Miguel Gómez Bao

El día que me quieras 1930-11-05 Orques­ta Ricar­do Luis Brig­no­lo con Luis Díaz.

Quelques mois après, Brig­no­lo enreg­istre un tan­go com­posé par Víc­tor Pedro Dona­to avec des paroles de Miguel Gómez Bao. Ce titre est bien moins mod­erne que notre tan­go du jour. Il ressort encore d’un style canyengue très mar­qué.

Paroles de la version de Víctor Pedro Donato et Miguel Gómez Bao

El boliche del Tur­co no ten­drá ni un cohete,
el piberío del hue­co los hará estal­lar,
la can­ti­na del “Bep­po” abrirá los espich­es
y todo el “Gre­vana­je” en cur­da dormirá.
La far­ra, el capuchi­no tomará el choco­late,
ese día yo ban­co con mi feli­ci­dad
y la orques­ta de Chi­cho, pelandruna y mis­ton­ga
hará un tan­go canyengue con la mar­cha nup­cial.

A tu her­mano el taras­ca com­praremos botines,
al zam­bul­lo una faja de esas pa’ adel­gazar,
y al menor, al checa­to, dos doce­nas de anteo­jos
y una jaula con tram­pa pa’ que vaya a cazar,
a tu vie­ja diez cajas de pastil­las de men­ta,
a tu viejo toscanos para reven­tar,
y el globo lumi­noso que tiene la bot­i­ca
a tu her­mana la tuer­ta como ojo de cristal.

El bañao de la esquina será un lago encan­ta­do
y las ranas can­tantes en la noche un jazz-band,
el buzón de la esquina el Pasaje Baro­lo,
la cancel‘e tu casa, la escala celes­tial.
El día que me quieras, pebe­ta de mi bar­rio,
todi­tas mis ter­nuras pa’vos sólo serán,
aunque llore a escon­di­das mi viejecita san­ta
que al extrañar mis besos ten­drá unas canas más.
Víc­tor Pedro Dona­to et Miguel Gómez Bao

Traduction de la version de Víctor Pedro Donato et Miguel Gómez Bao

Le bazar (les pulpe­rias fai­saient office de bar, vendaient de tout et pour­voy­aient des dis­trac­tions, comme les jeux de boules, ou la danse) du Turc n’au­ra plus de fusées (feux d’artificee, les Argentins sont des fana­tiques des activ­ités pyrotech­niques), les gamins du ter­rain vague les auront fait explos­er,
la can­tine du« Bep­po » (Bep­po est un prénom d’origine ital­i­enne dérivé de Joseph) ouvri­ra les robi­nets (des ton­neaux de vin, bien sûr) et tous les « Gre­vana­je » (je pense qu’il faut rap­procher cela de Gre­bano qui sig­ni­fie idiot, rus­tre), ivres, dormiront.
La fête, le cap­puc­ci­no boira le choco­lat, ce jour-là, je reste avec mon bon­heur et l’orchestre de Chi­cho (je ne l’ai pas iden­ti­fié), paresseux et triste jouera un tan­go canyengue avec la marche nup­tiale.

Pour ton frère, El Taras­ca , nous achèterons les bottes, au gros (zam­bu­lo, à la panse proémi­nente) une de ces cein­tures pour per­dre du poids (la faja est la cein­ture qu’utilisent les gau­chos. Elles sont sou­vent décorées de pièces de mon­naie. Dans le cas présent, il peut s’agir de cein­tures de toiles, égale­ment util­isées par les gau­chos), et au plus jeune, le vérifi­ca­teur, deux douzaines de paires de lunettes et une cage avec un piège pour qu’il puisse aller à la chas­se. À ta vieille (mère), dix boîtes de bon­bons à la men­the, à ton vieux (père) des cig­a­res à éclater (faut-il y voir des cig­a­res de farces et attrapes qui explosent quand on les fume ?), et le globe lumineux qu’a l’apoth­icaire pour ta sœur borgne, comme œil de verre.

Le marécage du coin sera un lac enchan­té et les grenouilles chanteuses de la nuit, un groupe de jazz. La boîte aux let­tres de l’angle sera le pas­sage Baro­lo (plus que pas­sage, on dirait aujourd’hui le Palais, un des hauts bâti­ments lux­ueux du cen­tre-ville de Buenos Aires), la porte d’entrée de ta mai­son (porte intérieure séparant l’entrée de la mai­son, sorte de sas), l’échelle céleste.
Le jour où tu m’aimeras, petite (terme affectueux) de mon quarti­er, toutes mes ten­dress­es seront pour toi seule, même si, de façon cachée, je verserai quelques larmes pour ma sainte petite mère qui, man­quant de mes bais­ers, aura encore quelques cheveux blancs de plus.

