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Merceditas, Pastorcita de las flores, l’amour de Sixto Ramón Ríos

Merceditas 1958-09-23 — Orquesta Símbolo Osmar Maderna dir. Aquiles Roggero con Adolfo Rivas y Carlos Raúl Aldao

Sixto Ramón Ríos

Il est dif­fi­cile de ne pas être boulever­sé par Mer­ced­i­tas, cette chan­son sub­lime que l’on ren­con­tre par­fois au détour d’une tan­da. Mais vous ne savez peut-être pas que ce titre n’a pas été conçu comme un tan­go et que l’histoire qu’elle con­te est une de plus belles his­toires d’amour du vingtième siè­cle.
Je vous invite à décou­vrir une trentaine de ver­sions par­mi la cen­taine qui a été enreg­istrée.

Extrait musical

Partitions de Merceditas 1941, Sixto Ramón Ríos…
Par­ti­tions de Mer­ced­i­tas 1941, Six­to Ramón Ríos…
Mer­ced­i­tas 1958-09-23 — Orques­ta Sím­bo­lo Osmar Mader­na dir. Aquiles Rog­gero con Adol­fo Rivas y Car­los Raúl Aldao.

Le thème com­mence avec un tut­ti des vio­lons et ban­donéons qui lan­cent le thème prin­ci­pal avec une énergie et douceur con­fon­dantes. Après une trentaine de sec­on­des, l’introduction majestueuse laisse place à un motif de piano plus léger, presque allè­gre, qui laisse de nou­veau la place au reste de l’orchestre alter­nant des for­tis­si­mos et pianos très mar­qués. Les pas­sages pianos pour­raient pos­er des prob­lèmes aux danseurs dans une ambiance bruyante. Quoi qu’il en soit, la voix d’Adolfo Rivas reprend le thème du début en décla­mant les mer­veilleuses paroles de Six­to Ramón Ríos. Car­los Raúl Aldao le rejoint ensuite avec sa voix un peu plus grave pour nous offrir ce duo qui est beau­coup dans le suc­cès de cette ver­sion.
À tour de rôle, les chanteurs et l’orchestre con­tin­ueront de dérouler l’histoire jusqu’à son terme.

Rap­pelons que l’orchestre Sím­bo­lo Osmar Mader­na est l’orchestre de Mader­na qu’a repris Aquiles Rog­gero à la mort du chef. En l’ab­sence d’en­reg­istrement, il est dif­fi­cile de savoir si Mader­na, lui-même, inter­pré­tait Mer­ced­i­tas. Cepen­dant, c’est peu prob­a­ble dans la mesure où le titre n’a été déposé à la SADAIC qu’en 1952, un an après la mort de Mader­na et que l’au­teur, lui-même n’a par­ticipé à un enreg­istrement qu’en 1952. C’est peut-être un indice sup­plé­men­taire pour invalid­er la thèse que Ramón aurait enreg­istré ce titre dans les années 40.

Paroles

Qué dulce encan­to tiene
Tu recuer­do Mer­ced­i­tas
Aro­ma­da flo­recita
Amor mío de una vez

La conocí en el cam­po
Allá muy lejos una tarde
Donde cre­cen los tri­gales
Provin­cia de San­ta Fe

Así nació nue­stro quer­er
Con ilusión, con mucha fe
Pero no sé por qué la flor
Se mar­chitó y murien­do fue

Como una que­ja errante
En la campiña va flotan­do
El eco vago de mi can­to
Recor­dan­do aquel amor

Pero a pesar del tiem­po
Tran­scur­ri­do es Mer­ced­i­tas
La leyen­da que hoy pal­pi­ta
En mi nos­tál­gi­ca can­ción

Amán­dola con loco amor
Así llegué a com­pren­der
Lo que es quer­er, lo que es sufrir
Porque le di mi corazón

Six­to Ramón Ríos

Traduction libre

Quel doux charme que ton sou­venir Mer­ced­i­tas, petite fleur par­fumée, mon amour immé­di­at (coup de foudre).
Je l’ai ren­con­trée dans la cam­pagne, très loin, une après-midi, là où poussent les champs de blé, dans la province de San­ta Fe.
C’est ain­si qu’est né notre amour avec pas­sion, avec beau­coup de foi, mais je ne sais pas pourquoi la fleur s’est fanée et est par­tie en mourant.
Comme une plainte errante, dans la cam­pagne, flotte l’écho vague de mon chant, se sou­venant de cet amour.
Mais mal­gré le temps, Mer­ced­i­tas est devenu la légende qui aujour­d’hui pal­pite dans ma chan­son nos­tal­gique.
L’aimer d’un amour fou, c’est ain­si que j’ai com­pris ce que c’est d’aimer, ce que c’est de souf­frir, parce que je lui ai don­né mon cœur.

Qui est Merceditas ?

Mercedes Strickler Khalow alias Mercedecitas en 1940 et 2000
Mer­cedes Strick­ler Khalow alias Mer­cedecitas en 1940 et 2000.

Celle que Six­to Ramón Ríos nom­mait Pas­torci­ta de las flo­res (petite bergère des fleurs, dont il a fait une autre chan­son) était une jeune paysanne de la Province de San­ta Fe (Hum­bolt), de son nom com­plet : Mer­cedes Strick­ler Khalow. Une entre­vue avec Mer­ced­i­tas par Luis Lan­drisci­na nous per­met de décou­vrir la trame de la pas­sion qui a uni Ramón et Mer­cedes. Une belle his­toire d’amour qui dura jusqu’à la mort de Ramón, même si Mer­cedes le refusa deux fois en mariage, comme elle s’en explique dans l’entrevue.

Je vous glisse ici, quelques extraits de l’entrevue menée par Luis Lan­drisci­na :

Entrevue avec Mercedecitas

“Él vino a Hum­bolt con una com­pañía de teatro. Toca­ba la gui­tar­ra y canta­ba – me (Luis Lan­drisci­na) dijo Mer­ced­i­tas:

- Una noche, después de actu­ar, en el inter­me­dio del espec­tácu­lo, me invitó a bailar. Yo acep­té, bail­am­os un tan­go.

- Me gusta­ba, pero de un momen­to a otro lo dejé de quer­er. Fue el día que vino con los anil­los para com­pro­m­e­ter­nos. No lo acep­té. Ahí me dese­n­amoré. Yo no quería com­pro­m­e­terme.

- Ramón era buen mozo y me escribía unos ver­sos her­mosos. Pero nun­ca pen­sé en casarme. Yo quería ser libre. No le con­testé más sus car­tas, no quería que perdiera su tiem­po con­mi­go. Y entonces empezó a man­darme más car­tas, todas con ver­sos muy tristes, que me hacían llo­rar. Todavía las conser­vo. Ver­sos muy tristes le salían, porque yo lo había deja­do.

- Pero, sal­vo Ramón, nun­ca dejé a ninguno de ellos lle­gar a la puer­ta de mi casa. Así como nun­ca pen­sé en casarme: yo quería ser libre.

Me dijo, ya anciana Mer­ced­i­tas, aque­l­la úni­ca vez que la vi:

- La escuché un día que puse la radio.

- ¿Sabía que era ust­ed?

- Lo supe al instante.

- ¿Y qué sin­tió?

Aquí quedó en silen­cio, quiso decir algo pero no pudo, encogió su cabeza bajo los hom­bros, su mira­da se humede­ció miran­do lejos

- ¿Le llegó al corazón?

- Sí.

- Volvi­mos a ver­nos, después de 40 años. El tiem­po había pasa­do y yo ya había per­di­do a mi her­mana y a mi madre.

- Cuan­do empezó a escribirme de nue­vo, volvió con la idea de casarnos y vivir jun­tos. Él todavía tenía los anil­los. Pero yo no quería. Via­ja­ba a Buenos Aires a vis­i­tar­lo en su cumpleaños. Le dije: “Vamos a quedar ami­gos”.”

Se escri­bieron a razón de una car­ta por día has­ta la muerte de Ramón Six­to Ríos ocur­ri­da en la Navi­dad de 1995.

“- Sus car­tas… eran todas car­tas de amor, como las del primer día. Y era tan bueno y gen­eroso: para las fies­tas me mand­a­ba pla­ta… y rega­los. Era un hom­bre com­ple­ta­mente enam­ora­do.

- ¿Y ust­ed?

- Lo quería, pero no esta­ba enam­ora­da. Creo mucho en Dios y sé que cuan­do algo me va mal es porque Dios me cas­tigó.

- ¿Dios la cas­tigó?

- Sí, porque yo lo dejé. Igual, viví un amor de leyen­da: nadie me amó como él me amó.”

Traduction des extraits de l’entrevue

« Il est venu à Hum­boldt avec une troupe de théâtre. Il jouait de la gui­tare et chan­tait — m’a dit Mer­ced­i­tas (à Luis Lan­drisci­na, l’interviewer) :

— Un soir, après avoir joué, pen­dant l’en­tracte du spec­ta­cle, il m’a invité à danser. J’ai accep­té, on a dan­sé un tan­go.

