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Cortinas dansables et intermèdes L’ami Christian (CCT), fin observateur du monde de la milonga, lance une bouteille à la mer sur le thème de la cortina. Comme il a la gentillesse de me demander de réagir et que je suis un garçon relativement obéissant, voici ma réponse…

Cortinas dansables et intermèdes

L’ami Chris­t­ian (CCT), fin obser­va­teur du monde de la milon­ga, lance une bouteille à la mer sur le thème de la corti­na. Comme il a la gen­til­lesse de me deman­der de réa­gir et que je suis un garçon rel­a­tive­ment obéis­sant, voici ma réponse…

CCT, les ques­tions de Chris­t­ian — BYC mes répons­es

CCT : Doit-on danser pendant les cortinas ?

CCT : « Il y a deux écoles. Et ça dépend un peu des DJ. En principe (vous l’avez com­pris), la corti­na est une rup­ture entre deux tan­das qui doit per­me­t­tre à chacun(e) de retrou­ver sa place. Env­i­ron une minute d’une musique qui n’a rien à voir avec le tan­go. »

BYC : La corti­na ne devrait pas se danser, tout au moins dans les milon­gas tra­di­tion­nelles, pour deux raisons prin­ci­pales :

  1. L’invitation à la mira­da néces­site d’avoir une vue dégagée sur les parte­naires poten­tiels. Si la piste ne se vide pas, on ne voit pas ceux qui sont de l’autre côté de la piste. Dans les milon­gas tra­di­tion­nelles, il y a des tables et donc, le DJ doit met­tre une corti­na suff­isam­ment longue pour que les danseurs aient le temps de retourn­er à leur place et éventuelle­ment de se rafraichir en scru­tant les autres tables pour choisir leur prochain parte­naire.
  2. Dans les milon­gas tra­di­tion­nelles, le ser­vice est à la place. Le temps de la corti­na per­met aux serveurs de se déplac­er plus facile­ment et d’avoir les danseurs à un endroit fixe, ce qui facilite leurs inter­ven­tions. S’ils sont tou­jours sur la piste, ils ne peu­vent pas com­man­der… Une exten­sion de ce point est la néces­sité pour l’organisateur de plac­er les danseurs. Quand la milon­ga est pleine, avoir les gens assis à leur place per­met de repér­er les emplace­ments disponibles pour y bour­rer quelques danseurs sup­plé­men­taires.

De cela, il découle que les corti­nas ne peu­vent pas être trop cour­tes et qu’elles ne font qu’exceptionnellement moins d’une minute. Dans cer­taines milon­gas, les corti­nas sont assez longues (deux min­utes, voire plus), mais comme les Argentins aiment bien dis­cuter et pré­par­er la tan­da suiv­ante, ce n’est pas for­cé­ment gênant.

Les lim­ites de ce raison­nement, par­faite­ment val­able pour les milon­gas tra­di­tion­nelles de Buenos Aires, est pris en défaut dans d’autres zones géo­graphiques. En effet, si les gens n’ont pas de siège, s’ils n’invitent pas à la mira­da et s’ils vont se servir eux-mêmes au bar, il n’y a pas un grand intérêt à faire une corti­na longue.

CCT : « Mais le DJ (ou l’organisateur) peut en décider autrement.

BYC : Le patron, c’est l’organisateur. Le DJ a un rôle de con­seil, mais si l’organisateur souhaite autre chose, le DJ a le choix entre sauver la soirée ou écouter l’organisateur et pren­dre le risque de plus être invité… pour ma part, ce n’est pas exacte­ment une déci­sion. Par exem­ple, la semaine dernière, j’ai ani­mé trois milon­gas très dif­férentes. Dans la pre­mière, il n’y avait pas de sièges et d’excellents danseurs de rock. J’ai donc pro­posé une majorité de corti­nas dans­ables et, lorsqu’environ les 2/3 des danseurs étaient sur la piste, je lais­sais les titres en entier. Dans la sec­onde milon­ga, il y avait des tables et donc, j’ai mis des corti­nas qui n’ont pas été dan­sées. Toute­fois, j’ai testé les réac­tions avec des corti­nas un peu swing et cela m’a per­mis de décider de faire un véri­ta­ble inter­mède de rock, dan­sé env­i­ron par 1/3 des danseurs. Dans ce cas, ce n’est pas une corti­na, mais deux ou trois titres enchaînés, générale­ment de rock en Europe, mais un inter­mède de rock et un de trop­i­cal à Buenos Aires (cumbia, cuar­te­to, voire sal­sa et merengue). Cet inter­mède se ter­mine par… une corti­na (à Buenos Aires) et directe­ment par du tan­go en Europe. Puisque j’ai par­lé de trois milon­gas, la troisième se voulait très tra­di­tion­nelle (tables, tan­das de 4, mira­da et cabeceo). Pour cette dernière, cela aurait pu être une milon­ga de Buenos Aires.

