Vicente Cóppola, Juan Raimundo Streiff, Norberto Ramos, María Teresa Volpe de Pierángeli Letra: Juan Facio, Juan Mufarrich (El Turco Mufarri), Rafael Lauría, Oscar Ivanissevich, Hugo del Carril.
Le 17 octobre 1945, des centaines de milliers d’ouvriers réclamèrent et obtinrent la libération de Perón. Quatre ans plus tard, Eva et Juan Domingo Perón, participent depuis le balcon de la Casa Rosada à l’anniversaire de ce jour historique, le jour de la loyauté. À cette occasion, un enregistrement a été diffusé, il s’agit de notre thème du jour, Los muchachos peronistas, un disque Víctor enregistré par l’orchestre de la Asociación de Profesorado Orquesta (APO) dirigé par Domingo Marafiotti et chanté par Hugo del Carril et un chœur probablement dirigé par Héctor Artola.
Nous allons associer la face B du disque, qui comporte Evita capitana, les deux faces étant un hommage au couple Perón.
Extraits musicaux

Il s’agit de la version « canonique », celle qu’Eva et Juan Domingo Perón ont fait jouer le 17 octobre 1949, pour le quatrième anniversaire du “Día de la Lealtad” (Jour de la Loyauté).
J’ai indiqué la date du 17 octobre pour l’anecdote, qui est la date de cette diffusion, mais l’enregistrement est en fait antérieur, comme nous le verrons après la présentation des paroles.
Paroles de Los Muchachos peronistas
Los muchachos peronistas,
todos unidos triunfaremos,
y como siempre daremos
un grito de corazón:
«¡Viva Perón, viva Perón!».Por ese gran argentino
que se supo conquistar
a la gran masa del pueblo,
Combatiendo al capital.¡Perón, Perón, qué grande sos!
¡Mi general, cuánto valés!
Perón, Perón, gran conductor,
sos el primer trabajadorPor los principios sociales
que Perón ha establecido,
el pueblo entero está unido
y grita de corazón:
«¡Viva Perón! ¡Viva Perón!».Por ese gran argentino
que trabajó sin cesar
para que reine en el pueblo
el amor y la igualdad.¡Perón, Perón, qué grande sos!
¡Mi general, cuánto valés!
Perón, Perón, gran conductor,
sos el primer trabajadorImitemos el ejemplo
de este varón argentino
y siguiendo su camino
gritemos de corazón:
«¡Viva Perón! ¡Viva Perón!».Porque la Argentina grande
con que San Martín soñó
es la realidad efectiva
que debemos a Perón.¡Perón, Perón, qué grande sos!
¡Mi general, cuánto valés!
Perón, Perón, gran conductor,
sos el primer trabajador
¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
El pueblo vibra de emoción
¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
Para salvar a la nación.Con su regreso a la Patria
reina otra vez la alegría
que se perdió aquel día,
en que Perón se alejó,
pero con gran decisión
el noble pueblo argentino
para regir su destino,
vuelve a elegir a perón.¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
Renace así la libertad
¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
Hoy todo es felicidadcon perón en el gobierno
la argentina del mañana,
justa, libre y soberana,
otra vez volverá a ser,
porque estando el general
habrá pan trabajo y paz
y todos disfrutaran
de la justicia socia.l¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
Vuelve con él la redención
¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
Trayéndonos la soluciónpor los mártires sagrados
y por la mujer bendita
que fue nuestra Santa Evita,
volveremos a luchar,
para demostrar al mundo
que el pueblo de san martín
como siempre y hasta el fin
da la vida por Perón.¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!
El pueblo vibra de emoción
¡Vuelve perón!
¡Vuelve perón!Para salvar a la nación.
Letra: Juan Facio, Juan Mufarrich (El Turco Mufarri), Rafael Lauría, Oscar Ivanissevich, Hugo del Carril
Traduction libre de los Muchachos peronistas