— Il me plai­sait, mais en un instant, j’ai arrêté de l’aimer. Ce fut le jour où il est venu avec les alliances pour nous fiancer. Je ne l’ai pas accep­té. C’est là que je me suis dése­n­amourée. Je ne voulais pas m’en­gager.

— Ramón était un beau jeune homme et m’a écrit des cou­plets mag­nifiques. Mais je n’ai jamais pen­sé à me mari­er. Je voulais être libre. Je ne répondais plus à ses let­tres, je ne voulais pas qu’il perde son temps avec moi. Puis il a com­mencé à m’en­voy­er d’autres let­tres, toutes avec des vers très tristes qui me fai­saient pleur­er. Je les ai tou­jours. Des vers très tristes sont sor­tis de lui, car je l’avais quit­té.

— Mais, à part Ramón, je n’ai jamais lais­sé aucun d’eux venir à la porte de ma mai­son. Tout comme je n’ai jamais pen­sé à me mari­er : je voulais être libre.

Mer­ced­i­tas m’a dit, main­tenant femme âgée, la seule fois que je l’ai vue :

— Je l’ai enten­du un jour quand j’ai allumé la radio.

— Vous saviez que c’é­tait vous ?

— Je l’ai su tout de suite.

— Et qu’avez-vous ressen­ti ?

Elle est restée en silence, elle voulait dire quelque chose, mais ne le pou­vait pas, elle enfonça la tête dans ses épaules, le regard humide regar­dant au loin.

— Est-ce que ça vous a touché le cœur ?

— Oui.

— On s’est revus après 40 ans. Le temps avait passé et j’avais déjà per­du ma sœur et ma mère (elle était orphe­line de père lors de la ren­con­tre en 1939 et devait aider aux travaux agri­coles, peut-être une des raisons de sa déci­sion de ne pas suiv­re Ramón).

— Quand il a recom­mencé à m’écrire, il est revenu avec l’idée de nous mari­er et de vivre ensem­ble. Il avait encore les alliances. Mais je ne voulais pas. Elle se ren­dit à Buenos Aires pour lui ren­dre vis­ite le jour de son anniver­saire. J’ai dit : “On va rester amis.” »

Ils se sont écrit à rai­son d’une let­tre par jour jusqu’à la mort de Ramón Six­to Ríos le jour de Noël 1995.

« — Ses let­tres… étaient toutes des let­tres d’amour, comme celles du pre­mier jour. Et il était si bon et généreux : pour les fêtes, il m’en­voy­ait de l’ar­gent… et des cadeaux. C’é­tait un homme com­plète­ment amoureux.

— Et vous ?

— Je l’aimais, mais je n’é­tais pas amoureuse. Je crois beau­coup en Dieu et je sais que quand quelque chose tourne mal, c’est parce que Dieu m’a puni.

— Dieu vous a punie ?

— Oui, parce que je l’ai lais­sé. Pour­tant, j’ai vécu un amour de légende : per­son­ne ne m’a aimé comme il m’a aimé. »

Ramón et Mercedes
Ramón et Mer­cedes

Je vous ai pro­posé un résumé, mais je suis tombé sur cette vidéo qui a en out­re l’intérêt de vous par­ler de Six­to Ramón Ríos.

Vous pou­vez faire affich­er les sous-titres dans plusieurs langues, ce qui vous facilit­era la com­préhen­sion si vous n’êtes pas his­panophone.  

Autres versions

Tout d’abord, rap­pelons qu’il s’agit d’un chamame, même s’il est d’un rythme par­ti­c­ulière­ment lent et que l’on est plus habitué à danser des chamames plus énergiques. Ce titre a été enreg­istré plus d’une cen­taine de fois, je vous présente une petite liste que vous pour­rez facile­ment enrichir de vos ver­sions préférées.

Même si Six­to Ramón Ríos l’aurait enreg­istré en 1941 chez Odeon, je n’ai pas cette ver­sion et je doute même qu’elle existe.

En revanche, en 1952, Six­to Ramón Ríos a enreg­istré le thème avec Miguel Repiso, l’année de son dépôt à la SADAIC (5 juin 1952).

Mer­ced­i­tas 1952 — Miguel Repiso y su Con­jun­to Cor­renti­no.

Il est émou­vant de penser que Ramón Ríos a don­né vie à cette mag­nifique ver­sion. On aurait aimé qu’il donne sa voix, mais il sem­blerait qu’il se soit lim­ité à la gui­tare. Miguel Repiso jouait de l’accordéon et le chanteur était Eme­te­rio Fer­nán­dez. On notera toute­fois que Miguel Repiso et Six­to Ramón Ríos étaient égale­ment chanteurs, mais pas ici.

Sixto Ramón Ríos dans l'orchestre de Miguel Repiso. Deuxième au fond sur l’image de gauche et au premier plan à gauche sur l’image de droite.
Six­to Ramón Ríos dans l’orchestre de Miguel Repiso. Deux­ième au fond sur l’image de gauche et au pre­mier plan à gauche sur l’image de droite.
Mer­ced­i­tas 1952-01-11 — Trio Coco­maro­la con Eme­te­rio Fer­nán­dez y Odilio Godoy.

J’adore cette ver­sion chamam­era. Vous y remar­querez l’accordéon. En effet, le chamame utilise cet instru­ment et pas le ban­donéon, instru­ment emblé­ma­tique du tan­go. On retrou­ve Eme­te­rio Fer­nán­dez au chant. En 1952, il était donc le spé­cial­iste de ce thème… Le duo avec Godoy donne autre dimen­sion au chant.
Le trio Coco­maro­la est com­posé de Trán­si­to Coco­maro­la, Emilio Chamor­ro et Samuel Claus.

Mer­ced­i­tas 1956 — Ernesto Mon­tiel y su Cuar­te­to San­ta Ana con Julio Luján.

Ernesto Mon­tiel est un des pio­nniers du chamame. Il était donc logique qu’il enreg­istre ce thème mag­nifique. Julio Luján ajoute sa voix à celle du gui­tariste du Cuar­te­to, Isaco Abit­bol pour for­mer le duo.

Mer­ced­i­tas 1958-09-23 — Orques­ta Sím­bo­lo Osmar Mader­na dir. Aquiles Rog­gero con Adol­fo Rivas y Car­los Raúl Aldao. C’est notre titre du jour.
Mer­ced­i­tas 1967 — Hora­cio Guarany.

Même si on peut émet­tre des réserves sur l’utilisation de l’orgue Hamond en accom­pa­g­ne­ment, c’est une bonne occa­sion pour évo­quer Hora­cio Guarany et sa voix par­ti­c­ulière.

Mer­ced­i­tas 1967 — Ramona Galarza.

C’est la ver­sion préférée de Mer­ced­i­tas (Mer­cedes Strick­ler Khalow) et le plus grand suc­cès de Ramona.

Mer­ced­i­tas 1968 — Los Trovadores. Fran­cis­co Romero, Car­los José Pino, Héc­tor Anzore­na, Damián José Sanchez y Fran­cis­co Figueroa
Mer­ced­i­tas 1970 — Ariel Ramírez.

Le mer­veilleux pianiste Ariel Ramírez qui a exploré le folk­lore et le tan­go, nous pro­pose ici une ver­sion au piano avec un léger accom­pa­g­ne­ment. Ni chamame ni tan­go, juste une caresse pour les oreilles. Même sans paroles, il fait pass­er l’émotion.

Mer­ced­i­tas 1971 — Raúl Bar­boza.

Une ver­sion orig­i­nale où les accents du chamame sont assez bien mar­qués, à com­par­er à celle qu’il enreg­istr­era 37 ans plus tard et que vous pour­rez écouter ci-dessous.

Mer­ced­i­tas 1973 — Los Chalchaleros.

Une des ver­sions les plus célèbres de Mer­ced­i­tas qui a égale­ment con­tribué à dif­fuser ce titre dans le monde.

Mer­ced­i­tas 1974 — Óscar Chávez.

Ce chanteur mex­i­cain est aus­si tombé sous le charme de cette chan­son qu’il a enreg­istré en Argen­tine pour son album « Lati­noaméri­ca Can­ta ».

Mer­ced­i­tas 1976 – San­dro.

Une ver­sion bien roman­tique par San­dro (Rober­to Sánchez Ocam­po).

Mer­ced­i­tas 1986 — Los Reyes Del Chamamé con Oscar Rios y Miguel Fer­nan­dez.

Les musi­ciens étaient, Andrés Cañete (accordéon et direc­tion), Pedro Nés­tor Cáceres (accordéon), Julio Atilio Gutiér­rez (Gui­tare) et Miguel Igna­cio Fer­nán­dez (gui­tare et voix), Nicolás Oscar Det­tler (Oscar Ríos, voix).

Mer­ced­i­tas 1982 — Duo Salteño avec Raúl Bar­boza à l’accordéon.

On retrou­ve Raúl Bar­boza qui sem­ble appré­cié de jouer cette œuvre.