CCT : « Il n’est pas rare (en France notam­ment) que les corti­nas soient des morceaux entiers qui peu­vent inciter à la danse. Ain­si, cer­tains DJ pro­posent des rocks ou des sal­sas, soit de manière spo­radique (une corti­na par-ci, par-là), soit plus sys­té­ma­tique­ment (toutes les corti­nas). Et il n’est pas rare non plus que, dans l’un de ces cas, quelques cou­ples restent sur la piste. Quelques cou­ples. C’est là que le DJ doit pou­voir appréci­er si ses corti­nas à ral­longe con­cer­nent suff­isam­ment de monde pour être oppor­tunes ou pas. »

BYC : La milon­ga est une affaire d’ensemble et d’équilibre. Il me sem­ble dif­fi­cile d’établir des règles hors des milon­gas tra­di­tion­nelles.

Pour ces dernières, c’est claire­ment :

  • Blocs tra­di­tion­nels com­por­tant Tan­go, vals ou milon­ga entre­coupés de corti­nas qui ne sont pas dan­sées.
  • Dans la soirée, dif­férents inter­mèdes qui peu­vent être de rock, de trop­i­cal, de folk­lore (de plus en plus sou­vent chacar­era et zam­ba) et par­fois de pasodoble (dan­sé comme de la marche à Buenos Aires). Il ne faut pas oubli­er que les anci­ennes milon­gas de Buenos Aires, jusque dans les années 90, étaient mul­ti­dans­es et pas 100 % tan­go. On se sou­vient des pro­grammes des grands événe­ments de l’âge d’or où deux orchestres se partageaient l’animation, un de tan­go et un de jazz (fox-trot et autres rythmes).
  • Même dans ces milon­gas tra­di­tion­nelles, l’évolution s’oriente vers deux inter­mèdes.
  • Ces inter­mèdes sont en général à heure fixe chaque semaine. Ils sont un élé­ment de rythme, au même titre que les sor­te­os (tirage au sort), les annonces, les éventuelles démos, les anniver­saires…

En Europe, on a en général une organ­i­sa­tion dif­férente, beau­coup moins struc­turée, et ce, d’autant plus qu’il n’y a pas autant de milon­gas régulières avec un DJ rési­dent.

Donc, en général, c’est comme tu dis, le DJ passe de temps à autre une corti­na qui est dan­sée. Si une pro­por­tion remar­quable est sur la piste, le DJ laisse toute la musique, voir, rajoute un ou deux titres, de qui trans­forme la corti­na en inter­mède. Lorsque les danseurs don­nent des signes de faib­lesse, le DJ peut baiss­er le vol­ume et annon­cer la tan­da suiv­ante.

Si peu de danseurs, voire un seul cou­ple s’agite sur la piste, le DJ peut laiss­er la musique le temps nor­mal de la corti­na (1 minute à 1:30), sauf si la presta­tion est excep­tion­nelle et que les spec­ta­teurs man­i­fes­tent leur intérêt. Le DJ, en général, fait applaudir les danseurs.

Il arrive, par­fois, qu’une corti­na donne envie de danser et que les danseurs bien élevés ne la dansent pas. Le DJ doit donc veiller aux réac­tions et prévoir « offi­cielle­ment » un inter­mède de cette danse, en l’annonçant.

Par exem­ple, si je veux tester l’envie de danser le rock, je passe une corti­na un peu swing, rocky et, si je vois le pub­lic se tré­mouss­er, je sais que je pour­rai ten­ter un inter­mède. J’annonce donc à la fin de la corti­na que je pro­poserai un inter­mède de cette danse après la prochaine tan­da.

Là, si c’est un inter­mède de rock, je com­mence en général avec un rock par­faite­ment clas­sique et irré­sistible et pas trop rapi­de. J’annonce que c’est un inter­mède et que donc, si des danseurs sont intéressés, c’est leur heure de gloire. En général, c’est deux ou trois rocks. Pour le trop­i­cal, je mets en général deux cumbias et un cuar­te­to (à Buenos Aires). En Europe, les danseurs de cumbias étant rares, je mets plutôt de la sal­sa. Si je ne fais qu’un seul inter­mède, je peux met­tre rock et mam­bo, cette dernière danse pou­vant se danser en rock ou en sal­sa (peu de danseurs dansent réelle­ment le mam­bo).

CCT : Ceux/celles qui me con­nais­sent savent que je ne suis pas pour les corti­nas dans­ables. Je viens pour danser le tan­go et je ne paye pas 15 ou 20 € (tarif français moyen) pour « me far­cir » 25 % de sal­sa ou de rock. Mais, encore une fois, c’est un avis per­so.