Version 3, la plus célèbre, celle de Carlos Gardel et Alfredo Le Pera

El día que me quieras 1935-03-19 — Car­los Gardel con acomp. de la orques­ta dir. por Terig Tuc­ci.

Paroles de la version de Carlos Gardel et Alfredo Le Pera

Acari­cia mi ensueño
el suave mur­mul­lo de tu sus­pi­rar,
¡como ríe la vida
si tus ojos negros me quieren mirar!
Y si es mío el amparo
de tu risa leve que es como un can­tar,
ella aqui­eta mi heri­da,
¡todo, todo se olvi­da!

El día que me quieras
la rosa que engalana
se vestirá de fies­ta
con su mejor col­or.
Al vien­to las cam­panas
dirán que ya eres mía
y locas las fontanas
me con­tarán tu amor.
La noche que me quieras
des­de el azul del cielo,
las estrel­las celosas
nos mirarán pasar
y un rayo mis­te­rioso
hará nido en tu pelo,
luciér­na­ga curiosa
que verá…¡que eres mi con­sue­lo!

Recita­do:
El día que me quieras
no habrá más que armonías,
será clara la auro­ra
y ale­gre el man­an­tial.
Traerá qui­eta la brisa
rumor de melodías
y nos darán las fuentes
su can­to de cristal.
El día que me quieras
endulzará sus cuer­das
el pájaro can­tor,
flo­re­cerá la vida,
no exi­s­tirá el dolor…

La noche que me quieras
des­de el azul del cielo,
las estrel­las celosas
nos mirarán pasar
y un rayo mis­te­rioso
hará nido en tu pelo,
luciér­na­ga curiosa
que verá… ¡que eres mi con­sue­lo!

Car­los Gardel Letra: Alfre­do Le Pera

Traduction de la version de Carlos Gardel et Alfredo Le Pera

Ma rêver­ie caresse le doux mur­mure de ton soupir,
Comme la vie rirait si tes yeux noirs voulaient me regarder !
Comme si était mien l’abri de ton rire léger qui est comme une chan­son,
Elle calme ma blessure, tout, tout est oublié !

Le jour où tu m’aimeras, la rose qui orne s’ha­billera de fête, avec sa plus belle couleur.
Au vent, les cloches diront que tu es déjà à moi, et folles, les fontaines me con­teront ton amour.
La nuit où tu m’aimeras depuis le bleu du ciel,
Les étoiles jalous­es nous regarderont pass­er et un mys­térieux éclair se nichera dans tes cheveux,
curieuse luci­ole qui ver­ra… que tu es ma con­so­la­tion !

Réc­ité :
Le jour où tu m’aimeras, il n’y aura plus que des har­monies,
L’aube sera claire et la source joyeuse.
La brise apportera le calme, le mur­mure des mélodies, et les fontaines nous don­neront leur chant de cristal.
Le jour où tu m’aimeras, l’oiseau chanteur adouci­ra ses cordes,
La vie fleuri­ra, la douleur n’existera pas…

La nuit où tu m’aimeras depuis le bleu du ciel,
Les étoiles jalous­es nous regarderont pass­er et un mys­térieux éclair se nichera dans tes cheveux,
curieuse luci­ole qui ver­ra… que tu es ma con­so­la­tion !

Extrait du film El día que me quieras de John Reinhardt (1934)

“El día que me quieras”, dúo final Car­los Gardel y Rosi­ta Moreno du film du même nom de 1934 dirigé par John Rein­hardt. Dans ce film, Car­los Gardel chante égale­ment Sol trop­i­cal, Sus ojos se cer­raron, Gui­tar­ra, gui­tar­ra mía, Volver et Suerte negra avec Lusiar­do et Peluffo.

Autres versions du thème composé par Gardel

Il existe des dizaines d’enregistrements, y com­pris en musique clas­sique ou de var­iété. Je vous pro­pose donc une courte sélec­tion, prin­ci­pale­ment pour l’écoute.

El día que me quieras 1948-05-11 — Orques­ta Florindo Sas­sone con Jorge Casal.

Une ver­sion chan­tée par Jorge Casal qui ne démérite pas face aux inter­pré­ta­tions de Gardel.

El día que me quieras 1955-06-30 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Juan Car­los Rolón.

Une ver­sion pour faire pleur­er les ménagères nées après 1905…

El día que me quieras 1968 — Orques­ta Típi­ca Atilio Stam­pone.

Stam­pone, bien qu’il s’agisse d’une ver­sion instru­men­tale, n’a pas des­tiné cet enreg­istrement aux danseurs.