Mer­ced­i­tas 1984 — Rena­to Borghet­ti.

Mer­ced­i­tas 1984 — Rena­to Borghet­ti. Le titre a eu beau­coup de suc­cès au Brésil, comme en témoignent des enreg­istrements par Bel­monte e Ama­raí, Dino Rocha, el Quin­te­to Haen­del, Tetê Espín­dola e Alzi­ra Espín­dola ou Gal Cos­ta que je vous pro­pose plus bas dans cet arti­cle. N’oublions pas que la Province de Cor­ri­entes a une fron­tière com­mune avec le Brésil. Rap­pelons que Rena­to Borguet­ti a inter­prété d’autres chamames, comme « Milon­ga para as Mis­sões » que d’aucuns pren­nent pour une milon­ga rio­platense à cause du titre…

Mer­ced­i­tas 1985 — Trío Vitale-Baraj-González (Lito Vitale-Bernar­do Baraj-Lucho González).

Atten­tion, ver­sion plus que sur­prenante. Une déstruc­tura­tion magis­trale de l’œuvre de Six­to Ramón Ríos.

Mer­ced­i­tas 1989 — Chango Spa­siuk, Lucas Spa­siuk (vio­lon) et Jorge Suligoy (Gui­tare).

Pour son pre­mier album, Chango a choisi Mer­ced­i­tas et il est accom­pa­g­né (dis­crète­ment) par son père au vio­lon).

Mer­ced­i­tas 1989 Los Chalchaleros y Chango Spa­siuk.

La même année, Chango rejoint avec son accordéon le groupe des Chalchaleros.

Mer­cedi­ta 1992 — Luis Alber­to del Paraná y los Paraguayos.

Enfin, une ver­sion qui est un chamame un peu plus énergique. À danser, en chamame… On notera toute­fois que c’est l’œuvre d’un Paraguayen (Luis Osmer Meza, alias Luis Alber­to del Paraná), mais la province argen­tine de Cor­ri­entes, est égale­ment voi­sine du Paraguay.

Mer­ced­i­tas 1993 — Rudi y Nini Flo­res.

Con­traire­ment à ce que pour­rait faire penser leurs prénoms, ce sont deux frères. Dar­do Nés­tor (Rudi) est le gui­tariste et Aveli­no (Nini) n’a pas de peau de chien, mais un ban­donéon. Ils sont tous les deux de la province e Cor­ri­entes, là où réside l’âme du chamame. Leur père était le ban­donéon­iste et com­pos­i­teur santafesino (de San­ta Fe, comme Mer­ced­i­tas…), Aveli­no Flo­res (et oui, petit frère a le même prénom que son père, ce qui devait sim­pli­fi­er la vie de famille et favoris­er l’usage de surnoms). Pour par­ler de leur inter­pré­ta­tion, je trou­ve qu’il y a un mer­veilleux équili­bre entre la gui­tare et le ban­donéon. Cha­cun vient appuy­er l’autre, sans mor­dre sur son domaine. Cer­tains pas­sages sont très chamameros et le résul­tat pour­rait plaire à de nom­breuses oreilles.

Mer­ced­i­tas 1994 — Tere­sa Par­o­di.

La voix chaude et grave de Tere­sa donne une ver­sion émou­vante.

Mer­ced­i­tas 2003 — Mateo Vil­lal­ba.

Une ver­sion à la gui­tare pour renou­vel­er l’intérêt pour le titre avec de nou­velles sonorités offertes par ce vir­tu­ose.

Mer­cedi­ta 2003 — Gal Cos­ta.

Une autre ver­sion brésili­enne. On notera que le titre est devenu Mer­cedi­ta, comme dans d’autres ver­sions brésili­ennes.

Mer­ced­i­tas 2006 — Cuar­te­to Este­ban Mor­ga­do.

On con­naît ce gui­tariste pour quelques titres dans l’univers tan­go, dont la Milon­ga de la putea­da et la More­na. Cepen­dant, dans cet enreg­istrement, il me sem­ble que la part belle est faite au vio­lon de Quique Con­domí.

Mer­ced­i­tas 2007-04-02 — Raúl Bar­boza.

Une ver­sion par l’accordéoniste vir­tu­ose Raúl Bar­boza. C’est une ver­sion instru­men­tale aux sonorités orig­i­nales. Une belle écoute en per­spec­tive et qui mon­tre l’évolution de l’artiste en 37 ans.

Mer­ced­i­tas 2007 — Trío Rodol­fo Mederos.

On con­naît Mederos pour son goût pour le tan­go nue­vo (Piaz­zol­la), mais ici, il signe une ver­sion intimiste et sim­ple.

Mer­ced­i­tas 2012 — Quin­te­to negro La Boca.

La Boca et Buenos Aires en général regorge de petits orchestres. El Quin­te­to negro en est un exem­ple. Ils cherchent à se dis­tinguer par des inter­pré­ta­tions per­son­nelles, ce qu’ils font ici, avec Mer­ced­i­tas, mais leur leader, le ban­donéon­iste Pablo Bern­a­ba com­pose égale­ment cer­taines œuvres de leur réper­toire. Je vous laisse juge et peut-être irez-vous les écouter dans quelque bar de la Boca, car il est peu prob­a­ble qu’ils ani­ment une milon­ga tra­di­tion­nelle de Buenos Aires.

Mer­ced­i­tas 2014 — Vero Pérez y Jorge Vil­lanue­va.

La chanteuse bolivi­enne qui n’hésite pas à chanter en français donne ici, une ver­sion dans lequel on recon­naît son style et sa voix par­ti­c­ulière.

Mer­ced­i­tas 2024 — Rena­to Fagun­des.

Julián Moli­na, gui­tare et voix; Adol­fo Piriz, ban­donéon; Juan José Belaustegui, gui­tare; Juan Car­do­zo, con­tre­basse; Cris­t­ian Valle­jos, voix; Rena­to Fagun­des, accordéon et direc­tion. Cette vidéo vous per­met de voir prin­ci­pale­ment Julián Moli­na et Adol­fo Piriz. Curieuse­ment, Rena­to et les autres musi­ciens n’apparaissent pas…

Voilà, les amis. Une belle et émou­vante his­toire d’amour. Peut-être que la prochaine fois que vous enten­drez ce thème, vous penserez à Mer­cedes et Ramón…

Vous avez sans doute dansé à de nombreuses reprises sur la valse Pequeña, interprétée par Alfredo De Angelis et Carlos Dante. Mais vous ne savez peut-être pas que son compositeur est Osmar Maderna et qu’Homero Expósito un des plus grands poètes du tango, a signé les paroles pour en faire ce chef-d’œuvre. Comme d’habitude, nous verrons d’autres versions, certaines pourraient vous étonner.

Pequeña 1949-10-14 — Alfredo De Angelis con Carlos Dante

Osmar Héctor Maderna Letra: Homero Aldo Expósito (Mimo)

Vous avez sans doute dan­sé à de nom­breuses repris­es sur la valse Pequeña, inter­prétée par Alfre­do De Ange­lis et Car­los Dante. Mais vous ne savez peut-être pas que son com­pos­i­teur est Osmar Mader­na et qu’Homero Expósi­to un des plus grands poètes du tan­go, a signé les paroles pour en faire ce chef‑d’œuvre. Comme d’habitude, nous ver­rons d’autres ver­sions, cer­taines pour­raient vous éton­ner.

Osmar Héctor Maderna

Osmar Mader­na est un com­pos­i­teur et chef d’orchestre qui a peu enreg­istré, notam­ment, car il est mort jeune et de façon idiote. Un acci­dent d’avion, comme Gardel, mais à la suite d’un pari stu­pide. Il a tout de même eu le temps de nous laiss­er quelques chefs d’œuvres, comme la valse Pequeña qui fut sont plus gros suc­cès.

Comme chef d’orchestre et musi­cien, son apport est un peu moins évi­dent. Il est arrivé un peu tard pour faire par­tie de l’âge d’or et il s’est chargé d’un héritage de musique clas­sique qui l’a fait qual­i­fi­er de Chopin du tan­go. Der­rière ce com­pli­ment, se cache sans doute un petit doute sur l’adaptation de sa musique à la danse tan­go. Le résul­tat est que l’on danse très rarement sur ses inter­pré­ta­tions, même celles qui pour­raient l’être dans cer­taines cir­con­stances.