BYC : Là encore, c’est une ques­tion de bon sens. Pour la pre­mière milon­ga dont j’étais DJ et organ­isa­teur, il y a 25 ans, je met­tais des corti­nas dansantes, toutes dans­es (paso, fox­trot, rock, sal­sa…), car la majorité des danseurs étaient débu­tants en tan­go et que retrou­ver des repères les fai­sait pass­er une meilleure soirée. Aujourd’hui que le tan­go est plus répan­du, cette approche est sans doute moins per­ti­nente, mais on se rend compte que, suiv­ant les lieux, les appétits peu­vent être très dif­férents.

Cha­cun sait que je com­pose mes tan­das en direct, sans aucune playlist. Cela vaut aus­si pour les corti­nas. C’est en fonc­tion des réac­tions des danseurs que j’adapte.

CCT : « Cela dit, les DJ peu­vent, comme ça se pra­tique dans cer­taines milon­gas portègnes, opter pour une solu­tion alter­na­tive en pro­posant, en milieu de soirée, une tan­da d’une musique d’une autre nature qui per­me­t­tra à quelques dizaines de per­son­nes de s’exprimer tout en offrant aux autres « un petit quart d’heure de repos ». C’est peut-être la meilleure option. »

BYC : C’est effec­tive­ment la pra­tique à Buenos Aires et pour l’Europe, je ne serai pas si affir­matif. Quoi qu’il en soit, si tu annonces un inter­mède et qu’il n’a pas de suc­cès, il se trans­forme en corti­na. Cela se passe sou­vent pour le folk­lore. Dans cer­tains endroits, les organ­isa­teurs ne pro­posent pas sys­té­ma­tique­ment le folk­lore. Quand je leur en pro­pose, cer­tains dis­ent « non, pas de ça chez moi », d’autres avouent ne pas savoir. J’essaye de lancer une chacar­era et, si elle a du suc­cès, je la laisse et je lui rajoute une petite sœur. Sinon, c’est une corti­na…

CCT : « Pour revenir à la ques­tion, si les corti­nas pro­posées sont dans­ables, rien ne vous inter­dit de venir sur la piste et de remuer le popotin. En musique si pos­si­ble. »

On fusille assez rarement ceux qui dansent sur les corti­nas. Cepen­dant, ce n’est pas tou­jours bien vu, du moins à Buenos Aires (tou­jours le prob­lème de la mira­da).

D’ailleurs, tu as peut-être remar­qué un phénomène éton­nant. Lorsqu’il y a un inter­mède de rock, les danseurs vont sur la piste et, lorsque l’intermède se ter­mine, ils vont se rasseoir, même si la corti­na est un autre rock. De même, le même rock passé en dehors de l’intermède n’est pas dan­sé quand il est iden­ti­fié comme une corti­na. Mais c’est aus­si, car les danseurs sont routinés et qu’ils savent, que l’intermède de rock est à 20:30 et pas 19:45… S’ils enten­dent un rock avant ou après l’heure, c’est une corti­na…

En Europe, il faut donc être clair. Je mets sou­vent des cumbias, qui font bouger cer­tains, mais qui ne sus­ci­tent pas des mou­ve­ments de foule. Cela donne une ambiance lati­no et j’ai, par­fois, la sur­prise d’arriver à faire un inter­mède. Une fois, le cou­ple de pro­fesseurs qui avait été invité pour les class­es s’est pris au jeu et a mobil­isé tous les danseurs et, pen­dant un quart d’heure, tout le monde était sur la piste. Ils don­naient des con­seils et c’était sans doute un peu curieux pour les ama­teurs de cumbia, mais les danseurs se sont bien amusés.

BYC : Sur les cortinas

BYC : Mes corti­nas sont des morceaux entiers, ou tout du moins des pas­sages con­séquents de musiques afin de pou­voir les faire dur­er plus longtemps si néces­saire. Cela oblige à shunter (baiss­er le vol­ume », ce qui peut être moins agréable qu’une corti­na cal­i­brée à une durée fixe avec une véri­ta­ble fin, mais cela per­met d’être plus poly­va­lent. Par­fois, surtout en début ou en fin de milon­ga, pour accélér­er le rythme, je laisse des corti­nas très cour­tes. À d’autres moments, elles sont plus longues, voire très longues. Par exem­ple, lorsque les organ­isa­teurs doivent trou­ver des sièges pour les nou­veaux arrivants (dans ce cas, il arrive de devoir met­tre deux corti­nas enchaînées afin que toutes les places libres puis­sent être rem­plies par les nou­veaux arrivants). Cela se fait sur l’initiative de l’organisateur qui fait signe, une de plus.