El día que me quieras 1972 – Trio Hugo Díaz.

Encore une ver­sion instru­men­tale, mais fort intéres­sant à défaut d’être pour la danse par le trio Hugo Diaz… Si vous n’entendez pas l’harmonica, c’est que ce trio est celui du ban­donéon­iste uruguayen, Hugo Díaz, à ne pas con­fon­dre avec Vic­tor Hugo Díaz qui est le magi­cien de l’harmonica, qui lui est argentin (San­ti­a­go del Estero) et sans doute bien plus con­nu…

El día que me quieras 1977-06-14 — Orques­ta Osval­do Pugliese.

Une ver­sion sans doute sur­prenante, essen­tielle­ment con­stru­ite autour de solos de vio­lon et piano.

El día que me quieras 1978 — María Amelia Bal­tar.

Une ver­sion expres­sive par la com­pagne de Piaz­zol­la.

El día que me quieras 1979 — Alber­to Di Paulo y su Orques­ta Espe­cial para Baile.

Bien que l’orchestre affirme être de danse, je ne suis pas con­va­in­cu que cela plaira aux danseurs de tan­go, mais peut-être aux ama­teurs de slow et boléros (dans le sens argentin qui qual­i­fie des musiques roman­tiques au rythme flou et pas néces­saire­ment de vrais boléros).

El día que me quieras 1997 — Enrique Chia con Lib­er­tad Lamar­que.

Une intro­duc­tion à la Mozart (Flûte enchan­tée) et s’élève la mag­nifique voix de Lib­er­tad Lamar­que. C’est bien sûr une chan­son et pas un tan­go de danse, mais c’est joli, n’est-ce pas ?

Avec cette belle ver­sion, je pro­pose d’arrêter là, et je vous dis, à bien­tôt, les amis !

Malena 1942-01-08 – Orquesta Aníbal Troilo con Francisco Fiorentino

Lucio Demare Letra : Homero Manzi

Male­na chante le tan­go comme per­son­ne et cela se sait depuis au moins 1941, date à laque­lle Lucio Demare a com­posé ce tan­go qui sera inséré dans le film de son frère, Lucas, El Viejo Hucha. Ce mag­nifique tan­go qui a béné­fi­cié du tal­ent de Lucio Demare pour la musique et de Home­ro Manzi pour les paroles a eu, a et sans doute aura longtemps un gros suc­cès.

Lucio Demare, à gauche, Home­ro Manzi, à droite. Manzi a écrit le texte, l’a don­né à Demare qui a com­posé hyper rapi­de­ment la musique. C’est l’effet Male­na.

Extrait musical

Male­na, Lucio Demare et Home­ro Manzi. Par­ti­tion de Jules Korn. Au cen­tre, une par­ti­tion que j’ai créée pour expli­quer dans mes cours le fonc­tion­nement des par­ties au tan­go et comme c’est juste­ment à pro­pos de Male­na…
Male­na 1942-01-08 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no

Paroles

Male­na can­ta el tan­go como ningu­na
y en cada ver­so pone su corazón.
A yuyo del sub­ur­bio su voz per­fuma,
Male­na tiene pena de ban­doneón.
Tal vez allá en la infan­cia su voz de alon­dra
tomó ese tono oscuro de calle­jón,
o aca­so aquel romance que sólo nom­bra
cuan­do se pone triste con el alco­hol.
Male­na can­ta el tan­go con voz de som­bra,
Male­na tiene pena de ban­doneón.

Tu can­ción
tiene el frío del últi­mo encuen­tro.
Tu can­ción
se hace amar­ga en la sal del recuer­do.
Yo no sé
si tu voz es la flor de una pena,
só1o sé que al rumor de tus tan­gos, Male­na,
te sien­to más bue­na,
más bue­na que yo.

Tus ojos son oscuros como el olvi­do,
tus labios apre­ta­dos como el ren­cor,
tus manos dos palo­mas que sien­ten frío,
tus venas tienen san­gre de ban­doneón.
Tus tan­gos son criat­uras aban­don­adas
que cruzan sobre el bar­ro del calle­jón,
cuan­do todas las puer­tas están cer­radas
y lad­ran los fan­tas­mas de la can­ción.
Male­na can­ta el tan­go con voz que­bra­da,
Male­na tiene pena de ban­doneón.

Lucio Demare Letra: Home­ro Manzi

Traduction libre

Les paroles sub­limes de Manzi se suff­isent à elles-mêmes. Je vous en laisse savour­er la poésie à tra­vers ma tra­duc­tion (ou celle de Google, pour ceux qui lisent dans une autre langue que l’espagnol ou le français).