Par­mi ses com­po­si­tions, on pour­rait citer (en gras, celles qu’il a enreg­istrées avec son orchestre) :

  • Amor sin adiós
  • Argenti­na campeón — Avec com­men­taires sportifs, Argen­tine cham­pi­onne de foot­ball.
  • Bar
  • Concier­to en la luna (1946) - Inspi­ra­tion musique clas­sique
  • Cuen­to azul (1943) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte
  • El vue­lo del moscardón (1946) - Inspi­ra­tion musique clas­sique d’après le vol du bour­don de Rim­sky Kor­sakov. Indans­able en tan­go.
  • En tus ojos de cielo (1944) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Berón
  • Escalas en azul (1950) - Inspi­ra­tion musique clas­sique, gammes musi­cales.
  • Fan­tasía en tiem­po de tan­go
  • Jamás retornarás (1942) (un suc­cès par Miguel Caló, coau­teur, et Raúl Berón, mais aus­si par Osval­do Frese­do et Oscar Ser­pa).          
  • La noche que te fuiste (1945) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte, Aníbal Troi­lo et Flo­re­al Ruiz et d’autres.
  • Llu­via de estrel­las (1948) - Inspi­ra­tion musique clas­sique
  • Luna de pla­ta (valse) (1943) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Iri­arte
  • Me duele el corazón (valse péru­vi­enne) (1944) (un suc­cès par Miguel Caló, Raúl Berón et lesTrovadores del Perú)         
  • Pequeña (valse) C’est notre titre du jour…
  • Qué te impor­ta que te llore (1942) — Un suc­cès par Miguel Caló et Raúl Berón. Mader­na a écrit les paroles et Caló a signé la musique.
  • Rin­cones de París (1947)
  • Volvió a llover (1947)

Orquesta Símbolo “Osmar Maderna”

Atten­tion à ne pas con­fon­dre l’Orquesta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” avec l’orchestre d’Osmar Mader­na. Cet orchestre a per­pé­tué, sous la baguette de l’ami vio­loniste de Mader­na, Aquiles Rog­gero, l’œuvre nais­sante de Mader­na.

Extrait musical

Partition de Pequeña.d’Osmar Héctor Maderna et Homero Aldo Expósito
Par­ti­tion de Pequeña.d’Osmar Héc­tor Mader­na et Home­ro Aldo Expósi­to
Pequeña 1949-10-14 — Alfre­do De Ange­lis con Car­los Dante.

Paroles

Donde el río se que­da y la luna se va…
donde nadie ha lle­ga­do ni puede lle­gar,
donde jue­gan con­mi­go los ver­sos en flor…
ten­go un nido de plumas y un can­to de amor…
Tú, que tienes los ojos moja­dos de luz
y empa­padas las manos de tan­ta inqui­etud,
con las alas de tu fan­tasía
me has vuel­to a los días
de mi juven­tud…

Pequeña
te digo pequeña
te llamo pequeña
con toda mi voz.
Mi sueño
que tan­to te sueña
te espera, pequeña,
con esta can­ción…
La luna,
¡qué sabe la luna
la dulce for­tu­na
de amar como yo…
Mi sueño
que tan­to te sueña
te espera, pequeña
de mi corazón…

Hace mucho que espero, y hará mucho más…
porque tan­to te quiero que habrás de lle­gar,
no es posi­ble que ten­ga la luna y la flor
y no ten­ga con­mi­go tus besos de amor…
Donde el río se que­da y la luna se va
donde nadie ha lle­ga­do ni puede lle­gar
con las alas de tu fan­tasía…
serás la ale­gría de mi soledad…
Osmar Héc­tor Mader­na Letra: Home­ro Aldo Expósi­to

Traduction libre

Là où la riv­ière reste et où la Lune va…
Là où per­son­ne n’est arrivé ni ne peut, arriv­er,
Où avec moi jouent les vers fleuris… (ver­sos peut sig­ni­fi­er men­songes en lun­far­do)
J’ai un nid de plumes et un chant d’amour…
Toi, qui as les yeux mouil­lés de lumière et les mains trem­pées de tant d’anxiété, avec les ailes de ton imag­i­na­tion, tu m’as ramené aux jours de ma jeunesse…

Petite
Je te le dis, petite, Je t’ap­pelle, petite, de toute ma voix.
Mon rêve, qui t’a tant rêvé t’at­tend, petite, avec cette chan­son…
La lune, que sait la Lune ?
La bonne for­tune d’aimer comme moi !
Mon rêve, qui t’a tant rêvé t’at­tend, petite de mon cœur…

Ça fait longtemps que j’attends, et je ferai bien plus…
Car je t’aime telle­ment que tu devras venir,
Il est impos­si­ble que j’aie la lune et la fleur et que je n’aie pas avec moi tes bais­ers d’amour…
Là où la riv­ière reste et où la Lune va, là où per­son­ne n’est arrivé ni ne peut arriv­er
Avec les ailes de ta fan­taisie…
Tu seras la joie de ma soli­tude…

Autres versions

Pequeña 1949-07-21 — Orques­ta Osmar Mader­na con Héc­tor de Rosas.

La ver­sion de De Ange­lis a masqué cet enreg­istrement par le com­pos­i­teur de cette valse. Cette inter­pré­ta­tion est chargée d’émotion et de déli­catesse. Si elle tourne moins fer­me­ment que celle de De Ange­lis et que donc, elle peut être moins entraî­nante, elle trou­vera tout de même une oppor­tu­nité de faire danser des danseurs curieux et qui ne craig­nent pas les valses lentes.

Pequeña 1949-10-14 — Alfre­do De Ange­lis con Car­los Dante.

C’est notre valse du jour et la référence…

Pequena 1949 - Ana Maria Gonzales.
Je n’ai pas l’en­reg­istrement Colum­bia de Pequeña par Ana Maria Gon­za­lez, cette chanteuse mex­i­caine.
Pequeña 1950-01-26 — Orques­ta Fran­cis­co Canaro con Mario Alon­so.

Il est rare de ne pas retrou­ver Canaro pour les titres à suc­cès et s’il a atten­du six mois pour l’enregistrer, Canaro l’a fait. Ce qui sur­prend dans cette ver­sion, c’est qu’elle est plus aiguë et favorise le mode majeur. La ver­sion de 1949 de Mader­na est à dom­i­nante mineure et celle de De Ange­lis, majeure pour la par­tie instru­men­tale est en mineur pour la par­tie chan­tée. Ici,

Pequeña 1952-09-30 — Orques­ta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” dir. Aquiles Rog­gero con Adol­fo Rivas

Le vio­loniste Aquiles Rog­gero était l’ami d’Osmar Mader­na et quand se dernier s’est tué avec l’avion qu’il pilotait. Il a repris l’orchestre et son style. On retrou­ve d’ailleurs la dom­i­nante du mode mineur, mode d’autant plus appro­prié, cet enreg­istrement ayant été réal­isé seule­ment un an et demi après le décès trag­ique (et stu­pide, puisque c’est à l’issue d’un pari), de l’ami et auteur.

Pequeña 1975 — Enrique Dumas.

Une mag­nifique ver­sion chan­tée qui mar­que le début du renou­veau de cette valse, un peu oubliée pen­dant la péri­ode Rock de l’Argentine.

Pequeña 1980 — Atilio Stam­pone.

Après une intro­duc­tion de vio­lon, Stam­pone déroule au piano une ver­sion orig­i­nale et expres­sive. Pas ques­tion de la danser, mais cette ver­sion peut faire rêver à la Pequeña…

Pequeña 1984 — Mer­cedes Sosa.

Une très belle ver­sion par la Negra, Mer­cedes Sosa. Pour les oreilles, pas pour les pieds, bien sûr. On notera qu’Ariel Ramirez avait aus­si enreg­istré Pequeña, en 1976.

Pequeña 1984 — Enrique Dumas chante Pequeña à Vir­ginia Luque à Grandes Val­ores del Tan­go en 1984. Une mer­veille.

Pequeña 1985 — Raúl Lav­ié con la orques­ta de Juan Car­los Cirigliano y coro.

Cette ver­sion n’est pas pour nos chers danseurs, mais plutôt pour un club devant un verre. Lav­ié, se mon­tre par­ti­c­ulière­ment expres­sif, il nous con­fie cette his­toire, prin­ci­pale­ment accom­pa­g­né par le piano jazzy de Juan Car­los Cirigliano. Le rythme de la valse s’est large­ment per­du, mais on se laisse tout de même entraîn­er par la voix chaude de Raúl Lav­ié, jusqu’à la fin du verre et de la rêver­ie. On notera le chœur féminin en fin de titre qui peut laiss­er que cette his­toire d’amour aura une fin heureuse.

Pequeña 2011 — Orques­ta Camini­to. Après une intro­duc­tion par­lée, l’orchestre Camini­to déroule une ver­sion légère qui se laisse écouter.

Pequeña 2013-08 — Orques­ta Típi­ca Sans Souci con Héc­tor De Rosas. De la réver­béra­tion, mais c’est sym­pa de voir le créa­teur de la valse, Héc­tor De Rosas repren­dre son suc­cès 64 ans plus tard…

Pequeña 2013 — Amores Tan­gos.

Une ver­sion fil­i­forme par cet orchestre atyp­ique. L’impression de boîte à musique avec une petite bal­ler­ine qui tourne à son som­met est ren­for­cée par la fin, très par­ti­c­ulière…

Pequeña 2022 — Orques­ta Román­ti­ca Milonguera con Rober­to Minon­di.