Je pré­cise égale­ment deux petits détails :

  1. Je lance la corti­na dès la fin du dernier morceau de la tan­da, sauf dans de rares cas où je ne veux pas couper l’émotion pour ne pas oblig­er les danseurs à se sépar­er trop vite. Pour moi, c’est impor­tant pour éviter le cafouil­lage. Cer­tains restent, prêts à danser un autre titre alors que la tan­da est ter­minée. Avec une corti­na pro­posée rapi­de­ment, le mes­sage est clair. La tan­da est ter­minée. Par­fois, je réduis aus­si l’espace entre deux titres de la tan­da pour éviter que les danseurs se décon­cen­trent (mon­tée de l’énergie), ou, par exem­ple, pour pro­pos­er 4 valses au lieu de 3. Si j’attends 4 sec­on­des pour lancer la qua­trième valse, beau­coup de danseurs seront déjà sur le chemin du retour.
  2. Je baisse le vol­ume pour la corti­na. Il suf­fit que les danseurs repèrent que c’est la corti­na et, si je vois qu’elle plait, alors seule­ment j’augmente le vol­ume. Je n’aime pas quand, après un tan­go expres­sif, une corti­na bru­tale détru­it le cli­mat. Pour moi, la corti­na par­ticipe à l’ambiance, mais ce n’est pas l’élément essen­tiel. Baiss­er le vol­ume per­met de repos­er les oreilles, faciliter les dis­cus­sions et repren­dre un peu d’énergie.

BYC : Le DJ est au service des danseurs

BYC : En gros, il est inter­dit d’interdire. Les danseurs sont à la milon­ga pour s’amuser, même si cer­tains sont là pour des objec­tifs moins nobles. Le but est que tout le monde puisse sourire, se diver­tir et danser le plus pos­si­ble et du mieux pos­si­ble. Cela se fait en évi­tant qu’un danseur reste assis deux tan­das de suite. Si, après une tan­da peu dan­sée (milon­ga, par exem­ple), on décide de faire un inter­mède (ou une annonce, ou un sor­teo), cela va ral­longer le temps sans danser de cer­tains danseurs. Je pro­pose donc en général les inter­mèdes après des moments où les danseurs ont tous été sur la piste, car je sais qu’ils pour­ront mieux sup­port­er une petite pause si l’intermède ne les intéresse pas.

Et, pour ter­min­er, un dernier point. Il y a par­fois des milon­gas où il y a un fort déséquili­bre de la par­ité. Les inter­mèdes ou les corti­nas dansantes sont par­fois des moments appré­ciés par ceux qui n’ont pas eu beau­coup d’invitation, ou par ceux qui sont débu­tants en tan­go, mais plutôt bons dans d’autres dans­es.

CCT : « je compte bien que d’autres per­son­nes appor­tent leur con­tri­bu­tion au débat (par exem­ple… DJ BYC). »

BYC : Fac­tum est…

D’autres articles sur les cortinas

Voici quelques arti­cles sur les corti­nas sur mon site :

Et sur l’organisation en tan­das et corti­nas

TANDAS ET CORTINAS, pour les danseurs et DJ

Les tandas

Arti­cle pub­lié orig­inelle­ment le 14 JUIN 2021 sur l’an­cien site.

Dans une milon­ga tra­di­tion­nelle, les musiques sont regroupées par plages du même type et inter­prétées par le même orchestre et les mêmes chanteurs à la même péri­ode.

Ces plages regroupant de trois ou qua­tre com­po­si­tions s’appellent des tan­das.

Une tan­da est un petit voy­age que l’on va faire avec le même parte­naire. Il importe donc que le DJ la con­stru­ise avec logique. Les morceaux doivent bien aller ensem­ble et être placés dans un ordre cohérent, comme des tableaux dans une expo­si­tion. Rien n’est plus désagréable d’inviter sur une musique qui plaît et de devoir se forcer sur la musique suiv­ante, ou inverse­ment, avoir envie de danser sur le sec­ond ou troisième titre lorsque la piste ne per­met plus la mira­da facile…

Les cortinas

Pour sépar­er deux tan­das, il y a une corti­na. C’est une courte com­po­si­tion musi­cale, de quelques dizaines de sec­on­des per­me­t­tant aux danseurs d’aller s’asseoir et de se pré­par­er à l’invitation suiv­ante.

Une bonne corti­na n’est pas « dans­able » et doit per­me­t­tre de rester dans l’ambiance ou de pré­par­er à ce qui va suiv­re.

Dans cer­taines milon­gas mod­ernes, les corti­nas sont sup­primées ou rem­placées par des silences. Les cou­ples ont alors la respon­s­abil­ité de se sépar­er après trois ou autre dans­es.