Male­na chante le tan­go comme per­son­ne et dans chaque cou­plet, met son cœur.
À l’herbe des ban­lieues, sa voix par­fume, Male­na a une peine de ban­donéon.
Peut-être que dans son enfance, sa voix d’alou­ette a pris ce ton obscur de ruelle, ou peut-être cette romance qu’elle ne nomme que lorsqu’elle est triste avec l’al­cool.
Male­na chante le tan­go d’une voix d’om­bre, Male­na a une peine de ban­donéon.
Ta chan­son a le froid de la dernière ren­con­tre.
Ta chan­son devient amère dans le sel de la mémoire.
Je ne sais pas si ta voix est la fleur d’un cha­grin, je sais seule­ment qu’à la rumeur de tes tan­gos, Male­na, je te sens meilleure, meilleure que moi.
Tes yeux sont som­bres comme l’ou­bli, tes lèvres sont ser­rées comme le ressen­ti­ment, tes mains sont deux colombes qui ont froid, tes veines ont du sang de ban­donéon.
Tes tan­gos sont des créa­tures aban­don­nées qui tra­versent la boue de la ruelle, lorsque toutes les portes sont fer­mées et que les fan­tômes de la chan­son aboient.
Male­na chante le tan­go d’une voix cassée, Male­na a une peine de ban­donéon.

Autres versions

On con­sid­ère générale­ment que c’est Troi­lo qui a lancé le titre. Ce n’est pas faux, mais en fait Demare l’interprétait avec Juan Car­los Miran­da, dès 1941 au Cabaret Nov­el­ty.

Le cabaret Nov­el­ty où jouait Lucio Demare et où il inau­gu­ra Male­na avec Juan Car­los Miran­da. Pho­to de 1938 (3 ans plus tôt).

D’accord, il le jouait, mais il ne l’a pas enreg­istré alors c’est bien Troi­lo le pre­mier. Que non, mon ami. Lucio Demare l’a enreg­istré avec Juan Car­los Miran­da à la fin de 1941, mais cette ver­sion est restée « secrète » jusqu’au 29 avril 1942.
Il s’agit de la ver­sion enreg­istrée pour le film El Viejo Hucha, réal­isé par Lucas Demare, son frère et avec Osval­do Miran­da faisant le phonomimétisme (play-back) sur la voix enreg­istrée de Juan Car­los Miran­da.
Et voici donc la pre­mière ver­sion enreg­istrée qui est bien de Lucio Demare avec Juan Car­los Miran­da. Juan Car­los Miran­da qui chante dans l’enregistrement est rem­placé dans le film par Osval­doMiran­da, mais rien à voir avec l’autre Miran­da, car Juan Car­los s’appelait en fait Rafael Miguel Scior­raOsval­do a égale­ment chan­té, mais pas dans ce film, à ses débuts avant de devenir acteur. Il était ami avec Manzi (que le monde est petit…).

Osval­do Miran­da faisant le phonomimétisme (play-back) sur la voix enreg­istrée de Juan Car­los Miran­da qui chante Male­na dans le film El Viejo Hucha.
Male­na 1942-01-08 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Fran­cis­co Fiorenti­no. C’est notre tan­go du jour.

C’est le vrai faux pre­mier enreg­istrement et le pre­mier sor­ti en disque.

Male­na 1942-01-23 — Orques­ta Lucio Demare con Juan Car­los Miran­da.

Une autre ver­sion de Demare et Miran­da (le vrai), en disque, 15 jours après Troi­lo.

Male­na 1950-12-12 — Quintin Ver­du et son Orchestre con Lucio Lam­ber­to.

Cet attachant orchestre français pro­pose sa ver­sion de Male­na.

Male­na 1951-09-20 — Orques­ta Lucio Demare con Héc­tor Alvara­do.

Le com­pos­i­teur enreg­istre sa troisième ver­sion du titre. Le chanteur, Alvara­do âgé alors de 25 ans, est le seul chanteur de l’orchestre à l’époque. Demare l’a engagé l’année précé­dente. Sa voix cor­re­spond bien au style de l’orchestre, on com­prend donc le choix de Lucio.

Male­na 1951 – Orques­ta José Puglia – Edgar­do Pedroza con Fran­cis­co Fiorenti­no.

L’orchestre Puglia-Pedroza est assez rare, mais ils ont recruté un bon chanteur pour cet enreg­istrement. La par­tie orches­trale de l’introduction est un peu trop appuyée, avec des nuances exagérées. Si la voix de Fiorenti­no crée rapi­de­ment son cocon, la tran­si­tion avec l’introduction est un peu rude. Par la suite, l’orchestre sera plus raisonnable et plus en accom­pa­g­ne­ment. Une ver­sion qui aurait pu être meilleure, mais qui vaut d’être écouté tout de même.