Ce bel orchestre pro­pose, ici, une ver­sion peut-être un peu rapi­de, mais servie par l’excellent ténor Rober­to Minon­di. En revanche, cette valse ne tourne peut-être pas assez rond pour être pro­posée aux danseurs exigeants.

Dédicace

Une amie, Rose­lyne D. m’a demandé des infor­ma­tions sur le tan­go et les femmes, mais elle m’a égale­ment envoyé les pho­tos de cartes doc­u­men­taires qu’elle place sur les tables de sa milon­ga. C’est ce qui m’a incité à par­ler de Pequeña.

Exemple de cartes que Roselyne met sur les tables de sa milonga.
Exem­ple de cartes que Rose­lyne met sur les tables de sa milon­ga.

Mer­ci à toi, Rose­lyne.

À bien­tôt, les amis !

Escalas en azul 1950-05-17 — Orquesta Osmar Maderna

Osmar Maderna

Vous n’avez sans doute jamais dan­sé sur des musiques de Mader­na et c’est sans doute ras­sur­ant quant aux choix des DJ. Cepen­dant, la cul­ture tan­go va au-delà de la danse et il me sem­ble intéres­sant de s’intéresser à cet OVNI du tan­go qu’est Osmar Mader­na. Je vous invite à gravir les degrés d’une gamme bleue pour décou­vrir ce com­pos­i­teur et chef d’orchestre à part.

 Extrait musical

Par­ti­tion de Escalas en azul de Osmar Mader­na.
Escalas en azul 1950-05-17 — Orques­ta Osmar Mader­na

Il n’est pas très dif­fi­cile de devin­er d’où vient le titre. Le terme de escalas en musique peut être traduit par gammes. On notera que le piano joue tout au long de l’œuvre des gammes, c’est-à-dire des suc­ces­sions de notes ascen­dantes ou descen­dantes. Ce style orne­men­tal est typ­ique de Mader­na.
Le reste de l’orchestre sem­ble dédié à l’accompagnement du piano qui voltige au-dessus des autres instru­ments.
Le tem­po est bien mar­qué, souligné par les ban­donéons et les cordes qui effectuent des paus­es précédées d’élans, un peu comme dans une ranchera.
La musique est inter­prétée de façon vir­tu­ose qui donne une impres­sion de très grande vitesse.
Des danseurs piégés par un DJ facétieux qui se retrou­veraient sur la piste pour­raient s’appuyer sur cette présence du rythme pour garder une cadence raisonnable et ne pas se lancer dans des pas fébriles et ridicule­ment rapi­des.
Même si on n’est pas dans un rythme ter­naire de valse, une éventuelle inter­pré­ta­tion dan­sée de ce titre pour­rait s’apparenter à celui d’une valse. Des temps bien mar­qués et des mou­ve­ments tour­nants, toniques, mais pas ver­tig­ineux.
On notera les nom­breux change­ments de tonal­ité et la richesse des vari­a­tions et des par­ties. On est plus en face d’une com­po­si­tion de musique clas­sique que d’un tan­go tra­di­tion­nel.
Je ne vous encour­agerai pas à danser ce titre, mais à l’écouter atten­tive­ment, assuré­ment.
Osmar Mader­na

Mader­na a rel­a­tive­ment peu enreg­istré. Avec un peu plus d’une soix­an­taine d’enregistrements, c’est presque éton­nant que son nom nous soit par­venu.

Des orchestres plus pro­lifiques sont passés aux oubli­ettes.

Les musiciens de Maderna

Il a com­mencé à enreg­istr­er en 1946, en Uruguay, puis, la même année pour la Vic­tor, et cela jusqu’en 1951. Les musi­ciens des derniers enreg­istrements sont un peu dif­férents, mais je vous pro­pose ici, ceux qui ont par­ticipé à l’enregistrement de Escalas en azul, enreg­istré le 17 mai 1947.
Osmar Mader­na (Direc­tion et piano)
Felipe Ric­cia­r­di, Eduar­do Rovi­ra, José Cam­bareri et Leopol­do Fed­eri­co (ban­donéon). Comme on peut le remar­quer, des musi­ciens de pre­mier plan et plutôt vir­tu­os­es.
Aquiles Rog­gero, Harol­do Ghe­sagui et Angel Bodas (vio­lon)
Ariel Ped­ern­era (con­tre­basse)

Une par­tie de ces musi­ciens vient, tout comme Mader­na (qui avait rem­placé Stam­poni au piano en 1939), de l’orchestre de Miguel Caló (1941–1945), ce sont donc des estrel­las (étoiles). Ces transfuges sont :
Felipe Ric­cia­r­di et José Cam­bareri (le mage du ban­donéon, con­nu pour ses tem­pos de folie). Atten­tion, au pupitre des ban­donéons de Caló, on trou­ve aus­si un Fed­eri­co, Domin­go de son prénom, mais il n’est pas appar­en­té à Leopol­do.
À la con­tre­basse, c’est le même Ariel Ped­er­na qui œuvre.

Pour l’anecdote, on notera qu’il y avait un vio­loniste prénom­mé Aquiles dans les deux orchestres. Aguilar pour Caló et Rog­gero pour Mader­na. Ce dernier, Aguilar Rog­gero, dirig­era un orchestre en l’honneur de Mader­na qui était décédé dans un acci­dent d’avion (28/04/1951), l’orchestre Sím­bo­lo “Osmar Mader­na”.

La Orquesta Símbolo “Osmar Maderna”

L’année suiv­ant la mort de Mader­na, l’orchestre Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” reprend une par­tie du réper­toire et des com­po­si­tions de Mader­na.
Orlan­do Tripo­di rem­place Osmar Mader­na au piano.
Aquiles Rog­gero, con­tin­ue à tenir le vio­lon, tout en dirigeant et étab­lis­sant les arrange­ments de l’orchestre. Le pupitre des vio­lons est com­plété par Car­los Tav­er­na, Edmun­do Baya, et Este­ban Cañete.
Au ban­donéon, on retrou­ve Felipe Ric­cia­r­di, son frère Jorge, Héc­tor Let­tera et Toto Pan­ti pour com­pléter le pupitre des ban­donéons.
Víc­tor Mon­teleone tient la con­tre­basse.

L’orchestre sem­ble avoir cessé les enreg­istrements après la mort de Aquiles Rog­gero, ce dernier étant juste­ment mort d’une crise car­diaque lors d’une séance, en 1977. Ces enreg­istrements ne sem­blent pas avoir été pub­liés.

Autres versions

Escalas en azul 1950-05-17 — Orques­ta Osmar Mader­na. C’est notre tan­go du jour.
Escalas en azul 1959-06-17 — Orques­ta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” dir. Aquiles Rog­gero.

Un immense mer­ci au col­lègue et col­lec­tion­neur Michael Sat­tler qui m’a procuré ce titre en bonne qual­ité.

Cette ver­sion est proche de celle enreg­istrée en 1950, comme on peut l’entendre et même voir dans l’illustration ci-dessous. Le tem­po est le même, les paus­es sont syn­chro­nisées et les deux ver­sions peu­vent être jouées ensem­ble durant les 40 pre­mières sec­on­des sans prob­lèmes nota­bles.

En haut, en vert la ver­sion de 1950 par Osmar Mader­na. En bas, en vio­let, la ver­sion de 1959 par la Orques­ta Sím­bo­lo.

Cette simil­i­tude vrai­ment frap­pante est la preuve que l’hommage à Osmar Mader­na, trag­ique­ment dis­paru n’est pas seule­ment dans le nom de l’orchestre, mais aus­si dans le respect de son style.

Ce respect est peut-être une autre expli­ca­tion, avec sa mort gardeli­enne, du fait que Mader­na n’est pas tombé dans l’oubli. Les ver­sions bril­lantes étaient bien adap­tées aux années 60–70, années où la danse était passé au sec­ond plan.

Selec­ción de Osmar Mader­na 1968 (Pot­pour­ri) — Orques­ta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” dir. Aquiles Rog­gero.

Encore dix ans plus tard, une autre ver­sion de Escalas en azul. Ce pot­pour­ri com­porte trois titres com­posés par Mader­na ; Escalas en azul, Llu­via de estrel­las et Concier­to en la luna. Un DJ facétieux pour­rait en faire une tan­da…
Dans ces trois titres, on recon­naît la prépondérance du piano, comme dans les enreg­istrements de Mader­na. La tâche de Orlan­do Tripo­di a été de con­tin­uer à faire vivre le style de jeu si par­ti­c­uli­er de Mader­na.

Ce titre, comme la plu­part des enreg­istrements de Mader­na, n’est pas des­tiné à la danse, tout comme son célèbre vol du bour­don (El vue­lo del moscardón) qu’il a adap­té de l’œuvre de Niko­lai Rim­sky-Kor­sakov et que je vous pro­pose d’écouter pour ter­min­er ce petit hom­mage à Osmar Mader­na.

El vue­lo del moscardón 1946-05-13 — Orques­ta Osmar Mader­na.