L’intérêt prin­ci­pal des corti­nas est de pou­voir vider la piste, ce qui facilite la mira­da (invi­ta­tion au regard). Si des danseurs indéli­cats restent sur la piste, ils empêchent les autres d’inviter et sont donc mal vus (car trop vus…).
Si vous souhaitez redanser avec la même danseuse, sortez de la piste et retournez‑y quand la musique reprend. Cela vous évit­era aus­si de vous retrou­ver tout bête si la musique de la nou­velle tan­da ne vous con­vient pas…

Un petit plus sur les corti­nas…

Oganisation de la musique de la milonga

Les milon­gas tra­di­tion­nelles com­por­tent tan­das et corti­nas. En général, deux tan­das de tan­go (TTTT), puis une de milon­ga (MMM) ou de valse (VVVV ou VVV). Cette organ­i­sa­tion peut vari­er d’un DJ à un autre, suiv­ant les événe­ments ou le moment de la soirée, mais une milon­ga tra­di­tion­nelle est générale­ment de la forme suiv­ante :

TTTTcorti­naTTTTcorti­naVVVVcorti­naTTTTcorti­naTTTTcorti­naMMM

Quelques inter­mèdes de folk­lore argentin, de rock ou de trop­i­cal ponctuent générale­ment la milon­ga portègne.

Pour en savoir plus, voir un arti­cle sur les tan­das.

TANDAS DE 5, 4, 3, 2 OU 1 ? Un débat récurrent, pour DJ et danseurs…

Arti­cle pub­lié orig­inelle­ment en août 2017 sur l’anci­enne ver­sion du site.

Pourquoi ce compte à rebours ?

Aujourd’hui se pose de plus en plus sou­vent la ques­tion du nom­bre de titres dans une tan­da.
Pour ma part, sans con­signe par­ti­c­ulière, je pro­pose 4 tan­gos, 4 valses et 3 milon­gas, mais de plus en plus sou­vent (même à Buenos Aires), cela devient 3 tan­gos, 3 valses et 3 milon­gas.
Je sépare les tan­das par une corti­na et de temps à autre, je pro­pose un inter­mède de Folk­lore (chacar­era et par­fois zam­ba), Trop­i­cal (cumbia, cuar­te­to, sal­sa…) ou Rock, voire autre chose en fonc­tion du lieu.
Dans cer­taines régions, on milite pour la tan­da de trois tan­gos, dans le but espéré de faire plus sou­vent tourn­er et ain­si lim­iter le temps d’attente, générale­ment des femmes, pour ceux qui ne dansent pas, faute d’un équili­bre du nom­bre de parte­naires.
La notion de tan­da est cepen­dant une notion assez récente. 

Le temps des orchestres, tandas de 2 et de 1

À l’âge d’or du tan­go, celui où on pou­vait danser tous les soirs sur un orchestre, les choses étaient bien dif­férentes. En fait, elles étaient absol­u­ment iden­tiques à ce que l’on trou­ve dans nos actuels bals musette en France. L’orchestre jouait deux tan­gos, puis le même orchestre ou un sec­ond orchestre jouait un autre air, du jazz, ou un fox­trot, par exem­ple.

Ensuite, ils jouaient une valse, suiv­ie d’un nou­veau morceau Jazz, puis à nou­veau deux tan­gas, du jazz, et enfin une milon­ga et on recom­mençait.

Mais alors, me direz-vous, les danseurs se séparaient à chaque morceau, par exem­ple après la valse s’ils ne souhaitaient par faire le jazz ?

Ben oui, mais la dif­férence est que les sièges n’étaient pas encore la règle dans les lieux de danse. Les danseurs rejoignaient le milieu de la piste et se diri­gaient ensuite vers les femmes situées au bord de la piste.

Cette stratégie pour­rait être intéres­sante pour les événe­ments dou­ble-rôle. Les guideurs au milieu, les suiveurs autour…

Je vous pro­pose ici un extrait de l’en­tre­vue de Toto Far­al­do inter­rogé par Pepa Pala­zon.
https://www.youtube.com/watch?v=HDwAVXI0zWs
Je vous engage à voir en entier cette entre­vue, car elle est pas­sion­nante, comme toutes celles de la série.
Ici, j’ai isolé la par­tie qui con­cer­nait l’o­rig­ine des tan­das et apporté une tra­duc­tion en français.
Vous trou­verez en fin de cet extrait, un aspect intéres­sant et peu con­nu sur le tan­go, mais qui vous aidera à com­pren­dre l’im­por­tance de la calecita que l’on retrou­ve dans plusieurs tan­gos.

Dans l’ar­ti­cle sur Bailarín de con­traseña 1945-08-27 — Orques­ta Ángel D’Agosti­no con Ángel Var­gas, j’évoque la con­traseña (ficha de danse) qui délim­i­tait par­fois le nom­bre de dans­es qu’elle autori­sait. Sur un mur­al de Buenos Aires, on voit un jeton indi­quant trois tan­gos.