Les compagnons péronistes, tous unis, nous triompherons, et, comme toujours, nous donnerons un cri du cœur :
« ¡Viva Perón, viva Perón! ».
Pour ce grand Argentin qui savait conquérir la grande masse du peuple, combattant le capital.
Perón, Perón, comme tu es grand !
Mon général, quelle est ta valeur !
Perón, Perón, super dirigeant, tu es le premier travailleur.
Grâce aux principes sociaux que Perón a établis, le peuple entier est uni et crie du fond du cœur :
« ¡Viva Perón! ¡Viva Perón! ».
Pour ce grand Argentin qui a travaillé sans relâche pour que l’amour et l’égalité règnent dans le peuple.
Perón, Perón, comme tu es grand !
Mon général, quelle est ta valeur !
Perón, Perón, super dirigeant, tu es le premier travailleur.
Imitons l’exemple de cet homme argentin et, suivant sa voie, crions du fond du cœur :
« ¡Viva Perón! ¡Viva Perón! ».
Parce que la grande Argentine dont San Martín rêvait est la réalité effective que nous devons à Perón.
Perón est de retour !
Perón est de retour !
La ville vibre d’excitation
Perón est de retour !
Perón est de retour !
Pour sauver la nation.
Avec son retour à la Patrie, règne à nouveau la joie qui était partie lorsque Perón s’est éloigné, mais avec une grande détermination, le noble peuple argentin, pour gouverner son destin, élut à nouveau Perón.
Perón est de retour !
Perón est de retour !
La liberté renaît ainsi
Perón est de retour !
Perón est de retour !
Aujourd’hui, tout est bonheur
Avec Perón au pouvoir, l’Argentine de demain, juste, libre et souveraine, le sera à nouveau, car, avec le général, il y aura du pain, du travail et de la paix et chacun jouira de la justice sociale.
Perón est de retour !
Perón est de retour !
La rédemption revient avec lui
Perón est de retour !
Perón est de retour !
Nous apportant la solution
Pour les martyrs sacrés et pour la femme bénie qui fut notre Sainte Evita, nous nous battrons à nouveau, pour montrer au monde que le peuple de San Martín, comme toujours et jusqu’au bout, donne sa vie pour Perón.
Paroles de Evita capitana
Las muchachas peronistas
Con Evita triunfaremos
Y con ella brindaremos
Nuestra vida por Perón
¡Viva Perón! ¡Viva Perón!
Por Perón y por Evita
La vida queremos dar
Por Evita capitana
Y por Perón General
Eva Perón, tu corazón
Nos acompaña sin cesar
Te prometemos nuestro amor
Con juramento de lealtad
Las muchachas peronistas
Por la patria lucharemos
Por la patria que queremos
Con Evita y con Perón
¡Viva Perón! ¡Viva Perón!
Bandera justicialista
Nuestra bandera será
Para los pueblos del mundo
Bandera de amor y paz
Eva Perón, tu corazón
Nos acompaña sin cesar
Te prometemos nuestro amor
Con juramento de lealtad
Las muchachas peronistas
Con Evita triunfaremos
Y con ella brindaremos
Nuestra vida por Perón
¡Viva Perón! ¡Viva Perón!
Por Perón y por Evita
La vida queremos dar
Por Evita capitana
Y por Perón General
Eva Perón, tu corazón
Nos acompaña sin cesar
Te prometemos nuestro amor
Con juramento de lealtad
Letra : Rodolfo Sciamarella
Traduction de Evita capitana
Les compagnes péronistes avec Evita nous triompherons et avec elle nous donnerons notre vie pour Perón.
¡Viva Perón ! ¡Viva Perón !
Pour Perón et pour Evita, nous voulons donner notre vie pour Evita capitaine et pour Perón Général.
Eva Perón, ton cœur nous accompagne sans relâche, nous te promettons notre amour avec un serment de loyauté (le 17 octobre 1945 est dit jour de la loyauté, quand les ouvriers ont fait libérer Perón).
Les compagnes péronistes pour la patrie nous combattrons, pour la patrie que nous voulons avec Evita et avec Perón.
¡Viva Perón ! ¡Viva Perón !
Le drapeau justicialiste, notre drapeau sera pour les peuples du monde, un drapeau d’amour et de paix.