Dans ce thème, le piano est le bour­don qui volette et la sen­sa­tion de rapid­ité est encore plus vive que dans notre tan­go du jour. L’orchestre est moins présent pour don­ner tout son envol au bour­don à dents blanch­es et noires.

El vue­lo del moscardón

À bien­tôt, les amis !

Y todavía te quiero 1956-06-21 — Orquesta Osvaldo Pugliese con Jorge Maciel

Luciano Leocata Letra: Abel Mariano Aznar

Voici le type même du tan­go qui rendait fou Jorge Luis Borges. Du sen­ti­men­tal à haute dose, pour lui qui ne voy­ait dans le tan­go que des affaires de com­padri­tos, des his­toires d’hommes vir­ils dans les zones inter­lopes des bas quartiers de Buenos Aires. Il vouait une haine féroce à Gardel, l’accusant d’avoir dénaturé le tan­go en le ren­dant niais. Mais comme le mal est fait, plon­geons-nous avec délice, ou hor­reur, dans la guimauve du sen­ti­men­tal­isme.

Extrait musical

Y todavía te quiero 1956-06-21 — Orques­ta Osval­do Pugliese con Jorge Maciel
Par­ti­tion des édi­tions Julio Korn avec Pacheco en cou­ver­ture.

Paroles

C’est le genre de tan­go où les Argentins s’exclament « ¡Que letra, por Dios! »

Cada vez que te ten­go en mis bra­zos,
que miro tus ojos, que escu­cho tu voz,
y que pien­so en mi vida en peda­zos
el pago de todo lo que hago por vos,
me pre­gun­to: ¿por qué no ter­mi­no
con tan­ta amar­gu­ra, con tan­to dolor?…
Si a tu lado no ten­go des­ti­no…
¿Por qué no me arran­co del pecho este amor?

¿Por qué…
sí men­tís una vez,
sí men­tís otra vez
y volvés a men­tir?…

¿Por qué…
yo te vuel­vo a abrazar,
yo te vuel­vo a besar
aunque me hagas sufrir?

Yo sé
que es tu amor una heri­da,
que es la cruz de mi vida,
y mi perdi­ción…

¿Por qué
me ator­men­to por vos
y mi angus­tia por vos
es peor cada vez?…

¿Y por qué,
con el alma en peda­zos,
me abra­zo a tus bra­zos,
si no me querés ?

Yo no puedo vivir como vivo…
Lo sé, lo com­pren­do con toda razón,
sí a tu lado tan sólo reci­bo
la amar­ga cari­cia de tu com­pasión…

Sin embar­go… ¿Por qué yo no gri­to
que es toda men­ti­ra, men­ti­ra tu amor
y por qué de tu amor nece­si­to,
sí en él sólo encuen­tro mar­tirio y dolor?

Luciano Leo­ca­ta Letra: Abel Mar­i­ano Aznar

Traduction libre et indications

Chaque fois que je te tiens dans mes bras, que je regarde tes yeux, que j’écoute ta voix, et que je pense à ma vie en miettes, au prix de tout ce que je fais pour toi, je me demande :
Pourquoi je n’arrête pas avec tant d’amertume, avec tant de douleur ?…
Si à tes côtés, je n’ai pas d’avenir…
Pourquoi est-ce que je n’arrache pas cet amour de ma poitrine ?
Pourquoi…
si vous mentez une fois, si vous mentez encore recom­mencez à men­tir ?… (là, on passe au vou­voiement, ce qui n’est pas habituel en Argen­tine. Est-ce une façon de pren­dre ses dis­tances ?).
Pourquoi…
Je te reprends dans mes bras, je t’embrasse à nou­veau bien que tu me fass­es souf­frir ?
Je sais que ton amour est une blessure, qu’il est la croix de ma vie, et ma perte…
Pourquoi est-ce que je me tour­mente pour toi et que mon angoisse pour toi est pire chaque fois ?…
Et pourquoi, avec mon âme en morceaux, je me serre dans tes bras, si tu ne m’aimes pas ?
Je ne peux pas vivre comme je vis… je le sais, je le com­prends avec toute ma rai­son, si je ne reçois à tes côtés que l’amère caresse de ta com­pas­sion…
Cepen­dant… Pourquoi je ne crie pas que tout est men­songe, men­songe ton amour et pourquoi ai-je besoin de ton amour, si je n’y trou­ve que le mar­tyre et la douleur ?

Autres versions

L’année de la sor­tie de ce titre, en 1956 le suc­cès fut immense et tous les orchestres ayant une fibre sen­ti­men­tale, ou pas, ont essayé de l’enregistrer. Pas moins de 11 enreg­istrements en cette année 1956, sans doute un record pour un titre.
Prenez votre mou­choir, on retourne en 1956, année roman­tique.

Y todavía te quiero 1956 — Héc­tor Pacheco y su Orques­ta dir. por Car­los Gar­cía. Avec les clo­chettes du début, une ver­sion kitch à souhait.

C’est peut-être la pre­mière ver­sion, car il tra­vail­la étroite­ment avec Leo­ca­ta à par­tir de cette époque. On trou­ve égale­ment son por­trait sur la par­ti­tion éditée par Julio Korn.

Y todavía te quiero 1956-02-17 — Orques­ta Argenti­no Galván con Jorge Casal.

Jorge Casal est aus­si un bon can­di­dat pour être le pre­mier, pour les mêmes raisons que Pacheco, sauf la pho­to sur la par­ti­tion.

Y todavía te quiero 1956-03-22 — Orques­ta Sím­bo­lo “Osmar Mader­na” dir. Aquiles Rog­gero con Hora­cio Casares
Y todavía te quiero 1956-05-18 — Orques­ta Alfre­do De Ange­lis con Oscar Lar­ro­ca
Y todavía te quiero 1956-06-11 — Orques­ta José Bas­so con Flo­re­al Ruiz
Y todavía te quiero 1956-06-21 — Orques­ta Osval­do Pugliese con Jorge Maciel. C’est notre tan­go du jour.
Y todavía te quiero 1956-06-29 — Orques­ta Domin­go Fed­eri­co con Arman­do Moreno
Y todavía te quiero 1956-07-24 — Orques­ta Héc­tor Varela con Rodol­fo Lesi­ca
Y todavía te quiero 1956-07-25 — Alber­to Morán con acomp. de Orques­ta dir. Arman­do Cupo
Y todavía te quiero 1956-10-19 — Orques­ta Car­los Di Sar­li con Rober­to Flo­rio
Y todavía te quiero 1956-12-10 — Orques­ta Juan D’Arienzo con Lib­er­tad Lamar­que

Et un enreg­istrement qui a raté la fenêtre en arrivant l’année suiv­ante…

Y todavía te quiero 1957 — Los Señores Del Tan­go con Oscar Ser­pa

Par la suite, d’autres orchestres ont enreg­istré, mais je vous pro­pose pour ter­min­er et les encour­ager Los Caballeros del Tan­go qui est un orchestre de jeunes Colom­bi­ens. La chanteuse est Nathalie Giral­do (Nag­i­ca).

Los Caballeros del Tan­go inter­prè­tent Y todavia te quiero (2022).

Cela fait plaisir de voir que la généra­tion Z con­tin­ue de s’intéresser au tan­go. Atten­dons qu’ils pren­nent un peu d’assurance pour qu’ils assurent la relève.

Histoire de « Y »

Non, je ne vais pas vous par­ler de la généra­tion Y, celle qui a suc­cédé aux X, V Baby-boomers, mais plutôt de la let­tre Y qui précède le titre de ce tan­go. Y en espag­nol, c’est et. En voici l’histoire, telle qu’on la racon­te générale­ment dans le petit monde du tan­go.

La SADAIC est l’organisme qui enreg­istre les morceaux de musique en Argen­tine et qui dis­tribue les droits d’auteurs en fonc­tion des mérites respec­tifs de cha­cun des auteurs (je sais, c’est pure­ment théorique ; —).
Donc, quand Luciano Leo­co­ta a voulu dépos­er la musique du tan­go « Volve­mos a quer­ernos » le 13 mai 1948, il n’a pas pu le faire, car ce titre était déjà pris.
J’ai voulu savoir quel était ce Volve­mos a quer­ernos ini­tial. J’ai donc con­sulté le reg­istre de la SADAIC et il y a bien deux musiques avec un titre proche. Mais la sur­prise est à venir :

Sous le numéro 333294, on trou­ve une œuvre enreg­istrée en 1988, soit 40 ans après la soi-dis­ant date de col­li­sion des titres.