Bailarín de contraseña – d’après un mural dans la rue Oruro, Buenos Aires.
Bailarín de con­traseña – d’après un mur­al dans la rue Oruro, Buenos Aires.

L’apparition des tables et des enregistrements sur cassettes, tandas de 5 et cortina

Philips, en inven­tant la cas­sette musi­cale a mod­i­fié les com­porte­ments dans les bals. Chaque face de cas­sette, à l’époque de 60 min­utes pou­vait com­porter 10 titres. Donc, entre la face A et la face B, une cas­sette com­por­tait 20 titres.

L’animateur découpait donc sa pro­gram­ma­tion en 5 morceaux de la pre­mière face, une corti­na sur une autre cas­sette. Ah, je vous vois venir, pourquoi la corti­na ?

C’est que sont apparues aus­si les tables. Il fal­lait donc prévoir le temps néces­saire pour que les cou­ples se défassent, se reposent (après 5 tan­gos) et se recom­posent.

Pourquoi une deux­ième cas­sette ?  Ben, le temps pour effectuer toutes ces opéra­tions pou­vant être très vari­ables d’un jour à l’autre ou d’une salle à l’autre, il est plus sim­ple d’avoir une cas­sette avec la corti­na et de la rem­bobin­er pour repo­si­tion­ner la corti­na à son début. Cer­tains le fai­saient avec un cray­on car c’était plus pré­cis qu’avec le lecteur de cas­sette car il suff­i­sait de trou­ver le repère, générale­ment l’amorce. À mes débuts, je coupais les amorces pour que le rem­bobi­nage soit plus sim­ple… Il me suff­i­sait de rem­bobin­er et j’étais au début. Mais j’avais un dou­ble-cas­settes. Sans cela, j’aurais procédé comme Felix Pich­er­na, au cray­on…

Felix Pich­er­na rem­bobi­nant sa cas­sette de corti­na. http://www.molo7photoagency.com/blog/felix-picherna-el-muzicalizador-de-buenos-aires/04–9/

De cette péri­ode reste aus­si la mode de la corti­na unique pour toute la soirée. C’est la même cas­sette qui ser­vait et était rem­bobinée.

Les tables et le ser­vice à icelles a aus­si favorisé le développe­ment des corti­nas pour per­me­t­tre aux serveurs de rejoin­dre les tables avec moins de risque d’accident…

L’apparition du CD, Tandas de 4 et cortinas

Je n’ai pas évo­qué l’utilisation du disque noir, car elle n’a pas apporté de grandes inno­va­tions sur ce point. En per­me­t­tant l’accès direct à chaque titre, elle per­me­t­tait en principe de créer les tan­das en direct, mais cela n’a pas d’influence sur le nom­bre de titres. On retrou­ve cette facil­ité sans la dif­fi­culté d’accéder à une plage pré­cise avec les CD (il fal­lait bien vis­er pour posi­tion­ner la tête de lec­ture pile au bon endroit du sil­lon et ne pas se tromper de plage, non plus…).

De cette époque, on retrou­ve la nor­mal­i­sa­tion des tan­das comme aujourd’hui dans les milon­gas tra­di­tion­nelles avec 4T, 4T, 4V, 4T, 4T et 3M (T=Tango, V=Valse, M=Milonga).

Je n’ai pas encore d’explication pour ce pas­sage de cinq à qua­tre, si ce n’est, peut-être déjà l’idée de réduire l’attente en cas de déséquili­bre entre parte­naires. Il y avait aus­si, sans doute le fait que beau­coup de danseurs n’invitaient que sur le sec­ond titre…

La démoc­ra­ti­sa­tion du graveur de CD a fait appa­raître un nou­veau phénomène, la « Playlist ». Le CD est alors tout bon­nement lu en con­tinu.

L’apparition de l’ordinateur portable

Dans les années 90, l’ordinateur et l’apparition des dis­ques durs ont favorisé son util­i­sa­tion en musique.

Pour ma part, je suis passé par le stade inter­mé­di­aire du Mini­disk qui per­me­t­tait de con­serv­er une qual­ité CD, sans se ruin­er. C’est l’époque où j’ai numérisé beau­coup de dis­ques de pâte (Shel­lac et Vinyles) grâce à ma regret­tée pla­tine Thorens TD 124…

L’ordinateur a offert une grande facil­ité pour pro­pos­er des tan­das con­stru­ites à la volée. En fait, c’est l’ordinateur portable qui per­me­t­tait cela, dif­fi­cile de se trim­baler avec les tours et surtout les écrans cathodiques de l’époque.

Cet out­il est donc mer­veilleux pour le DJ et dès que j’ai pu avoir un ordi­na­teur portable, je l’ai adop­té.

J’utilisais Winamp à l’époque, ce que de très nom­breux DJs con­tin­u­ent à faire, mais c’est une autre his­toire.