Réflexions sur les paroles des deux marches
La version féminine est sans conteste plus élégante, plus raffinée. C’est peut-être l’intervention du pianiste Rodolfo Sciamarella à qui on attribue parfois l’adaptation des paroles.
Cette adaptation paraissait nécessaire dans la mesure où le thème original est un peu martial ou pour le moins un peu trop viril. En effet, la musique originale vient de l’univers du football et le la murga (défilés avec percussions) et, si la marche quasi militaire convenait bien pour un général, c’est un peu moins pertinent pour une femme, même si on lui donne pour cette chanson, le titre de capitaine…
Histoire du disque
En général, on s’intéresse à l’histoire de la musique, qui l’a composé, qui l’a enregistré… J’en dirai un mot en fin d’article. Dans ce chapitre, je vais me centrer sur le disque, celui qui a été joué le 17 octobre 1949 depuis le balcon de la Casa Rosada pour le quatrième anniversaire du jour de la loyauté.

Il n’y a pas de date sur le disque. Le fait qu’il s’agisse d’une « Grabación particular », fait qu’il est difficile de retracer l’origine de l’enregistrement.
Je vous propose donc de partir des mentions du disque :
Face A (P‑1123‑A)
“Los Muchachos peronistas”
Marcha-canción
Cantada por Hugo del carril y Coro
Orq. de la A.P.O. dirigida por D. Mariafiotti
Face B (P‑1123‑B)
“Evita capitana”
Marcha-canción
Orquesta de la A.P.O. dirigida por D. Mariafiotti
Coro de la Sociedad Argentina de Cantantes dirigida por Héctor Artala.
Les points communs des deux enregistrements
Il s’agit du même orchestre, dirigé par le même chef, Domingo Marafiotti. Pour le chœur, il y a un petit doute, car, vers la même époque est entré en scène celui de Fanny Day (Fanny Brenner).
Il faut procéder à l’écoute des deux thèmes pour les comparer (si vous ne l’avez pas fait en haut de l’article, revoici les deux thèmes)
Ce qui se remarque en premier, c’est que la musique est la même. Evita Capitana s’inspire des paroles en les adaptant. L’adaptation est de deux ordres. Musical. Dans la version masculine, la voix de Del Carril se détache nettement et l’aspect militaire des sonorités est plus marqué. Dans la version féminine, on n’entend pas aussi clairement de soliste. La lecture de l’étiquette du disque pourrait laisser penser que c’est car il n’y a qu’un simple chœur.
Toutefois, quelques années plus tard et notamment lors du retour de Perón en 1973, les nouvelles éditions créditent une chanteuse, Juanita Larruari.
Ce crédit est fort possible, car Juanita Larruari, tout comme Hugo Del Carril et Domingo Mariafiotti étaient des proches des Perón, engagés dans le mouvement péroniste.

Juanita Larruari fut la première femme sénatrice et la femme de Francisco Rotundo. Elle était aussi chanteuse de tango (à petite dose). Hugo Del Carril est bien connu comme chanteur, directeur de cinéma et acteur. On lui doit de nombreux rôles dans des films où le tango est mis en valeur. Domingo Mariafiotti est pour sa part pianiste et directeur d’orchestre. Il a fait l’essentiel de sa carrière à la radio et au théâtre Colon. Il a enregistré de nombreux titres péronistes dont les deux marches évoquées dans cette anecdote, à plusieurs reprises.
Quelques éléments succincts sur l’origine de cette marche
- Le 17 octobre 1945, jour de la loyauté, c’est le jour où les ouvriers réclament le retour de Peron, qui vient d’être arrêté par ses collègues militaires. Cette journée pourrait marquer le point de départ de cette marche. Si vous voulez en savoir plus sur cette journée de la loyauté, je vous propose un témoignage d’ouvrier présenté sur le site de Felipe Pigna.
- La musique a des origines controversées. C’est clairement une marche. Marche issue de la murga, du football (Barracas Juniors (1931), puis repris par les ouvriers. Parmi les meilleurs sites sur la question : https://www.todotango.com/historias/cronica/266/Los-tangueros-del-Peronismo-y-sus-obras/ et https://www.todotango.com/historias/cronica/178/El-origen-deportivo-y-murguero-de-la-marcha-peronista/
- En 1948, une version péroniste voit le jour pour les ouvriers graphistes (travailleurs de l’imprimerie). C’est la première version qui sera adaptée dans la foulée pour généraliser le titre à tous les ouvriers, puis aux femmes.
- Ceux qui veulent aller plus loin peuvent consulter l’ouvrage de Jorge Llistosella, La Marcha Peronista.

Cet ouvrage d’investigation dévoile les relations des protagonistes autour du couple Perón et notamment celui d’Evita, toujours sur la brèche pour assurer la renommée de son mari et le seconder dans l’ombre (relative).
Autres versions
Marcha Perón-Ibáñez 1953 — Alberto Marino. Une version déclarant la fraternité du Chili et de l’Argentine à travers leurs généraux, Jan Domingo Perón et Carlos Ibáñez del Campo.
Si vous voulez d’autres versions, vous pouvez consulter : les sites archive.org et Peronvencealtiempo qui proposent en plus des versions dans tous les genres :
Bien sûr, il existe des dizaines d’autres enregistrements et, comme on est tout de même loin de notre thème le tango (même si certaines versions sont en tango, voire en milonga), je vous propose de terminer par une version en valse.
La marcha peronista en valse
L’origine de cette anecdote est la question d’un ami, Pierre, qui se reconnaîtra, et qui voulait retrouver une version valsée de la marche péroniste.
La voici donc, mais avec une petite surprise en prime :
Ce musicien et arrangeur a enregistré la marcha dans de nombreux rythmes différents. Je trouve le résultat plutôt sympa dans le cas de la valse, mais je ne peux m’empêcher d’y voir l’inspiration, la merveilleuse valse « Mon amant de Saint-Jean » immortalisée en 1942 par Lucienne Delyle.
Cette valse a été écrite par Émile Carrara avec des paroles de Léon Agel en 1937 sous le titre Les barbeaux de Saint-Jean. L’œuvre a été déposée le 9 avril 1940. En juin 1942, Jane Chacun l’enregistre sous le titre Mon costaud de Saint-Jean, mais c’est la version suivante, celle de Lucienne Delyle qui fera passer, la même année, la chanson à la postérité. Postérité qui se continue de nos jours, avec, par exemple, l’interprétation de Chimène Badi.
Mais je préfère terminer avec la belle version de Jane Chacun (1942), qui est indiquée comme étant une java.
Mon costaud de Saint-Jean 1942 – Jeanne chacun