Reg­istra­da el 01/12/1988
T | VOLVAMOS A QUERERNOS OTRA
SANCHEZ NESTOR FERNANDO / BELLATO MARIA GABRIELA

On notera que le titre est VolvA­mos a quer­ernos et pas VolvE­mos a quer­ernos.
Mais il y a une deux­ième sur­prise lorsque l’on véri­fie l’enregistrement du tan­go déposé par Leo­co­ta et Aznar :

4772 | ISWC T0370051196
Reg­istra­da el 13/05/1948
T | Y VOLVEMOS A QUERERNOS (C’est le titre que nous con­nais­sons)
S | VOLVAMOS A QUERERNOS (Avec VolvA­mos), le sous-titre apporte une autre vari­ante.
S | CHANTER LEOCATA AZNAR
S | Y VOLVAMOS A QUERERNOS LEOCATA AZ
AZNAR MARIANO ABEL
LEOCATA LUCIANO

Il se peut donc que ce titre ait été enreg­istré ailleurs qu’en Argen­tine et je me suis tourné vers Leo Mari­ni, un chanteur Argentin par­ti en 1950 à Cuba, Che. Juste­ment, celui-ci a enreg­istré un boléro nom­mé « Volva­mos a quer­ernos ». Je le pro­pose donc comme can­di­dat pour la col­li­sion.
Cepen­dant, j’ai un autre can­di­dat…
Il s’agit de Y no te voy a llo­rar.

1200 | ISWC T0370013629
Reg­istra­da el 16/03/1948
T | NO TE VOY A LLORAR
CALO MIGUEL/NIEVAS ROBERTO HIGINIO

L’intrus est dans ce cas une com­po­si­tion de Miguel Calo déposée en mars.

# 28897 | ISWC T0370310761
Reg­istra­da el 31/08/1953
T | Y NO TE VOY A LLORAR
S | NO TE VOY A LLORAR
AZNAR MARIANO ABEL
LEOCATA LUCIANO

Ce dépôt est postérieur à celui de Y Volve­mos a quer­ernos, et il n’est donc sans doute pas le pre­mier.
Je ne suis pas cer­tain d’avoir trou­vé le « gêneur », ni même si cette his­toire est vraie. ET vous allez me faire remar­quer que je par­le d’un tan­go dif­férent et vous avez tout à fait rai­son. Je reviens donc au Y.
Si Y Volve­mos a quer­ernos est le pre­mier de la série des com­po­si­tions de Leo­ca­ta à être précédé d’un Y, beau­coup de ses com­po­si­tions (env­i­ron 1/3) subiront le même sort. C’est devenu sa mar­que de fab­rique.

Œuvres avec enreg­istrement disponible

  • Y volve­mos a quer­ernos 1949 (déposé à la SADAIC le 13 mai 1948)
  • Y mientes todavía 1950 (Déposé à la SADAIC le 23 octo­bre 1950)
  • Y no te voy a llo­rar 1953 (déposé à la SADAIC le 16 mars 1948) avec la col­li­sion de noms avec un titre de Miguel Calo).
  • Y todavía te quiero 1956 (notre titre du jour, déposé à la SADAIC le 18 jan­vi­er 1956). Il y a 22 thèmes avec un titre sim­i­laire, voire exacte­ment le même. La règle de ne pas avoir deux œuvres du même nom sem­ble avoir sauté… Le plus ancien sem­ble être notre tan­go, car si plusieurs enreg­istrements ne sont pas datés, celui-ci a le numéro le plus petit.
  • Y te ten­go que esper­ar 1957 (déposé à la SADAIC le 8 mars 1957)

Œuvres prob­a­ble­ment sans enreg­istrement disponible.

  • Y a mi me gus­ta el tan­go (déposé à la SADAIC le 19 mai 1981)
  • Y desho­jan­do el tiem­po (déposé à la SADAIC le 13/03/1992)
  • Y el invier­no que­da atrás (déposé à la SADAIC le 8 juil­let 2003)
  • Y esperan­do tu regre­so (déposé à la SADAIC le 20 octo­bre 2005)
  • Y estás deses­per­a­do (déposé à la SADAIC le 6 novem­bre 1978)
  • Y este es el amor (déposé à la SADAIC le 15 décem­bre 1995)
  • Y fue en aquel mes de mayo (déposé à la SADAIC le 18 mars 1998)
  • Y fue tan solo por amor (déposé à la SADAIC le 14 mars 1990)
  • Y fue un sueño imposi­ble (déposé à la SADAIC le 6 avril 1976)
  • Y hoy vuel­vo a revivir (déposé à la SADAIC le 17 novem­bre 1989)
  • Y la quise con locu­ra (déposé à la SADAIC le 17 sep­tem­bre 1981)
  • Y la vida sigue igual (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)
  • Y le can­to a mi ciu­dad (déposé à la SADAIC le 8 avril 1991)
  • Y men­ti­ra fue tu amor (déposé à la SADAIC le 6 mai 1971)
  • Y no fue sin quer­er (déposé à la SADAIC le 22 mai 1989)
  • Y no me cuentes tu tris­teza (déposé à la SADAIC le 1er août 1984)
  • Y no pudieron sep­a­rarnos. Ce titre men­tion­né par Ana­maria Blas­seti n’est pas dans le list­ing de la SADAIC. J’ai véri­fié les œuvres déposées par le co-auteur men­tion­né, Félix Are­na (Rosario), la seule œuvre avec Y est Y men­ti­ra fue tu amor de 1971 et aucune autre de ses pro­duc­tions a un titre approchant.
  • Y no puedo vivir sin vos (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)
  • Y no te creo (déposé à la SADAIC le 17 mai 1955)
  • Y para qué seguir fin­gien­do (déposé à la SADAIC le 15 décem­bre 1993)
  • Y pre­tendes que empece­mos otra vez (déposé à la SADAIC le 24 févri­er 1982)
  • Y quiero estar a tu lado (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)
  • Y quiero que vuel­vas a mí (déposé à la SADAIC le 14 mars 1990)
  • Y rog­a­ré por vos (déposé à la SADAIC le 6 févri­er 1975)
  • Y te acordás que fue una tarde (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)
  • Y te deje par­tir (déposé à la SADAIC le 19 avril 2005)
  • Y todo es men­ti­ra (déposé à la SADAIC le31 jan­vi­er 1958)
  • Y unire­mos nue­stro amor (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)
  • Y viva­mos nue­stro car­naval (déposé à la SADAIC le 15 décem­bre 1980)
  • Y vuel­vo a ser felix (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)
  • Y yo tenía quince años (déposé à la SADAIC le 27 mai 2002)

Cela fait une belle liste. À ma con­nais­sance, seuls les titres où j’ai indiqué la date ont été enreg­istrés (j’ai men­tion­né la date du plus ancien enreg­istrement con­nu).

À demain, les amis !

Fueron tres años 1956-05-18 — Orquesta Héctor Varela con Argentino Ledesma

Juan Pablo Marín (musique et paroles)

Lorsque Varela lance les qua­tre notes ini­tiales, tous les danseurs réagis­sent. Elles raison­nent comme le pom pom pom pom de la 5e sym­phonie de Beethoven. Le des­tin des danseurs est fixé, ils doivent danser ce titre. Cette fas­ci­na­tion date des pre­miers temps de ce titre qui a été enreg­istré, il n’y a pas trois ans, mais 68 ans et il nous par­le tou­jours.

Le pom pom pom pom de Varela dans la ver­sion avec Ledes­ma.

Même si la par­ti­tion ne com­porte que les notes en rouge pour les trois pre­mières notes, Varela fait jouer une dou­ble croche à la place de la croche du début de la sec­onde mesure à ses vio­lons. C’est rel­a­tive­ment dis­cret. Je l’ai indiqué en plaçant deux points rouges avec un petit point bleu au cen­tre. Varela fait jouer les deux petits points à la place de la croche qu’ils enca­drent. Cela cor­re­spond aux paroles (me/ha), Ledes­ma chan­tant deux syl­labes sur une seule note ; Varela demande à ses vio­lons de faire pareil, par un très léger accent. On se retrou­ve donc avec env­i­ron trois dou­ble croches (No-me-ha), puis la croche pointée (las). On notera que les vio­lons, comme Ledes­ma, chantent le (las) sur la note supérieure de l’accord (dernière note en rouge).
Cela atténue la syn­cope ini­tiale que devrait provo­quer l’anacrouse avec la dou­ble croche ini­tiale suiv­ie d’une croche. L’interprétation est plus proche de trois dou­bles croches, ce qui est sem­blable aux coups du des­tin dans la cinquième sym­phonie de Beethoven. Trois coups brefs suivi d’un plus long. Varela utilise une mon­tée à la quinte, alors que Beethoven utilise une descente à la tierce. Ce démar­rage est dif­férent suiv­ant les orchestres et si Varela l’utilise pour la ver­sion de 1973, il ne le fait pas pour la ver­sion chan­tée par Mau­ré enreg­istrée la même année (1956).
À la fin de la croche pointée rouge, on trou­ve (te-so-ro-mi) sur trois dou­ble croches et une croche qui fait dur­er le dou­ble de temps le (mi), puis le (o) qui dis­pose de toute une noire et qui dure donc qua­tre fois plus longtemps que les trois pre­mières notes bleues.