Male­na 1952 — Orques­ta Aníbal Troi­lo con Raúl Berón arr. de Héc­tor Arto­la.

Aníbal remet sur disque le titre, cette fois avec des arrange­ments de Arto­la, un arrangeur très réputé, qui après avoir été pianiste et ban­donéon­iste s’est con­cen­tré sur la direc­tion d’orchestre et les arrange­ments. Il com­posa aus­si quelques titres.

Male­na 1955-08-02 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Juan Car­los Rolón.

Cela fai­sait un petit moment que Canaro n’avait pas pointé son nez. Le voici, avec une ver­sion assez dif­férente, avec un rythme bien mar­qué. Dis­ons que c’est une ten­ta­tive de replac­er le titre du côté de la danse. L’interprétation de Rolón, s’accommode toute­fois de la rigueur de l’orchestre, mais je trou­ve qu’il reste quelques aspérités qui font que l’œuvre ne coule pas de façon par­faite­ment flu­ide.

Male­na 1961 — Edmun­do Rivero con orques­ta.

Une ver­sion puis­sante par Rivero.

Male­na 1963c — Astor Piaz­zol­la con Héc­tor de Rosas.

Un Piaz­zol­la, à écouter, mais il vous réserve une autre ver­sion 4 ans plus tard qui décoiffe plus.

Male­na 1965 — Orques­ta Miguel Caló con Rober­to Luque.

J’ai un peu de mal à accrocher avec cette ver­sion. Je ne la pro­poserai pas en milon­ga.

Male­na 1965 — Orques­ta Miguel Caló con Raúl del Mar y glosas de Héc­tor Gagliar­di.

Le fait que Gagliar­di par­le assez longtemps rend le titre peu prop­ice à la danse. Mais de toute façon, Caló ne sera vrai­ment pas mon choix pour faire danser avec Male­na.

Male­na 1967 — Astor Piaz­zol­la y su Orques­ta con voz de mujer.

Une autre inter­pré­ta­tion, plus inno­vante. Avec Astor, on est à peu près sûr de ne pas être dans le champ de la danse, alors, on écoute, tran­quille­ment ou anx­ieuse­ment cette ver­sion foi­son­nante ou de temps à autre le thème de Male­na vient dis­tiller sa sérénité rel­a­tive. La voix de femme « céleste » qui ter­mine comme une sirène mourante et les claque­ments ter­mi­nent le titre de façon inquié­tante.

Male­na 1974-12-11 — Orques­ta Osval­do Pugliese.

Pour beau­coup, c’est la Male­na de l’île déserte, la ver­sion qu’il faut emporter. Il faut dire que Pugliese nous livre ici un tanga­zo excep­tion­nel. Mal­gré sa grande puis­sance expres­sive, il pour­ra être con­sid­éré comme dans­able par les danseurs les moins farouch­es. Si on a enten­du ci-dessus, des ver­sions décousues, man­quant d’harmonie ou de cohérence, ici, c’est une sur­prise, chaque mesure sus­cite l’étonnement, tout en lais­sant suff­isam­ment de repères pour que ce soit rel­a­tive­ment dans­able. Ceux qui trou­vent que c’est dif­fi­cile, vu que c’est le tan­go de l’île déserte, ils auront tout le temps de s’approprier la musique pour la danser par­faite­ment.

Qui est Malena ?

Il y a six pré­ten­dantes sérieuses au titre et sans doute bien d’autres.

6 des Male­na poten­tielles. Si vous lisez les arti­cles ci-dessous, vous pour­rez savoir qui elles sont et élire celle qui vous parait la plus vraisem­blable…

Ceux qui veu­lent savoir qui était Male­na peu­vent jeter un œil sur l’article de TodoTan­go
https://www.todotango.com/historias/cronica/89/Malena-Quien-es-Malena
Ou sur celui de la Nacion avec des pho­tos de pré­ten­dantes
https://www.lanacion.com.ar/lifestyle/quien-fue-malena-mitos-y-verdades-sobre-la-leyenda-del-tango-que-inspiro-a-homero-manzi-y-cantaba-nid26042022
Ou encore : https://rauldeloshoyos.com/el-dia-de-malena-manzi-demare/
mais j’ai plein d’autres propo­si­tions et je trou­ve qu’au fond, ce n’est pas si impor­tant. C’est à cha­cun de met­tre l’image de sa Male­na sur ce tan­go.

À demain, les amis !