L’ère de l’ordinateur, encore plus que celle du graveur de CD a fait la part belle aux Playlists. Et je ne par­le pas des mp3… Tiens, à ce sujet, j’ai eu aus­si un épisode mp3, avec deux petits iPods nano et clas­sic (avec affichage) qui me per­me­t­taient de choisir une tan­da pen­dant que l’autre défi­lait. C’était pour ma milon­ga en plein air.

Donc, aujourd’hui, l’ordinateur domine le domaine. C’est très bien, car c’est l’outil qui per­met la plus grande sou­p­lesse pour l’organisation en direct de la musique. Il sert aus­si beau­coup pour les « DJs » à Playlists, qui font leur cour­ri­er, échangent sur Face­book ou tout autre activ­ité pour ne pas s’ennuyer (et pour que les danseurs les croient absorbés dans la créa­tion…). C’est une rai­son sup­plé­men­taire pour ne pas encour­ager ce type de DJs (je ne par­le pas des bénév­oles qui offi­cient dans les asso­ci­a­tions et qui ont le mérite de se dévouer pour le plaisir des autres). Ces playlis­teurs n’ont aucune rai­son d’être atten­tifs au bal, puisque de toute façon, ils ne pour­ront pas chang­er son déroule­ment. Un véri­ta­ble DJ, à mon sens est l’animateur de la soirée, rebondis­sant sur l’actualité de la salle, pour offrir le plus sou­vent pos­si­ble le bon titre au bon moment.

Et mes tandas dans tout cela ?

Ah, oui. Les tan­das. Ben, avec l’ordinateur, on peut faire ce que l’on veut. Pass­er la musique en mode aléa­toire. C’est l’ordinateur qui « choisit » la musique à suiv­re. Dif­fuser une playlist, ou, s’en servir pour rechercher rapi­de­ment le bon titre à dif­fuser.

J’espère que vous aurez dev­iné quelle stratégie est la mienne.

Je con­stru­is donc à la volée, des tan­das de qua­tre, ou trois selon les cir­con­stances.

Je ne sais pas ce que devien­dront les tan­das dans le futur. Ici, à Buenos Aires, les tan­das sont de qua­tre, y com­pris pour les valses (trois pour les milon­gas) dans les milon­gas tra­di­tion­nelles. C’est le mod­èle auquel je m’accroche et que j’essaye de faire partager, car je le trou­ve bien adap­té au fonc­tion­nement actuel avec tables, chais­es et mira­da. Le voy­age sur qua­tre titres est aus­si idéal avec la danseuse. Trois donne un impres­sion de frus­tra­tion (et par­fois, avouons-le de soulage­ment, mais dans ce cas, il fal­lait mieux inviter…).

Peut-être qu’ailleurs, la réduc­tion du nom­bre de titres va se généralis­er (dans cer­taines milon­gas à Buenos Aires, il existe des tan­das de trois valses). D’ailleurs, je vais respecter cela lors de ma prochaine musi­cal­i­sa­tion à Gri­cel…

En descen­dant le nom­bre de titres par tan­da, on risque de retrou­ver le fonc­tion­nement des milon­gas de l’âge d’or, à la lim­ite pourquoi pas. C’est peut-être à essay­er dans les milon­gas où il n’y a pas de sièges…

Par con­tre, les hommes au milieu qui vont chercher les femmes, pas sûr que ce soit appré­cié.

À suiv­re…

Mer­ci à Dany Borel­li, DJ à Los Con­sagra­dos, Nueveo Chique, Milon­ga de Buenos Aires et autres, d’avoir échangé sur ce sujet, ce qui me per­met de con­firmer cer­taines idées qui peu­vent paraître sur­prenantes aux néo­phytes.

Les cortinas, levons le voile sur cette tradition

Origine de la cortina

Il y a plusieurs expli­ca­tions à l’o­rig­ine de l’u­til­i­sa­tion des corti­nas.
L’une d’en­tre-elle était le change­ment d’orchestre qui don­nait lieu à la fer­me­ture du rideau de scène (Telon ou Corti­na) pour que les orchestres s’in­stal­lent plus dis­crète­ment.
Une autre vient de la néces­sité de don­ner du temps au DJ pour pré­par­er la tan­da suiv­ante à l’époque où les DJ util­i­saient des cas­settes.
Mais la corti­na fait désor­mais par­tie inté­grante de la milon­ga, même s’il n’y a plus les con­tin­gences tech­niques du début.

Nous allons voir pourquoi.

Les cortinas sont des coupures dans un bal tango

Elles ser­vent à mar­quer les change­ments de style de musique (change­ment d’orchestre, de style de danse…). En effet, le tan­go est organ­isé par tan­das, groupe de trois ou qua­tre com­po­si­tions sem­blables qui per­me­t­tent à un cou­ple de danseurs d’aller plus loin dans l’expérience. La pre­mière danse pour s’apprivoiser, les suiv­antes pour danser de mieux en mieux, en par­faite har­monie.