Juan Pablo Marín

Juan Pablo Marín était gui­tariste et a écrit trois titres un peu con­nus. Fueron tres años, notre tan­go du jour en 1956, et l’année suiv­ante, Reflex­ionemos qui a été enreg­istré trois fois en 1957, par Mau­ré, Gob­bi et Nina Miran­da et Ser­e­na­ta mía enreg­istré par Car­los Di Sar­li avec le duo de Rober­to Flo­rio et Jorge Durán. Ces deux titres de 1957 ne sont pas com­pa­ra­bles avec Fueron tres años ce qui explique un peu leur oubli. Je les laisse donc tran­quille­ment dormir pour vous offrir notre tan­go du jour.

Extrait musical

Fueron tres años 1956-05-18 — Orques­ta Héc­tor Varela con Argenti­no Ledes­ma.
Par­ti­tion de Fueron tres años

Paroles

No me hablas, tesoro mío,
no me hablas ni me has mira­do.
Fueron tres años, mi vida,
tres años muy lejos de tu corazón.
¡Háblame, rompe el silen­cio!
¿No ves que me estoy murien­do?
Y quí­tame este tor­men­to,
porque tu silen­cio ya me dice adiós.

¡Qué cosas que tiene la vida!
¡Qué cosas ten­er que llo­rar!
¡Qué cosas que tiene el des­ti­no!
Será mi camino sufrir y penar.
Pero deja que bese tus labios,
un solo momen­to, y después me voy;
y quí­tame este tor­men­to,
porque tu silen­cio ya me dice adiós.

Aún ten­go fuego en los labios,
del beso de des­pe­di­da.
¿Cómo pen­sar que men­tías,
sí tus negros ojos llora­ban por mí?
¡Háblame, rompe el silen­cio!
¿No ves que me estoy murien­do?
Y quí­tame este tor­men­to,
porque tu silen­cio ya me dice adiós.

Juan Pablo Marín (musique et paroles)

Traduction libre

Tu ne me par­les pas, mon tré­sor,
Tu ne me par­les pas ni ne m’as regardé.
Ce furent trois ans, ma vie,
trois ans très loin de ton cœur.
Par­le-moi, rompt le silence !
Ne vois-tu pas que je suis en train de mourir ?
Et ôte-moi ce tour­ment,
car ton silence, déjà, me dit adieu.

Que de choses tient la vie !
Que de choses à tenir pour pleur­er !
Que de choses tient le des­tin !
Ce sera mon chemin, souf­frir et être peiné.
Mais laisse-moi bais­er tes lèvres,
un seul instant, et ensuite je m’en vais ;
Et enlève-moi ce tour­ment,
car ton silence, déjà, me dit adieu.

J’ai encore du feu sur les lèvres,
du bais­er d’adieu.
Com­ment penser que tu men­tais,
quand tes yeux noirs pleu­raient pour moi ?
Par­le-moi, rompt le silence !
Ne vois-tu pas que je suis en train de mourir ?
Et ôte-moi ce tour­ment,
car ton silence, déjà, me dit adieu.

Autres versions

Seules les deux ver­sions de Varela avec Ledes­ma et Fal­cón sont courantes, pour­tant d’autres méri­tent d’être écoutées, voire dan­sées.

Fueron tres años 1956 — Héc­tor Mau­ré con acomp. de Orques­ta Héc­tor Varela.

Cette ver­sion n’est pas pré­cisé­ment datée. Elle est peut-être postérieure à celle avec Ledes­ma, mais j’ai souhaité la met­tre en pre­mier pour la met­tre en valeur. Même si ce n’est pas une ver­sion de danse, elle est mag­nifique et je pense que vous aurez plaisir à l’écouter. On notera que le début est dif­férent. On peut l’attribuer au fait que Ledes­ma chante durant tout le titre et que par con­séquent, faire un pre­mier pas­sage instru­men­tal aurait été trop long. Varela l’a donc rac­cour­ci et il n’y a pas le pom pom pom pom ini­tial.

Fueron tres años 1956-05-18 — Orques­ta Héc­tor Varela con Argenti­no Ledes­ma. C’est notre tan­go du jour.
Fueron tres años 1956-06-18 — Orques­ta Gra­ciano Gómez con Nina Miran­da.

Le pom pom pom pom est rem­placée une mon­tée des cordes et ban­donéons. Cela donne un départ assez spec­tac­u­laire et très dif­férent. On con­nait Nina Miran­da, une des grandes chanteuses uruguayennes. C’est vif et enlevé, mais ça manque sans doute de l’émotion que l’on trou­ve dans les ver­sions de Varela.

Fueron tres años 1956-06-25 — Jorge Vidal con gui­tar­ras.

Un mois après la ver­sion enreg­istrée par Varela avec Ledes­ma, Jorge Vidal pro­pose une ver­sion en chan­son accom­pa­g­née par des gui­tares. On est dans un tout autre reg­istre. Je trou­ve que l’on perd, là aus­si un peu d’émotion.

Fueron tres años 1956-07-18 — Orques­ta Sím­bo­lo ‘Osmar Mader­na’ dir. Aquiles Rog­gero con Jorge Hidal­go.

Rog­gero choisit la même option que Gómez, un debut lié, mais plus doux.

Fueron tres años 1956-07-27 — Orques­ta Enrique Mario Franci­ni con Alber­to Podestá.

Des nuances sans doute un peu exagérées démar­rent le thème, avec des vio­lons énervés. Podestá qui fait un peu de même ne me sem­ble pas totale­ment con­va­in­cant. C’est de toute façon une ver­sion d’écoute et j’ai donc une excuse pour ne pas la pass­er en milon­ga…

Fueron tres años 1956-08-06 — Orques­ta Dona­to Rac­ciat­ti con Olga Del­grossi

On trou­ve pour la même année, 1956, une ver­sion de Rodriguez avec Moreno, mais j’ai un gros doute, car je n’y recon­nais ni l’un ni l’autre dans cette inter­pré­ta­tion qui de toute façon n’a rien de génial. Je préfère m’abstenir… Il y a donc au moins huit ver­sions et peut-être plus enreg­istrées sur la seule année 1956.
Il fau­dra atten­dre 1973, pour que Varela relance la machine à tubes (pour les non-fran­coph­o­nes, machine à suc­cès). Cette fois avec Jorge Fal­cón.

Fueron tres años 1973 — Orques­ta Héc­tor Varela con Jorge Fal­cón.

C’est une autre sub­lime ver­sion, bra­vo, Mon­sieur Varela, trois ver­sions mer­veilleuses du même thème, cha­peau bas !

Fueron tres años 1974 — Orques­ta Jorge Drag­one Con Diego Solis.

Ce n’est pas inin­téres­sant. Nous n’aurions pas les ver­sions de Varela, on s’en con­tenterait peut-être. Ces artistes méri­tent cepen­dant une écoute et comme ils ont enreg­istré dans un réper­toire proche, on peut même faire une tan­da pour accom­pa­g­n­er ce titre.

Fueron tres años 2014 — Sex­te­to Milonguero con Javier Di Ciri­a­co.

C’est dom­mage que cet orchestre ne soit plus. Il avait une sym­pa­thique dynamique impul­sée par son chanteur et directeur. On en a peut-être abusé, mais c’était un des orchestres qui avait un style qui n’était pas qu’une copie de ceux du passé. Je les avais fait venir au fes­ti­val Tan­go­postale de Toulouse lorsque j’étais en charge des orchestres de bals et ils furent épous­tou­flants et en plus, ils fai­saient du trop­i­cal génial qu’il est dom­mage de ne pas plus avoir dans leurs dis­ques, tournés sur le tan­go.

Fueron tres años 2016-12 — Orques­ta Román­ti­ca Milonguera con Rober­to Minon­di.

Un autre orchestre qui a cher­ché un style pro­pre et qui l’a trou­vé. La très belle voix de Rober­to Minon­di et la sonorité par­ti­c­ulière de l’orchestre donne une autre teinte au titre.

Fueron tres años 2018 — Cuar­te­to Mulen­ga con Max­i­m­il­iano Agüero.

L’orchestre mar­que son orig­i­nal­ité en déplaçant la syn­cope ini­tiale du désor­mais fameux pom pom pom pom…

Fueron tres años 2023 — Con­junc­to Berretin con Megan Yvonne.

La ver­sion la plus récente en ma pos­ses­sion de ce titre. Si vous aimez, vous pou­vez acquérir une ver­sion en haute qual­ité sur Band­Camp https://tangoberretin.bandcamp.com/album/tangos-del-berretin.

Même si j’ai un faible pour les ver­sions de Varela, je pense que vous avez écouté des choses qui vous plaisent dans ce tan­go tardif, puisque né après l’âge d’or du tan­go de danse. Si vous n’aimez rien de tous ces titres, je vous pro­pose quelque chose de très dif­férent qui prou­ve le suc­cès majeur de ce thème écrit il y a 68 ans…

Fueron tres años — Los Rangers De Venezuela.

Aïe, ne me tapez pas sur la tête ! Vous avez la preuve que ce n’est pas néces­saire… C’est la corti­na…
Je vous pro­pose de retrou­ver tout de suite votre titre préféré dans la liste qui précède.

À demain les amis !

Hablame, rompe silen­cio.