Quelle musique pour les cortinas ?

Générale­ment, une corti­na ne se danse pas. Il faut donc éviter de met­tre des dans­es, comme du rock, car cer­tains danseurs risquent de la danser et par con­séquent, ils ne libéreront pas la piste.
Il y a deux pra­tiques, celle qui con­siste à met­tre des corti­nas dif­férentes, éventuelle­ment sur un thème tout au long de la soirée et une autre qui con­siste à met­tre tout le temps la même corti­na dans la soirée.
Cer­tains DJ utilisent même la même corti­na pour toutes leurs milon­gas.
Toute­fois, la mode fait que main­tenant, on priv­ilégie les milon­gas var­iées. Cela per­met d’avoir plus d’action sur l’ambiance de la milon­ga et de tester la disponi­bil­ité des danseurs aux dif­férents inter­mèdes.

Pourquoi des cortinas ?

Pour moi, la corti­na est d’abord asso­ciée à la mira­da. Il faut que la piste soit dégagée pour que les invi­ta­tions au regard puis­sent se faire. De cela découle un autre point, il faut des sièges pour les danseurs pour éviter qu’ils encom­brent la piste.

Si ces con­di­tions idéales ne sont pas réu­nies, on peut effec­tive­ment se pos­er la ques­tion de la corti­na. Voici quelques réflex­ions qui la jus­ti­fient.

  • La tan­da est une coupure dans le flux de la danse.
  • Elle per­met de se rééquili­br­er des émo­tions de la tan­da précé­dente et de se pré­par­er à la suite.
  • Elle per­met une dis­cus­sion plus libre et une social­i­sa­tion, très impor­tante pour les Argentins et qui peut se traduire par des échanges vocaux par­fois soutenus…
  • Les danseurs débu­tants et ceux qui n’écoutent pas la musique ne se ren­dent pas tou­jours compte du change­ment de style de la musique et donc de la fin d’une tan­da. Le prob­lème est qu’alors la danseuse aban­don­née au milieu d’une tan­da se retrou­ve décalée par rap­port aux autres danseurs qui ne seront disponibles qu’à la fin de la tan­da. Cer­tains DJ ren­dent les choses encore plus dif­fi­ciles en mélangeant dans une tan­da des styles qui ne vont pas ensem­ble…

Cette inter­ro­ga­tion sur les corti­nas est assez typ­ique des danseurs qui man­quent un peu d’expérience. Lorsque l’on a goûté à l’ambiance des belles milon­gas tra­di­tion­nelles, il est dif­fi­cile de revenir en arrière et de trou­ver du plaisir dans des milon­gas décousues, où les musiques s’enchaînent sans ordre et sans pause. Chaque tan­da est un petit voy­age avec la danseuse. Si on prend la tan­da en cours, ce voy­age sera réduit, mais il aura une logique. Si on reste à cheval sur deux tan­das, on risque de se trou­ver dans une sit­u­a­tion où l’on n’a pas envie de danser la sec­onde tan­da avec cette danseuse.

L’élégance veut que l’on n’invite pas une danseuse sur les derniers morceaux d’une tan­da pour ne pas don­ner l’impression que l’on fait un « test ». Pour­tant, cela se pra­tique régulière­ment et une danseuse peu invitée préfér­era sans doute deux dans­es à rien… Et puis, si la tan­da suiv­ante vous plaît à tous les deux, vous pou­vez tou­jours vous réin­viter du regard, cette fois-ci pour une tan­da com­plète.

Je vois cepen­dant deux occa­sions où la corti­na peut être une gêne, au tout début de la soirée, lorsque le bal n’a pas vrai­ment démar­ré, il m’arrive de ne pas met­tre de corti­na pour faire lever plus rapi­de­ment les gens. L’autre cas est la milon­ga « boîte de nuit » (sou­vent util­isé pour les milon­gas alter­na­tives), où on recherche plus la transe que le voy­age avec une danseuse. Dans ce cas, on garde les danseurs sur la piste, le but étant de ne jamais les lâch­er.

Une dernière remar­que, lorsqu’il n’y a pas de corti­na, les danseurs ten­dent à garder leurs danseuses plus longtemps, de crainte de ne pas pou­voir en inviter une autre. En effet, comme tout le monde est sur la piste, lorsque l’on arrête, on risque de se retrou­ver sans pos­si­bil­ité d’inviter. Lorsqu’il y a beau­coup de danseuses qui atten­dent, il m’arrive de faire des tan­das de trois pour per­me­t­tre une rota­tion plus rapi­de. Sans corti­na, les danseurs feraient six dans­es au lieu de trois ou qua­tre.